Le mythe du bon sauvage
Semestre 2
I) L'origine du mythe
Sommaire
II) Le mythe du bon sauvage au XVIIE siècle
Documents autour Rousseau et Voltaire
III) Ce Mythe dans l'Ingénu de Voltaire
Extraits de textes de L'Ingénu de Voltaire
Lisez, écoutez, appuyer sur les boutons et icônes pour avoir des réponses et compléments
I) L'origine du mythe du "bon sauvage"
A la fin du XVe siècle, les grands voyages (Christophe Colomb découvre l’Amérique en 1492, Vasco de Gama les Indes en 1497, Magellan le Canada en 1519), et les récits qui en résultent, révèlent l’existence d’autres peuples, d’autres cultures. Les Européens prennent alors conscience qu’ils ne sont pas seuls au monde et qu’il existe d’autres façons de vivre.
Théodore de Bry, 1594 (BnF, Paris).
Au XVIe siècle, Montaigne fait l’éloge du « bon sauvage », cet homme représentatif de l’ailleurs, de l’autre monde, cet individu resté à l’état de nature, remarquable par ses qualités morales. Au XVIIIe siècle, les récits de voyages (notamment Voyage autour du monde de Bougainville - 1771) se multiplient et continuent à propager l’image idyllique du « bon sauvage », symbole d’un paradis perdu.
Canoë indien de Rugendas
II) Le mythe du "bon sauvage" au XVIIIe siècle
Questions sur la vidéo :1) Comment Rousseau appelle le concept théorique d’imaginer l’homme originel, sans la culture et la civilisation ? 2) Quel portrait fait-il de cet homme à l’état de nature ? 3) Selon Rousseau, qu’est-ce qui dégrade l’homme ?4) Quel penseur grec avait une image différente de l’homme ?
Tant que les hommes se contentèrent de leurs cabanes rustiques, tant qu’ils se bornèrent à coudre leurs habits de peaux avec des épines ou des arêtes, à se parer de plumes et de coquillages, à se peindre le corps de diverses couleurs, à perfectionner ou à embellir leurs arcs et leurs flèches, à tailler avec des pierres tranchantes quelques canots de pêcheurs ou quelques grossiers instruments de musique ; en un mot tant qu’ils ne s’appliquèrent qu’à des ouvrages qu’un seul pouvait faire, et qu’à des arts qui n’avaient pas besoin du concours de plusieurs mains, ils vécurent libres, sains, bons, et heureux autant qu’ils pouvaient l’être par leur nature, et continuèrent à jouir entre eux des douceurs d’un commerce indépendant : mais dès l’instant qu’un homme eut besoin du secours d’un autre ; dès qu’on s’aperçut qu’il était utile à un seul d’avoir des provisions pour deux, l’égalité disparut, la propriété s’introduisit, le travail devint nécessaire, et les vastes forêts se changèrent en des campagnes riantes qu’il fallut arroser de la sueur des hommes, et dans lesquelles on vit bientôt l’esclavage et la misère germer et croître avec les moissons.
Texte de Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (1755)
Tous les hommes qu'on a découverts dans les pays les plus incultes et les plus affreux vivent en société comme les castors, les fourmis, les abeilles, et plusieurs autres espèces d'animaux. On n'a jamais vu de pays où ils vécussent séparés, où le mâle ne se joignît à la femelle que par hasard, et l'abandonnât le moment après par dégoût ; où la mère méconnût ses enfants après les avoir élevés, où l'on vécût sans famille et sans société. Quelques mauvais plaisants ont abusé de leur esprit jusqu'au point de hasarder le paradoxe étonnant que l'homme est originairement fait pour vivre seul comme un loup-cervier, et que c'est la société qui a dépravé la nature. […] Chaque animal a son instinct, et l'instinct de l'homme, fortifié par la raison, le porte à la société comme au manger et au boire. Loin que le besoin de la société ait dégradé l'homme, c'est l'éloignement de la société qui le dégrade. Quiconque vivrait absolument seul perdrait bientôt la faculté de penser et de s'exprimer : il serait à charge de lui-même ; il ne parviendrait qu'à se métamorphoser en bête...
Texte de Voltaire, Questions sur l’Encyclopédie, article « Homme » (1770)
III) Le mythe du "bon sauvage" dans L'Ingénu de Voltaire
« Sa figure et son ajustement attirèrent les regards du frère et de la sœur. Il était nu-tête et nu-jambes, les pieds chaussés de petites sandales, le chef orné de longs cheveux en tresses, un petit pourpoint qui serrait une taille fine et dégagée ; l’air martial et doux. Il tenait dans sa main une petite bouteille d’eau des Barbades, et dans l’autre une espèce de bourse dans laquelle était un gobelet et de très bon biscuit de mer. Il parlait français fort intelligiblement. Il présenta de son eau des Barbades à mademoiselle de Kerkabon et à monsieur son frère ; il en but avec eux : il leur en fit reboire encore, et tout cela d’un air si simple et si naturel, que le frère et la sœur en furent charmés. »
Voltaire, L'Ingénu, chapitre 1, l.44-54
« Elle poursuivait un jour un lièvre dans notre voisinage, environ à cinquante lieues de notre habitation ; un Algonquin mal élevé, qui habitait cent lieues plus loin, vint lui prendre son lièvre ; je le sus, j’y courus, je terrassai l’Algonquin d’un coup de massue, je l’amenai, aux pieds de ma maîtresse, pieds et poings liés. Les parents d’Abacaba voulurent le manger, mais je n’eus jamais de goût pour ces sortes de festins ; je lui rendis sa liberté, j’en fis un ami. Abacaba fut si touchée de mon procédé qu’elle me préféra à tous ses amants. Elle m’aimerait encore si elle n’avait pas été mangée par un ours : j’ai puni l’ours, j’ai porté longtemps sa peau ; mais cela ne m’a pas consolé. »
Voltaire, L'Ingénu, chapitre 1, l.88-91
« Le prieur fit observer à la compagnie que, si en effet M. l’Ingénu, son neveu, n’avait pas eu le bonheur de naître en Basse-Bretagne, il n’en avait pas moins d’esprit ; qu’on en pouvait juger par toutes ses réponses, et que sûrement la nature l’avait beaucoup favorisé, tant du côté paternel que du maternel. »
Voltaire, L'Ingénu, chapitre 2, l.81-85
« Chaque jour la conversation devenait plus intéressante et plus instructive. Les âmes des deux captifs s’attachaient l’une à l’autre. Le vieillard savait beaucoup, et le jeune homme voulait beaucoup apprendre. »
Voltaire, L'Ingénu, chapitre 10, l.63-65
« La lecture agrandit l’âme, et un ami éclairé la console. Notre captif jouissait de ces deux avantages, qu’il n’avait pas soupçonnés auparavant. « Je serais tenté, dit-il, de croire aux métamorphoses, car j’ai été changé de brute en homme ». Il se forma une bibliothèque choisie d’une partie de son argent dont on lui permettait de disposer. Son ami l’encouragea à mettre par écrit ses réflexions. »
Voltaire, L'Ingénu, chapitre 11, l.1-6
« Le jeune Ingénu ressemblait à un de ces arbres vigoureux qui, nés dans un sol ingrat, étendent en peu de temps leurs racines et leurs branches quand ils sont transplantés dans un terrain favorable ; et il était bien extraordinaire qu’une prison fût ce terrain. »
Voltaire, L'Ingénu, chapitre 12, l.1-4
« L’Ingénu faisait des progrès rapides dans les sciences, et surtout dans la science de l’homme. La cause du développement rapide de son esprit était due à son éducation sauvage presque autant qu’à la trempe de son âme. Car, n’ayant rien appris dans son enfance, il n’avait point appris de préjugés. Son entendement, n’ayant point été courbé par l’erreur, était demeuré dans toute sa rectitude. Il voyait les choses comme elles sont, au lieu que les idées qu’on nous donne dans l’enfance nous les font voir toute notre vie comme elles ne sont point. »
Voltaire, L'Ingénu, chapitre 14, l.1-9
Des questions ? Envoyez -les !Atrium / ProNotes / Mail : Karine.Vial@ac-aix-marseille.fr
HLP - DM Le Mythe du bon sauvage
karine.vial
Created on March 30, 2022
Start designing with a free template
Discover more than 1500 professional designs like these:
View
Higher Education Presentation
View
Psychedelic Presentation
View
Vaporwave presentation
View
Geniaflix Presentation
View
Vintage Mosaic Presentation
View
Modern Zen Presentation
View
Newspaper Presentation
Explore all templates
Transcript
Le mythe du bon sauvage
Semestre 2
I) L'origine du mythe
Sommaire
II) Le mythe du bon sauvage au XVIIE siècle
Documents autour Rousseau et Voltaire
III) Ce Mythe dans l'Ingénu de Voltaire
Extraits de textes de L'Ingénu de Voltaire
Lisez, écoutez, appuyer sur les boutons et icônes pour avoir des réponses et compléments
I) L'origine du mythe du "bon sauvage"
A la fin du XVe siècle, les grands voyages (Christophe Colomb découvre l’Amérique en 1492, Vasco de Gama les Indes en 1497, Magellan le Canada en 1519), et les récits qui en résultent, révèlent l’existence d’autres peuples, d’autres cultures. Les Européens prennent alors conscience qu’ils ne sont pas seuls au monde et qu’il existe d’autres façons de vivre.
Théodore de Bry, 1594 (BnF, Paris).
Au XVIe siècle, Montaigne fait l’éloge du « bon sauvage », cet homme représentatif de l’ailleurs, de l’autre monde, cet individu resté à l’état de nature, remarquable par ses qualités morales. Au XVIIIe siècle, les récits de voyages (notamment Voyage autour du monde de Bougainville - 1771) se multiplient et continuent à propager l’image idyllique du « bon sauvage », symbole d’un paradis perdu.
Canoë indien de Rugendas
II) Le mythe du "bon sauvage" au XVIIIe siècle
Questions sur la vidéo :1) Comment Rousseau appelle le concept théorique d’imaginer l’homme originel, sans la culture et la civilisation ? 2) Quel portrait fait-il de cet homme à l’état de nature ? 3) Selon Rousseau, qu’est-ce qui dégrade l’homme ?4) Quel penseur grec avait une image différente de l’homme ?
Tant que les hommes se contentèrent de leurs cabanes rustiques, tant qu’ils se bornèrent à coudre leurs habits de peaux avec des épines ou des arêtes, à se parer de plumes et de coquillages, à se peindre le corps de diverses couleurs, à perfectionner ou à embellir leurs arcs et leurs flèches, à tailler avec des pierres tranchantes quelques canots de pêcheurs ou quelques grossiers instruments de musique ; en un mot tant qu’ils ne s’appliquèrent qu’à des ouvrages qu’un seul pouvait faire, et qu’à des arts qui n’avaient pas besoin du concours de plusieurs mains, ils vécurent libres, sains, bons, et heureux autant qu’ils pouvaient l’être par leur nature, et continuèrent à jouir entre eux des douceurs d’un commerce indépendant : mais dès l’instant qu’un homme eut besoin du secours d’un autre ; dès qu’on s’aperçut qu’il était utile à un seul d’avoir des provisions pour deux, l’égalité disparut, la propriété s’introduisit, le travail devint nécessaire, et les vastes forêts se changèrent en des campagnes riantes qu’il fallut arroser de la sueur des hommes, et dans lesquelles on vit bientôt l’esclavage et la misère germer et croître avec les moissons.
Texte de Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (1755)
Tous les hommes qu'on a découverts dans les pays les plus incultes et les plus affreux vivent en société comme les castors, les fourmis, les abeilles, et plusieurs autres espèces d'animaux. On n'a jamais vu de pays où ils vécussent séparés, où le mâle ne se joignît à la femelle que par hasard, et l'abandonnât le moment après par dégoût ; où la mère méconnût ses enfants après les avoir élevés, où l'on vécût sans famille et sans société. Quelques mauvais plaisants ont abusé de leur esprit jusqu'au point de hasarder le paradoxe étonnant que l'homme est originairement fait pour vivre seul comme un loup-cervier, et que c'est la société qui a dépravé la nature. […] Chaque animal a son instinct, et l'instinct de l'homme, fortifié par la raison, le porte à la société comme au manger et au boire. Loin que le besoin de la société ait dégradé l'homme, c'est l'éloignement de la société qui le dégrade. Quiconque vivrait absolument seul perdrait bientôt la faculté de penser et de s'exprimer : il serait à charge de lui-même ; il ne parviendrait qu'à se métamorphoser en bête...
Texte de Voltaire, Questions sur l’Encyclopédie, article « Homme » (1770)
III) Le mythe du "bon sauvage" dans L'Ingénu de Voltaire
« Sa figure et son ajustement attirèrent les regards du frère et de la sœur. Il était nu-tête et nu-jambes, les pieds chaussés de petites sandales, le chef orné de longs cheveux en tresses, un petit pourpoint qui serrait une taille fine et dégagée ; l’air martial et doux. Il tenait dans sa main une petite bouteille d’eau des Barbades, et dans l’autre une espèce de bourse dans laquelle était un gobelet et de très bon biscuit de mer. Il parlait français fort intelligiblement. Il présenta de son eau des Barbades à mademoiselle de Kerkabon et à monsieur son frère ; il en but avec eux : il leur en fit reboire encore, et tout cela d’un air si simple et si naturel, que le frère et la sœur en furent charmés. »
Voltaire, L'Ingénu, chapitre 1, l.44-54
« Elle poursuivait un jour un lièvre dans notre voisinage, environ à cinquante lieues de notre habitation ; un Algonquin mal élevé, qui habitait cent lieues plus loin, vint lui prendre son lièvre ; je le sus, j’y courus, je terrassai l’Algonquin d’un coup de massue, je l’amenai, aux pieds de ma maîtresse, pieds et poings liés. Les parents d’Abacaba voulurent le manger, mais je n’eus jamais de goût pour ces sortes de festins ; je lui rendis sa liberté, j’en fis un ami. Abacaba fut si touchée de mon procédé qu’elle me préféra à tous ses amants. Elle m’aimerait encore si elle n’avait pas été mangée par un ours : j’ai puni l’ours, j’ai porté longtemps sa peau ; mais cela ne m’a pas consolé. »
Voltaire, L'Ingénu, chapitre 1, l.88-91
« Le prieur fit observer à la compagnie que, si en effet M. l’Ingénu, son neveu, n’avait pas eu le bonheur de naître en Basse-Bretagne, il n’en avait pas moins d’esprit ; qu’on en pouvait juger par toutes ses réponses, et que sûrement la nature l’avait beaucoup favorisé, tant du côté paternel que du maternel. »
Voltaire, L'Ingénu, chapitre 2, l.81-85
« Chaque jour la conversation devenait plus intéressante et plus instructive. Les âmes des deux captifs s’attachaient l’une à l’autre. Le vieillard savait beaucoup, et le jeune homme voulait beaucoup apprendre. »
Voltaire, L'Ingénu, chapitre 10, l.63-65
« La lecture agrandit l’âme, et un ami éclairé la console. Notre captif jouissait de ces deux avantages, qu’il n’avait pas soupçonnés auparavant. « Je serais tenté, dit-il, de croire aux métamorphoses, car j’ai été changé de brute en homme ». Il se forma une bibliothèque choisie d’une partie de son argent dont on lui permettait de disposer. Son ami l’encouragea à mettre par écrit ses réflexions. »
Voltaire, L'Ingénu, chapitre 11, l.1-6
« Le jeune Ingénu ressemblait à un de ces arbres vigoureux qui, nés dans un sol ingrat, étendent en peu de temps leurs racines et leurs branches quand ils sont transplantés dans un terrain favorable ; et il était bien extraordinaire qu’une prison fût ce terrain. »
Voltaire, L'Ingénu, chapitre 12, l.1-4
« L’Ingénu faisait des progrès rapides dans les sciences, et surtout dans la science de l’homme. La cause du développement rapide de son esprit était due à son éducation sauvage presque autant qu’à la trempe de son âme. Car, n’ayant rien appris dans son enfance, il n’avait point appris de préjugés. Son entendement, n’ayant point été courbé par l’erreur, était demeuré dans toute sa rectitude. Il voyait les choses comme elles sont, au lieu que les idées qu’on nous donne dans l’enfance nous les font voir toute notre vie comme elles ne sont point. »
Voltaire, L'Ingénu, chapitre 14, l.1-9
Des questions ? Envoyez -les !Atrium / ProNotes / Mail : Karine.Vial@ac-aix-marseille.fr