Toute ma peau a une âme
Projet artistique mené par Mirelle Loup, photographe, réalisatrice audiovisuel, auteure de nouvelles et romans. Les performances de mises en scène photographiques en éclairage studio se sont déroulées les 14 et 17 mars 2023, avec les classes de première P5 et P8. Pour célébrer l'écriture sensuelle et la langue savoureuse de Colette, les élèves ont choisi des passages de Sido et des Vrilles de la vigne qu'ils ont mis en scène avec une grande créativité, sublimée par Mireille Loup. Mireille Loup a en effet prêté son talent et sa technique pendant deux journées d'un travail fervent et intense qui a permis à chaque élève de s'exprimer en toute liberté dans un art que beaucoup ont ainsi découvert. Les photographies chantent l'univers de Colette : elles en offrent une interprétation sensible et touchante, hymne vibrant au pouvoir de séduction de son écriture. Les images se mêlent aux mots afin que "Là, j'ai de quoi rêver, de quoi m'émouvoir." (Colette, Sido)
[E]lle reprenait sur l’herbe les reliefs du repas, quelques champignons frais cueillis, le nid de mésange vide, la cartilagineuse éponge cloisonnée, œuvre d’une colonie de guêpes, le bouquet sauvage, des cailloux empreints d’ammonites fossiles, le grand chapeau de « la petite » […]. Colette, Sido
Il se perdit ici et là, dans la cathédrale, dans la tour de l’horloge, et notamment dans une grande épicerie, durant qu’on emballait le pain de sucre drapé d’un biais de papier indigo, les cinq kilos de chocolat, la vanille, la cannelle, la noix de muscade, le rhum pour les grogs, le poivre noir et le savon blanc. [...]
– Ha !... Où est-il ? – Qui, madame Colette ? – Mon petit garçon ! L’a-t-on vu sortir ?Personne ne l’avait vu sortir, et déjà ma mère, à défaut de puits, interrogeait les cuves d’huile et les tonneaux de saumure. Colette, Sido
Les deux sauvages […] lisaient comme autrefois lisaient les adolescents de quatorze et de dix-sept ans, c’est-à-dire avec excès, avec égarement, le jour, la nuit, au sommet des arbres, dans les fenils […]. Colette, Sido
Oubliée chez Adrienne entre des cubes vacillants de livres – toute la collection de la Revue des Deux Mondes, entre autres – entre les tomes innombrables d’une vieille bibliothèque médicale à odeur de cave, entre des coquillages géants, des simples à demi secs, des pâtées de chat aigries, le chien Perdreau, le matou noir à masque blanc qui s’appelait « Colette » et mangeait le chocolat cru, je tressaillais à un appel venu par-dessus les ifs entravés de roses et les thuyas étiques que paralysait un python de glycine… Colette, Sido
Laisse-moi. Je suis malade et méchante, comme la mer. Resserre autour de mes jambes ce plaid, mais emporte cette tasse fumante, qui fleure le foin mouillé, le tilleul, la violette fade… Je ne veux rien, que détourner la tête et ne plus voir la mer, ni le vent qui court, visible, en risées sur le sable, en poudre d’eau sur la mer. Tantôt il bourdonne, patient et contenu, tapi derrière la dune, enfoui plus loin que l’horizon… Puis il s’élance, avec un cri guerrier, secoue humainement les volets, et pousse sous la porte, en frange impalpable, la poussière de son pas éternel… Colette, Les Vrilles de la vigne, « Jour gris »
Il y a dix ans, je sonnais, amenée par un ami, à la porte de Mme B…, qui a, professionnellement, commerce avec les « esprits ». Elle nomme ainsi ce qui demeure, errant autour de nous, des défunts, particulièrement de ceux qui nous tinrent de près par le sang, et par l’amour. […] – … derrière vous est assis l’« esprit » d’un homme âgé. Il porte une barbe non taillée, étalée, presque blanche. Les cheveux assez longs, gris, rejetés en arrière. Des sourcils… oh ! par exemple, des sourcils… tout broussailleux… et là-dessous des yeux oh ! mais, des yeux !... Petits, mais d’un éclat qui n’est pas soutenable… Voyez-vous qui ça peut être ? – Oui. Très bien. Colette, Sido
Ils jouèrent, je me le rappelle, comme des anges musiciens, et ensoleillèrent de musique la messe villageoise, l’église sans richesses et sans clocher. Je paradais, fière de mes onze ans, de ma chevelure de petite Eve et de ma robe rose, fort contente de toutes choses, sauf quand je regardais ma sœur tremblante de faiblesse nerveuse, toute petite, accablée de faille et de tulle blancs, pâle et qui levait sa singulière figure mongole, défaillante, soumise au point que j’en eus honte, vers un inconnu… Colette, Sido
Il s’assit, mouillé, à mon feu, prit distraitement sa singulière subsistance – des bonbons fondants, des gâteaux très sucrés, du sirop – ouvrit ma montre, puis mon réveil, les écouta longuement, et ne dit rien. Colette, Sido
Une seule fois, en été, un jour que ma mère enlevait de la table le plateau du café, je vis la tête, la lèvre grisonnantes de mon père, au lieu de réclamer le péage familier, penchées sur la main de ma mère avec une dévotion fougueuse, hors de l’âge, et telle que « Sido », muette, autant que moi empourprée, s’en alla sans un mot. Colette, Sido
Etonnée, je lève les yeux vers le visage de mon amie, que je n’avais pas encore isolé de son chapeau insensé, grand comme une ombrelle, hérissé d’une fusée épanouie de plumes, un chapeau feu d’artifice […]… Les joues poudrées de rose, les lèvres vives et fardées, les cils raidis de mascaro lui composaient son frais petit masque habituel, mais quelque chose, là-dessous, me sembla changé, éteint, absent. En haut d’une joue moins poudrée, un sillon mauve gardait la nacre, le vernissé de larmes récentes… Colette, Les Vrilles de la vigne, « Belles-de-jour »
Sur un des plus hauts rayons de la bibliothèque, je revois encore une série de tomes cartonnés, à dos de toile noire. Les plats de papier jaspé, bien collés, et la rigidité du cartonnage attestaient l’adresse manuelle de mon père. Colette, Sido
J’arrivais de l’école, et je marquais ma petite mâchoire, en croissants, dans un talon de pain frais, comblé de beurre et de gelée de framboises… Colette, Sido
Sa main blanche ne saurait m’échapper, surtout depuis que je tiens mal mon pouce, en dehors, comme lui, et que comme cette main mes mains froissent, roulent, anéantissent le papier avec une fureur explosive. Et la colère donc… Colette, Sido
Pendant que j’écris, ma fille est toujours là. Elle lit, et sa main va d’une corbeille de fruits à une boîte de bonbons. C’est une enfant d’à présent. Colette, Les Vrilles de la vigne, « Maquillages »
Une main preste arrêtait la mienne – que n’a-t-on moulé, peint, ciselé cette main de « Sido », brunie, tôt gravée de rides par les travaux ménagers, le jardinage, l’eau froide et le soleil, ses doigts longs bien façonnés en pointe, ses beaux ongles ovales et bombés… Colette, Sido
Achille sera médecin. Mais Léo ne pourra pas échapper à la musique. Colette, Sido
J’écoutais, sévère. Il s’agissait d’un beau morceau de prose oratoire, ou d’une ode, vers faciles, fastueux par le rythme, par la rime, sonores comme un orage de montagne… Colette, Sido
Quand mon père mourut, la bibliothèque devint chambre à coucher, les livres quittèrent leurs rayons. – Viens donc voir, appela un jour mon frère, l’aîné. Il transportait lui-même, classait, ouvrait les livres, taciturne, en quête d’une odeur de papier piqué, d’une de ces moisissures embaumées d’où se lève l’enfance révolue, d’un pétale de tulipe sec, encore jaspé comme l’agate arborescente… Colette, Sido
– Mon Dieu, Colette, tu me tiens chaud ! se plaignait-elle. Tu remplis toute la chambre. Un homme est toujours déplacé au chevet d’une femme. Va dehors ! […] – Tu vois ? disait ma mère derrière lui. Tu vois cet air de vêtement vide qu’il prend quand je suis malade ? Colette, Sido
Mais dans le pire du fracas ma mère, l’œil sur une grosse loupe cerclée de cuivre, s’émerveillait, comptant les cristaux ramifiés d’une poignée de neige qu’elle venait de cueillir aux mains mêmes de l’Ouest rué sur notre jardin… Colette, Sido
– […] Change de ruban, mets-en un bleu pâle… Tu as un teint pour le bleu pâle, ce soir. Changer de ruban – jusqu’à l’âge de vingt-deux ans on m’a vue coiffée de ce large ruban, noué autour de ma tête, « à la Vigée-Lebrun », disait ma mère – et porter un message de fleurs : ainsi ma mère m’avertissait que j’étais, pendant une heure, un jour, particulièrement jolie, et qu’elle s’enorgueillissait de moi. Colette, Sido
Elle me contait plus tard cette petite aube poussiéreuse d’été […]. Elle me disait qu’elle avait trouvé son aîné endormi, les bras fermés sur sa poitrine, la bouche fraîche et les yeux clos, et tout empreint de sa sévérité de sauvage pur… Colette, Sido
Elle sent mon regard, y répond malicieusement, et lève vers la lumière une grappe de raisin […] : – Lui aussi, dit-elle, il est poudré… Colette, Les Vrilles de la vigne, « Maquillages »
« A ton âge, si j’avais mis de la poudre et du rouge aux lèvres, et de la gomme aux cils, que m’aurait dit ma mère ? Tu crois que c’est joli, ce bariolage, ce… ce masque de carnaval, ces… ces exagérations qui te vieillissent ? »
Ma fille ne répond rien. Ainsi j’attendais, à son âge, que ma mère eût fini son sermon. Colette, Les Vrilles de la vigne, «Maquillages »
Hors une corne de terre, hors un bosquet de lauriers-cerises dominés par un junko-biloba – je donnais ses feuilles, en forme de raie, à mes camarades d’école, qui les séchaient entre les pages de l’atlas – tout le chaud jardin se nourrissait d’une lumière jaune, à tremblements rouges et violets, mais je ne pourrais dire si ce rouge, ce violet dépendaient, dépendent encore d’un sentimental bonheur ou d’un éblouissement optique. Colette, Sido
Au bord de l’étang, il essayait une humeur joviale qui n’était pas son humeur joviale de la semaine ; il débouchait plaisamment la bouteille de vin, s’accordait une heure de pêche à la ligne, lisait, dormait un moment, et nous nous ennuyions, nous autres sylvains aux pieds légers […]. Assise au bord de l’étang, entre son mari et ses enfants sauvages, seule ma mère semblait recueillir mélancoliquement le bonheur de compter, gisants contre elle, sur l’herbe fine et jonceuse rougie de bruyère, ses bien-aimés… Colette, Sido
Remerciements
Toute notre gratitude à Mireille Loup, dont la généreuse énergie a offert aux élèves une expérience précieuse et singulière.
Les oeuvres des élèves sont visibles sur son site (lien) : et ont fait l'objet d'une publication (lien):
https://mireilleloup.com/fr_FR/commande/toute-ma-peau-a-une-ame-i-d-apres-colette
https://mireilleloup.com/fr_FR/commande/toute-ma-peau-a-une-ame-le-livre
Toute notre reconnaissance à Monsieur Courjault, proviseur du lycée, qui a permis la mise en oeuvre de ce projet. Un grand merci à Nicolas Annereau, AESH, d'avoir épaulé les élèves pendant les ateliers. Bravo à Hélèna Chaffiot, Léa Garrivet, Charline Guilloux et Alice Leang qui ont prêté leur voix aux textes de Colette. Equipe pédagogique : Mylène Marmin, professeure-documentaliste
Benjamin Meyniel, professeur-documentaliste
Anne Telyczka, professeure de Lettres
Colette, toute ma peau a une âme
cdi-0180006j
Created on June 2, 2023
Start designing with a free template
Discover more than 1500 professional designs like these:
View
Essential Dossier
View
Essential Business Proposal
View
Essential One Pager
View
Akihabara Dossier
View
Akihabara Marketing Proposal
View
Akihabara One Pager
View
Vertical Genial One Pager
Explore all templates
Transcript
Toute ma peau a une âme
Projet artistique mené par Mirelle Loup, photographe, réalisatrice audiovisuel, auteure de nouvelles et romans. Les performances de mises en scène photographiques en éclairage studio se sont déroulées les 14 et 17 mars 2023, avec les classes de première P5 et P8. Pour célébrer l'écriture sensuelle et la langue savoureuse de Colette, les élèves ont choisi des passages de Sido et des Vrilles de la vigne qu'ils ont mis en scène avec une grande créativité, sublimée par Mireille Loup. Mireille Loup a en effet prêté son talent et sa technique pendant deux journées d'un travail fervent et intense qui a permis à chaque élève de s'exprimer en toute liberté dans un art que beaucoup ont ainsi découvert. Les photographies chantent l'univers de Colette : elles en offrent une interprétation sensible et touchante, hymne vibrant au pouvoir de séduction de son écriture. Les images se mêlent aux mots afin que "Là, j'ai de quoi rêver, de quoi m'émouvoir." (Colette, Sido)
[E]lle reprenait sur l’herbe les reliefs du repas, quelques champignons frais cueillis, le nid de mésange vide, la cartilagineuse éponge cloisonnée, œuvre d’une colonie de guêpes, le bouquet sauvage, des cailloux empreints d’ammonites fossiles, le grand chapeau de « la petite » […]. Colette, Sido
Il se perdit ici et là, dans la cathédrale, dans la tour de l’horloge, et notamment dans une grande épicerie, durant qu’on emballait le pain de sucre drapé d’un biais de papier indigo, les cinq kilos de chocolat, la vanille, la cannelle, la noix de muscade, le rhum pour les grogs, le poivre noir et le savon blanc. [...]
– Ha !... Où est-il ? – Qui, madame Colette ? – Mon petit garçon ! L’a-t-on vu sortir ?Personne ne l’avait vu sortir, et déjà ma mère, à défaut de puits, interrogeait les cuves d’huile et les tonneaux de saumure. Colette, Sido
Les deux sauvages […] lisaient comme autrefois lisaient les adolescents de quatorze et de dix-sept ans, c’est-à-dire avec excès, avec égarement, le jour, la nuit, au sommet des arbres, dans les fenils […]. Colette, Sido
Oubliée chez Adrienne entre des cubes vacillants de livres – toute la collection de la Revue des Deux Mondes, entre autres – entre les tomes innombrables d’une vieille bibliothèque médicale à odeur de cave, entre des coquillages géants, des simples à demi secs, des pâtées de chat aigries, le chien Perdreau, le matou noir à masque blanc qui s’appelait « Colette » et mangeait le chocolat cru, je tressaillais à un appel venu par-dessus les ifs entravés de roses et les thuyas étiques que paralysait un python de glycine… Colette, Sido
Laisse-moi. Je suis malade et méchante, comme la mer. Resserre autour de mes jambes ce plaid, mais emporte cette tasse fumante, qui fleure le foin mouillé, le tilleul, la violette fade… Je ne veux rien, que détourner la tête et ne plus voir la mer, ni le vent qui court, visible, en risées sur le sable, en poudre d’eau sur la mer. Tantôt il bourdonne, patient et contenu, tapi derrière la dune, enfoui plus loin que l’horizon… Puis il s’élance, avec un cri guerrier, secoue humainement les volets, et pousse sous la porte, en frange impalpable, la poussière de son pas éternel… Colette, Les Vrilles de la vigne, « Jour gris »
Il y a dix ans, je sonnais, amenée par un ami, à la porte de Mme B…, qui a, professionnellement, commerce avec les « esprits ». Elle nomme ainsi ce qui demeure, errant autour de nous, des défunts, particulièrement de ceux qui nous tinrent de près par le sang, et par l’amour. […] – … derrière vous est assis l’« esprit » d’un homme âgé. Il porte une barbe non taillée, étalée, presque blanche. Les cheveux assez longs, gris, rejetés en arrière. Des sourcils… oh ! par exemple, des sourcils… tout broussailleux… et là-dessous des yeux oh ! mais, des yeux !... Petits, mais d’un éclat qui n’est pas soutenable… Voyez-vous qui ça peut être ? – Oui. Très bien. Colette, Sido
Ils jouèrent, je me le rappelle, comme des anges musiciens, et ensoleillèrent de musique la messe villageoise, l’église sans richesses et sans clocher. Je paradais, fière de mes onze ans, de ma chevelure de petite Eve et de ma robe rose, fort contente de toutes choses, sauf quand je regardais ma sœur tremblante de faiblesse nerveuse, toute petite, accablée de faille et de tulle blancs, pâle et qui levait sa singulière figure mongole, défaillante, soumise au point que j’en eus honte, vers un inconnu… Colette, Sido
Il s’assit, mouillé, à mon feu, prit distraitement sa singulière subsistance – des bonbons fondants, des gâteaux très sucrés, du sirop – ouvrit ma montre, puis mon réveil, les écouta longuement, et ne dit rien. Colette, Sido
Une seule fois, en été, un jour que ma mère enlevait de la table le plateau du café, je vis la tête, la lèvre grisonnantes de mon père, au lieu de réclamer le péage familier, penchées sur la main de ma mère avec une dévotion fougueuse, hors de l’âge, et telle que « Sido », muette, autant que moi empourprée, s’en alla sans un mot. Colette, Sido
Etonnée, je lève les yeux vers le visage de mon amie, que je n’avais pas encore isolé de son chapeau insensé, grand comme une ombrelle, hérissé d’une fusée épanouie de plumes, un chapeau feu d’artifice […]… Les joues poudrées de rose, les lèvres vives et fardées, les cils raidis de mascaro lui composaient son frais petit masque habituel, mais quelque chose, là-dessous, me sembla changé, éteint, absent. En haut d’une joue moins poudrée, un sillon mauve gardait la nacre, le vernissé de larmes récentes… Colette, Les Vrilles de la vigne, « Belles-de-jour »
Sur un des plus hauts rayons de la bibliothèque, je revois encore une série de tomes cartonnés, à dos de toile noire. Les plats de papier jaspé, bien collés, et la rigidité du cartonnage attestaient l’adresse manuelle de mon père. Colette, Sido
J’arrivais de l’école, et je marquais ma petite mâchoire, en croissants, dans un talon de pain frais, comblé de beurre et de gelée de framboises… Colette, Sido
Sa main blanche ne saurait m’échapper, surtout depuis que je tiens mal mon pouce, en dehors, comme lui, et que comme cette main mes mains froissent, roulent, anéantissent le papier avec une fureur explosive. Et la colère donc… Colette, Sido
Pendant que j’écris, ma fille est toujours là. Elle lit, et sa main va d’une corbeille de fruits à une boîte de bonbons. C’est une enfant d’à présent. Colette, Les Vrilles de la vigne, « Maquillages »
Une main preste arrêtait la mienne – que n’a-t-on moulé, peint, ciselé cette main de « Sido », brunie, tôt gravée de rides par les travaux ménagers, le jardinage, l’eau froide et le soleil, ses doigts longs bien façonnés en pointe, ses beaux ongles ovales et bombés… Colette, Sido
Achille sera médecin. Mais Léo ne pourra pas échapper à la musique. Colette, Sido
J’écoutais, sévère. Il s’agissait d’un beau morceau de prose oratoire, ou d’une ode, vers faciles, fastueux par le rythme, par la rime, sonores comme un orage de montagne… Colette, Sido
Quand mon père mourut, la bibliothèque devint chambre à coucher, les livres quittèrent leurs rayons. – Viens donc voir, appela un jour mon frère, l’aîné. Il transportait lui-même, classait, ouvrait les livres, taciturne, en quête d’une odeur de papier piqué, d’une de ces moisissures embaumées d’où se lève l’enfance révolue, d’un pétale de tulipe sec, encore jaspé comme l’agate arborescente… Colette, Sido
– Mon Dieu, Colette, tu me tiens chaud ! se plaignait-elle. Tu remplis toute la chambre. Un homme est toujours déplacé au chevet d’une femme. Va dehors ! […] – Tu vois ? disait ma mère derrière lui. Tu vois cet air de vêtement vide qu’il prend quand je suis malade ? Colette, Sido
Mais dans le pire du fracas ma mère, l’œil sur une grosse loupe cerclée de cuivre, s’émerveillait, comptant les cristaux ramifiés d’une poignée de neige qu’elle venait de cueillir aux mains mêmes de l’Ouest rué sur notre jardin… Colette, Sido
– […] Change de ruban, mets-en un bleu pâle… Tu as un teint pour le bleu pâle, ce soir. Changer de ruban – jusqu’à l’âge de vingt-deux ans on m’a vue coiffée de ce large ruban, noué autour de ma tête, « à la Vigée-Lebrun », disait ma mère – et porter un message de fleurs : ainsi ma mère m’avertissait que j’étais, pendant une heure, un jour, particulièrement jolie, et qu’elle s’enorgueillissait de moi. Colette, Sido
Elle me contait plus tard cette petite aube poussiéreuse d’été […]. Elle me disait qu’elle avait trouvé son aîné endormi, les bras fermés sur sa poitrine, la bouche fraîche et les yeux clos, et tout empreint de sa sévérité de sauvage pur… Colette, Sido
Elle sent mon regard, y répond malicieusement, et lève vers la lumière une grappe de raisin […] : – Lui aussi, dit-elle, il est poudré… Colette, Les Vrilles de la vigne, « Maquillages »
« A ton âge, si j’avais mis de la poudre et du rouge aux lèvres, et de la gomme aux cils, que m’aurait dit ma mère ? Tu crois que c’est joli, ce bariolage, ce… ce masque de carnaval, ces… ces exagérations qui te vieillissent ? »
Ma fille ne répond rien. Ainsi j’attendais, à son âge, que ma mère eût fini son sermon. Colette, Les Vrilles de la vigne, «Maquillages »
Hors une corne de terre, hors un bosquet de lauriers-cerises dominés par un junko-biloba – je donnais ses feuilles, en forme de raie, à mes camarades d’école, qui les séchaient entre les pages de l’atlas – tout le chaud jardin se nourrissait d’une lumière jaune, à tremblements rouges et violets, mais je ne pourrais dire si ce rouge, ce violet dépendaient, dépendent encore d’un sentimental bonheur ou d’un éblouissement optique. Colette, Sido
Au bord de l’étang, il essayait une humeur joviale qui n’était pas son humeur joviale de la semaine ; il débouchait plaisamment la bouteille de vin, s’accordait une heure de pêche à la ligne, lisait, dormait un moment, et nous nous ennuyions, nous autres sylvains aux pieds légers […]. Assise au bord de l’étang, entre son mari et ses enfants sauvages, seule ma mère semblait recueillir mélancoliquement le bonheur de compter, gisants contre elle, sur l’herbe fine et jonceuse rougie de bruyère, ses bien-aimés… Colette, Sido
Remerciements
Toute notre gratitude à Mireille Loup, dont la généreuse énergie a offert aux élèves une expérience précieuse et singulière.
Les oeuvres des élèves sont visibles sur son site (lien) : et ont fait l'objet d'une publication (lien):
https://mireilleloup.com/fr_FR/commande/toute-ma-peau-a-une-ame-i-d-apres-colette
https://mireilleloup.com/fr_FR/commande/toute-ma-peau-a-une-ame-le-livre
Toute notre reconnaissance à Monsieur Courjault, proviseur du lycée, qui a permis la mise en oeuvre de ce projet. Un grand merci à Nicolas Annereau, AESH, d'avoir épaulé les élèves pendant les ateliers. Bravo à Hélèna Chaffiot, Léa Garrivet, Charline Guilloux et Alice Leang qui ont prêté leur voix aux textes de Colette. Equipe pédagogique : Mylène Marmin, professeure-documentaliste Benjamin Meyniel, professeur-documentaliste Anne Telyczka, professeure de Lettres