Want to create interactive content? It’s easy in Genially!
Les Bonnes de Genet
joelle.mavel
Created on March 23, 2023
Analyse de la scène d'expo
Start designing with a free template
Discover more than 1500 professional designs like these:
View
Word Search: Corporate Culture
View
Corporate Escape Room: Operation Christmas
View
Happy Holidays Mobile Card
View
Christmas Magic: Discover Your Character!
View
Christmas Spirit Test
View
Branching Scenario: Save Christmas
View
Correct Concepts
Transcript
Les Bonnes
de Jean Genet
Une pièce inspirée d'un effroyable fait-divers
Jean Genet
Biographie
Jean Genet est né à Paris le 19 décembre 1910. Abandonné par sa mère, il commence dès son adolescence à commettre des vols, en même temps qu'il découvre son homosexualité. Il est envoyé à la colonie pénitentiaire de Mettray, puis il s'engage dans la Légion étrangère, qu’il déserte pour mener une existence de voleur, de mendiant et de prostitué. Il commence à écrire en prison et, en 1942, alors qu'il est enfermé à Fresnes, il publie son premier poème, Le Condamné à mort. Il fait ensuite paraitre des romans autobiographiques, comme Miracle de la rose. Dans les années 1960, il se fait connaitre pour son théâtre : ses pièces Les Bonnes ou Les Paravents sont de grands succès. Il est soutenu par Jean Cocteau et Jean-Paul Sartre. En 1983, il reçoit le Grand Prix national des lettres. Il meurt le 15 avril 1986 d'une chute dans les escaliers.
Les Bonnes
Résumé de la pièce
Deux sœurs servent Madame comme femmes de chambre depuis des années. Profitant des sorties nocturnes de leur patronne, elles s'adonnent au rituel d'un jeu de rôle sadique et fatal. Cette première pièce de Jean Genet, pièce de résistance à l'humour saignant, élève le fait-divers jusqu'à la tragédie, mêlant la poésie à la fascination et à l'effroi.
Analyse scène d'exposition
Explications
I. Une mise en abîme révélant les tensions dans le rapport de force La didascalie initiale permet de camper le décor : nous nous trouvons dans un appartement cossu : « Meubles Louis XV » + « fleurs à profusion » L’indication de temps est significative : « le soir » : les spectateurs peuvent supposer que les domestiques sont « en congé » de leurs tâches à cette heure tardive. L’appartenance à la « classe » des domestiques est mise en évidence par le vêtement porté par Solange « petite robe de domestique » : dés lors il y a un écart entre la richesse/ la profusion et la simplicité de la tenue.
LES BONNES (extrait ) Jean GENET 1968 Claire, Solange La chambre de Madame. Meubles Louis XV. Au fond, une fenêtre ouverte sur la façade de l'immeuble en face. A droite, le lit. A gauche, une porte et une commode. Des fleurs à profusion. C'est le soir. L'actrice qui joue Solange est vêtue d'une petite robe noire de domestique. Sur une chaise, une autre petite robe noire, des bas de fil noirs, une paire de souliers noirs à talons plats.
La position de Claire explicitée par la didascalie témoigne d’une forme de mépris ce qui est corroboré par son ton et ses gestes. Les deux premières phrases sont nominales et exclamatives. Elle répète la même phrase en rajoutant l’adjectif « éternels » qui est lourd de sous-entendu. On comprend que ce reproche est souvent adressé → ce qui est confirmé par la suite par l’adverbe « souvent ». « Je t’ai dit souvent de les laisser à la cuisine » : ici Claire fait parler la maîtresse, il y a donc une prosopopée/ mise en abîme (théâtre dans le théâtre). Ce jeu permet à Claire et Solange de mettre en exergue le mépris de leur maîtresse à leur encontre. Cette phrase laisse entrevoir le jugement de la maîtresse qui est dans l’obligation de répéter les mêmes conseils. Claire fait les questions et les réponses endossant le rôle de la maîtresse. Elle est pleine d’assurance « sans doute » « Non, non, ne me mens pas, c’est inutile ». Elle est celle qui assène des vérités et des ordres : l’impératif « pends-les » « sors » remporte tes crachats » « cesse » : souligne à la fois la position de supériorité de Claire mais aussi son mépris. Son exaspération quant à l’attitude de sa servante est mise en évidence par : -les phrases nominales et exclamatives : révèlent son exaspération. la question rhétorique « Quand comprendras-tu… ? » question qui sous entend que la maîtresse juge sotte sa servante, le langage familier « crachats »x2 : met en évidence le mépris de la maîtresse pour la servante et la conviction d’être au-dessus de toute trivialité.
CLAIRE, debout, en combinaison, tournant le dos à la coiffeuse.—Son geste — le bras tendu et le ton seront d'un tragique exaspéré. Et ces gants! Ces éternels gants! Je t'ai dit souvent de les laisser à la cuisine. C'est avec ça, sans doute, que tu espères séduire le laitier. Non, non, ne mens pas, c'est inutile. Pends-les au-dessus de l'évier. Quand comprendras-tu que cette chambre ne doit pas être souillée? Tout, mais tout! ce qui vient de la cuisine est crachat. Sors. Et remporte tes crachats! Mais cesse!
→ le jeu de Solange avec les gants pendant la tirade de la maîtresse révèle la positon de défi face à l’autorité, elle joue. Encore une fois il y a bien mise en abîme. Retour de l’impératif/ « fais ta biche » + cynisme de la maîtresse qui perd patience. → Solange joue l’humilité, obéit à la maîtresse. Opposition entre les deux femmes : la servante humble qui obéit et la maîtresse qui jouit de ses biens. « la coiffeuse » « respire les fleurs » caresse les objets de toilette » + prend soin de son apparence « brosse ses cheveux, arrange son visage » = cette attitude est polysémique. On y voit à la fois la maîtresse qui vit dans le confort matériel et qui jouit de ses biens mais on voit également la servante qui envie cette opulence et la possibilité de prendre soin de soi.
Pendant cette tirade, Solange jouait avec une paire de gants de caoutchouc, observant ses mains gantées, tantôt en bouquet, tantôt en éventail. Ne te gêne pas, fais ta biche. Et surtout ne te presse pas, nous avons le temps. Sors Solange change soudain d'attitude et sort humblement, tenant du bout des doigts les gants de caoutchouc. Claire s'assied à la coiffeuse. Elle respire les fleurs, caresse les objets de toilette, brosse ses cheveux, arrange son visage.
II. Une accélération dans le rythme et un aggravation de l’agressivité. = accélération mise en évidence par les phrases courtes + adverbe « vite » / nlle phrase simple« le temps presse ». la question directe posée suivie de l’appel de la maîtresse nous permet de dire combien la maîtresse a besoin de sa servante. Elle l’appelle à deux reprises : connote à la fois son impatience et son besoin de l’avoir à ses côtés.
Préparez ma robe. Vite le temps presse. Vous n’êtes pas là? (Elle se retourne.) Claire !Claire!
Théâtre dans le théâtre : Solange dans la scène qu’elle joue avec sa sœur se moque de l’accent de sa maîtresse « tillol ». L’obséquiosité contenue dans la répétition de « Madame » révèle tout l’agacement de Solange à servir cette femme.
Entre Solange. SOLANGE Que Madame m'excuse, je préparais le tilleul (Elle prononce tillol.) de Madame.
→Impératif : toujours dans l’ordre brutal, sans aucune considération. « disposez » : elle est une simple exécutante qui doit obéir aux ordres. la description de la tenue désirée par la maîtresse est ostentatoire : le pluriel « mes toilettes » « pailletée » « l’éventail » « les émeraudes » : richesses
Disposez mes toilettes. La robe blanche pailletée. L'éventail, les émeraudes.
Solange joue le jeu de sa sœur/ insistance avec « tous les » déterminant quantitatif qui sous-entend encore une fois de nombreux bijoux et donc une richesse réelle.
SOLANGE Tous les bijoux de Madame?
Même jeu : les sœurs se moquent de leur maîtresse comme la didascalie le prouve « avec bcp d’hypocrisie » : le choix de l’adverbe « naturellement » est plein de cynisme car il est associé « aux souliers vernis » « ceux que vous convoitez depuis des années » : théâtre dans le th. et double énonciation. Cette remarque permet d’informer les spectateurs de la position des sœurs par rapport à leur maîtresse = la convoitise La fausse maîtresse revient sur le sujet du laitier par une succession de phrases exclamatives qui témoignent de la curiosité malsaine de la maîtresse. Répétition de « Avouez » comme si c’était une faute. Elle se pose en juge. « que vous êtes grosse ! « encore une fois elle devient grossière en sous-entendant des rapports sexuels ce qui ne la regarde en rien. Elle s’immisce dans l’intimité de sa servante.
CLAIRE Sortez-les. Je veux choisir. (Avec beaucoup d'hypocrisie.) Et naturellement les souliers vernis. Ceux que vous convoitez depuis des années. Solange prend dans l'armoire quelques écrins qu'elle ouvre et dispose sur le lit. Pour votre noce sans doute. Avouez qu'il vous a séduite ! Que vous êtes grosse ! Avouez-le!
Solange reste dans son rôle de subalterne et le fait de cirer les souliers en leur crachant dessus a quelque chose de jouissif. Th ds le th. Claire s’adresse à elle même comme si sa sœur était elle. Reprise du lexique de la trivialité « crachats » « salive » Méchanceté de la maîtresse double exclamation + adj hideuse : oxymore « vous êtes hideuse, ma belle » nouveau chp lexical : « brume » « voile » « marécages » : sous tend un caractère mystérieux « voile » / brume permettent : la dissimulation succession des questions rhétoriques qui témoignent encore de la supériorité de la maîtresse
Solange s'accroupit sur le tapis et, crachant dessus, cire des escarpins vernis. Je vous ai dit, Claire, d' éviter les crachats. Qu'ils dorment en vous, ma fille, qu'ils y croupissent. Ah! ah! vous êtes hideuse, ma belle. Penchez-vous davantage et vous regardez dans mes souliers. (Elle tend son pied que Solange examine.) Pensez-vous qu'il me soit agréable de me savoir le pied enveloppé par les voiles de votre salive? Par la brume de vos marécages?
Th ds le th : Solange joue l’humilité. « je désire que madame soit belle » : c’est ce que veut entendre la maîtresse car c’est sans aucun doute comme ça qu’elle se voit.
SOLANGE, à genoux et très humble. Je désire que Madame soit belle.
La didascalie est en écho avec le début de l’extrait : le soin qui est pris par la maîtresse pour « s’arranger » montre tout son intérêt pour son apparence. Double énonciation : Claire en jouant le rôle de madame dit au public combien son ressentiment est grand « détestez » le danger est perceptible dans cette réplique « vous m’écrasez » « on s’encombre » « mortel », le mépris de la maîtresse est affiché : elle semble ne pas croire un instant au jeu de dupes //isme de construction « sous votre humilité sous les glaïeuls et le réséda ». = certitude de sa supériorité physique et besoin de plaire « je serai belle. Plus que vous ne le serez jamais » : le futur simple de l’indicatif montre son assurance associé au comparatif de supériorité qui a pour but ici de souligner sa condescendance. Elle est parfaitement sûre de ce qu’elle avance. Son argumentation vise à rabaisser le physique de Claire : elle se sert donc de ce subterfuge pour pouvoir dire toute se colère de ce que lui fait endurer sa maîtresse « ce n’est pas avec ce corps et cette face que vous séduirez Mario. « Mépris également à l’encontre de Mario qu’elle qualifie de « ridicule » et répète encore une fois sa crainte d’une possible maternité : cette possibilité est répétée à 3 reprises : obsession/ jalousie → malsain
CLAIRE, elle s’arrange dans la glace. Vous me détestez, n'est-ce pas ? Vous m'écrasez sous vos prévenances, sous votre humilité, sous les glaïeuls et le réséda. (Elle se lève et d'un ton plus bas.) On s'encombre inutilement. Il y a trop de fleurs. C'est mortel. (Elle se mire encore.) Je serai belle. Plus que vous ne le serez jamais. Car ce n'est pas avec ce corps et cette face que vous séduirez Mario. Ce jeune laitier ridicule vous méprise, et s’il vous a fait un gosse...
Enfin la dernière réplique de Solange nous montre que les servantes n’ont pas le droit à la parole : elle est interrompue comme la ponctuation le prouve. Toute la réplique met en évidence l’indignation de Solange : l’interjection + l’adv de négation « jamais » + la négation du verbe. → elle ne la laisse pas parler : mépris absolu.
SOLANGE Oh! mais, jamais je n'ai...
La pièce entière ici