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Pollice verso

Magistra Ponte

Created on May 7, 2023

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Transcript

Pollice verso
ou les clichés sur les gladiateurs

Magistra Ponté

Pollice Verso est un tableau de Jean-Léon Gérôme de 1872

Ce tableau a eu une grande influence sur les représentations modernes des gladiateurs.

Michele Lupo, Maciste, il gladiatore più forte del mondo, 1962

Vittorio Cottafavi, La révolte des gladiateurs, 1958

Stanley Kubrick, Spartacus, 1960

Enrico Guazzoni, Quo Vadis ? 1912

Mini-série Spartacus, 2004

Mini-série Spartacus, 2010-2013

Ridley Scott, Gladiator, 2000

Mini-série Les Derniers Jours de Pompéi, 1984

Il serait toutefois injuste de le rendre responsable de tous ces péplums.

Le titre du tableau est intéressant : pollex, pollicis désigne le pouce et "verso" vient du verbe verto, is,ere, versum : tourner, retourner, renverser. Le dictionnaire Gaffiot propose cette traduction :

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On retrouve effectivement l'expression chez Juvénal, dans un passage consacré aux parvenus qui veulent se faire bien voir :

Munera nunc edunt et, verso pollice vulgus cum jubet, occidunt populariter. Juvenal, Satires, III, 34-37

Les voilà maintenant qui donnent des jeux et, lorsque le peuple l’ordonne en renversant le pouce, ils tuent, pour séduire la populace.

La seule occurrence qui nous est parvenue de cette expression a figé ce stéréotype sur les combats de gladiateurs.

Les jeux terminés, le peuple était l’arbitre de la vie et de la mort du gladiateur vaincu. Voulait-il lui faire grâce, il étendait la main avec le pouce plié sous les doigts ; demandait-il sa mort, il lui suffisait de lever le pouce, et de le tourner contre ce malheureux. (Note de Louis-Vincent Raoul pour sa traduction des Satires, 1842)

On a l'impression de le voir ici.

Les spectateurs, et après eux l’editor, baissaient le pouce vers la terre (vertere pollicem), en criant : Jugula ! (Daremberg et Saglio, Dictionnaire de l'Antiquité, 1877)

Michel Dubuisson parle d'une "observation hâtive et incomplète".

Médaillon de Cavillargue, IIe siècle

Stanley Kubrick, Spartacus, 1960

Steve Carver, The Arena, 1974

Docteur Who, "The Romans", 1965

Philippe Masson, Celtil le Gaulois, 1986

Ridley Scott, Gladiator, 2000

Kevin Macdonald, L’Aigle de la Neuvième Légion, 2011

De plus, ce geste finit par être associé à l'empereur :

Quand le vaincu semblait s'être énergiquement défendu, les spectateurs [...] criaient : Mitte (renvoie-le). [...] Si, au contraire, les assistants jugeaient que le vaincu, par sa mollesse, avait mérité sa défaite, ils abaissaient le doigt en criant : iugula (égorge). Et l’empereur, tranquillement, ordonnait en renversant son pouce, pollice verso, l’immolation du gladiateur terrassé qui n’avait plus qu’à tendre sa gorge au coup de grâce du vainqueur”Jérôme Carcopino, La Vie quotidienne à Rome à l’apogée de l’Empire, 1939, p. 279

Ridley Scott, Gladiator, 2000

Clapat et Clanet, Alcibiade Didascaux chez les Romains, tome 2, 2000

Sur le tableau de Gérôme, on voit des femmes effectuer ce geste.

Copie romaine (IIe siècle) d’un original grec d’Hestia Giustiniani de 460 avant J.C.

Gravure commerciale, William. S. Kimball & Co, 1889

Ce sont des vestales, prêtresses de la déesse romaine du foyer, Vesta.

Relief votif romain, 140-150

Hestia, kylixa athénienne à figures rouges, Ve siècle avant J.C

Fresque d'un laraire, Pompéi, Ier siècle environ

Websérie Gods'school, 2018

Promptuarii Iconum Insigniorum, 1553

L'idée semble venir de l'auteur chrétien Prudence (IVe- Ve siècle après J.-C.) :

Là, près de la foule de l'ampithéâtre, vient cette douce figure de chasteté, qui ne connait pas le sang, bienveillante envers les hommes, pour voir ces combats sanglants et ces morts, pour voir de ses yeux sacrés le commerce des blessures en pâture aux regards. Elle [La vestale] est assise, avec les insignes remarquables de ses bandelettes inspirant le respect, et se réjouit de ce que lui offrent les maîtres des gladiateurs. Ô cœur doux et tendre ! Elle se lève pour regarder les coups et quand le vainqueur plante sa lame dans une gorge, elle l'appelle "Mon chéri !" La vierge vertueuse ordonne de son pouce renversé qu'on déchire la poitrine de l'homme à terre, afin qu'aucun reste de vie n'y reste caché, alors que le secutor [type de gladiateur ] agite son épée.

Inde ad consessum caveae pudor almus et expers sanguinis it pietas hominum visura cruentos congressus mortesque et vulnera vendita pastu spectatura sacris oculis. Sedet illa verendis vittarum insignis phaleris fruiturque lanistis. O tenerum mitemque animum ! Consurgit ad ictus et, quotiens victor ferrum jugulo inserit, illa delicias ait esse suas, pectusque jacentis virgo modesta jubet converso pollice rumpi, ne lateat pars ulla animae vitalibus imis altius inpresso dum palpitat ense secutor. Prudence, Contre Symmaque, II

Là, près de la foule de l'ampithéâtre, vient cette douce figure de chasteté, qui ne connait pas le sang, bienveillante envers les hommes, pour voir ces combats sanglants et ces morts, pour voir de ses yeux sacrés le commerce des blessures en pâture aux regards. Elle [La vestale] est assise, avec les insignes remarquables de ses bandelettes inspirant le respect, et se réjouit de ce que lui offrent les maîtres des gladiateurs. Ô cœur doux et tendre ! Elle se lève pour regarder les coups et quand le vainqueur plante sa lame dans une gorge, elle l'appelle "Mon chéri !" La vierge vertueuse ordonne de son pouce renversé qu'on déchire la poitrine de l'homme à terre, afin qu'aucun reste de vie n'y reste caché, alors que le secutor agite son épée.

Le texte présente la vestale comme une véritable furie, son goût du sang étant souligné par l'opposition entre son apparente douceur et la violence du spectacle. Le plaisir qu'elle éprouve avec ses yeux, comme l'indique l'abondant champ lexical du regard, semble servir de substitut à celui qu'elle ne connait pas.

Gérôme, Pollice verso, 1872 (détail)

Fabrice Schiff, photo du Match OL-Bordeaux, 2019

Sándor Wagner, La Course de chars, 1898 (détail)

Qui sont ces vestales ?
Chargées d'entretenir la flamme sacrée du temple de Vesta, Hestia pour les Grecs, déesse du foyer, elles sont sélectionnées dans les meilleures familles romaines dès l'âge de six ans, pour une durée de service de trente ans.

Denier de 63 après J.-C.

Temple de Vesta, reconstitution du site d’Unicaen

Temple de Vesta par Jean-Claude Golvin

Wenzel Tornøe, La Veille au Temple de Vesta, 1904

Francisco de Goya, Sacrifice à Vesta, 1771

Alessandro Marchesini, La Consécration d'une nouvelle vestale, vers 1710

Elles sont placées sous l'autorité de la Grande vierge Vestale et ont pour tâches, en plus du maintien du feu sacré, la préparation de l'eau et de la nourriture destinées aux rituels et la garde d'objets sacrés.

Relief des Vestales de la Villa Albani

Statue de La Grande Vestale, IIe siècle

Relief des Vestales, Musée de l'Ara Pacis

Procession de vestales sur l'Ara Pacis Augustae

Jacob de Wit, Les Vestales, 1749

Jacques Gamelin, Les Vestales, XVIIe siècle

Collège des Vestales, gravure du XIXe colorisée

Reconstitution moderne au Puy du Fou

Respectées, honorées et protégées, leurs obligations sont néanmoins très lourdes : elles sont frappées si elles laissent s'éteindre le feu sacré de Vesta et doivent impérativement rester vierges.

Domenico Beccafumi, Culte de Vesta, XVIe siècle

Cercle de Johann Baptist von Lamp, Deux Vestales, XVIIIe-XIXe siècle

Jean-Marc Nattier, Une Vestale, 1759

Carl Friedrich Deckler, Vestale avec guirlande de vigne, 1856

Jean Raoux, Vestale portant le feu sacré, vers 1729

Jacques-Louis David, La Vestale, vers 1780

Arnold Böcklin, Vestale, 1874

Louis Hector Leroux, La Gardienne de la flamme, XIXe siècle

Sir Frederic Leighton, Une Vestale, vers 1880

Edward Burne-Jones, Flamma Vestalis, 1886

Wenzel Tornøe, La Veille au Temple de Vesta, 1904

José Rico Cejudo, Les Vestales, vers 1888-1895

La vestale qui rompt son vœu de virginité est punie de mort. Son amant est battu à mort.

Felice Giani, Vestale flagellée par le Grand Pontife,, XVIIIe-XIXe siècle

Série Empire, 2005

Nikolai Ge, L' Amour d'une vestale, 1857-1858

Quant à la vestale coupable, elle est fouettée puis emmurée vivante.

Jacques Gamelin, Le Supplice d'une vestale, XVIIIe siècle

Henri-Pierre Danloux, Le Supplice d'une vestale, 1800

Si, en théorie, les vestales pouvaient assister aux combats de gladiateurs, leur représentation en folles assoiffées de sang répond plutôt chez Prudence à la volonté de mettre en doute la vertu des vestales romaines, forcément usurpée par rapport à celle des femmes chrétiennes. Chez Gérôme, cela participe du sensationnalisme des stéréotypes sur la violence, l'immoralité et la dépravation des Romains.

Gérôme, La Mort de César, 1859 -1867

Gérôme, Cave Canem, 1881

Gérôme, Le Marché aux esclaves à Rome, 1884

Gérôme, La Rentrée des félins, 1902

Gérôme, Le Dévouement de Marcus Curtius, 1850-1855

Sur Pollice verso, l'empereur est un personnage très secondaire et la foule est floue.
Ce sont les gladiateurs aux casques rutilants qui sont mis en valeur.

Mise en évidence de la construction du tableau par Robert Delord

Gérôme a également créé en 1878 un bronze représentant ces gladiateurs.
À sa mort, son gendre en fait un groupe statuaire en y ajoutant Gérôme.

Jean-Léon Gérôme et Aimé Morot, Groupe en bronze représentant les personnages du Pollice verso sculptés par l'artiste, 1909

Photogravure de Goupil, vers 1892

Le gladiateur à terre est facile à identifier comme un rétiaire.

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Il existe différents types de gladiateurs à Rome, connus par les textes et l'iconographie. Certains tirent leur nom du peuple (vaincu par les Romains) dont ils miment l'apparence, d'autres de leur équipement. Le genre est très codifié : tous les types ne s'affrontent pas entre eux.

Secutor

Rétiaire

Thrace

Mosaïque de Zliten, 200 après J.-C.

Secutor

Rétiaire

Illustration d'Yvon Le Gall, pour La Vie privée des hommes : Au temps des Romains, 1978

Mosaïque conservée à Madrid, IVe siècle

Ce genre de combats-spectacles très codifié peut trouver son origine dans les combats funéraires des Grecs, décrits notamment par Homère dans l'Iliade, au VIIIe siècle avant J.-C.
Les règles de la gladiature romaine, ainsi que les types de gladiateurs se mettent en place à partir du IVe siècle avant J.-C.

Mosaïque de la Villa Borghese

Illustration de Marco Venanzi pour Les Voyages d'Alix, les Gladiateurs, 2017, d'après Jacques Martin

En 73 avant J.C., Rome connaît une révolte de gladiateurs menée par Spartacus.

Stanley Kubrick, Spartacus, 1960

Le Colisée est inauguré par l'empereur Titus en 80 après J.C.Les derniers combats ont lieu au Ve siècle après J.-C.

Le Colisée par Jean-Claude Golvin

Le rétiaire possède un équipement bien particulier.

Rétiaire

Secutor

Mosaïque de Nennig, IIe-IIIe siècle

Lampe à huile, Musée Lugdunum, période romaine

“The Retiarius”, illustration d'Angus McBride pour Gladiators100 BC-AD 200, 2001

Reconstitution dans les arènes romaines d’Arles

C'est le seul à combattre tête nue.

Casque de gladiateur trouvé à Pompéi

Galerus (large épaulière) trouvé à Pompéi

Manica (manche)

Pugio (poignard)

Ocreae, jambières (pour la procession précédant le combat)

Rete (filet), qui lui donne son nom

Fuscina (trident)

Le type du gladiateur debout est plus difficile à identifier.
Traditionnellement , c'est le mirmillon, ou bien son dérivé le secutor, qui est opposé au rétiaire. Il est lourdement armé.

Cassis Crista (casque généralement orné de plumes ou de crins)

Scutum (bouclier)

Manica (manche)

Balteus (ceinture)

Gladius (glaive) De là vient le nom "gladiateur".

Faciae et ocreae (jambières)

Dessin de Clapat pour Alcibiade Didascaux, XXe siècle

Cependant, ce petit bouclier ne convient pas à ce type de gladiateur.

Celui du Thrace est petit, mais carré et il tient une dague courbe.

Mosaïque de Reims représentant un Thrace, Ier siècle

L' hoplomaque, lui, possède une parma, petit bouclier rond, mais il est armé d'une lance.

Armes retrouvées à Pompéi

Médaillon d'applique représentant à gauche un hoplomaque, lance en main, IIe-IIIe siècle, Musée Lugdunum

Poterie grecque du British Museum, Ier-IIe siècle, l'hoplomaque est à gauche

L'équipement doré dont le munit Gérôme semble avoir pour objectif de suggérer que c'est lui la star de l'arène. Ici, le cliché se révèle fondé.

Ridley Scott, Gladiator, 2000

Mosaïque trouvée en Tunisie, IIe siècle

Jan Styka, Les Chrétiens aux lions, 1902

Mosaïque de Nennig, IIe- IIIe siècle

Fresque de Pompéi

Rien à voir avec les malheureux condamnés à la damnatio ad bestias qui subissaient une exécution publique (et douloureuse).
Si au départ, les gladiateurs étaient des hommes déchus de leur citoyenneté romaine, des prisonniers de guerre, des condamnés à mort, ou encore des esclaves, certains étaient libres et engagés volontairement. Même frappés d'infamia, ils étaient de véritables sportifs professionnels, qui généraient beaucoup d'argent et pouvaient devenir célèbres.
En témoignent les graffitis, dessins et inscriptions avec leurs noms, trouvés à Pompéi.

"Puellarum decus / Celadus t(h)r(aex" → Céladus le Thrace, l'idole des filles. "Suspirium / puellarum / Celadus t(h)r(aex)" → Céladus le Thrace fait soupirer les filles. "Cresce(n)s retia(rius) / puparum nocturnarum mat[tin]ar[um] aliarum / ser atinus medicus" "Tallus durus, Crescens thaumastus omnia munera vicisti, Тων επτα θεαματων εστι"

→ Crescens le rétiaire, joue au docteur avec les filles, la nuit, le matin, et plus tard. → Tallus le dur, Crescens la merveille qui a gagné tous ses combats, tu es la septième merveille du monde.

"T(h)r(aex) / Celadus reti(arius) / Cresce(n)s → Céladus le Thrace, Crescens le rétiaire, règnent sur les filles. / pupar{r}u(m) dom(i)nus"

Corpus Inscriptionum Latinarum, Vol IV

Ridley Scott, Gladiator, 2000

Illustration d'Yvon Le Gall, pour La Vie privée des hommes : Au temps des Romains, 1978

Si certains auteurs, comme Cicéron ou Sénèque, en plus des auteurs chrétiens, émettent des réserves sur ces spectacles sanglants, ils offrent la possibilité aux hommes politiques de se concilier les grâces du peuple en les organisant.

Ce même peuple [...] qui jadis disposait du pouvoir, des faisceaux, des légions, de tout, n'a plus d'ambition et ne désire passionément que deux choses : du pain et des jeux !

Idem populus, [...] qui dabat olim Imperium, fasces, legiones, omnia, nunc se Continet, atque duas tantum res anxius optat, Panem et circenses. Juvénal, Satires, X

En revanche, le sable, arena en latin , d'où vient le mot arène, est rendu de façon réaliste.

Enfin, au sol, on distingue deux gladiateurs morts, ce qui perpétue le stéréotype de l'issue fatale des combats.
En fait, sous la République, on estime que moins de 5 % des gladiateurs étaient mis à mort. Si les gladiateurs étaient dans les premiers temps des esclaves, le goût du public pour ce spectacle conduit à la création de véritables écoles où ils sont entraînés : les ludi.
Les Ludi étaient tenus par un lanista, commerçant, entraîneur et propriétaire de gladiateurs, auxquel ils devaient obéissance. Cette profession était très mal vue.

Dans le film de Kubrick, l'infâme Lentulus Batiatus est joué par Peter Ustinov, qui incarne souvent des méchants et des lâches.

Mini-série Spartacus, 2010-2013

Mini-série Spartacus, 2004

Nicolao Landucci, Le Gladiateur, 1850

La familia (troupe) de gladiateurs requérait souvent la présence d'un ou plusieurs doctores (instructeurs), d'un medicus (médecin), d'un manicarius (armurier), d'un unctor (masseur). Certains avaient même une famille, comme les montrent les épitaphes.

Mini-série Spartacus, 2010-2013

"Actius le mirmillon, 6 victoires, âgé de 21 ans, repose ici. Que la terre lui soit légère. Son épouse a fait élever ce tombeau à ses propres frais pour son mari. "

CIL 2, 7,353

Les gladiateurs, dont les années de formation avaient demandé un grand investissement, n'étaient donc pas systématiquement mis à mort. Ils valaient de l'argent, et enrichissaient le lanista comme l'editor, l'organisateur des jeux.

Le Dictionnaire des Antiquités de Daremberg et Saglio, 1877, parle d'un gladiateur engagé pour 100000 sesterces par l'empereur Tibère. Leur prix s'élevait habituellement entre 3000 et 15 000 sesterces (soit le prix de 4000 poulets ou 20 000 œufs).

Jean-Léon Gérôme a perpétué une autre idée reçue sur les gladiateurs avec Ave Caesar Morituri te Salutant, en 1859

Karibou, Dialogues, 2017
"Ave Caesar, morituri te salutant !" est habituellement traduit par "Ave César (terme qui désigne les empereurs), ceux qui vont mourir te saluent !"

Affiche du Political Intelligence Department, dénonçant Mussolini manipulé par Hitler, envoyant les soldats italiens à la mort, 1941

Selon Michel Dubuisson, " D'abord aue , en latin, n'est pas un "salut" ou un "bonjour" quelconque (comme salue ) ; c'est le salut militaire réglementaire. Et les gladiateurs ne sont évidemment pas des soldats. Un gladiateur même retraité ne pourra d'ailleurs jamais s'engager dans l'armée : la profession qu'il a exercée le marque à jamais d' infamia (à peu près, déchéance des droits civils et politiques). De plus,"morituri" est un participe futur, ce qui impliquerait que leur mort est inévitable.

Chromo Suchard, XXe siècle

L'expression est sortie de son contexte et viendrait d'une phrase de Suétone qui évoque une naumachie (spectacle de combat naval dans l'amphithéâtre ) organisée par l'empereur Claude.

Sed cum proclamantibus naumachiariis: "Have imperator, morituri te salutant! "Respondisset: "Aut non" (Suétone, Vie des douze César, "Claude", XXI) Mais les combattants s'étant écriés: "Salut à l'empereur! Ceux qui vont mourir te saluent!". Claude répondit : "Ou pas !".

Détail de la fresque de la Maison des Vettii à Pompéi

Naumachie sous Auguste par Jean-Claude Golvin

Flaviobolla, Naumachie, 2013

Illustration d'Yvon Le Gall, pour La Vie privée des hommes : Au temps des Romains, 1978

L'expression n'a rien à voir avec les gladiateurs, mais comme les stéréotypes précédents, elle a eu une grande influence sur leur représentation...

Delmer Daves, Les Gladiateurs, 1954

René Goscinny, Albert Uderzo, Astérix et le chaudron, 1969

René Goscinny, Albert Uderzo, Astérix gladiateur, 1964