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la figure de la belle mère dans le conte de fée

Lou Imbert

Created on March 30, 2023

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la figure de la belle-mère

dans les contes de fée

Du portrait dressé par Jean de La Bruyère dans Les caractères : “ce qu’une marâtre aime le moins de tout ce qui est au monde, ce sont les enfants de son mari : plus elle est folle de son mari, plus elle est marâtre », en passant par la définition que lui donne le poète français Antoine Furetière dans son Dictionnaire Universel : “Belle-mère, femme d’un second lit, qui maltraite les enfants d’un premier pour avantager les siens”, ou encore la maxime « de mauvaise marastre est l’amour moult petite » dans Bueve de Commarchis, la belle mère pâtit dans la littérature tout comme dans l’imaginaire collectif d’une image diabolisée : la belle mère c’est le méchant ! L’élaboration de cette conception ne peut se penser sans les contes de fée, espace où la « seconde femme » mastrata devient la « mauvaise mère ». L’influence du conte de fée dans la maturité des enfants - en ce qu’il offre une des explorations spirituelles les plus semblables à la vie, à travers les expériences traversées par le protagoniste, épreuves initiatiques, épreuves glorieuses qui offrent la conquête des maux et l’épanouissement du héros, tout en l’introduisant aux cotés plus sombres de leur environnement - conduit leurs codes à se transmettre chez l’enfant et donc à la création d’un imaginaire collectif fort. Le conte de fée a donc bel et bien un rôle de premier plan dans la vision de la marâtre qui prospère toujours de nos jours, d’autant plus que la marâtre est un acteur de premier plan comme le consacre Nenillo et Nennella de Basile en 1634 : « Malheur à celui qui pense trouver une gouvernante pour ses enfants en leur donnant une marâtre. Il amène seulement dans sa maison la cause de leur ruine. Il n’y a jamais encore eu de belle-mère qui regarde gentiment l’enfant d’une autre, ou si par chance on en trouve une, elle peut être considérée comme un miracle et être appelée un corbeau blanc. » Ce rôle atteint son paroxysme en 1859 lorsque les contes de Grimm sont modifiés lors de la publication de la version finale et les caractéristiques négatives imputées à la mère sont transférées à la belle mère (Martine Delvaux).

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I. la belle mère dans le conte de fée : shéma narratif

La belle-mère assure dans les contes de fée le rôle du méchant, celui qui fait délibérément le mal et qui prend plaisir à la souffrance qu’il inflige. Diabolique certes, cette fonction la rend tout du moins nécessaire au déclenchement et à l’avancé de l’intrigue. En effet, sans l’opposition de Lady Trémaire, Cendrillon n’aurait jamais eu besoin de partir au bal dans l’ombre, ou bien de perdre une chaussure. Raiponce n’aurait pas été emprisonnée dans une tour où le prince tombe amoureux de sa voix ni eu besoin de guérir sa cécité par ses larmes. Enfin l’histoire d’Aurore serait inconnue sans la malédiction de Maléfique. Elle introduit également la cruauté du monde en l’accentuant, ainsi la marâtre de blanche neige en découvrant avec horreur que sa belle-fille la surpasse en beauté, demande à des chasseurs de la tuer et de lui ramener son foie et son coeur pour preuve du trépas de la jeune fille. Cependant, si cette vision obscure effraie l’enfant, la figure de la marâtre puise également son utilité dans son châtiment. Dans Blanche neige des frères Grimm, lors du mariage de blanche neige, la méchante reine découvre que la nouvelle est plus belle, et reconnait sa belle-fille, elle est alors condamnée à danser dans des chaussons de fer chauffés au rouge jusqu’à tomber morte. Dans Nenillo et Nennella, le projet de la marâtre d’abandonner les enfants échoue lorsque le prince du royaume, après moult péripéties, réunit les deux frères et soeurs. Trompant la belle-mère, il lui demande quel châtiment infliger à celui qui leur aurait fait du mal, elle conclut qu’une telle personne devrait être enfermée dans un tonneau et qu’on le fasse dévaler d’une montagne ; le prince acquiesce et la marâtre exécute immédiatement sa sentence. La figure de la méchante dans les contes de fée réalise donc la double mission du conte : montrer la cruauté du monde, mais également le triomphe des vertueux.

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I. la belle mère dans le conte de fée : shéma narratif

Rôle de méchant déclenchant l’histoire, leur nécessité narrative conduit ces figures a toujours adopter une image similaire, stéréotypée, un schéma narratif reproduit dans chaque conte. Les belles-mères sont toujours narcissiques, vénales et jalouses. C’est la belle-mère de Raiponce, enlevant un enfant pour s’assurer beauté et jeunesse éternelle, ou bien Blanchebelle (Giovanni Francesco Straparola en 1550), qui, pouvant croitre des fleurs de ses mains finit avec les yeux crevés et les mains coupées. C’est Cendrillon réduite à un rôle de servante pour ne pas faire concurrence aux filles de Lady Trémaire. La belle-mère, dans un contexte de contes de fée de plus en plus manichéen, est l’incarnation du paraître sur l’être. Elle est convertit progressivement en sorcière ou ogresse, « amie du diable » comme la décrit Basile, elle s’attaque à la jeune fille pure et douce, à l’image de la belle mère de blanche neige et cette pomme empoisonnée aux connotations bibliques.

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II. La belle-mère, une figure qui incarne les maux de son époque

Avant les réécritures plus ou moins édulcorées pour un public plus bourgeois, les contes de fée donnaient à avoir une réalité crue, rude et violente. Le conte se présentant comme exutoire d’une réalité historique difficile, la belle-mère en est souvent l’incarnation. Dans Nennillo et Nennella (Giambattista Basile, « ancêtre » du petit Poucet) l’abandon cruel des enfants par la belle mère, qui convainc le père de les laisser dans la forêt, puis de le faire une nouvelle fois lorsque les enfants retrouvent leur chemin, démontre les souffrances des périodes de disettes de l’Ancien Régime. Le conte étant écrit en 1697, ses lecteurs y reconnaissent sans aucune ambiguïté la disette de 1693-1694 qui fait 1,5 millions de morts. La misère est telle que certaines municipalités ferment les portes de la ville comme à Rodez. Les familles les plus pauvres abandonnent leur enfant plutôt que de les voir mourir.

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II. La belle-mère, une figure qui incarne les maux de son époque

Le conte de Blanchebelle (une jeune femme d’une grande beauté dont des bijoux naissent de la chevelure et des fleurs de ses mains, épouse le roi de Naples, mais celui-ci a une marâtre qui voulait marier une de ses filles avec le roi. De plus Blanchebelle étant d’une plus grande beauté qu’elle, elle ordonne alors sa mort mais les gardes, séduits, lui arrachent « seulement » les yeux et les mains) dont la trame se retrouve dans la Blanche neige des frères Grimm, a pu trouver son origine dans l’histoire authentique de Margaretha von Waldeck née en 1533. Elle était dotée d’une beauté exceptionnelle, avec la peau claire et les lèvres rouges ( « Ah ! » se dit la reine, « si j'avais une petite fille, à la peau blanche comme la neige, aux lèvres rouges comme le sang et aux cheveux noirs comme le bois d’ébène ! ». Blanche neige). Le père de Margareta épouse à la suite du décès de sa mère, Katharina von Hatzfeld à qui il offre un splendide miroir. Margareta est envoyée en quête d’un mari à la cour du Bruxelles où le futur roi Philippe II d’Espagne tombe amoureux. Mais la marâtre s’enrage à l’idée que sa belle fille puisse la surpasser en rang et en beauté. Cependant ses craintes s’apaisent alors que Margareta tombe soudainement malade à 21 ans et en périt. Des rumeurs d’empoisonnement par sa belle-mère ou par les autorités espagnoles émergent alors. Si la seconde est plus probable, la première est plus féconde en littérature. La présence même de la belle-mère traduit également une réalité historique, la mortalité étant très élevée, et particulièrement la mortalité en couche, un quart des familles étaient recomposées.

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III. La belle-mère comme méchante : un choix idéologique.

Mais la figure de la marâtre n’est pas seulement un moyen de faire accepter la réalité historique à ses contemporains. Son installation dans le récit notamment par les frères Grimm est un choix morale et idéologique. En effet, l’indignation que ressent le lecteur à la découverte des mauvais traitements infligés à l’enfant est souvent justifiée par la marâtre : une « vrai mère » ne traiterait pas son enfant comme ça. Pourtant, dans de nombreux contes populaires recueillis par les frères Grimm, c’est bel et bien la mère qui tient le sabre de la méchanceté, et les frères ont donc modifié l’histoire originale fixant ainsi le stigma de la méchante belle-mère.

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III. La belle-mère comme méchante : un choix idéologique.

Ce choix est indissociable du développement à la fin du XVIIIème siècle et au début du XIXème d’une idéologie rattachant la femme au foyer, en faisant une parfaite mère, c’est la naissance de l’instinct maternel. En effet, l’apparition de la famille nucléaire et la prise d’importance des enfants au sein de la famille, conduit de nombreux moralistes et philosophes à théoriser le fonctionnement de cette nouvelle entité, et le rôle qu’y joue la femme. La parution en 1762 d’Émile ou de l’éducation de Jean-Jacques Rousseau est une des pièces maitresses de la fixation de l’image de la mère douce, bonne et dévouée à son foyer et aux siens : « Après 1760, les publications abondent qui recommandent aux mères de s’occuper personnellement de leurs enfants et leur « ordonnent » de les allaiter. Elles créent l’obligation pour la femme d’être mère avant tout, et engendrent un mythe toujours bien vivace deux cents ans plus tard : celui de l’instinct maternel, ou de l’amour spontané de toute mère pour son enfant. À la fin du XVIIIème siècle, l’amour maternel fait figure de « nouveau concept ». Dès lors, le public bourgeois ne peut plus accepter des histoires la présentant comme tout autre que parfaite, tout spécialement en Allemagne où l’ouvrage de Rousseau connait un succès retentissant.

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III. La belle-mère comme méchante : un choix idéologique.

Si l’ouvrage des frères Grimm jouit originellement d’une vocation scientifique : récolte le patrimoine oral avant qu’il ne soit perdu, Wilhem Grimm annonce lui-même dès 1815 son projet d’y ajouter un but éducatif. Les ouvrages sont donc constamment remaniés de 1819 à 1857, pour partager aux enfants de la bourgeoisie les valeurs de leur âge. Ainsi, une étude menée sur 43 contes de fées dans quatre éditions des Contes de l’Enfance et du Foyer, ayant pour protagoniste une figure maternelle sous l’aspect d’une mère biologique, d’une marâtre, d’une sorcière, souligne déjà le présupposé que la femme des contes de Fée incarne le Mal, et sa plus intransigeante représentation, mais dévoile également les modifications apportées pour que ce Mal change de nom : de mère elle devient marâtre. Les contes de Blanche Neige et Hansel et Gretel sont particulièrement révélateurs de cette adaptation de la mère au standard de l’époque. En 1812 dans le premier volume les antagonistes ne sont autres que les mères biologiques. C’est bien la mère de blanche neige qui souhaite recevoir son coeur sur un plateau comme le laisse deviner l’incipit :

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III. La belle-mère comme méchante : un choix idéologique.

« Il était une fois, en plein hiver, alors que les flocons de neige tombaient comme du duvet du ciel, une belle reine assise à la fenêtre encadrée de bois d’ébène noir qui cousait. Et tandis qu’elle cousait et regardait la neige tomber, elle se piqua le doigt avec son aiguille et trois gouttes de sang tombèrent dans la neige. Comme le rouge sur le blanc de la neige était si beau, elle se dit: «Ah, si seulement j’avais un enfant aussi blanc que la neige, aussi rouge que le sang, avec des cheveux aussi noirs que ce cadre de fenêtre. Et peu de temps après, elle mit au monde une petite fille qui était aussi blanche que la neige, aussi rouge que le sang et aussi noire de cheveux que l’ébène, raison pour laquelle on l’appela Blancheneige. La reine était la plus belle femme de tout le pays et était particulièrement fière de sa beauté » En 1819, Wilhelm Grimm modifie le texte, désormais c’est la marâtre qui est jalouse et vénale : « Un jour, c’était au beau milieu de l’hiver et les flocons de neige tombaient du ciel comme du duvet, une reine était assise auprès d’une fenêtre encadrée d’ébène noir, et cousait. Et tandis qu’elle cousait ainsi et regardait neiger, elle se piqua le doigt avec son aiguille et trois gouttes de sang tombèrent dans la neige. Et le rouge était si joli à voir sur la neige blanche qu’elle se dit : « Oh, puissé-je avoir une enfant aussi blanche que la neige, aussi rouge que le sang et aussi noire que le bois de ce cadre ! » Peu après, elle eut une petite fille qui était aussi blanche que la neige, aussi rouge que le sang et aussi noire de cheveux que l’ébène, et que pour cette raison on appela Blancheneige. Et quand l’enfant fut née, la reine mourut. Un an plus tard, le roi prit une autre épouse. C’était une belle femme, mais fière et hautaine, et elle ne pouvait pas souffrir que quelqu’un la surpassât en beauté » (version de 1857).

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III. La belle-mère comme méchante : un choix idéologique.

Le conte de Cendrillon reçoit aussi des modifications pour s’accorder parfaitement à la définition d’Antoine Furetière (« Belle-mère, femme d’un second lit, qui maltraite les enfants d’un premier pour avantager les siens »). En 1812, le conte affirme : « Une veuve avait deux filles, dont l’une était belle et travailleuse, l’autre laide et paresseuse. Mais elle préférait la laide et paresseuse et l’autre devait faire tout le travail et jouer la Cendrillon » Mais en 1857, si Lady Trémaire favorise la demoiselle paresseuse, c’est parce qu’elle est sa fille biologique. Ce changement assume donc une double fonction ; d’un coté elle place la méchanceté dans les mains de la marâtre, mais montre que même chez cette femme odieuse l’amour maternel triomphe : Une veuve avait deux filles, dont l’une était belle et industrieuse, l’autre laide et paresseuse. Mais elle préférait la laide et paresseuse, parce qu’elle était sa vraie fille et l’autre devait faire tout le travail et jouer la Cendrillon dans la maison." (version de 1857).

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IV. La psychanalyse des contes de fée et le rôle de la marâtre.

Le préfixe « Stief » de terme Stiefmutter : marâtre en Allemand, lieu de naissance des contes de Grimm, signifie littéralement « voler ». La marâtre est donc d’autant plus terrible qu’elle vole à l’enfant son du : l’amour maternel. Pourtant cette figure rend bel et bien service à l’enfant. En effet, à mesure qu’il grandit, l’enfant commence à ressentir toute sorte de sentiments à l’égard des figures qui l’entourent y compris sa mère. Ainsi, pour se développer, l’enfant doit parfois trouver sa mère méchante, et non douce et bonne à toute instant, révèle la psychologue Nathalie Parent. En revanche, il est très compliqué pour un enfant de gérer la dualité de ses sentiments, tout spécialement lorsqu’ils concernent une personne si proche de lui. La figure de la belle mère, offre alors à cet enfant baigné dans les contes de fées, un exutoire : il peut les projeter sur la belle-mère, l’odieuse marâtre si différente de sa mère. Il peut canaliser la colère et l’agressivité sur la belle-mère et conserver l’image de sa mère intacte. La méchante belle-mère permet à l’enfant de vivre dans l’ambivalence de ses sentiments sans se sentir coupable. Ce procédé narratif permet donc de les aborder lentement mais surement. Tout n’est donc pas à rejeter chez la méchante marâtre...

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