Vice & débauche
Analyse linéaire n°9
PAr ici
Introduction
En 1834, le romancier Honoré de Balzac décide de rassembler ses oeuvres dans une fresque qu'il initiule La Comédie Humaine comptant plus de quatre-vingt récits divisés en trois catégories: les Études de mœurs, les Études philosophiques et les Études analytiques. Bien que Balzac soit désormais considéré comme un des principaux écrivains réalistes avec sa volonté de "peindre toute la société", ses oeuvres empruntent aussi bien au réalisme, qu'au romantisme, au fantastique ou encore à la philosophie.
Introduction
En 1831, il publie l'un de ses chefs-d'oeuvre qui le fera connaître hors de France, La Peau de Chagrin. Le roman relate le parcours plein de désilusions de Raphaël de Valentin, jeune aristocrate désargenté cherchant à se faire un nom par l'écriture. Mais les aléas de la vie parisienne et les choix mal avisés du héros le conduiront au bord du suicide avant d'entrer en possession d'un talisman supposé exaucer ses voeux au détriment de sa vie. Après une nuit d'orgie qu'il avait appelé de ses voeux chez Taillefer, banquier douteux, les convives hébétés contemplent avec horreur le spectacle qui s'offre à eux où la pâleur des corps rivalise avec la noirceur des âmes.
En quoi cet extrait illustre-t-il une condamnation sans appel d'une vie de vice et de débauche?
La peau de chagrin, 2e partie
Mouvements
1er mouvement
2e mouvement
3e mouvement
Un portrait accablant
Une allégorie du vice
Une méditation sur la noirceur de l'âme humaine
+ ICI
+ ICI
+ ICI
Un portrait accablant
Lignes 3056 - 3078
Un portrait accablant
Le lendemain, vers midi, la belle Aquilina se leva, bâillant, fatiguée, et les joues marbrées par les empreintes du tabouret en velours peint sur lequel sa tête avait reposé. Euphrasie, réveillée par le mouvement de sa compagne, se dressa tout à coup en jetant un cri rauque ; sa jolie figure, si blanche, si fraîche la veille, était jaune et pâle comme celle d'une fille allant à l'hôpital. Insensiblement les convives se remuèrent en poussant des gémissements sinistres, ils se sentirent les bras et les jambes raidis, mille fatigues diverses les accablèrent à leur réveil. Un valet vint ouvrir les persiennes et les fenêtres des salons. L'assemblée se trouva sur pied, rappelée à la vie par les chauds rayons du soleil qui pétilla sur les têtes des dormeurs. Les mouvements du sommeil ayant brisé l'élégant édifice de leurs coiffures et fané leurs toilettes, les femmes frappées par l'éclat du jour présentèrent un hideux spectacle : leurs cheveux pendaient sans grâce, leurs physionomies avaient changé d'expression, leurs yeux si brillants étaient ternis par la lassitude. Les teints bilieux qui jettent tant d'éclat aux lumières faisaient horreur, les figures lymphatiques, si blanches, si molles quand elles sont reposées, étaient devenues vertes ; les bouches naguère délicieuses et rouges, maintenant sèches et blanches, portaient les honteux stigmates de l'ivresse. Les hommes reniaient leurs maîtresses nocturnes à les voir ainsi décolorées, cadavéreuses comme des fleurs écrasées dans une rue après le passage des processions.
Un tableau en mouvement
UNE ENERGIE EPUISEE
UN SPECTACLE DE DESTRUCTION
Un portrait accablant
Le lendemain, vers midi, la belle Aquilina se leva, bâillant, fatiguée, et les joues marbrées par les empreintes du tabouret en velours peint sur lequel sa tête avait reposé. Euphrasie, réveillée par le mouvement de sa compagne, se dressa tout à coup en jetant un cri rauque ; sa jolie figure, si blanche, si fraîche la veille, était jaune et pâle comme celle d'une fille allant à l'hôpital. Insensiblement les convives se remuèrent en poussant des gémissements sinistres, ils se sentirent les bras et les jambes raidis, mille fatigues diverses les accablèrent à leur réveil. Un valet vint ouvrir les persiennes et les fenêtres des salons. L'assemblée se trouva sur pied, rappelée à la vie par les chauds rayons du soleil qui pétilla sur les têtes des dormeurs. Les mouvements du sommeil ayant brisé l'élégant édifice de leurs coiffures et fané leurs toilettes, les femmes frappées par l'éclat du jour présentèrent un hideux spectacle : leurs cheveux pendaient sans grâce, leurs physionomies avaient changé d'expression, leurs yeux si brillants étaient ternis par la lassitude. Les teints bilieux qui jettent tant d'éclat aux lumières faisaient horreur, les figures lymphatiques, si blanches, si molles quand elles sont reposées, étaient devenues vertes ; les bouches naguère délicieuses et rouges, maintenant sèches et blanches, portaient les honteux stigmates de l'ivresse. Les hommes reniaient leurs maîtresses nocturnes à les voir ainsi décolorées, cadavéreuses comme des fleurs écrasées dans une rue après le passage des processions.
Un tableau en mouvement
- Un mouvement progressif
- De l'immobilité au mouvement
- Expansion du mouvement
- Accélération
- De l'ombre à la lumière
- Mise en lumière / révélation
- Lexique de la lumière
- Palettes de couleurs
Un portrait accablant
Le lendemain, vers midi, la belle Aquilina se leva, bâillant, fatiguée, et les joues marbrées par les empreintes du tabouret en velours peint sur lequel sa tête avait reposé. Euphrasie, réveillée par le mouvement de sa compagne, se dressa tout à coup en jetant un cri rauque ; sa jolie figure, si blanche, si fraîche la veille, était jaune et pâle comme celle d'une fille allant à l'hôpital. Insensiblement les convives se remuèrent en poussant des gémissements sinistres, ils se sentirent les bras et les jambes raidis, mille fatigues diverses les accablèrent à leur réveil. Un valet vint ouvrir les persiennes et les fenêtres des salons. L'assemblée se trouva sur pied, rappelée à la vie par les chauds rayons du soleil qui pétilla sur les têtes des dormeurs. Les mouvements du sommeil ayant brisé l'élégant édifice de leurs coiffures et fané leurs toilettes, les femmes frappées par l'éclat du jour présentèrent un hideux spectacle : leurs cheveux pendaient sans grâce, leurs physionomies avaient changé d'expression, leurs yeux si brillants étaient ternis par la lassitude. Les teints bilieux qui jettent tant d'éclat aux lumières faisaient horreur, les figures lymphatiques, si blanches, si molles quand elles sont reposées, étaient devenues vertes ; les bouches naguère délicieuses et rouges, maintenant sèches et blanches, portaient les honteux stigmates de l'ivresse. Les hommes reniaient leurs maîtresses nocturnes à les voir ainsi décolorées, cadavéreuses comme des fleurs écrasées dans une rue après le passage des processions.
UNE ENERGIE EPUISEE
- Le lexique du corps
- omniprésent, oppressant
- réduisant l'humain au corps
- Le lexique de la mort/maladie
- corps souffrants
- effets mortifères des excès
- Une humanité endormie
- une torpeur révélatrice
- une humanité bestiale
Un portrait accablant
Le lendemain, vers midi, la belle Aquilina se leva, bâillant, fatiguée, et les joues marbrées par les empreintes du tabouret en velours peint sur lequel sa tête avait reposé. Euphrasie, réveillée par le mouvement de sa compagne, se dressa tout à coup en jetant un cri rauque ; sa jolie figure, si blanche, si fraîche la veille, était jaune et pâle comme celle d'une fille allant à l'hôpital. Insensiblement les convives se remuèrent en poussant des gémissements sinistres, ils se sentirent les bras et les jambes raidis, mille fatigues diverses les accablèrent à leur réveil. Un valet vint ouvrir les persiennes et les fenêtres des salons. L'assemblée se trouva sur pied, rappelée à la vie par les chauds rayons du soleil qui pétilla sur les têtes des dormeurs. Les mouvements du sommeil ayant brisé l'élégant édifice de leurs coiffures et fané leurs toilettes, les femmes frappées par l'éclat du jour présentèrent un hideux spectacle : leurs cheveux pendaient sans grâce, leurs physionomies avaient changé d'expression, leurs yeux si brillants étaient ternis par la lassitude. Les teints bilieux qui jettent tant d'éclat aux lumières faisaient horreur, les figures lymphatiques, si blanches, si molles quand elles sont reposées, étaient devenues vertes ; les bouches naguère délicieuses et rouges, maintenant sèches et blanches, portaient les honteux stigmates de l'ivresse. Les hommes reniaient leurs maîtresses nocturnes à les voir ainsi décolorées, cadavéreuses comme des fleurs écrasées dans une rue après le passage des processions.
UN SPECTACLE DE DESTRUCTION
- Contraste avant après
- Marqueurs temporels
- Oppositions
- Une renaissance régressive
- corps souffrants
- effets mortifères des excès
- Les traces / séquelles
- Destruction et dégoût
- un réveil révélateur
- De la sensualité au dégoût
- De l'épuisement à la destruction
Bilan 1
Ce premier mouvement donne progressivement à voir le réveil des courtisanes passées d'objet de désir à objet de répulsion par l'effet des excès nocturnes. Balzac nous offre ainsi le portrait d'une humanité avilie, repoussante et dont les vices épuisent l'énergie vitale jusqu'à la destruction.
Une allégorie du vice
Lignes 3078-3088
Une allégorie du vice
Ces hommes dédaigneux étaient plus horribles encore. Vous eussiez frémi de voir ces faces humaines, aux yeux caves et cernés qui semblaient ne rien voir, engourdies par le vin, hébétées par un sommeil gêné, plus fatigant que réparateur. Ces visages hâves où paraissaient à nu les appétits physiques sans la poésie dont les décore notre âme, avaient je ne sais quoi de féroce et de froidement bestial. Ce réveil du vice sans vêtements ni fard, ce squelette du mal déguenillé, froid, vide et privé des sophismes de l'esprit ou des enchantements du luxe, épouvanta ces intrépides athlètes, quelque habitués qu'ils fussent à lutter avec la débauche.
Une vision d'horreur
- Champ lexical de l'horreur
- Un spectacle effrayant
- la vue en action
- L'indicible
- monstrare: monstres et dévoilement
LA DESHUMANISATION AL'OEUVRE
- Corps et esprit
- Bestialité et monstruosité
UNE ALLEGORIE DU VICE
- Allégorie et métaphore
- Une poésie de la révélation
- Une ironie latente
Bilan 2
Ce deuxième mouvement offre un spectacle effroyable où l'homme rejoint la bête dès lors que les apparats du faste sont tombés. Le texte propose alors une allégorie morale blâmant les adeptes de la débauche.
Une méditation sur la noirceur de l'âme
Lignes 3088-3100
Artistes et courtisanes gardèrent le silence en examinant d'un œil hagard le désordre de l'appartement où tout avait été dévasté, ravagé par le feu des passions. Un rire satanique s'éleva tout à coup lorsque Taillefer, entendant le râle sourd de ses hôtes, essaya de les saluer par une grimace; son visage en sueur et sanguinolent fit planer sur cette scène infernale l'image du crime sans remords. Le tableau fut complet. C'était la vie fangeuse au sein du luxe, un horrible mélange des pompes et des misères humaines, le réveil de la débauche, quand de ses mains fortes elle a pressé tous les fruits de la vie, pour ne laisser autour d'elle que d'ignobles débris ou des mensonges auxquels elle ne croit plus. Vous eussiez dit la Mort souriant au milieu d'une famille pestiférée.
Une méditation sur la noirceur de l'âme
Un tableau infernal
- Un champ de destruction
- chp lexical de la destruction
- Sidération des convives
- Effets d'amplification
- Un vocabulaire infernal
- Une figure satanique
- synecdoques
- allégories
- parodie humaine
Artistes et courtisanes gardèrent le silence en examinant d'un œil hagard le désordre de l'appartement où tout avait été dévasté, ravagé par le feu des passions. Un rire satanique s'éleva tout à coup lorsque Taillefer, entendant le râle sourd de ses hôtes, essaya de les saluer par une grimace; son visage en sueur et sanguinolent fit planer sur cette scène infernale l'image du crime sans remords. Le tableau fut complet. C'était la vie fangeuse au sein du luxe, un horrible mélange des pompes et des misères humaines, le réveil de la débauche, quand de ses mains fortes elle a pressé tous les fruits de la vie, pour ne laisser autour d'elle que d'ignobles débris ou des mensonges auxquels elle ne croit plus. Vous eussiez dit la Mort souriant au milieu d'une famille pestiférée.
Une méditation sur la noirceur de l'âme
UN PASSAGE CATHARTIQUE
- Mimésis
- voc de la représentation
- Tropes
- Catharsis
- Brutalité de la scène
- Un sentiment de dégoût
- P5
- Sidération des convives
Bilan 3
Le troisième mouvement conclut la vision infernale de la débauche par l'apparition de Taillefer, figure du Mal. La mise en scène amplifiant la sidération des convives comme celle des lecteurs provoque un rejet inévitable proche de la catharsis. La part morale du récit se dessinant sous les atours des nombreuses allégories.
Conclusion
un reveil douloureux
L'extrait situé à la suite de l'analepse de Raphaël montre le chemin adopté par celui-ci: une vie de débauche, de luxe et de luxure. Afin de rendre toute l'horreur de cette voie de perdition, Balzac nous propose une série de portraits d'une humanité dégradée qui s'horrifie de son propre spectacle en une habile mise en abyme culminant dans le portrait de l'instigateur de cette décadence, triomphant sur son champ de massacre. Alors, le récit se fait allégorique et moral à la manière d'une tragédie antique.
Vous eussiez dit la Mort souriant au milieu d'une famille pestiférée.
La peau de chagrin, 2e partie
Fin
Jusqu'à la prochaine...
Le réveil entre vice et débauche
aurore.renouxl
Created on March 16, 2023
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Vice & débauche
Analyse linéaire n°9
PAr ici
Introduction
En 1834, le romancier Honoré de Balzac décide de rassembler ses oeuvres dans une fresque qu'il initiule La Comédie Humaine comptant plus de quatre-vingt récits divisés en trois catégories: les Études de mœurs, les Études philosophiques et les Études analytiques. Bien que Balzac soit désormais considéré comme un des principaux écrivains réalistes avec sa volonté de "peindre toute la société", ses oeuvres empruntent aussi bien au réalisme, qu'au romantisme, au fantastique ou encore à la philosophie.
Introduction
En 1831, il publie l'un de ses chefs-d'oeuvre qui le fera connaître hors de France, La Peau de Chagrin. Le roman relate le parcours plein de désilusions de Raphaël de Valentin, jeune aristocrate désargenté cherchant à se faire un nom par l'écriture. Mais les aléas de la vie parisienne et les choix mal avisés du héros le conduiront au bord du suicide avant d'entrer en possession d'un talisman supposé exaucer ses voeux au détriment de sa vie. Après une nuit d'orgie qu'il avait appelé de ses voeux chez Taillefer, banquier douteux, les convives hébétés contemplent avec horreur le spectacle qui s'offre à eux où la pâleur des corps rivalise avec la noirceur des âmes.
En quoi cet extrait illustre-t-il une condamnation sans appel d'une vie de vice et de débauche?
La peau de chagrin, 2e partie
Mouvements
1er mouvement
2e mouvement
3e mouvement
Un portrait accablant
Une allégorie du vice
Une méditation sur la noirceur de l'âme humaine
+ ICI
+ ICI
+ ICI
Un portrait accablant
Lignes 3056 - 3078
Un portrait accablant
Le lendemain, vers midi, la belle Aquilina se leva, bâillant, fatiguée, et les joues marbrées par les empreintes du tabouret en velours peint sur lequel sa tête avait reposé. Euphrasie, réveillée par le mouvement de sa compagne, se dressa tout à coup en jetant un cri rauque ; sa jolie figure, si blanche, si fraîche la veille, était jaune et pâle comme celle d'une fille allant à l'hôpital. Insensiblement les convives se remuèrent en poussant des gémissements sinistres, ils se sentirent les bras et les jambes raidis, mille fatigues diverses les accablèrent à leur réveil. Un valet vint ouvrir les persiennes et les fenêtres des salons. L'assemblée se trouva sur pied, rappelée à la vie par les chauds rayons du soleil qui pétilla sur les têtes des dormeurs. Les mouvements du sommeil ayant brisé l'élégant édifice de leurs coiffures et fané leurs toilettes, les femmes frappées par l'éclat du jour présentèrent un hideux spectacle : leurs cheveux pendaient sans grâce, leurs physionomies avaient changé d'expression, leurs yeux si brillants étaient ternis par la lassitude. Les teints bilieux qui jettent tant d'éclat aux lumières faisaient horreur, les figures lymphatiques, si blanches, si molles quand elles sont reposées, étaient devenues vertes ; les bouches naguère délicieuses et rouges, maintenant sèches et blanches, portaient les honteux stigmates de l'ivresse. Les hommes reniaient leurs maîtresses nocturnes à les voir ainsi décolorées, cadavéreuses comme des fleurs écrasées dans une rue après le passage des processions.
Un tableau en mouvement
UNE ENERGIE EPUISEE
UN SPECTACLE DE DESTRUCTION
Un portrait accablant
Le lendemain, vers midi, la belle Aquilina se leva, bâillant, fatiguée, et les joues marbrées par les empreintes du tabouret en velours peint sur lequel sa tête avait reposé. Euphrasie, réveillée par le mouvement de sa compagne, se dressa tout à coup en jetant un cri rauque ; sa jolie figure, si blanche, si fraîche la veille, était jaune et pâle comme celle d'une fille allant à l'hôpital. Insensiblement les convives se remuèrent en poussant des gémissements sinistres, ils se sentirent les bras et les jambes raidis, mille fatigues diverses les accablèrent à leur réveil. Un valet vint ouvrir les persiennes et les fenêtres des salons. L'assemblée se trouva sur pied, rappelée à la vie par les chauds rayons du soleil qui pétilla sur les têtes des dormeurs. Les mouvements du sommeil ayant brisé l'élégant édifice de leurs coiffures et fané leurs toilettes, les femmes frappées par l'éclat du jour présentèrent un hideux spectacle : leurs cheveux pendaient sans grâce, leurs physionomies avaient changé d'expression, leurs yeux si brillants étaient ternis par la lassitude. Les teints bilieux qui jettent tant d'éclat aux lumières faisaient horreur, les figures lymphatiques, si blanches, si molles quand elles sont reposées, étaient devenues vertes ; les bouches naguère délicieuses et rouges, maintenant sèches et blanches, portaient les honteux stigmates de l'ivresse. Les hommes reniaient leurs maîtresses nocturnes à les voir ainsi décolorées, cadavéreuses comme des fleurs écrasées dans une rue après le passage des processions.
Un tableau en mouvement
Un portrait accablant
Le lendemain, vers midi, la belle Aquilina se leva, bâillant, fatiguée, et les joues marbrées par les empreintes du tabouret en velours peint sur lequel sa tête avait reposé. Euphrasie, réveillée par le mouvement de sa compagne, se dressa tout à coup en jetant un cri rauque ; sa jolie figure, si blanche, si fraîche la veille, était jaune et pâle comme celle d'une fille allant à l'hôpital. Insensiblement les convives se remuèrent en poussant des gémissements sinistres, ils se sentirent les bras et les jambes raidis, mille fatigues diverses les accablèrent à leur réveil. Un valet vint ouvrir les persiennes et les fenêtres des salons. L'assemblée se trouva sur pied, rappelée à la vie par les chauds rayons du soleil qui pétilla sur les têtes des dormeurs. Les mouvements du sommeil ayant brisé l'élégant édifice de leurs coiffures et fané leurs toilettes, les femmes frappées par l'éclat du jour présentèrent un hideux spectacle : leurs cheveux pendaient sans grâce, leurs physionomies avaient changé d'expression, leurs yeux si brillants étaient ternis par la lassitude. Les teints bilieux qui jettent tant d'éclat aux lumières faisaient horreur, les figures lymphatiques, si blanches, si molles quand elles sont reposées, étaient devenues vertes ; les bouches naguère délicieuses et rouges, maintenant sèches et blanches, portaient les honteux stigmates de l'ivresse. Les hommes reniaient leurs maîtresses nocturnes à les voir ainsi décolorées, cadavéreuses comme des fleurs écrasées dans une rue après le passage des processions.
UNE ENERGIE EPUISEE
Un portrait accablant
Le lendemain, vers midi, la belle Aquilina se leva, bâillant, fatiguée, et les joues marbrées par les empreintes du tabouret en velours peint sur lequel sa tête avait reposé. Euphrasie, réveillée par le mouvement de sa compagne, se dressa tout à coup en jetant un cri rauque ; sa jolie figure, si blanche, si fraîche la veille, était jaune et pâle comme celle d'une fille allant à l'hôpital. Insensiblement les convives se remuèrent en poussant des gémissements sinistres, ils se sentirent les bras et les jambes raidis, mille fatigues diverses les accablèrent à leur réveil. Un valet vint ouvrir les persiennes et les fenêtres des salons. L'assemblée se trouva sur pied, rappelée à la vie par les chauds rayons du soleil qui pétilla sur les têtes des dormeurs. Les mouvements du sommeil ayant brisé l'élégant édifice de leurs coiffures et fané leurs toilettes, les femmes frappées par l'éclat du jour présentèrent un hideux spectacle : leurs cheveux pendaient sans grâce, leurs physionomies avaient changé d'expression, leurs yeux si brillants étaient ternis par la lassitude. Les teints bilieux qui jettent tant d'éclat aux lumières faisaient horreur, les figures lymphatiques, si blanches, si molles quand elles sont reposées, étaient devenues vertes ; les bouches naguère délicieuses et rouges, maintenant sèches et blanches, portaient les honteux stigmates de l'ivresse. Les hommes reniaient leurs maîtresses nocturnes à les voir ainsi décolorées, cadavéreuses comme des fleurs écrasées dans une rue après le passage des processions.
UN SPECTACLE DE DESTRUCTION
Bilan 1
Ce premier mouvement donne progressivement à voir le réveil des courtisanes passées d'objet de désir à objet de répulsion par l'effet des excès nocturnes. Balzac nous offre ainsi le portrait d'une humanité avilie, repoussante et dont les vices épuisent l'énergie vitale jusqu'à la destruction.
Une allégorie du vice
Lignes 3078-3088
Une allégorie du vice
Ces hommes dédaigneux étaient plus horribles encore. Vous eussiez frémi de voir ces faces humaines, aux yeux caves et cernés qui semblaient ne rien voir, engourdies par le vin, hébétées par un sommeil gêné, plus fatigant que réparateur. Ces visages hâves où paraissaient à nu les appétits physiques sans la poésie dont les décore notre âme, avaient je ne sais quoi de féroce et de froidement bestial. Ce réveil du vice sans vêtements ni fard, ce squelette du mal déguenillé, froid, vide et privé des sophismes de l'esprit ou des enchantements du luxe, épouvanta ces intrépides athlètes, quelque habitués qu'ils fussent à lutter avec la débauche.
Une vision d'horreur
LA DESHUMANISATION AL'OEUVRE
UNE ALLEGORIE DU VICE
Bilan 2
Ce deuxième mouvement offre un spectacle effroyable où l'homme rejoint la bête dès lors que les apparats du faste sont tombés. Le texte propose alors une allégorie morale blâmant les adeptes de la débauche.
Une méditation sur la noirceur de l'âme
Lignes 3088-3100
Artistes et courtisanes gardèrent le silence en examinant d'un œil hagard le désordre de l'appartement où tout avait été dévasté, ravagé par le feu des passions. Un rire satanique s'éleva tout à coup lorsque Taillefer, entendant le râle sourd de ses hôtes, essaya de les saluer par une grimace; son visage en sueur et sanguinolent fit planer sur cette scène infernale l'image du crime sans remords. Le tableau fut complet. C'était la vie fangeuse au sein du luxe, un horrible mélange des pompes et des misères humaines, le réveil de la débauche, quand de ses mains fortes elle a pressé tous les fruits de la vie, pour ne laisser autour d'elle que d'ignobles débris ou des mensonges auxquels elle ne croit plus. Vous eussiez dit la Mort souriant au milieu d'une famille pestiférée.
Une méditation sur la noirceur de l'âme
Un tableau infernal
Artistes et courtisanes gardèrent le silence en examinant d'un œil hagard le désordre de l'appartement où tout avait été dévasté, ravagé par le feu des passions. Un rire satanique s'éleva tout à coup lorsque Taillefer, entendant le râle sourd de ses hôtes, essaya de les saluer par une grimace; son visage en sueur et sanguinolent fit planer sur cette scène infernale l'image du crime sans remords. Le tableau fut complet. C'était la vie fangeuse au sein du luxe, un horrible mélange des pompes et des misères humaines, le réveil de la débauche, quand de ses mains fortes elle a pressé tous les fruits de la vie, pour ne laisser autour d'elle que d'ignobles débris ou des mensonges auxquels elle ne croit plus. Vous eussiez dit la Mort souriant au milieu d'une famille pestiférée.
Une méditation sur la noirceur de l'âme
UN PASSAGE CATHARTIQUE
Bilan 3
Le troisième mouvement conclut la vision infernale de la débauche par l'apparition de Taillefer, figure du Mal. La mise en scène amplifiant la sidération des convives comme celle des lecteurs provoque un rejet inévitable proche de la catharsis. La part morale du récit se dessinant sous les atours des nombreuses allégories.
Conclusion
un reveil douloureux
L'extrait situé à la suite de l'analepse de Raphaël montre le chemin adopté par celui-ci: une vie de débauche, de luxe et de luxure. Afin de rendre toute l'horreur de cette voie de perdition, Balzac nous propose une série de portraits d'une humanité dégradée qui s'horrifie de son propre spectacle en une habile mise en abyme culminant dans le portrait de l'instigateur de cette décadence, triomphant sur son champ de massacre. Alors, le récit se fait allégorique et moral à la manière d'une tragédie antique.
Vous eussiez dit la Mort souriant au milieu d'une famille pestiférée.
La peau de chagrin, 2e partie
Fin
Jusqu'à la prochaine...