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CORPUS textes se raconter se présenter

Mickael Lastella

Created on July 4, 2023

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Transcript

Se raconter, se présenternter

Corpus de lecture cursive

Index

01 Texte 1: A. Begagh

03 Texte 3: R. Wright

04 Texte 4: A. Frank

02 Texte 2: G. Perec

Texte 1:

[Les efforts d’Azouz ont payé. Il fait maintenant partie des meilleurs élèves et son professeur lui a suggéré de s’asseoir à côté de Jean-Marc Laville, le premier de la classe.]

Dans les années 1960, le jeune Azouz et ses amis, enfants d’immigrés algériens, grandissent au « Chaâba », un bidonville situé à Villeurbanne, près de Lyon. Il raconte son intégration à l’école primaire. "J’ai honte de mon ignorance. Depuis quelques mois, j’ai décidé de changer de peau. Je n’aime pas être avec les pauvres, les faibles de la classe. Je veux être dans les premières places du classement, comme les Français.

– Je croyais que tu n’allais pas venir aujourd’hui. Tu sais qu’on doit se mettre ensemble dans la classe ? […] Je ne sais pas ce que j’allais lui répondre lorsque j’ai aperçu Moussaoui, Nasser et deux autres Algériens de ma classe qui s’approchaient de nous.    – Toi, casse-toi de là ! ordonne Moussaoui à Jean-Marc en lui lançant un coup de pied dans le cartable.    Terrorisé, le génie se retire sur la pointe des pieds.

– Alors ? dit Moussaoui en me fixant d’un œil malicieux et plein de reproches.    – Alors quoi ? fais-je, sans me douter le moins du monde de ce qu’il peut bien me vouloir. Ses yeux se font lance-roquettes et, méprisant, il lâche :    – T’es pas un Arabe, toi !   Aussitôt, sans même comprendre la signification de ces mots, je réagis:    – Si. Je suis un Arabe !    – Non, t’es pas un Arabe, j’te dis !    – Si, je suis un Arabe !    – J’te dis que t’es pas comme nous ! Alors là, plus aucun mot ne parvient à sortir de ma bouche. Le dernier est resté coincé entre mes dents."

AZOUZ BEGAG, Le Gone du Chaâba, © Le Seuil, 1986.

Questions sur le texte

Texte 2:

Pour moi, évidemment, c’étaient des adultes, mais je pense maintenant qu’ils ne devaient pas avoir beaucoup plus de vingt ans. La plupart portaient la barbe. Quelques-uns seulement avaient des armes ; l’un deux en particulier portait des grenades qui pendaient à ses bretelles et c’est ce détail qui me frappa le plus. Je sais aujourd’hui que c’était des grenades défensives, que l’on jette pour se protéger en se repliant et dont l’enveloppe d’acier guilloché explose en centaines de fragments meurtriers, et non des grenades offensives, que l’on lance devant soi avant d’aller à l’assaut et qui font plus de peur et de bruit que de mal.

Un jeudi après-midi du printemps ou de l’été 1944, nous allâmes en promenade dans la forêt, emportant nos goûters, ou plutôt, sans doute, ce que l’on nous avait dit être nos goûters,dans des musettes. Nous arrivâmes dans une clairière, où nous attendait un groupe de maquisards. Nous leur donnâmes nos musettes. Je me souviens que je fus très fier de comprendre que cette rencontre n’était pas du tout le fait du hasard et que la promenade habituelle du jeudi n’avait été cette fois que le prétexte choisi pour aller ravitailler les Résistants. Je crois qu’ils étaient une douzaine : nous, les enfants, devions bien être trente. .

Je ne me rappelle pas si cette promenade fut exceptionnelle, ou si elle se renouvela plusieurs fois. C’est longtemps après que j’appris que les directrices du collège « étaient dans la Résistance »

Georges Perec, W ou le souvenir d’enfance,1975, chap. 23

Questions sur le texte

Texte 3:

Nous lui répondîmes que c'était le petit chat qui faisait tout ce bruit, et il nous dit de le chasser. Nous essayâmes de faire partir le petit chat, mais il ne voulait rien savoir. Mon père intervint.« Allez, ouste ! » cria-t-il. Le petit chat squelettique s'attardait, se frottait contre nos jambes avec des miaulements plaintifs. « Tuez-moi cette maudite bête ! grogna mon père. Faites ce que vous voulez, mais débarrassez-moi de ça ! » Il rentra dans la maison en grommelant3. Je lui en voulais d'avoir crié et cela m'agaçait de ne pouvoir lui montrer mon ressentiment. Comment lui rendre la monnaie de sa pièce ?[...]

Black Boy est un roman autobiographique dans lequel Richard Wright raconte son enfance difficile et son entrée dans l'âge adulte. Dans ce passage, l'auteur se souvient d'un événement qui lui a permis de s'opposer à son père. Un beau matin, alors que mon frère et moi jouions derrière la maison, nous trouvâmes un petit chat perdu qui miaulait à fendre l'âme1. Nous lui donnâmes quelques miettes de nourriture et nous le fîmes boire, mais il continuait de miauler. Mon père s'amena en caleçon, titubant lourdement, encore à moitié endormi, par la porte de la cuisine et nous ordonna de nous taire.

« Il a dit qu'on tue le petit chat, dis-je à mon frère. – Il le pensait pas vraiment, repartit celui-ci. – Si, il le pensait. Moi, j'vais le tuer ! [...] » Mon frère se sauva, effrayé. Je trouvai un morceau de corde et j'en fis un grand nœud coulant que je passai autour du cou du chat. Puis je glissai la corde sur un clou et j'arrachai l'animal du sol. Il haleta5, bava, tournoya, se plia en deux, battit désespérément le vide de ses griffes et finalement sa bouche s'ouvrit toute grande, laissant pendre une langue blanche et rose. J'attachai la corde à un clou et je me mis à la recherche de mon frère. Il était tapi dans un coin de la maison.

« Je l'ai tué, chuchotai-je.– T'as mal fait, dit mon frère. – Maintenant, Papa va pouvoir dormir, dis-je, tout content de moi. [...] – Je vais le dire », fit mon frère en se sauvant dans la maison. J'attendis, résolu à me défendre à l'aide des paroles inconsidérées6 de mon père ; je jouissais par anticipation de la satisfaction que j'aurais à les lui répéter, bien que je fusse conscient du fait qu'il les avait prononcées dans la colère. Ma mère accourut, s'essuyant les mains à son tablier. Elle s'arrêta et pâlit quand elle vit le chat pendu au bout de la corde.

« Au nom du Ciel, qu'est-ce que tu as fait ? » interrogea-t-elle. [...] Elle me saisit par la main et me traîna jusqu'au lit de mon père et lui raconta ce que j'avais fait. « On n'est pas idiot à ce point-là ! gronda mon père. – Tu m'as dit de le tuer. – Je t'ai dit de me débarrasser de lui. – Tu m'as dit de le tuer, ripostai-je d'un ton assuré. – Sors d'ici ou je vais t'flanquer une paire de baffes ! » beugla mon père d'un air dégoûté ; après quoi il me tourna le dos et se renfonça sous les couvertures.

Ce fut ma première victoire sur mon père. Je lui avais fait croire que j'avais pris ses paroles à la lettre. Il ne pouvait me punir maintenant sans compromettre son autorité. J'étais heureux parce que j'avais enfin trouvé le moyen de le critiquer ouvertement. Je lui avais fait comprendre que s'il me battait pour avoir tué le chat, je n'attacherais plus désormais aucune valeur à ses paroles. Je lui avais fait comprendre que je savais à quel point il était cruel, et cela, sans lui donner la possibilité de me punir. Richard Wright, Black Boy, traduit de l'anglais par Marcel Duhamel et Andrée R. Picard, © Éditions Gallimard, 1947.

Questions sur le texte

Texte 4:

Dans chaque recoin cinq admirateurs, une bonne vingtaine d'amies et de copines, la chouchoute de la plupart des profs, gâtée par Papa et Maman, bonbons à foison, assez d'argent, que désirer de plus ? [...] Tant d'admiration ne m'aurait-elle pas rendue arrogante ? C'est une chance qu'au milieu, au point culminant de la fête, j'aie été soudain ramenée à la réalité, et il m'a fallu plus d'un an pour m'habituer à ne plus recevoir de nulle part de marques d'admiration. Comment me voyaient-ils à l'école ? Celle qui prenait l'initiative des farces et des blagues, toujours partante, jamais de mauvaise humeur ou pleurnicharde.

Dans son journal intime, Anne Frank raconte sa vie dans la clandestinité et livre ses réflexions au jour le jour, par le biais de lettres adressées à une amie imaginaire qu'elle nomme Kitty. Cette lettre est l'une des dernières qu'elle écrit avant d'être arrêtée et déportée. Mardi 7 mars 1944 Chère Kitty, Quand je songe aujourd'hui à ma petite vie douillette de 1942, elle me paraît irréelle. Cette vie de rêve était le lot d'une Anne Frank toute différente de celle qui a mûri ici. Oui, une vie de rêve, voilà ce que c'était.

C'est ainsi que j'ai découvert mon besoin d'un garçon ; pas d'une amie fille, mais d'un ami garçon. Découvert aussi le bonheur en moi et ma cuirasse de superficialité et de gaieté. Mais de temps à autre je retombais dans le silence. À présent je ne vis plus que pour Peter, car c'est de lui que dépendra pour une large part ce qu'il adviendra désormais de moi !Et le soir, lorsque je suis couchée et que je termine ma prière par ces mots : « Je te remercie pour tout ce qui est bon, aimable et beau », alors je me sens emplie d'une jubilation intérieure, je pense à « ce qui est bon » dans la clandestinité, dans ma santé, dans tout mon être, à « ce qui est aimable » en Peter [...].

Quoi d'étonnant si tout le monde voulait m'accompagner à vélo ou me témoigner de petites attentions ? Aujourd'hui je regarde cette Anne Frank comme une fille sympathique, amusante, mais superficielle, qui n'a rien à voir avec moi. [...] Malgré tout, en 1942, je n'étais absolument pas heureuse, c'est impossible, je me sentais souvent abandonnée, mais comme j'étais occupée du matin au soir, je ne réfléchissais pas et je m'amusais autant que je pouvais. [...] La première moitié de 1943, mes crises de larmes, la solitude, la lente prise de conscience de tous mes torts et de tous mes défauts [...]. Après le Nouvel An, deuxième grand changement, mon rêve...

Alors, je ne pense pas à toute la détresse, mais à la beauté qui subsiste encore. C'est là que réside pour une grande part la différence entre Maman et moi [...], car que doit-on faire quand on connaît soi-même la détresse ? On est perdu. En revanche, je trouve que dans n'importe quel chagrin, il subsiste quelque chose de beau, si on le regarde, on est frappé par la présence d'une joie de plus en plus forte et l'on retrouve soi-même son équilibre. Et qui est heureux rendra les autres heureux aussi, qui a courage et confiance ne se laissera jamais sombrer dans la détresse. Bien à toi, Anne M. Frank Le Journal d'Anne Frank, 1947, © Calmann-Lévy

Questions sur le texte