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La cartographie : de ses débuts à nos jours
Viêt Jeannaud
Created on July 12, 2022
L’évolution de la cartographie reflète l’évolution des connaissances géographiques du monde par les hommes.À travers quelques cartes de référence spectaculaires, nous allons retracer les grandes phases de l’histoire de la cartographie.
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L’évolution de la cartographie reflète l’évolution des connaissances géographiques du monde par les hommes. À travers quelques cartes de référence spectaculaires, nous allons retracer les grandes phases de l’histoire de la cartographie.
La cartographie : de ses débuts à nos jours
III ème - I er millénaire av. J.-C
Pétroglyphe de Bedolina et sa représentation archéo-iconographique
L’une des plus anciennes cartes connues se trouve dans le nord de l’Italie, à Bedolina. Il s’agit d’un pétroglyphe, c’est-à-dire une carte gravée dans la pierre. Elle représente une sorte de plan du cadastre d’un espace occupé par une communauté agricole. Cette représentation a été actualisée pendant une longue période. Elle permettait sûrement la gestion des espaces agricoles, afin d’éviter les conflits entre voisins.
Le pétroglyphe de Bedolina
Survolez la carte pour voir les principales zones
British Museum. Object Number: 92687., Public domain, via Wikimedia Commons
Parmi les cartes de l’antiquité qui sont arrivées jusqu’à nous, il y a aussi la carte de Sippar, découverte en 1899 dans l’actuel Irak. Sur cette tablette d’argile, exposée au British Museum, on peut voir une représentation symbolique du monde connu par les Babyloniens au VIème siècle avant notre ère. Il s’agit de la Mésopotamie, centrée sur les fleuves Tigre et Euphrate.
VI ème siècle av. J.-C
La carte de Sippar
Reconstitution hypothétique de la carte du monde d'Hécatée
La civilisation grecque est connue pour ses apports en termes de connaissances géographiques et scientifiques en général. Vers l’an -600, Thalès de Milet avait déjà imaginé que la Terre est ronde. Vers -500, Hécatée de Milet, considéré comme le père de la géographie, a rédigé un "Tour de la terre", un traité dont s’est inspiré Hérodote. À ses yeux, l’Asie et la Libye, c’est-à-dire l’Afrique, forment un même ensemble. Cette conception va perdurer longtemps, jusqu'aux grandes découvertes.
V ème siècle av. J.-C
La carte du monde d'Hécatée
CONTINENT AUSTRAL
AFRIQUE
ASIE
EUROPE
- une grille de coordonnées en latitude (dont l'équateur) et en longitude
- l'orientation des cartes vers le nord géographique
Carte géographique de Ptolémée, II ème siècle.
Tout le savoir grec est résumé par un astronome et géographe grec, Ptolémée, né à Alexandrie. Dans la vision de Ptolémée, la Terre, ronde, s'inscrit au centre de l'univers. Un quart seulement du globe est habité, c'est l'œkoumène, isolé par un océan infranchissable. Il propose une projection conique améliorée et nous lègue entre autres :
150 apr. J.-C
La géographie de Claude Ptolémée
Détroit de Gibraltar
Mer Méditerranée
Sardaigne
Sicile
Corse
Chypre
Crète
NORD
SUD
OUEST
EST
Mappemonde d'Albi, 2 ème moitié du VIII ème siècle.
Les connaissances de l’Antiquité vont rester méconnues en Occident, jusqu’au XVème siècle. On peut constater ce recul des connaissances à travers la Mappa mundi d'Albi, l'une des plus anciennes cartes du monde connu encore conservée à ce jour, et qui ne soit ni symbolique ni abstraite. C'est un document d'une importance exceptionnelle pour l'histoire mondiale de la cartographie, et, plus largement, pour l'histoire de la représentation de l'espace, et donc l'histoire de l'humanité. La Terre habitée y est représentée en forme de fer à cheval. Au centre, on voit la mer Méditerranée qui s’ouvre en bas de la carte avec une figuration du détroit de Gibraltar. Cette carte est orientée, c'est-à-dire que l’orient, l’est, se trouve en haut de la page. On reconnaît de haut en bas les grandes îles de Crète, de Chypre, de Sicile, de Sardaigne et de Corse.
Moitié du VIII ème siècle apr. J.-C
La Mappa mundi d'Albi
OUEST
SUD
EST
NORD
Sur cette carte réalisée pour le roi Roger, on retrouve la projection cartographique scientifique de Ptolémée. Le sud est en haut de la page et la carte est centrée sur le monde musulman. Sa Géographie décrit les pays, leurs villes principales, leurs routes et leurs frontières, les mers, les fleuves et les montagnes. Elle contient également des informations économiques et commerciales, historiques et religieuses.
La Tabula Rogeriana (1154), créée par al Idrîssî, est une carte du monde orientée au sud.
Au Moyen Âge, les connaissances de l’Antiquité des grecs et des romains ont été sauvegardées et développées dans le monde arabe, bien avant la Renaissance en Occident. Des cartes du monde connu sont réalisées grâce à des progrès techniques comme l’astrolabe et des explorateurs rapportent leurs découvertes. Un de ces grands voyageurs est al-Idrîsî, un savant arabe qui vit à la cour chrétienne de Sicile au XIIème siècle.
An 1154
La Tabula Rogeriana d'al-Idrîsî
Carte de Hereford - Wikiwand
Une représentation non symbolique du monde est rare au Moyen Âge. En Occident, la vision chrétienne prédomine et les mappemondes médiévales mettent en scène une représentation symbolique de la terre habitée, inspirée par la Bible. On parle des Mappemondes en TO (Terrarum Orbis), qui apparaissent dès le VIème siècle et qui vont perdurer très tardivement, jusqu’au XVème siècle. La Mappemonde de Hereford est connue comme l’une des plus détaillées du genre. Les cartes en TO, si caricaturales, ne servaient pas à se repérer, mais étaient plutôt un support à la réflexion religieuse, représentant le schéma immuable du monde habité, tel qu’adopté par les théologiens du Moyen Âge.
XIII ème siècle apr. J.-C
La Mappa mundi de Hereford
EST
NORD
OUEST
SUD
Explore - Fra Mauro's world map | museo galileo
Cette carte a été réalisée sur un parchemin en 1459 par Fra Mauro, un moine italien, à la demande du roi du Portugal. Comme sur la carte d’al-Idrîsî, le sud y est représenté en haut. Ce planisphère montre de manière étonnante une bonne connaissance de l’océan Indien, ainsi que du sud de l’Afrique, certainement grâce aux renseignements qui arrivaient de Chine par des marchands indiens ou arabes. Il présente en effet des similitudes avec la carte Kangnido. Ce planisphère est à mettre en relation avec la redécouverte des savoirs antiques au XVème siècle en Europe. La traduction en latin de la Géographie de Ptolémée renouvelle l’intérêt des Européens pour l’exploration des terres et des océans lointains. Pour la première fois l'Occident re-découvre une carte réaliste du monde. Les humanistes de la Renaissance vont alors chercher à compléter les connaissances du monde.
An 1459
Le planisphère de Fra Mauro
Ces lignes de rhumb ne servent pas à mesurer les distances, mais indiquent aux marins les angles de route pour se diriger grâce à l'usage de l'aiguille aimantée de la toute nouvelle boussole.
Atlas nautique (1467) par Grazioso Benincasa | BnF
En Europe, il faut donc attendre la fin du XIIIème siècle pour que se développent des cartes relativement précises, à l'opposé de l'image théologique du monde des cartes en TO. Ceci est possible grâce à la navigation, dans un contexte d'essor du commerce maritime. Les cartes de navigation maritime sont fondées sur un relevé précis des côtes : ce sont les cartes-portulans qui décrivent les côtes et les ports. Dressées pour, et souvent par les marins, ces cartes marines se caractérisent par leur système de loxodromies, ou lignes de rhumb, qui s'entrecroisent sur chaque carte, et par la rose des vents décorée qui apparaît habituellement.
An 1467
L'atlas nautique de Grazioso Benincasa
C’est aussi la première carte murale du monde réalisée par la technique de l’imprimerie. Il ne reste aujourd’hui plus qu'une seule copie de ce planisphère, conservée à la bibliothèque du Congrès.
Ce planisphère avec une projection cordiforme (en forme de cœur) est célèbre : il s’agit de la première carte mentionnant le nom "America", en hommage au navigateur Amerigo Vespucci. Ce dernier est représenté dans la marge en haut à droite, où il fait face à Ptolémée placé à gauche. C’est aussi la première carte à décrire les Amériques séparées de l'Asie. Le tracé du nouveau continent est bien sûr très approximatif comme le montre le détroit qui sépare l’Amérique du sud de l’Amérique du nord, identifiée comme terre inconnue ("Terra Ulteri Incognita").
Universalis cosmographia | Library of Congress
An 1507
Le planisphère de Waldseemüller
Méridien de Paris
Les progrès techniques et scientifiques s’appliquent à l’amélioration de la cartographie des territoires nationaux. En France, l’Académie royale des sciences impulse ces progrès. Il y a tout d’abord la définition en 1667 du méridien de Paris, un méridien de référence pour le royaume. De nombreuses mesures astronomiques vont permettre de corriger les cartes existantes. Ainsi, en 1682, Philippe de La Hire présente à Louis XIV une carte de France rectifiée, qui fait dire au roi : "Ces chers messieurs de l’Académie, avec leurs grands travaux, m’ont coûté une partie de mon royaume et m’ont pris plus de territoire que tous mes ennemis réunis." Par la suite, à partir de cette ligne imaginaire, des mesures de triangulation géodésiques vont permettre de réaliser des cartes plus précises.
Carte de France corrigee par ordre du Roy | Gallica
An 1682
La carte de Philippe de La Hire
Les progrès de l'astronomie et des mathématiques ont une grande influence sur la cartographie. De nouveaux instruments permettent de mesurer les angles, de calculer latitudes et longitudes, d’apprécier les altitudes avec précision. Dans le même temps, de nouvelles projections se développent. Celle de Mercator connaît un grand succès car elle facilite la navigation des marins. Comme on le voit, le pourtour et parfois le contenu des cartes étaient richement décorés. Les cartes étaient rares en raison de la confidentialité mais aussi de la lenteur de la production. Elles étaient destinées aux puissants d’où l’intervention d’artistes pour en faire des objets d’art. La gravure et l'imprimerie vont peu à peu relayer les dessinateurs et les enlumineurs, donnant à la cartographie une plus large audience, permettant ainsi aux humanistes, aux universitaires et à toute l'Europe intellectuelle de s'informer des progrès des grandes découvertes.
Mappemonde, carte universelle de la terre / dressée par J. B. Nolin | Gallica
An 1755
La carte universelle de la Terre de J.B Nolin
Zoomez / Dézoomez pour explorer la carte
Sur la base de la triangulation générale de la France est lancée la première cartographie détaillée du royaume en 1747, qui donnera la célèbre carte de Cassini. Cette opération va mobiliser le travail opiniâtre d’une succession de savants et d’ingénieurs, dont 4 génération de Cassini, pendant un siècle et demi, afin de "mesurer le Royaume, c'est-à-dire déterminer le nombre innombrable de bourgs, villes et villages semés dans toute son étendue". La carte est finalisée en 1815. Grâce à ce travail titanesque, la France fut ainsi la première nation à être dotée d’une carte de base de son territoire.
Carte de Cassini | Géoportail
XVIII ème siècle
La carte de Cassini
Déplacez le curseur pour comparer
Au début du XIX ème siècle, la carte de Cassini se révèle déjà trop imprécise et la réalisation d’une nouvelle carte de France est décidée. Les relevés des ingénieurs-géographes sont menés entre 1818 et 1866. Ils donnent lieu à la célèbre carte d’État-Major qui va être publiée à partir de 1833. Cependant, la lenteur de son élaboration pose des problèmes de mise à jour. De plus, cette carte manque de précision et sa lecture n’est pas aisée. Une nouvelle carte de France émerge donc au début du XXème siècle. Cette troisième génération de la carte de France est plus précise et plus facile à lire (couleurs, courbes de niveau pour représenter le relief). Les premières publications paraissent dans l’entre-deux-guerre, et se poursuivent de nos jours.
Comparatif carte d'État major (à gauche) et carte des années 1950 (à droite) | Remonter le temps - IGN
XIX ème - XX ème siècle
De la carte d’État-Major à la carte de l'IGN
Les missions catholiques dans l'Indo-Chine française | Navigae - 1886 Université Bordeaux Montaigne
Cet essor des cartes à grande échelle en Europe s’étend sur les autres continents. Les derniers espaces "inconnus" en Afrique, en Asie, en Océanie et en Amérique du Sud sont explorés et cartographiés, souvent parallèlement à leur colonisation par les puissances européennes. Ceci est particulièrement vrai pour définir les frontières des colonies ou des nouveaux États. Dans le même temps se multiplient les cartes thématiques, comme par exemple cette carte des missions catholiques dans l'Indo-Chine française.
Fin du XIXème siècle
L'exploration des derniers espaces inconnus
En France cette période est marquée par l’essor de la cartographie scolaire, la carte murale Vidal-Lablache étant l’instrument d’apprentissage de base. Ces cartes servaient aussi à la propagande politique avec par exemple les départements d’Alsace et de Lorraine grisés sur la carte, comme des territoires à "réintégrer" après la défaite de 1870. Dans le même temps, la cartographie entre dans les foyers avec le calendrier des postes qui présente des cartes départementales.
France: départements / par P. Vidal-Lablache | Gallica
Fin du XIXème - Début du XXème siècle
La carte murale Vidal-Lablache
Zoomez / Dézoomez pour explorer la carte
De grandes évolutions interviennent au XXème siècle avec la possibilité de voir la Terre depuis le ciel. Cela commence avec l’aviation. Les deux guerres mondiales montrent l'importance de la photographie aérienne pour permettre une cartographie à très grande échelle et régulièrement mise à jour. Après la deuxième guerre mondiale, les utilisations civiles se développent aussi. En France, l’IGN photographie tout le territoire national, les clichés servant de base à la réalisation et l’actualisation des cartes topographiques. Les prises de vues stéréoscopiques permettent de voir le relief. D’autres prises de vues aériennes verticales, dites orthophotographiques, donnent à voir la surface terrestre.
Ortophotographie de Neuf Brisach | Géoportail
XXème - XXIème siècle
La photographie aérienne
Première image publique de la catastrophe de Tchernobyl prise le 1er mai 1986 par le satellite SPOT-1 | Wikipédia
À partir des années 1970, l’imagerie satellitaire est une innovation déterminante en matière d’information géographique. En 1972, les États-Unis mettent en place Landsat, le premier programme d'observation de la surface terrestre. La France lance le programme SPOT en 1979. C’est une véritable révolution dont le pouvoir d’analyse est décuplé par l’essor de l’informatique. Le traitement informatique des images satellitaires (télédétection) permet de multiples usages, à diverses échelles, comme photographier des zones inaccessibles (la catastrophe de Tchernobyl, l'Antarctique...). Ces programmes permettent de mieux comprendre de multiples phénomènes naturels, comme les changements climatiques et écologiques globaux.
Depuis les années 70
L'imagerie satellitaire
Enfin, la dernière grande révolution dans la cartographie est l’avènement et l’expansion du numérique et d’internet, qui prend toute son ampleur dès 2005 avec les globes virtuels, le plus utilisé étant proposé par Google. Ces innovations sont synonymes de la démocratisation de la production (OpenStreetMap) et de la diffusion de l’information spatiale. Le succès des cartes en ligne numériques est lié à la capacité de répondre en fonction de la localisation grâce au GPS. La carte devient un objet de recherche interactif et instantané.
Exemple de visualisation du trajet Nice-Bordeaux en vélo | OpenStreetMap
Depuis les années 2000
Les cartes en ligne numériques
- OpenStreetMap
- Navigae
- IGN
- Géoportail
- Library Of Congress
- Gallica
- Museo Galileo
- Wikimédia
- Wikipédia
Sources