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Baudelaire - Alchimie boue et or

dominique chotard

Created on March 23, 2022

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Transcript

Parcours associé : L'Alchimie de la boue et de l'or

Dans l'appendice aux Fleurs du mal (1857), on trouve la phrase :« J’ai pétri de la boue et j’en ai fait de l’or. » On en trouve une variante dans l’Ébauche d’un épilogue pour la deuxième édition des Fleurs du Mal rédigée par Baudelaire en 1861 :

« Ô vous, soyez témoins que j’ai fait mon devoir Comme un parfait chimiste et comme une âme sainte. Car j’ai de chaque chose extrait la quintessence, Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or. »

"Tu m'as donné de la boue et j'en ai fait de l'or."

Qui est ce "Tu" à qui s'adresse le poète ?

"Tu m'as donné de la boue et j'en ai fait de l'or."

Qui est ce "Tu" à qui s'adresse le poète ?

La seconde personne du singulier implique une familiarité, une connivence.

"Tu m'as donné de la boue et j'en ai fait de l'or."

Que signifie l'expression "j'en ai fait" ?

"Tu m'as donné de la boue et j'en ai fait de l'or."

Que signifie l'expression "j'en ai fait" ?

Passé composé = idée d'achèvement.

Cette expression renvoie à l'acte poétique par lequel le poète opère une métamorphose, une conversion et même une sublimation

La transformation de la boue en or renvoie à une forme d'alchimie

Qu'est-ce que l'alchimie ?

Pratiquée en Égypte, puis dans le monde arabo-musulman à partir du Ier siècle après Jésus-Christ, l’alchimie est originellement une discipline ayant pour but la transmutation des métaux vils, comme le fer et le plomb, en métaux nobles, tels l’or et l’argent. L’acte poétique est donc une forme de magie ou de sorcellerie. Baudelaire parle de « sorcellerie évocatoire ».

"Alchimie de la douleur" par Charles Baudelaire

« Hermès inconnu qui m’assiste Et qui toujours m'intimidas, Tu me rends l'égal de Midas, Le plus triste des alchimistes ; Par toi je change l'or en fer Et le paradis en enfer. »

A quoi renvoie la boue ?

1. C’est un élément naturel qui renvoie à un mélange de terre et d’eau.

  • Elle est évoquée au vers 1 de « Brumes et pluies » :
« printemps trempés de boue »
  • Au vers 26 des « Sept vieillards » :
« Dans la neige et la boue, il allait s’empêtrant ».

2. C’est un élément lié à l’humus et à la décomposition des corps

  • Elle est évoquée au vers 1 du « Mort joyeux » :
« Dans une terre grasse et pleine d’escargots ».

3. C’est l’ensemble des déchets produits par la ville, les ordures. C’est la souillure morale, les péchés, les vices, la débauche.

  • Dans « Abel et Cain », on trouve cette évocation de la fange :
« Race de Caïn, dans la fange Rampe et meurs misérablement. »

4. C’est une souffrance physique et morale : le spleen

  • « Causerie», permet à Baudelaire d'évoquer cette mélancolie sans cause apparente :
« Mais la tristesse en moi monte comme la mer, Et laisse, en refluant sur ma lèvre morose Le souvenir cuisant de son limon amer. » Dans « Moesta et errabunda » : boue et mélancolie sont clairement associés. « Ici la boue est faite de nos pleurs ! »

Quels sont les agents qui permettent de transformer la boue en or ?

1. Le Soleil

  • « Quand, ainsi qu'un poète, il descend dans les villes, /
Il ennoblit le sort des choses les plus viles. » ("Le Soleil")Double du « poète », le soleil doré lave toutes les boues, aussi bien les maladies physiques que morales.
  • C’est aussi le cas dans « Une Charogne » :
« Et le ciel regardait la carcasse superbeComme une fleur s’épanouir. »

2. La femme par sa beauté et sa sensualité :

  • « Parfum exotique » :
« D’ailleurs la femme est souvent aussi associée à une froide minéralité qui rappelle l’or »
  • Poème XXVII :
« Ses yeux polis sont faits de minéraux charmants. »« Où tout n’est qu’or, acier, lumière et diamants. »

3. Les paradis artificiels : l’ivresse modifie les perceptions.

  • « Le Poison »
Le vin sait revêtir le plus sordide bouge D'un luxe miraculeux, Et fait surgir plus d'un portique fabuleux Dans l'or de sa vapeur rouge, Comme un soleil couchant dans un ciel nébuleux. L'opium agrandit ce qui n'a pas de bornes, Allonge l'illimité, Approfondit le temps, creuse la volupté, Et de plaisirs noirs et mornes Remplit l'âme au-delà de sa capacité. Tout cela ne vaut pas le poison qui découle De tes yeux, de tes yeux verts, Lacs où mon âme tremble et se voit à l'envers... Mes songes viennent en foule Pour se désaltérer à ces gouffres amers.

4. Le poète lui-même par sa démarche poétique

  • « Une Charogne » :
« J’ai gardé la forme et l’essence divine De mes amours décomposés. »
  • On analyserait de même « Spleen » : les « affreux hurlements » succèdent aux « longs ennuis », l’Angoisse triomphe. Le poète échoue-t-il à transformer la boue en or ?
Non si l’on considère que le simple fait que le poème existe est l’illustration de la transmutation en or.

L’œuvre d’art est l’or.

En quoi le titre du recueil renvoie-t-il au même procédé de transfiguration ?

Sur quels procédés d’écriture repose ce titre ?

Les Fleurs du Mal

Beauté

Laideur

Antithèse et Paradoxe la poétique baudelairienne est une poétique du contraste.

Il s’agit alors de transformer le mal en beauté et donc d’en faire un sujet de poésie.

A quoi renvoie le mal ?

Comme la boue, il peut désigner : une souffrance physique, morale, sociale, ou métaphysique. Le poète alchimiste est donc en quête d’une beauté nouvelle, en rupture d’une tradition poétique, d’où la célèbre formule baudelairienne : « Le beau est toujours bizarre », donc insolite, impertinent, perturbant (Curiosités esthétiques, 1868) « Je ne veux pas dire que la poésie n’ennoblisse pas les mœurs, — qu’on me comprenne bien, — que son résultat final ne soit pas d’élever l’homme au-dessus du niveau des intérêts vulgaires ; ce serait évidemment une absurdité. Je dis que, si le poète a poursuivi un but moral, il a diminué sa force poétique ; et il n’est pas imprudent de parier que son œuvre sera mauvaise. La poésie ne peut pas, sous peine de mort ou de défaillance, s’assimiler à la science ou à la morale ; elle n’a pas la Vérité pour objet, elle n’a qu’elle-même. » Charles Baudelaire, Notes nouvelles sur Edgar Poe, 1857

C’est donc l’acte poétique qui rend les éléments sublimes, que ceux-ci soient de la boue ou simplement des élements du quotidien. Ils ne sont pas sublimes par nature. Le poète dépasse donc l’expérience ordinaire du monde pour en renouveler la perception. Le poète est voyant, comme le dira Rimbaud après Baudelaire…

L'objectif de Baudelaire a-t-il été compris ?

Outrage à la morale publique et aux bonnes moeurs.

«Le livre doit être jugé dans son ensemble, et alors il en ressort une terrible moralité. »

Fin !