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Dossier : Les explications du commerce intra-branche

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Introduction

Expliquer par la similitude plutôt que par la différenceUne majorité de théorie du commerce intra-branche (que nous ne développerons pas ici) cherchent à expliquer le commerce de produits similaires par la différence : caractéristiques différenciées des produits pour H. G. Grubel et P. J. Lloyd, conditions de la concurrence différenciées pour K. S. Abd-El-Rahman ou A. K. Dixit et J. E. Stiglitz, économies d’échelle externes différenciées pour E. Helpman et P. R. Krugman, etc.Mais, pour expliquer un phénomène basé sur la similarité, n’est-il pas plus pertinent de rechercher ce qui est identique plutôt que ce qui est différent entre pays ? Il manque, ici, une véritable théorie de la « similarité », cette dernière devant forcément être contradictoire avec les approches traditionnelles de la spécialisation interbranche fondées exclusivement sur la notion de différence (différence de coûts absolus, de coûts relatifs, de dotations factorielles, de technologies, etc.).

Sommaire

1. La théorie de la « demande représentative » de Staffan B. Linder

2. Les faiblesses de la théorie de la « demande représentative » de Staffan B. Linder

3. Tests empiriques et prolongements de l’approche de S. B. Linder

4. L’approche lindérienne est-elle compatible avec le cadre théorique factoriel ?

01

La théorie de la « demande représentative » de Staffan B. Linder

1. La théorie de la « demande représentative » de Staffan B. Linder

C’est S. B. Linder qui ouvre donc la voie dès 1961, à une réinterprétation originale du commerce intra-branche, en proposant une théorie de la « demande représentative ». Contrairement aux auteurs précédents, ce dernier estime que les théories traditionnelles fondées sur la différence (et en particulier l’approche factorielle) sont absolument inefficaces pour expliquer le phénomène d’intra-branche. Il cherche alors à expliquer l’échange de produits similaires par l’existence d’éléments similaires entre les pays.Nous avons vu précédemment, que c’est J. S. Mill qui introduit le premier la demande afin de calculer le taux d’échange international à l’ouverture. S. B. Linder s’intéresse également à la demande, mais l’utilisation qu’il en fait est radicalement différente. Alors que J. S. Mill s’intéresse à la demande mondiale, S. B. Linder concentre son attention sur la demande nationale. Alors que le premier cherche à mesurer le gain à l’échange, le second tente d’en expliquer sa composition.

1. La théorie de la « demande représentative » de Staffan B. Linder

La théorie de la « demande représentative » élaborée par S. B. Linder repose sur les idées suivantes :

  • Les structures de production ne sont pas indépendantes de la demande
  • L’importance de la demande intérieure représentative
  • L’échange entre pays à demande représentative semblable

1. La théorie de la « demande représentative » de Staffan B. Linder

Les structures de production ne sont pas indépendantes de la demande Par cette première proposition, S. B. Linder rompt avec les théories traditionnelles de la spécialisation internationale. Pour lui, les structures de la production sont liées à la demande. Plus cette dernière est importante, plus les premières sont efficaces. L’auteur affirme que « la gamme de produits exportables est déterminée par la demande interne ». Autrement dit, la demande conditionne l’offre, ou plus exactement la « demande représentative ».

1. La théorie de la « demande représentative » de Staffan B. Linder

L’importance de la demande intérieure représentativeS. B. Linder soutient l’idée que les producteurs nationaux, étant peu familiarisés avec les marchés extérieurs, cherchent d’abord à produire pour leur marché national. Suivant l’intuition d’Albert O. Hirschman, S. B. Linder affirme que « les importations de produits manufacturés peuvent ainsi aider les entrepreneurs à prendre conscience de l’existence de ce que nous avons appelé une ‘demande représentative’ pour un produit » . Il en découle que les structures productives nationales d’un pays sont déterminées par l’importance et la structure de sa demande intérieure. S. B. Linder donne un exemple : « Il est évident que, bien que, par exemple, la demande de Cadillac en Arabie saoudite ne soit pas totalement absente, ce type de demande non représentative n'est pas suffisant pour transformer les voitures de luxe en produits d'exportation potentiels pour l'Arabie saoudite » . La demande représentative conditionne l’offre intérieure, mais également l’offre d’exportation. Toutefois, l’exportation est secondaire. Elle est considérée ici comme un commerce de surplus.

1. La théorie de la « demande représentative » de Staffan B. Linder

L’échange entre pays à demande représentative semblableLes produits exportables, prévus initialement pour satisfaire un besoin national, ne peuvent effectivement être exportés que vers d’autres pays à demande intérieure représentative similaire (expression du même besoin à l’étranger). La demande nationale peut être déterminée par plusieurs critères : la (les) culture (s) nationale (s), les goûts, les habitudes de consommation, le climat, les confessions religieuses, etc. S. B. Linder décide de retenir le niveau de revenu moyen qui permet de déterminer la quantité, mais également la qualité de la demande. Ainsi, il faut des niveaux de revenus par habitant comparables pour que l’échange puisse apparaître entre pays. Et plus les demandes nationales des pays qui participent à l’échange sont similaires, plus le « degré de sophistication » des produits échangés l’est. L’auteur précise, par exemple, « qu’un pays où le capital est abondant demandera des biens capitaux plus sophistiqués qu’un pays où le capital est rare ». À ce titre, « nous constatons donc que la gamme des exportations potentielles est identique ou incluse dans la gamme des importations potentielles » .

1. La théorie de la « demande représentative » de Staffan B. Linder

En d’autres termes, tout produit exportable est également importable en raison de la ressemblance des besoins exprimés. C’est en ce sens que la demande intérieure est « représentative » de la demande étrangère, le marché extérieur n’étant qu’une extension du marché intérieur. Ainsi, le commerce entre pays à demandes représentatives semblables a de fortes chances d’être en majorité intra-branche : « L'étendue presque illimitée de la différenciation des produits - réelle ou annoncée - pourrait, combinée aux idiosyncrasies apparemment non restreintes des acheteurs, rendre possible le commerce florissant de ce qui est virtuellement une même marchandise ». L’échange intra-branche des biens de consommation dépend de la similarité des élasticité-revenus des demandes nationales alors que l’échange intra-branche des biens de production dépend de la similarité des stocks de capitaux nationaux.

1. La théorie de la « demande représentative » de Staffan B. Linder

Hypothèse lindérienne de la « demande intérieure représentative »Plus les niveaux de développement des pays sont proches, plus leurs demandes intérieures représentatives sont similaires et plus la part du commerce intra-branche est importante.

1. La théorie de la « demande représentative » de Staffan B. Linder

Hypothèse lindérienne de la « demande intérieure représentative »Plus les niveaux de développement des pays sont proches, plus leurs demandes intérieures représentatives sont similaires et plus la part du commerce intra-branche est importante.

1. La théorie de la « demande représentative » de Staffan B. Linder

Figure 1 - Intersection des demandes représentatives pour 3 pays Le commerce mutuel des pays pris deux à deux est donné par la partie commune de leur demande représentative réciproque.

S. B. Linder propose une illustration graphique pour déterminer le commerce potentiel entre pays. La Figure 1, est librement inspirée de la figure de S. B. Linder : « Sur l'axe horizontal (…), nous mesurons le revenu par habitant (y), sur l'axe vertical, nous mesurons en nombres ordinaux le degré de ‘qualité’ ou de ‘sophistication’ de chaque produit demandé et de la demande dans son ensemble. Plus les produits demandés sont complexes, élaborés, raffinés ou luxueux, plus ce degré sera élevé » .

Cliquez sur le graphique pour zoomer.

1. La théorie de la « demande représentative » de Staffan B. Linder

L’effet visuel est des plus explicites : plus le revenu par tête est important, plus la demande intérieure représentative est grande et plus le degré de sophistication des produits est élevé. - Alors que le pays A (dont le revenu par tête est le moins élevé) demande des produits dont la qualité est comprise dans l’intervalle [a-d],- le pays B (revenu par tête intermédiaire) demande des produits dans l’intervalle [b-e]- et le pays C (revenu par tête élevé) demande des produits dans l’intervalle [c-f].Les produits dont la qualité se situe dans les espaces communs aux demandes des pays peuvent potentiellement faire l’objet d’échanges réciproques. - Le pays A échange alors des biens dont la qualité est comprise dans l’intervalle [b-d] avec le pays B et dans [c-d] avec le pays C. - Le pays B échange des biens de qualité [b-d] avec le pays A et [c-e] avec le pays C. - Enfin, le pays C échange des biens de qualité [c-d] avec le pays A et [c-e] avec le pays B.

1. La théorie de la « demande représentative » de Staffan B. Linder

On le voit, l’approche lindérienne est en rupture totale avec les théories traditionnelles de la différence. Pour la première fois, l’échange de produits similaires (qu’ils soient à différenciation verticale ou horizontale) est expliqué par la similarité et non la différence. À l’opposé des théories traditionnelles, les pays échangent d’autant plus qu’ils sont semblables. On comprend aussi pourquoi l’échange intra-branche est plus important dans les unions régionales, dans la mesure où ces dernières tendent à faire converger les niveaux de développement de leurs membres (et donc les structures des demandes intérieures représentatives). Par son aspect novateur, mais aussi par la richesse de ses arguments, cette théorie ouvre de nouvelles pistes de réflexion pour expliquer la spécialisation internationale et la raison pour laquelle les pays échangent entre eux. Toutefois, l’approche de S. B. Linder n’est pas exempte de faiblesses.

02

Les faiblesses de la théorie de la « demande représentative » de Staffan B. Linder

2. Les faiblesses de la théorie de la « demande représentative » de Staffan B. Linder

On peut identifier quatre grandes faiblesses dans la théorie de S. B. Linder :

  • Une vision simpliste de la « démarche export » des entreprises
  • Un échange impossible entre pays à niveau de développement très différents
  • Une composition des échanges inexpliquée
  • Des tests empiriques contradictoires

2. Les faiblesses de la théorie de la « demande représentative » de Staffan B. Linder

Une vision simpliste de la « démarche export » des entreprises Dans l’approche proposée par S. B. Linder, les entreprises exportatrices apparaissent passives : elles exportent leurs éventuels surplus vers des marchés extérieurs perçus comme l’extension de leur propre marché intérieur. Or dans la réalité, la démarche export est rarement passive. Elle relève au contraire d’une stratégie bien pensée et implique toujours un diagnostic profond à la fois des capacités internes de l’entreprise et des opportunités et menaces sur le marché cible. À ce titre, l’issue de ce diagnostic n’est pas toujours favorable à l’exportation, même entre pays à demande représentative proche, même pour des produits à niveau de sophistication apparemment adapté au marché cible.

2. Les faiblesses de la théorie de la « demande représentative » de Staffan B. Linder

Parmi les différents études de « diagnostic export » que nous avons été amenées à réaliser, il est apparu que les principales raisons d’échec de la démarche export sont liées aux facteurs suivants : - capacités productives et financières de l’entreprise insuffisantes, - absence de soutiens extérieurs, - inadaptation du produit aux habitudes de consommation locale, - distances (légale, physique, culturelle) trop importantes, - réseau de distribution inexistant ou inadapté au produit, etc. Quoiqu’il en soit, la « démarche export » est rarement passive et le commerce international n’est jamais un « échange de surplus ». Au contraire, l’exportation implique souvent l’augmentation de la capacité productive de l’entreprise (acquisition de nouvelles machines, d’équipements plus performants, recrutement de nouveaux employés, etc.). Et, dès lors qu’on lève l’hypothèse d’immobilité internationale des facteurs de production, une démarche export est susceptible de se traduire, au préalable, par une délocalisation ou une création de filiales à l’étranger.

2. Les faiblesses de la théorie de la « demande représentative » de Staffan B. Linder

Que dire alors d’une filiale de firme multinationale (FMN) implantée dans un pays en développement (PED), mais produisant directement pour les marchés étrangers (le marché local du PED d’accueil étant trop étroit) ? L’approche de S. B. Linder ne permet pas d’expliquer l’échange international issu de ce type de configuration. Il n’y a qu’un cas (à notre connaissance) où le commerce extérieur a pu être perçu de manière passive et utilisé pour exporter les surplus de production : il s’agit des anciens pays socialistes à planification centralisée et impérative dans le cadre du Conseil d’Assistance Economique Mutuelle (CAEM). Wladimir Andreff, pour ne citer que lui, montre que les pénuries récurrentes dans l’économie socialiste associées à des objectifs de croissance toujours tendus conduisent à envisager le commerce extérieur comme l’un des rares moyens de se procurer les produits en situation de pénuries dans l’économie nationale et d’écouler les éventuels surplus (de plus en plus rares à mesure que les pénuries gagnent du terrain). Notons cependant que la théorie de S. B. Linder n’est pas conçue pour expliquer l’échange entre pays à économie planifiée.

2. Les faiblesses de la théorie de la « demande représentative » de Staffan B. Linder

Un échange impossible entre pays à niveau de développement très différentsLa Figure 2 (voir page suivante) fait apparaître un quatrième pays (pays D) dont le revenu par tête est tel qu’il n’y a aucune intersection de sa demande représentative avec celle des trois autres pays. Cela reviendrait-il à dire que l’échange international est impossible entre pays à revenu par tête trop différent ? Pourtant, dans la Partie I nous avons vu que l’échange international entre les PDEM et les PED, bien que minoritaire, n’est pas nul. Les matrices du commerce international illustrent d’ailleurs ce point. La théorie de S. B. Linder n’est donc pas satisfaisante pour expliquer le commerce interbranche Nord-Sud.

2. Les faiblesses de la théorie de la « demande représentative » de Staffan B. Linder

Figure 2 - Absence d'intersection des demandes représentarives La demande représentative du pays D ne présente aucune partie commune avec celles des autres pays. Il ne devrait donc pas y avoir de commerce possible entre ce pays et les trois autres.

Cliquez pour zoomer

2. Les faiblesses de la théorie de la « demande représentative » de Staffan B. Linder

Une composition des échanges inexpliquéeDans les intervalles d’échanges potentiels entre pays , certains biens sont choisis pour l’échange international et d’autres non. Qu’est ce qui détermine ce choix, compte tenu du fait que tous les biens de ces intervalles sont potentiellement exportables ? S. B. Linder propose une explication inattendue, car basée sur la différence : « Les avantages de la transformation de matières premières en quantité suffisante, la supériorité technologique, les compétences managériales et les économies d'échelle sont peut-être les raisons les plus importantes pour lesquelles des prix relatifs identiques ne seraient qu'une simple coïncidence et pourquoi certains producteurs pourront prendre le dessus sur d'autres producteurs de la même marchandise » . Mais l’auteur évoque aussi la « concurrence monopolistique » (entre monopoles appartenant à chacun des pays participant aux échanges) : « Les éléments forts de la concurrence monopolistique devraient être incorporés dans la théorie du commerce en tant que force créatrice d'échanges » .

(cliquez ici pour revoir le graphique)

2. Les faiblesses de la théorie de la « demande représentative » de Staffan B. Linder

Cette intuition va influencer une nouvelle génération d’analyses fondées sur la concurrence imparfaite. Quoiqu’il en soit, revenir à une explication factorielle dans le cadre d’une approche bâtie précisément dans le rejet de l’explication factorielle n’est pas satisfaisant. C’est en ce sens que Jagdish Bhagwati estime que la théorie de S. B. Linder explique davantage l’intensité des échanges intra-branche entre pays à niveau de développement comparable plutôt que la composition des biens effectivement échangés . S. B. Linder lui-même le reconnaît implicitement lorsqu’il conclut que la structure réelle des échanges entre pays (à l’intérieur des intervalles d’échanges potentiels) est « aléatoire » : « Mais les forces créatrices d'échanges sur lesquelles nous avons mis l'accent en ce qui concerne le commerce des produits manufacturés sembleraient donner lieu à une structure commerciale aléatoire et volatile » .

2. Les faiblesses de la théorie de la « demande représentative » de Staffan B. Linder

Bernard Lassudrie-Duchêne complète l’approche lindérienne sur ce point. Il élabore alors une théorie de la « demande de différence » pour expliquer la composition réelle des échanges entre pays. Pour lui, l’échange international est déterminé par la rencontre de deux phénomènes contraires : - « l’uniformisation des marchés nationaux » - et « le besoin de différence chez le consommateur ». L’uniformisation progressive des marchés nationaux signifie qu’au sein de chaque pays la variété des produits proposés se réduit. B. Lassudrie-Duchêne explique cela par le souci des producteurs de réduire les prix de revient. Le besoin de différence chez le consommateur correspond, quand à lui, au désir de consommer tel type de bien. Il s’explique par divers motifs : progrès, nouveauté, curiosité, exotisme, etc. Cette demande de différence s’inscrit dans le prolongement des travaux d’Edward Chamberlin sur le goût des consommateurs pour la variété. Et même si chaque consommateur national ne désire qu’un seul type de bien différencié (et non toutes les variétés disponibles), ajoute Kelvin J. Lancaster, cela n’empêche pas la formation d’une « demande de variété collective » du fait que les préférences et les goûts individuels sont différents .

2. Les faiblesses de la théorie de la « demande représentative » de Staffan B. Linder

C’est donc de la rencontre de ces deux phénomènes (uniformisation des marchés nationaux et besoin de différence) que des biens étrangers comparables aux biens nationaux peuvent être demandés. L’auteur identifie alors cinq catégories d’échanges possibles entre pays : - les produits strictement identiques, - les produits différents dans une sous-catégorie donnée (par exemple, deux marques différentes de chaussures de running), - les produits appartenant à différentes sous-catégories (chaussures de running, chaussures de football, chaussures à pointes pour le cross-country et les compétitions sur piste, etc.), - les produits substituables à différence absolue (chaussures, bottes, sabots), - les produits non substituables à différence absolue (chaussures, guitare électrique, brouette). B. Lassudrie-Duchêne aboutit ainsi à une théorie très complète de la spécialisation internationale des pays puisque l’intra-branche horizontal, vertical et même l’interbranche trouvent une explication.

2. Les faiblesses de la théorie de la « demande représentative » de Staffan B. Linder

Des tests empiriques contradictoiresTout comme dans le cas du paradoxe de W. Leontief, l’approche de S. B. Linder a fait l’objet de nombreux tests empiriques. Et tout comme pour le paradoxe, des résultats contradictoires ont été mis en lumière. Ce point est développé dans le paragraphe suivant.

03

Tests empiriques et prolongements de l’approche de S. B. Linder

3. Tests empiriques et prolongements de l’approche de S. B. Linder

S. B. Linder cherche à montrer que l’intensité des échanges entre pays dépend de la proximité des revenus par habitant. Il bâtit pour l’année 1958, une matrice des échanges entre 31 pays de laquelle il tire une matrice des propensions moyennes à importer (il divise chaque flux d’importation par le PNB du pays importateur). S. B. Linder constate alors que les propensions moyennes à importer leurs produits réciproques sont, en règle générale, plus grandes entre pays à niveau de PNB par habitant proche. Toutefois, ce test, qualifié d’« impressionniste » par Jean-Louis Mucchielli, reste très imprécis . À partir des mêmes matrices, J. W. Sailors, V. A. Qureshi et E. M. Cross réalisent un calcul systématique de corrélation de rang qui se révèle concluant pour 16 des 31 coefficients retenus. Les auteurs en déduisent que « l’hypothèse de Linder est bien confirmée par leur test » . Mais cette conclusion est contredite par celle du test de G. C. Hufbauer qui compare les niveaux de revenu par tête de 24 pays pour l’année 1965 avec un indicateur de « similarité de l’échange » qu’il construit. L’auteur trouve que les exportations d’un pays se diversifient d’autant plus que le niveau de revenu du pays importateur augmente, quel que soit la similarité de la demande représentative entre les deux partenaires .

3. Tests empiriques et prolongements de l’approche de S. B. Linder

Les tests économétriques deviennent progressivement multicritères. Seev Hirsch et Baruch Lev introduisent le critère de « distance géographique » entre les pays et celui d’appartenance ou non à une union régionale. Ils obtiennent des résultats satisfaisants qui ne contredisent pas la théorie lindérienne. En revanche, avec des critères semblables, Thomas E. Kennedy et Richard McHugh trouvent que la théorie de S. B. Linder n’est pas statistiquement significative. En introduisant un critère « politique », ils mettent en lumière le fait que l’intensité des échanges n’est pas indépendante de perturbation de nature politique. Enfin, en raisonnant sur les variations (et non les valeurs absolues) des revenus par habitant et des propensions moyennes à importer, les auteurs montrent que « la variable revenu n’explique pas les variations dans les changements d’intensité à importer ». Parmi les autres critères explicatifs qui seront introduits dans les régressions, on peut citer les indicateurs : de « production jointe » entre plusieurs pays (DIPP), de R&D, de « publicité », de « similitude de la demande », de « similarité des goûts », de « barrières douanières », d’« économie d’échelle », de « valeur ajoutée brute par employé », de « différenciation des produits », de « concurrence monopolistique » (part de marché des premières firmes du secteur), etc.

3. Tests empiriques et prolongements de l’approche de S. B. Linder

Toutefois, chacune des nouvelles variables introduites pose à son tour une série de problème d’appréhension. Comment, par exemple, mesure-t-on les écarts « politiques » ? Quels ont les facteurs politiques les plus pertinents à retenir ? Il en va de même pour l’indicateur de « publicité » (rapport entre le dépenses de publicité et le total des vente) qui est supposé croissant lorsque la différenciation des biens sur les marchés des pays partenaires augmente. Cette hypothèse est contestable, car d’autres facteurs sont susceptibles d’expliquer un budget « pub » élevé : habitudes culturelles dans le pays importateurs, usages et coutumes dans le secteur d’activité, effet d’annonce, etc. Ainsi, un indicateur de « publicité » élevé n’est pas forcément le signe d’une différenciation marquée des produits entre pays.

3. Tests empiriques et prolongements de l’approche de S. B. Linder

Évoquons, pour finir, la notion de distance. Apparue la première fois dans les travaux de Jan Tinbergen, la distance mesure en kilomètres, l’écart géographique à vol d’oiseau, qui sépare les capitales des pays participant à l’échange. Cependant, l'économie est constituée par un champ d'interactions spécifiques qui sont loin d'être identiques à celles de la physique. En effet, s'il est vrai qu’en physique la distance entre deux points est égale à la ligne droite qui les sépare, en économie en revanche, la distance entre deux points est donnée par le nombre de kilomètres qu'il faut parcourir par la route, ou en train, ou en avion ou en bateau. L'introduction des coûts de transport par Jeffrey Bergstrand a permis une avancée considérable dans la prise en compte de la notion de distance en économie. Cependant, dans quelle mesure peut-on dire que les coûts de transports rendent compte de la lenteur ou de la rapidité relative des routes, du nombre de virages à effectuer, du nombre de feux rouges et de stop, de l'attente en douane, de la distance entre l'aéroport et le centre commercial ?

3. Tests empiriques et prolongements de l’approche de S. B. Linder

Par ailleurs, le choix même de la capitale est problématique puisqu'il peut y avoir plusieurs centres commerciaux forts éloignés dans un même pays. Est-ce Moscou, Saint Pétersbourg ou Vladivostok le centre commercial de la Russie ? Est-ce Sofia, Varna ou Bourgas, celui de la Bulgarie ? Faut-il déterminer un point de tangence virtuel entre les lignes droites qui relient les centres commerciaux nationaux ? Si oui, à partir de quelle « taille » (à supposer que cette notion puisse également être définie sans ambiguïté en économie) les centres commerciaux sont-ils susceptibles d'être pris en considération pour le calcul du point virtuel ? Autant de questions qui relativisent l’ensemble des tests empiriques multicritères effectués sur l’approche de S.B. Linder.

04

L’approche lindérienne est-elle compatible avec le cadre théorique factoriel ?

4. L’approche lindérienne est-elle compatible avec le cadre théorique factoriel ?

R. W. Arad et S. Hirsch s’engagent dans une entreprise de « réconciliation » de l’approche linderienne avec le cadre théorique factoriel. Ils distinguent deux composantes dans le coût total d’un produit : - les « coûts de fabrication » (liés à la dotation factorielle) - et les « coûts internationaux de transfert » vers le marché cible (liés au revenu par tête). Les auteurs distinguent alors deux catégories de biens : - les « biens heckscher-ohliniens » (coût international de transfert nul et différence de prix relatifs) - et les « biens lindériens » (coûts de transfert supérieur à zéro et prix relatifs identiques). Ils classent ensuite l’ensemble des exportations d’un pays dans l’une ou l’autre des catégories en calculant l’écart moyen de la valeur d’une unité de chacun des produits exportés. - Le bien est dit lindérien lorsque l’écart moyen est important, - il est dit heckcher-ohlinien en cas d’écart faible.

4. L’approche lindérienne est-elle compatible avec le cadre théorique factoriel ?

Enfin, les auteurs montrent statistiquement (pour l’année 1975) que : - les échanges de biens heckscher-ohliniens sont plus importants entre pays à dotations factorielles différentes - alors que les biens lindériens « sont concentrés parmi un certain nombre de pays proches en termes de PNB par habitant que ne le sont les biens heckscher-ohliniens ». En définitive, R. W. Arad et S. Hirsch considèrent que les deux approches peuvent coexister dans un seul et même cadre explicatif : les dotations de facteurs déterminent l’orientation et la composition des échanges, alors que les différences de revenus définissent l’intervalle des échanges possibles. L’approche évoque l’éclectisme des tentatives de conciliation précédente (conciliation néo-factorielle/néo-technologique ; approche de Grubel et Lloyd). En conséquence, malgré ses indéniables qualités, elle n’échappe pas à plusieurs biais :

  • des hypothèses incompatibles entre elles
  • une distinction contestable entre les biens
  • une interprétation erronée des coûts de transfert

4. L’approche lindérienne est-elle compatible avec le cadre théorique factoriel ?

Des hypothèses incompatibles entre ellesComment faire cohabiter dans un même cadre explicatif des théories basées sur des hypothèses antagonistes ? La difficulté de cohabitation est peut-être encore plus grande ici qu’ailleurs. En effet, pour le modèle HO l’échange international existe grâce à la différence, alors que pour S. B. Linder il n’existe que grâce à la similarité ! Les auteurs surmontent la difficulté en considérant que l’échange international n’est pas homogène et qu’il peut être divisé en deux catégories : les biens heckscher-ohliniens et les biens lindériens. Mais précisément, cette distinction pose question.

4. L’approche lindérienne est-elle compatible avec le cadre théorique factoriel ?

Une distinction contestable entre les biensOutre le fait que les auteurs se limitent à deux catégories de biens (pourquoi ne pas avoir retenu des biens «posner-vernoniens » ?), on peut leur reprocher le manque d’étanchéité des deux groupes obtenus. Rappelons que les biens lindériens sont ceux pour lesquels l’écart moyen de la valeur des exportations est le plus élevé et inversement pour les biens heckscher-ohliniens. Or la valeur des biens exportés peut être déterminée par d’autres critères que les seuls coûts de fabrication et les coûts de transferts : citons les économies d’échelle externes (nous y reviendrons), la proximité plus ou moins importante entre exportateurs et importateurs. De ce fait, certains biens peuvent être classés, à tort, dans une catégorie alors que d’autres sont susceptibles d’appartenir aux deux catégories à la fois.

4. L’approche lindérienne est-elle compatible avec le cadre théorique factoriel ?

Une interprétation erronée des coûts de transfertLes coûts de transfert (pour un bien donné, différence de coûts entre une vente nationale et une vente sur le marché étranger) sont supposés être plus importants entre pays à goûts et revenus par tête très éloignés. Cette hypothèse est essentielle au classement des produits opéré par les auteurs. Cependant, des coûts de transfert importants peuvent signifier tout autre chose que des revenus par tête différents entre pays. La proximité des entreprises exportatrices et importatrices peut jouer sur ces coûts : dans le cas d’une exportation de la France vers la Tunisie, par exemple, les coûts de transfert ne sont pas les mêmes pour un exportateur situé à Lille et un autre à Marseille. Si tous les exportateurs sont concentrés à Marseille, les coûts de transfert sont quasi-nuls (doit-on en déduire des revenus par tête proches entre la France et la Tunisie ?). Mais si les exportateurs français sont tous localisés à Lille, les coûts de transfert sont importants (doit-on en déduire des revenus par tête différents ?). Enfin, s’ils sont dispersés sur tout le territoire national, quel serait le sens d'une moyenne élevée de ces coûts ? Par ailleurs, les coûts de transfert sont fortement influencés par les barrières tarifaires. Celles-ci, étant en général moins élevées au sein des unions régionales, introduisent un biais dans le classement des produits.

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