Raisonnement argumenté
vous montrerez comment la socialisation des officiers de l’armée française a évolué
Document 1
Document 2
Les écoles d’officiers assurent traditionnellement en premier lieu une formation militaire et sportive visant à préparer le corps à s’affronter aux conditions de vie potentiellement éprouvantes d’un régiment en opération. À cette fin, les élèves-officiers sont invités à entretenir assidûment leur condition physique, à travers de nombreux exercices quotidiens (course à pied, sports collectifs). Ils participent également à des stages dits d’« aguerrissement » et des entraînements militaires qui leur permettent d’approcher de manière anticipée les conditions d’exercice de leur futur métier. À cet entraînement, s’ajoute un processus pédagogique très particulier, qui occupe généralement les premiers mois de la formation, et que l’on désigne par le terme de drill.
Le drill consiste en l’appropriation par les élèves-officiers des normes comportementales explicitement attendues dans le cadre des interactions au sein de l’univers militaire, qu’il s’agisse du salut réglementaire ou des différentes formes de marche au pas. Le drill peut être vu comme une forme de « socialisation secondaire » (Berger, Luckmann, 1986) basée sur la répétition mécanique des comportements spécifiques de l’univers professionnel ; un exemple paroxystique d’habitus, tant il met en œuvre une mécanique d’incorporation de normes qui agissent profondément sur l’identité individuelle et modifient jusqu’à la manière de se tenir, de marcher, et également dans une certaine mesure de s’exprimer. Cet apprentissage suppose également l’assimilation des nombreux codes et formalismes usités dans l’univers militaire : de la manière de ranger son barda aux vêtements idoines (treillis, survêtement, uniforme) en fonction des circonstances en passant bien sûr par la connaissance des grades et de leur symbolisation (….)
Ce qui fait la spécificité profonde de la formation des saint-cyriens repose sur l’idée aussi floue que décisive de « formation morale » que nous définirons provisoirement comme la transmission d’un corpus de valeurs associées au statut et aux missions spécifiques des officiers. La clé de voûte de l’idéologie militaire est traditionnellement et logiquement le patriotisme, en ce que d’abord la préservation des intérêts et de l’intégrité territoriale du pays est la mission première des armées modernes. La patrie, comme cause transcendante, vient justifier la plupart des sujétions spécifiques auxquelles sont contraints les militaires, et donne sens aux plus coûteux des sacrifices ; elle appelle une fidélité inconditionnelle (loyauté), une disponibilité totale et un désintéressement absolu (éthique de service), commandé par la notion d’ « honneur » qui se mêle et s’articule au patriotisme. Par un glissement qui mériterait de plus amples analyses, la personnification patriotique a abouti à ce que les militaires agissent (et meurent) au nom de l’ « honneur de la France ». (…)Ces responsabilités fondent et justifient ce qu’il est convenu d’appeler la « spécificité militaire » (Boëne, 1990). Une « socialisation particulière » s’impose donc pour s’assurer que les officiers répondront aux critères attendus, tant du point de vue de leur sens des responsabilités et du commandement que de leur fidélité aux principes fondateurs d’une armée en démocratie
Source : Alex Alber, « Une socialisation professionnelle par l’histoire : la formation morale des Saint-Cyriens et le martyrologe patriotique », Temporalités [En ligne], 6/7 | 2007, mis en ligne le 08 juillet 2009
Document 3
A Saint-Cyr, le creuset des officiers de l’armée de terre française, une réforme profonde des formations démarre en cette rentrée 2020. L’état-major veut façonner autrement ses futurs cadres – 450 dans les promotions en cours. « Déficit d’épaisseur humaine », ont en effet tranché les généraux.« Le diagnostic est celui d’un retard dans le domaine de la maturité, tant dans l’exercice de l’autorité que dans la prise en compte des enjeux sociétaux » (….)Le chantier « ne veut pas dire que les officiers d’aujourd’hui sont mauvais », prévient le général Patrick Collet, commandant des écoles de Saint-Cyr. « Nous sommes très satisfaits d’eux sur nos théâtres d’opérations, et comme ancien chef de la 11e brigade parachutiste, j’affirme que la France a sans doute les officiers parmi les meilleurs du monde. » Mais il faut préparer les prochaines guerres, que l’on attend « plus dures ». La société change aussi. Les hiérarques militaires la jugent « immédiate », « individualiste », « cloisonnée »(…) Le sujet n’est donc pas celui des compétences – les aspirants deviennent vite de très bons techniciens de la manœuvre militaire. Ils devront développer des qualités choisies : « combativité », « autorité », « intelligence », « humanité ». C’est autour d’elles qu’une revue des copieux programmes actuels est engagée. « Je n’ai pas besoin de rajouter des heures de tir, mais d’élever les esprits », explique le général Collet. Les professeurs civils, surnommés les « rats », enseigneront désormais dans certains cours en binôme avec les instructeurs militaires. Pour la combativité, l’école n’hésite pas à promouvoir le « maintien d’un relatif inconfort quotidien » ou « une vision critique de la technologie » permettant à ces futurs hommes d’action de s’en affranchir. Il sera aussi fait appel aux « ressorts de la psychologie » favorables à la résilience. L’autorité passera par le terrain : dès janvier 2021, pour trois mois, les jeunes « cyrards » devront, au simple grade de sergent, encadrer les jeunes recrues des centres de formation initiale des militaires du rang. « On va ainsi leur ouvrir les oreilles, leur rabattre leur caquet et les confronter à leurs limites, explique le directeur, car ils vont tomber sur des gens qui n’obéiront pas forcément et comprendront qu’ils ne sont pas déjà les grands chefs qu’ils pensaient être. » Autre révolution, des activités d’entraînement militaire communes aux trois filières d’officiers seront organisées sur le terrain. Pour ceux qui, rejoignant l’élite, se voient en demi-dieux une fois gagnées les plumes de leur képi bleu, les temps changent, assure-t-on à l’école. L’intelligence reposera sur « une lecture critique des événements » et « une recherche du débat ». L’humanité, elle, appellera plus d’heures de cours de philosophie, d’éthique et d’histoire militaire. L’idée sera de donner aux futurs cadres de « la souplesse intellectuelle » et de la « culture », pour enchaîner des opérations militaires très différentes les unes des autres, et pour travailler en coalition avec des forces étrangères. Source : Nathalie Guibert, Saint-Cyr veut renforcer « l’épaisseur humaine » des officiers,publié in Le Monde le 07 septembre 2020
Reformulation du sujet
Plan
I- Traditionnellement ,une socialisation secondaire des officiers cohérente avec la socialisation primaire du fait de la reproduction sociale
II- Cependant , les évolutions de la société et du recrutement des officiers entraîne une transformation de la socialisation secondaire des officiers
Félicitations , vous avez brillament réussi le parcours
EC3- socialisation des officiers
jayses
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Raisonnement argumenté
vous montrerez comment la socialisation des officiers de l’armée française a évolué
Document 1
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Les écoles d’officiers assurent traditionnellement en premier lieu une formation militaire et sportive visant à préparer le corps à s’affronter aux conditions de vie potentiellement éprouvantes d’un régiment en opération. À cette fin, les élèves-officiers sont invités à entretenir assidûment leur condition physique, à travers de nombreux exercices quotidiens (course à pied, sports collectifs). Ils participent également à des stages dits d’« aguerrissement » et des entraînements militaires qui leur permettent d’approcher de manière anticipée les conditions d’exercice de leur futur métier. À cet entraînement, s’ajoute un processus pédagogique très particulier, qui occupe généralement les premiers mois de la formation, et que l’on désigne par le terme de drill. Le drill consiste en l’appropriation par les élèves-officiers des normes comportementales explicitement attendues dans le cadre des interactions au sein de l’univers militaire, qu’il s’agisse du salut réglementaire ou des différentes formes de marche au pas. Le drill peut être vu comme une forme de « socialisation secondaire » (Berger, Luckmann, 1986) basée sur la répétition mécanique des comportements spécifiques de l’univers professionnel ; un exemple paroxystique d’habitus, tant il met en œuvre une mécanique d’incorporation de normes qui agissent profondément sur l’identité individuelle et modifient jusqu’à la manière de se tenir, de marcher, et également dans une certaine mesure de s’exprimer. Cet apprentissage suppose également l’assimilation des nombreux codes et formalismes usités dans l’univers militaire : de la manière de ranger son barda aux vêtements idoines (treillis, survêtement, uniforme) en fonction des circonstances en passant bien sûr par la connaissance des grades et de leur symbolisation (….) Ce qui fait la spécificité profonde de la formation des saint-cyriens repose sur l’idée aussi floue que décisive de « formation morale » que nous définirons provisoirement comme la transmission d’un corpus de valeurs associées au statut et aux missions spécifiques des officiers. La clé de voûte de l’idéologie militaire est traditionnellement et logiquement le patriotisme, en ce que d’abord la préservation des intérêts et de l’intégrité territoriale du pays est la mission première des armées modernes. La patrie, comme cause transcendante, vient justifier la plupart des sujétions spécifiques auxquelles sont contraints les militaires, et donne sens aux plus coûteux des sacrifices ; elle appelle une fidélité inconditionnelle (loyauté), une disponibilité totale et un désintéressement absolu (éthique de service), commandé par la notion d’ « honneur » qui se mêle et s’articule au patriotisme. Par un glissement qui mériterait de plus amples analyses, la personnification patriotique a abouti à ce que les militaires agissent (et meurent) au nom de l’ « honneur de la France ». (…)Ces responsabilités fondent et justifient ce qu’il est convenu d’appeler la « spécificité militaire » (Boëne, 1990). Une « socialisation particulière » s’impose donc pour s’assurer que les officiers répondront aux critères attendus, tant du point de vue de leur sens des responsabilités et du commandement que de leur fidélité aux principes fondateurs d’une armée en démocratie Source : Alex Alber, « Une socialisation professionnelle par l’histoire : la formation morale des Saint-Cyriens et le martyrologe patriotique », Temporalités [En ligne], 6/7 | 2007, mis en ligne le 08 juillet 2009
Document 3
A Saint-Cyr, le creuset des officiers de l’armée de terre française, une réforme profonde des formations démarre en cette rentrée 2020. L’état-major veut façonner autrement ses futurs cadres – 450 dans les promotions en cours. « Déficit d’épaisseur humaine », ont en effet tranché les généraux.« Le diagnostic est celui d’un retard dans le domaine de la maturité, tant dans l’exercice de l’autorité que dans la prise en compte des enjeux sociétaux » (….)Le chantier « ne veut pas dire que les officiers d’aujourd’hui sont mauvais », prévient le général Patrick Collet, commandant des écoles de Saint-Cyr. « Nous sommes très satisfaits d’eux sur nos théâtres d’opérations, et comme ancien chef de la 11e brigade parachutiste, j’affirme que la France a sans doute les officiers parmi les meilleurs du monde. » Mais il faut préparer les prochaines guerres, que l’on attend « plus dures ». La société change aussi. Les hiérarques militaires la jugent « immédiate », « individualiste », « cloisonnée »(…) Le sujet n’est donc pas celui des compétences – les aspirants deviennent vite de très bons techniciens de la manœuvre militaire. Ils devront développer des qualités choisies : « combativité », « autorité », « intelligence », « humanité ». C’est autour d’elles qu’une revue des copieux programmes actuels est engagée. « Je n’ai pas besoin de rajouter des heures de tir, mais d’élever les esprits », explique le général Collet. Les professeurs civils, surnommés les « rats », enseigneront désormais dans certains cours en binôme avec les instructeurs militaires. Pour la combativité, l’école n’hésite pas à promouvoir le « maintien d’un relatif inconfort quotidien » ou « une vision critique de la technologie » permettant à ces futurs hommes d’action de s’en affranchir. Il sera aussi fait appel aux « ressorts de la psychologie » favorables à la résilience. L’autorité passera par le terrain : dès janvier 2021, pour trois mois, les jeunes « cyrards » devront, au simple grade de sergent, encadrer les jeunes recrues des centres de formation initiale des militaires du rang. « On va ainsi leur ouvrir les oreilles, leur rabattre leur caquet et les confronter à leurs limites, explique le directeur, car ils vont tomber sur des gens qui n’obéiront pas forcément et comprendront qu’ils ne sont pas déjà les grands chefs qu’ils pensaient être. » Autre révolution, des activités d’entraînement militaire communes aux trois filières d’officiers seront organisées sur le terrain. Pour ceux qui, rejoignant l’élite, se voient en demi-dieux une fois gagnées les plumes de leur képi bleu, les temps changent, assure-t-on à l’école. L’intelligence reposera sur « une lecture critique des événements » et « une recherche du débat ». L’humanité, elle, appellera plus d’heures de cours de philosophie, d’éthique et d’histoire militaire. L’idée sera de donner aux futurs cadres de « la souplesse intellectuelle » et de la « culture », pour enchaîner des opérations militaires très différentes les unes des autres, et pour travailler en coalition avec des forces étrangères. Source : Nathalie Guibert, Saint-Cyr veut renforcer « l’épaisseur humaine » des officiers,publié in Le Monde le 07 septembre 2020
Reformulation du sujet
Plan
I- Traditionnellement ,une socialisation secondaire des officiers cohérente avec la socialisation primaire du fait de la reproduction sociale
II- Cependant , les évolutions de la société et du recrutement des officiers entraîne une transformation de la socialisation secondaire des officiers
Félicitations , vous avez brillament réussi le parcours