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RATTRAPAGE - Hommes Battus: Face à l'Invisible, le Tabou Persiste
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Created on July 18, 2023
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Hommes Battus: Face à l'Invisible, le Tabou Persiste
Dans l'ombre des foyers, là où les cœurs se brisent, les hommes, victimes, portent un lourd fardeau. Au gré des jours, leurs peines se taisent et s'érigent. Les violences conjugales, un tabou qui pèse haut. Leur voix se perd, étouffée par le poids des stéréotypes, car pourtant, bien réelles, ces blessures sont invisibles. De Boris Becker à Roger Moore, quelques personnalités masculines ont osé briser le silence et partager leur histoire. Pourtant, nombreux sont les hommes qui, célèbres ou non, hésitent encore à lever le voile sur ce tabou persistant.
Si les violences faites aux femmes demeurent en augmentation, la problématique des hommes maltraités ne cesse de croître. L'enquête « Genese » du ministère de l'Intérieur, publiée en novembre 2021, révèle des chiffres alarmants. Pas moins de 1,2 million d'hommes, âgés de 18 à 74 ans, affirment avoir subi des violences, coups, bousculades ou étranglements de la part de leur compagne ou ex-compagne. Un homme sur 18 en serait victime. Entre 2011 et 2019, entre 80 000 et 118 000 hommes déclarent ainsi avoir été frappés.
Maxime Gaget, premier homme à avoir briser le tabou
Les chaînes invisibles : Les récits d'hommes battus
Les hommes victimes de violences conjugales représentent une victime sur quatre. Trop souvent accueillis par des moqueries et l'incrédulité lorsqu'ils tentent de raconter leur vécu, ils vivent dans la crainte de ne pas être crus ni entendus. Rencontre avec ces hommes.
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Sa compagne, Céline, était une femme à fort caractère. "Au début, je trouvais cela charmant, cette force qu'elle dégageait", se souvient-il. Mais rapidement, leur vie commune s'est transformées en "un enfer" : "Elle me faisait subir des humiliations constantes. Elle me traitait comme un moins que rien, un inutile, un imbécile". Les violences physiques ont commencé peu à peu, d'abord sous forme de gifles ou de coups de pieds. "Au début, je n'arrivais pas y croire. Je me disais qu'elle ne le refait plus", avoue-t-il, le regard empli d'amertume. Mais les coups sont devenus de plus en plus fréquents et violents. "Un soir, elle m'a frappé avec une poêle. J'ai dû me rendre aux urgences".
Vincent, la trentaine, a accepté de raconter son histoire, celle d'une vie de couple qui s'est transformée en enfer : "Au début, tout allait bien. On s'aimait, on était heureux. Et puis, petit à petit, elle a commencé à me rabaisser, à me critiquer sans arrêt". Les insultes et les humiliations sont devenues le quotidien de ce jeune entrepreneur. "Un jour, je suis rentré un peu plus tard que d'habitude, et elle m'a accusé d'avoir une liaison. Elle m'a giflé si fort que j'en avais la joue enflée. J'étais abasourdi, je ne comprenais pas ce qui m'arrivait". "Les cicatrices restent" Les violences n'ont cessé de s'aggraver, mais Vincent n'a pas osé en parler à ses proches. "J'avais honte. Je pensais que c'était ma faute, que je devais être un moins que rien pour mériter ça", explique-t-il. Les stéréotypes de genre ont également joué un rôle dans son silence : "On nous répète que les hommes sont forts, qu'ils ne doivent pas pleurer. J'avais peur de passer pour faible". Après des années de calvaire, Vincent a finalement trouvé le courage de quitter sa compagne. "Le jour où elle a menacé de s'enprendre à notre fils, j'ai réalisé que je devais partir pour le protéger", raconte-t-il. La reconstruction n'a pas été facile. "J'ai dû réapprendre à m'aimer, à me respecter. Les cicatrices restent, mais je suis fier d'avoir réussie à m'en sortir", confie-t-il.
"Je me sens encore fragile et vulnérable" En société, Nicolas taisait son calvaire. "Je me sentais si honteux, si faible. J'avais peur qu'on me juge, qu'on me traite de lâche", avoue-t-il, les yeux remplis de larmes. Un jour, Il trouve la force de briser ses chaînes. Le début d'un long chemin vers la reconstruction, jalonné de rencontres, de soutiens et de compréhension.
Aujourd'hui, Nicolas a retrouvé une vie paisible. Il travaille comme menuisier et partage son temps libre avec ses amis et sa famille. Cependant, il garde les stigmates de cette périodes sombre de sa vie. "Parfois, je me sens encore fragile et vulnérable. Je me demande si je pourrais un jour faire à nouveau confiance à quelqu'un."
Si Vincent a trouvé seul le courage de partir, Nicolas et Vincent eux aussi victimes de violence conjugale, sont passés par des groupes de paroles. Nicolas est un homme grand, aux épaules larges et à la voix posée. Son regard est franc et ses mains, abimées par le travail manuel, témoignent d'une vie de labeur. Pourtant, il suffit de gratter pour voir apparaître les blessures qui le rongent de l'intérieur. "Les coups, les insultes, les menaces... je ne les compte plus...", confie-t-il, le regard fuyant vers une fenêtre qui dévoile un paysage grisâtre.
Brice est un homme de taille moyenne, avec des traits doux et un regard qui trahit une profonde souffrance. "Je ne pensais pas que cela pouvait m'arriver. Je croyais que les violences conjugales ne concernaient que les femmes", admet-il, les épaules tombantes. Son "calvaire" commence par des insultes et des humiliations. "Au début, je pensais que c'était juste une mauvaise passe, qu'elle était stressée par le travail", confie le trentenaire. Mais les choses empirent rapidement. Les violences verbales se transformes en violences physiques. "Elle me frappait avec tout ce qu'elle trouvait, un balai, un couteau de cuisine, même bouteille en verre".
"Faire le choix de partir n'est pas facile"
Brice se sent isolé, incapable de parler de son calvaire à quiconque. "J'avais honte, je me sentais faible. Je me disais qu'on ne me croirait pas, ou pire qu'on se moquerait de moi", confesse-t-il, les yeux humides. Pourtant, un jour, il trouve le courage de parler à un ami proche. Ce dernier l'encourage à fuir cette relation toxique. "Faire le choix de partir n'est pas facile", confesse-t-il. Il doit affronter la peur de l'abandon, le regard des autres, et le déni de la société : "Les gens pensent que ce sont toujours les femmes qui sont maltraités. Ils ne réalisent pas que les hommes aussi peuvent être victime".
La route vers la reconstruction est longue et sinueuse. Il se tourne vers des associations d'aide aux victimes et participe à des groupes de paroles sur les réseaux-sociaux. "J'y ai rencontré d'autres hommes qui, comme moi, avaient souffert en silence. Ça m'a permis de me sentir moins seul, de comprendre que je n'avais pas un cas isolés.". Aujourd'hui, Brice se reconstruit peu à peu, malgré les cicatrices qui restent. "Il a des jours où je me sens encore fragile, comme si tout pouvait recommencer. Mais je sais que je ne suis plus seul, et que je peux compter sur le soutien de ceux qui m'entourent", confie-t-il, un sourire timide aux lèvres. A travers ces différents témoignes, ces hommes veulent partager leurs histoires pour encourager d'autres hommes victimes de violences conjugales à sortir de leur silence. Pour eux : "Parler est le premier pas vers la guérison. Il faut oser dénoncer".
Invisibles blessures
Les Cris Silencieux de la Violence Conjugale au sein des couples gays
En 2020, trois homicides sont survenus en France au sein de couples homosexuels, dont deux couples d’hommes. En 2019, il y avait eu huit homicides. Un homme, victime de violences conjugales, confie son récit, un témoignage qui dévoile un visage méconnu de la violence au sein des couples LGBT.
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"Il m'a forcé à avoir un rapport". Pendant des années, Lucas a été victime de violences physiques et psychologiques. Rencontré à 21 ans, son ex-mari était à l'époque en couple avec une femme. "Il croyait que j'étais une fille, c'était un petit peu particulier et ça ajoutait un peu de piment à notre relation." Il ajoute : " On a eu une relation un peu cachée au début, il ne me montrait pas forcément les mauvaises facettes de sa personnalité". Au fil du temps, la jalousie et les critiques se sont intensifiées. "C'était le commencement, mais j'étais vraiment sous son charme. Je n'ai pas vu le mal à ce moment-là". C'est après la naissance de leur fille, conçue par GPA au Canada, que la violence a pris une autre dimension.
Viols conjugaux et culpabilité D'abord jaloux, son ex-mari est devenu de plus en plus critique et autoritaire. "Il trouvait toujours quelque chose à redire sur la manière dont je m'occupais de notre fille ou dont je gérais la maison", raconte-t-il. Les demandes répétées de rapports sexuels, auxquelles il ne pouvait répondre à cause de la fatigue et des responsabilités liées à leur enfant, ont conduit à un viol conjugal. "Un soir, il m'a forcé à avoir un rapport, arrachant ma culotte et me pénétrant violemment", raconte-t-il, la voix tremblante. Sur le moment Lucas ne prend pas conscience qu'il avait été violé.
Au fil du temps, la peur et la honte l'ont poussé à garder le silence. "Je me sentais coupable de ne pas satisfaire ses besoins. Je pensais que c'était normal qu'il me force à avoir des rapports sexuels. Ce n'est que plus tard qu'il a pris conscience qu'il avait été violé. Son ex-mari s'est plusieurs fois excusé. "Je me suis dit que tout pouvait redevenir comme avant et qu'on serait un couple épanoui", se souvient-il. Mais la violence a rapidement repris le dessus. Les coups et les insultes se sont multipliés. C'est grâce à une amie qu'il réalise la gravité de la situation. "Elle m'a fait comprendre que ce n'était pas normal, que j'étais en danger et ma fille aussi. C'est surtout pour ma fille que je suis parti", témoigne-t-il.
"J'avais une hantise d'aller me coucher, car je savais que mon mari allait me forcer à me sodomiser. Il avait l’impression que je prenais du plaisir". Un soir, Lucas refuse les avances de son ex-mari : "Je lui ai dit non tu n’enlève pas ma culotte, tu ne me fait pas l’amour. Quand il a vu que je résistais il m’a pris à la gorge. Il était très violent dans sa façon de faire. Il m’a insulté. Il m’a nouveau pénétré de force. A ce moment, cela pris une autre tournure. Il est devenu brutal avec moi, surtout dans sa façon de me parler, mais aussi par des coups, par des geste, par des façons de m’attraper le poignet".
Il m'a forcé à avoir un rapport, arrachant ma culotte et me pénétrant violemment.
Le poids des Stéréotypes Lucas prend conscience et quitte le domicile familial. Il décide de porté plainte. Mais les stéréotypes de genre et la méconnaissance des violences conjugales au sein des couples LGBT rendent la situation plus difficile. La procédure judiciaire encore en cours à été semée d’embuche, notamment en raison de la réaction des enquêteurs. "Je pense qu'aux yeux de beaucoup et notamment de la police, c'est normal que mon mari demande des rapports sexuels avec moi", déplore-t-il. "J'ai eu l'impression de ne pas être pris au sérieux par rapport aux enquêteurs", poursuit-il. "Je suis très efféminé, pour les policiers je l’allumais". Les questions sur ses vêtements et les insinuations qu'il "l'avait bien cherché" l'ont profondément affecté. Si Lucas an dû faire face à la réticence d’une partie des forces de l'ordres, une policière a pris son témoignage au sérieux. Malgré tout, il a trouvé le soutien dont il avait besoin auprès de ses amis, de sa famille et de son nouveau compagnon.
Depuis, son ex-mari s'est excusé par écrit, mais le traumatisme demeure. Depuis deux ans, Lucas a fait du chemin et s'est reconstruit. Épanoui, il vit avec son nouveau compagnon et leur fille va bien. "Ma vie a changé pour le mieux, mais les traumatismes subsistent", admet-il. Pour lui, il est temps de briser le silence et de dénoncer cette réalité trop souvent ignorée. "Il faut que l'on parle des violences conjugales au sein des couples LGBT, car nous aussi, nous souffrons et avons n’avons pas de structures pour nous accueillir ».
sos Hommes Battus France : Une prise de conscience silencieuse
Ulrick Lermarchands, président de l'Association SOS Hommes Battus France, nous parle de la violence conjugale subie par les hommes.
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Créée en 2020, l’association SOS Hommes Battus France se dédie à une cause méconnue et souvent taboue : celle des hommes victimes de violence conjugale. "La raison pour laquelle j'ai fondé cette association, c'est qu'aujourd'hui, il n'existe aucune association, ou du moins en tout cas, lorsqu'on l'a créé, il n'existait pas d'associations qui adressaient les hommes victimes de violence conjugale." À la création de SOS Hommes Battus, la situation était donc la suivante : il existait bien des associations féminines ouvrant leurs portes aux hommes victimes, mais le chemin menant à ces ressources demeurait embrouillé et compliqué. Les hommes victimes de violence conjugale vivent en effet dans une double peine : celle d'une souffrance personnelle exacerbée par la méconnaissance d'une société qui a du mal à voir en eux des victimes. "Ça reste quand même relativement compliqué aujourd'hui", confie Ulrick. Des chiffres non représentatifs "Maintenant parmi les quelques actifs, on a des médecins, des juristes, des assistantes sociales avec lesquelles on a réussi à mettre en place une permanence téléphonique nationale." De plus, l'association a fait le choix de se rendre visible et audible à travers des réseaux sociaux et un site internet. L'association SOS Hommes Battus porte ainsi une lumière sur une réalité longtemps ignorée : celle des hommes victimes de violences domestiques. Mais mettre en évidence le problème n'est que la première étape. Comprendre l'ampleur de la situation s'avère être un défi de taille. Ulrick le souligne, "le chiffre est délicat à extraire mais il est aussi délicat à manipuler." Selon les estimations, on serait aux alentours de 152 000 à 400 000 hommes victimes, contre 500 à 600 000 femmes. Cependant, ces chiffres ne reflètent pas le nombre de victimes qui portent plainte. Seuls 3 à 5 % des hommes contre 15 à 20% des femmes le feraient.
"Où est-ce que vous avez vu une campagne de publicité, un programme dédié à inviter les hommes à parler ? On les invite plutôt à se taire. Qu'à parler ?" s'indigne Ulrick. Le silence qui entoure les hommes battus n'est pas seulement le fait des victimes elles-mêmes, mais aussi de la société dans son ensemble qui préfère ignorer cette réalité dérangeante. Ulrick nous rappelle que la violence conjugale n'est pas un problème exclusivement féminin. "Dans le discours de des violences conjugales qu'est-ce qui a changé ? "Femme victime, homme agresseur"En fait, les femmes sont toujours les victimes et les hommes, c'est toujours les agresseurs." Un stéréotype qui persiste et enferme les victimes masculines dans une spirale. Les hommes y sont souvent marginalisés.. L'ignorance de cette problématique par la société est un autre obstacle majeur à la reconnaissance des hommes en tant que victimes de violences conjugales. Même lorsque des hommes osent parler de leur souffrance, ils sont souvent confrontés à l'incompréhension, à la moquerie ou même au mépris. Cette situation est le reflet d'un stéréotype persistant qui veut que les hommes soient toujours les agresseurs et les femmes toujours les victimes.
"Quand vous allez à la police, ils ne sont pas différents de nous," explique Lermarchands, soulignant que les forces de l'ordre ont tendance à adopter le même réflexe que la société en général. "Le réflexe mécanique de réflexion, c'est de dire la femme, elle est victime, donc forcément il y a une empathie naturelle qui vient, qui vient s'immiscer à la table et qui les amène à être plus enclin, plus réceptif à écouter leurs doléances et à les retranscrire le plus assidûment possible. À contrario, l'homme est un agresseur. Donc forcément, quand je reçois, si j'étais un gendarme ou un policier et que globalement j'ai été conditionné à réfléchir ainsi et à ne pas remettre le statu quo en question, forcément, si c'est un homme, c'est un agresseur. Si il se présente comme victime, c'est un menteur."
La situation ne s'améliore pas lorsque ces affaires arrivent devant les tribunaux. La position de Lermarchands est sans équivoque : "Les 3 petits singes – on n'a rien vu, on n'a rien entendu et donc de facto on ne dit rien." Il souligne qu'il y a des cas où les magistrats déclarent littéralement que les violences conjugales envers les hommes n'existent pas. Dans ces situations, les victimes se retrouvent souvent seules à se défendre. Même lorsqu'elles sont assistées d'un avocat, ce dernier peut être témoin de la scène sans intervenir. En outre, le manque de soutien et de compréhension de la part de la société peut avoir des conséquences désastreuses pour les victimes. Lermarchands évoque le cas de certains hommes qui, se sentant complètement niés dans leur identité de victime et d'être humain, peuvent se suicider. Il souligne que, parmi les hommes victimes de violences conjugales, beaucoup sont maltraités ou même violentés par leur avocat. Parfois, les avocats utilisent même des tactiques d'intimidation ou transmettent des informations sensibles à la partie adverse pour nuire à leur propre client. Face à ces défis, l'Association SOS Hommes Battus France s'efforce de fournir une assistance et un soutien aux hommes victimes de violences conjugales. L'association a déjà mis en place une ligne téléphonique nationale pour les hommes victimes de violences conjugales et prévoit de lancer des groupes de parole destinés spécifiquement aux hommes dans les mois à venir.
Face à ces défis, l'Association SOS Hommes Battus France s'efforce de fournir une assistance et un soutien aux hommes victimes de violences conjugales. L'association a déjà mis en place une ligne téléphonique nationale pour les hommes victimes de violences conjugales et prévoit de lancer des groupes de parole destinés spécifiquement aux hommes dans les mois à venir.
Une experte décrypte le tabou des violences domestiques envers les hommes
Au cœur des conversations et des débats actuels se trouve la violence domestique, un problème mondial qui transcende les frontières culturelles, socio-économiques et politiques. Cependant, un aspect sous-estimé de cette problématique est la violence à l'égard des hommes. Geneviève Schmit, une experte dans l'accompagnement des victimes de manipulateurs pervers narcissiques, nous livre ses observations et réflexions à ce sujet.
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Les hommes sont, depuis des décennies, le visage traditionnel du pouvoir, de la force et de la stabilité. Néanmoins, cela ne signifie pas qu'ils soient immunisés contre toutes formes de violences, qu'elles soient physiques ou psychologiques. Geneviève Schmit, experte dans l'accompagnement des victimes de manipulateurs pervers narcissiques, affirme : "Depuis quelques années, les hommes commencent à oser dire qu'eux aussi, dans une certaine mesure, vivent des violences conjugales du même type que celles que peuvent parfois vivre certaines femmes". Bien qu'il existe une multitude de barrières empêchant les hommes de parler de ces violences, l'une des plus notables est la stigmatisation sociale. "L'homme est la personne forte, la personne qui ne doit pas montrer la moindre faiblesse, qui ne doit pas exprimer ses émotions. C'est bien ancré depuis tellement de générations que qu'on ne peut plus en définir l'origine", explique Schmit. Cette pression sociétale a engendré une honte profonde chez les hommes victimes de violences, entravant leur capacité à partager leur vécu.
""Ils se sentent castrés, impuissants" En outre, les hommes sont souvent confrontés à un manque de soutien institutionnel et social lorsqu'ils sont victimes de violences. Schmit rapporte qu'elle a des patients qui sont physiquement maltraités par leurs femmes. Ces hommes se retrouvent confrontés à une contradiction intérieure, entre le devoir d'adopter une posture d'homme fort et leur réalité vécue qui est tout autre. "Ils se sentent castrés, impuissants face à une femme qui peut les martyriser de manière psychologique et même parfois physique", dit-elle.
Néanmoins, les obstacles restent nombreux et profondément enracinés dans notre société. Schmit illustre cette réalité avec une anecdote révélatrice : "Il y a une femme qui a frappé son compagnon dans un parc et les personnes présentes ont ri de la situation, alors que si la situation avait été inverse, il y aurait eu des réactions immédiates de soutien pour la femme". Elle souligne l'importance de la formation pour ceux qui sont en première ligne pour aider ces hommes, notamment les travailleurs sociaux, les psychologues, les médecins et les forces de l'ordre. Ils doivent comprendre que le phénomène d'emprise peut toucher aussi bien les hommes que les femmes.
Lorsque ces hommes parviennent à surmonter ces obstacles internes et osent chercher de l'aide, ils sont souvent mal reçus. Les forces de l'ordre et les institutions publiques ne sont pas toujours prêtes à entendre leur détresse. "Ils osent passer le pas de la porte et se plaindre. Mais souvent, ils sont reçus mal ou pire, ridiculisés", ajoute Schmit. Ce traitement n'a pour effet que de renforcer leur souffrance, générant une colère et une violence intérieures.
La parole se libère Il existe un manque évident de structures de soutien pour les hommes victimes de violence en France. "Il y a peut-être deux associations pour les hommes battus en France, mais il n'y a pas une aide mise en place, un peu équivalent comme pour les femmes victimes de violence conjugales", déclare Schmit. Elle souligne que les femmes ont commencé à se rebeller contre les violences conjugales il y a plus de 50 ans, et que les structures d'aide aux victimes féminines sont donc bien en place. Les hommes, qui commencent seulement à s'exprimer, semblent arriver "comme un cheveu sur la soupe". Malgré ces défis, Geneviève Schmit constate que le nombre d'hommes qui lui téléphonent pour demander de l'aide est en augmentation. "Ils ont déjà fait la démarche d'oser prendre le téléphone et m'appeler. Cela vient du fait que j'ai en amont ouvert toutes les portes en parlant d'eux", dit-elle. Cela suggère que la sensibilisation et la mise en place de soutiens stratégiques, psychologiques et autres encouragent ces hommes à chercher de l'aide.
Elle appelle à une transformation plus large de la société : "Je pense que les structures mises en place pour les femmes devraient accueillir les hommes. Il reste à former les personnes qui seront là. Tout un apprentissage à faire". En effet, il est temps que les hommes victimes de violences trouvent enfin la reconnaissance, le soutien et l'aide dont ils ont besoin pour surmonter leurs traumatismes et se reconstruire.
Geneviève Schmit aide les victimes de manipulateurs pervers narcissiques
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Violences conjugales : Les victimes masculines dans l'ombre du système judiciaire
Longtemps reléguées à l'ombre des statistiques, les victimes masculines de violences conjugales sortent lentement de l'ombre. Mais cette reconnaissance publique tarde à se traduire en termes juridiques. Face à l'imposant mur des stéréotypes de genre, ces hommes se heurtent à un système judiciaire réticent, souvent indifférent à leur souffrance. Dans cet univers austère et désorientant, des figures émergent, déterminées à défendre ces hommes et à mettre en lumière leur combat souvent invisible. L'une de ces figures est Maître Damien Richard, un avocat qui brave les conventions et les préjugés pour défendre la cause de ces hommes souvent oubliés par la justice.
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Dans l'antre silencieux du bureau de Maître Damien Richard, les murs nus sont décorés d'attestations de loi encadrées et de portraits d'avocats célèbres. Le décor austère absorbe toute ambiance sonore, créant un silence presque palpable. Parmi les clients présents, un homme, Benjamin, attire l'attention. Sa trentaine discrète, sa veste usée et son regard absent suggèrent un parcours judiciaire éprouvant. Benjamin est l'une de ces victimes que la société peine à reconnaître : un homme qui a subi des violences conjugales. Alors que les statistiques révèlent une proportion non négligeable d'hommes victimes, ils demeurent souvent dans l'ombre, leur situation étant minimisée voire niée dans le débat public. Le système judiciaire, pour sa part, ne facilite pas leur reconnaissance, les avocats tels que Maître Richard se heurtant à de nombreux préjugés et obstacles.
Cependant, le défi ne s'arrête pas à la porte du cabinet. Il se poursuit dans la salle d'audience, où l'avocat doit convaincre le juge et le jury. Les stéréotypes de genre ont une influence considérable dans les tribunaux. Le récit traditionnel de l'homme en tant qu'agresseur et de la femme en tant que victime est profondément ancré dans l'esprit collectif, ce qui peut nuire à la cause des hommes victimes.
"Pour ces hommes, c'est un combat sur deux fronts", observe Maître Richard. "Ils doivent non seulement prouver qu'ils ont subi des violences, ce qui est déjà un défi de taille, mais aussi déconstruire l'image sociale de l'homme 'fort', insensible à la douleur. C'est un mur de stéréotypes que nous devons démolir avant même de pouvoir plaider leur cause en cour." Dans de tels cas, l'avocat doit faire preuve de tact, de patience et de finesse psychologique. Il doit établir un lien de confiance avec le client, l'encourager à raconter son histoire, à exprimer ses sentiments, malgré le conditionnement social qui pousse les hommes à garder leurs souffrances pour eux-mêmes.
La première interaction entre l'avocat et son client est souvent un moment crucial. Benjamin, comme beaucoup d'autres hommes dans sa situation, est hésitant, presque craintif. Les hommes victimes de violences conjugales portent une double peine : non seulement ils subissent leurs blessures, mais ils doivent aussi faire face à l'incrédulité de la société, voire à une forme de sarcasme malvenu.
© Liliana Brel
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© Liliana Brel
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La loi est censée être neutre, mais en réalité, elle est appliquée par des êtres humains qui ont leurs propres préjugés et croyances", souligne Maître Richard. "Il y a des juges qui, malgré leur meilleure volonté, peinent à accepter l'idée qu'un homme puisse être victime de violences conjugales."
Le chemin de Benjamin vers la justice est semé d'embûches. Néanmoins, il est déterminé à aller de l'avant, à montrer que les hommes peuvent aussi être victimes. Maître Richard, armé de preuves, de détermination et d'une éloquence indéfectible, est à ses côtés, prêt à défendre son client contre tous les préjugés. La réalité de ces victimes est tragique, et leurs combats sont difficiles. Les avocats comme Maître Richard portent la lourde responsabilité de donner une voix à ces hommes, de défendre leur cause et de briser leur invisibilité. En dépit d'un système judiciaire et d'un environnement social réticents, ils s'engagent à lutter pour la justice, indépendamment du sexe de leurs clients. C'est une quête complexe et délicate, mais néanmoins nécessaire pour rééquilibrer la balance de la justice et reconnaître tous ceux qui ont été touchés par la violence conjugale.
© Liliana Brel