Caché
ou
montré ?
Le corps féminin dans l'art grec
premiere visite
ACCEDER DIRECTEMENT AU PLAN
Ah voilà le musée d’archéologie ! Je vais pouvoir filmer le contenu de ma prochaine vidéo YouTube. J’ai trop hâte de voir des œuvres grecques antiques !
La direction m’a assuré que j’avais le musée pour moi cette nuit. D’ailleurs… À quelle heure dois-je partir, déjà ? Ah oui, 5h ! Il faudra que je fasse attention à l’heure... C’est parti !
HAHAHAHA
Ha ha ha
Passer la nuit dans un musée, quelle expérience originale ! Mais j'avoue que c'est assez inquiétant. J'espère qu'il n'est pas hanté !
Mais qu'est-ce que... Je croyais être seule dans le musée... Allons voir qui cela peut-il être...
Quand tu verras un mot avec une astérisque*, n'hésite pas à consulter le dictionnaire.
..................................................
Elle était bien bonne cette blague, Phrasi !
Ah, encore une qui n'est pas au courant...
Bien sûr que nous parlons, comme chaque soir depuis un long moment maintenant. Il faut bien s'occuper!
Une youtubeuse? Curieux ces nouveaux métiers. Ça doit être intéressant cela dit ! Moi, je m’appelle Phrasikleia. Je suis une sculpture d'époque archaïque* datant de 540 av. J.-C., appelée korè. J’ai été découverte avec mon camarade kouros dans une tombe à Myrrhinonte en Grèce en 1972. Ce n'est pas tout. Il y a encore plein de choses à savoir sur nous!
J'arrive pas à croire que je parle à des statues ! Mais puisqu'on en est là, autant faire la conversation... Hem, hem... Je m'appelle Sophie, je suis youtubeuse. Et vous?
Quoi? Des statues qui parlent? Suis-je devenue folle ?! Moi qui avais peur des fantômes...
Kouros et Korè
pl. Kouroi et Korai
A l’époque archaïque (7e-6e siècles av. J.-C.) apparaît un nouveau style de statues. Ce sont des représentations de jeunes hommes et de jeunes femmes appelés kouroi et korai*.
Voilà, tu sais presque tout sur nous maintenant ! N'oublie pas de passer par la librairie. Tu y trouveras des dossiers sur toutes les œuvres que tu rencontreras dans ce musée.
Ah tiens ! Un plan de musée, je vais repérer grâce à lui. Je pense d'ailleurs que je vais m'y référer à chaque nouvelle étape de ma visite. Je suis sûre de ne pas me perdre comme ça !
Bon, par où je vais maintenant ? Ce musée m'a l'air très grand!
Merci beaucoup, c'était passionnant ! Je vais maintenant continuer mon exploration du musée.
Plan du Musée
2a
- Kouroi et Korai
- Salle de céramique
- Femmes, hétaïres, symposion
- La nudité
- Stèles funéraires
- Statues - portraits
- Jeunesse et vieillesse
- Librairie
2b
HAHAHAHA
cul sec! cul sec!
Moi je suis… je sais plus trop. Eh ! Gamin ! ressers-moi du vin !
Eh, une nouvelle tête ! Viens donc boire un coup !
Attends… les barbus, ce sont les riches Athéniens. Sur ce point, on est d’accord! Mais vous les femmes… Toi, tu as l’air de jouer de quelque chose. Mais qui sont les autres ? Et pourquoi elles sont toutes nues ?
Moi je suis flûtiste. J’ai été engagée pour ce soir. Approche un peu plus de la coupe, et après tu verras si tu veux essayer de tirer quelque chose de celle-là…
Mais, c’est quoi tout ce bruit là-bas ? Allons voir !
Eh ben ! Vous avez l’air de bien vous amuser ici !
Vous faites ça souvent ?
Ne l’écoute pas, elle en est déjà à son troisième cratère, elle ne sait plus ce qu’elle dit…
HaAAaHaAhahahAahahHaAhahahaHHAA !!
Faire la fête ? Oui, régulièrement. Chez les riches Athéniens, c’est un must.
Les symposia
Les symposia sont des divertissements de choix parmi les élites : il n’y a pas à en douter, tous ces convives sont riches, cultivés et bien nés. Enfin, là on parle des hommes, bien sûr! Pour les femmes, la question est plus délicate.
Alciphron, Lettres de courtisanes. Vous retrouverez une retranscription dans la librairie du musée!
La flûtiste
La courtisane
La coupe de Makron
La coupe de Makron est un vase qui a été fabriqué et peint à Athènes entre 500 et 470 av. J.-C. Il servait à boire du vin.
La flûtiste
Un banquet qui se respecte ne peut se passer de musique ! C’est le rôle des flûtistes, aussi indispensables que le vin. Ces musiciennes professionnelles jouent d'une flûte appelée aulos*, qui peut être simple ou double - comme ici -, et qui permet ainsi de jouer deux mélodies en même temps. Elles sont entraînées pendant des années pour maîtriser leur instrument, mais également pour apprendre à se comporter de manière appropriée devant les clients qu’elles doivent divertir.
Les flûtistes étaient-elles des prostituées?
Les flûtistes ne sont pas des femmes libres, mais généralement des esclaves dont le propriétaire est suffisamment riche pour leur payer une formation coûteuse. Ces femmes sont très rentables puisque c’est leur maître qui encaisse les bénéfices, d'autant plus importants s’il peut également proposer d’autres artistes pour compléter l’animation de la soirée, comme des danseur·euse·s, des chanteur·euse·s, des acrobates ou des joueur·euse·s de cithare.
La courtisane
Qui sont les femmes représentées nues sur la coupe?
La recherche a voulu les interpréter comme des prostituées ou des courtisanes, car les textes antiques laissent entendre, de manière plus ou moins claire, que les « femmes respectables » n’assistent pas au symposion. Les courtisanes, « hétaïres »* (« compagnes ») en grec, mettent au service de leurs clients leur corps, mais surtout leur conversation, leur érudition et leur culture. Souvent affranchies ou nées libres, elles se différencient des prostituées, plus modestes et souvent esclaves, par leur statut, leurs tarifs et leur train de vie.
Les femmes respectables
Les banquets d'hétaïres*
Et les hommes?
Courtisanes ou prostituées?
Silence, j’essaie de me détendre ici ! Cette fois, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase !
Attendez… L’un fait du sport nu, les autres se baignent nues et toi tu te baignes habillée… Je crois que je suis perdue.
Ils se chamaillent sans arrêt et je dois les supporter depuis la nuit des temps. Toujours à essayer de savoir qui est le plus fort et lance le disque le plus loin.
Tu ne fais pas de sport toi?
Votre discussion m’a l’air bien animée. Est-ce que je vous interromps ?
Pfff, pour qui il se prend avec son entraîneur personnel ?!
On vient de finir notre entraînement, nous aussi !!!!!
S’il croit qu’il va remporter l’épreuve de saut en longueur comme ça !
Non, vraisemblablement pas. Je suis simplement en train de faire ma toilette.
Ah la nudité, tout une affaire en Grèce antique! Il y a tellement de choses à dire dessus. Viens plus près pour en découvrir plus...
Eh oh, au moins je m’entraîne ! Je suis un vrai citoyen, moi !
BOUUUUUUH!!
La nudité
LE SPORT
LE BAIN
LE BAIN
L'imagerie grecque montre majoritairement des femmes nues lors du symposion*, mais il existe aussi beaucoup de vases montrant la nudité féminine lors de scènes de bain.
Au début du 5e siècle av. J.-C., ce thème est encore rare et les vases montrent généralement des femmes en train de se baigner dans une installation sportive comme un gymnase. Vers la fin du 5e et au 4e siècles av. J.-C., le thème iconographique de la femme au bain devient récurrent et représente plutôt des scènes dans la nature, où les baigneuses sont identifiées comme étant des femmes indéterminées ou la déesse Aphrodite.
LE GYMNASE
Dès l’époque archaïque*, les citoyens masculins grecs pratiquent des exercices sportifs nus dans le gymnase*. Ces exercices sont intimement liés à l'entraînement militaire, ainsi la nudité masculine peut être associée à la capacité des citoyens à défendre la cité. Cette nudité est également un marqueur d’identité et d’égalité entre les membres de la cité : les athlètes se différencient des personnes âgées et des esclaves qui ne peuvent pas exercer d’activité nus. À l’époque archaïque, les activités physiques peuvent également avoir un lien avec le monde aristocratique, comme un privilège des classes aisées. La nudité singularise également l’homme tandis que le vêtement caractérise les femmes.
Et les femmes sportives?
OUUUuuuiiIIiin
!!!!!!
Comme tu peux le voir au-dessus de ma tête, je me nomme Phylonoè. La malpolie au milieu de sa famille, c’est Damasistratè et celle accompagnée d’une jeune fille, c’est Hègèso. Nous sommes représentées sur nos stèles funéraires*. Approche toi pour mieux nous connaître!
Avec vos histoires vous avez réveillé l’enfant ! C’est bientôt fini? Bon, il ne va pas se rendormir de sitôt... autant faire la conversation. Qui es-tu?
Le mien est mieux ! Un décor exquis, un travail de maitre ! T’as vu ce sphinx dans l'accoudoir? Et le coussin qui rend le tout confortable !
Je te fais une petite place sur mon siège ?
Je m’appelle Sophie, je suis youtubeuse. Et vous ?
Ces monuments qui parlent, je ne m’en remets pas… Il faut que je m’assoie pour reprendre mes esprits…
Un peu petit... mais merci !
Les stèles funéraires
Hègèso
Philonoè
Damasistratè
Hègèso
fille de Proxènos
Cette stèle funéraire* en marbre a été découverte dans le cimetière du Céramique, un ancien quartier d'Athènes. Réalisée vers 410 av. J.-C., elle représente Hègèso, assise, accompagnée d'une servante ou d'une esclave.
Phylonoè
Cette stèle funéraire* en marbre a été découverte dans le quartier athénien de Psychiko. Érigée vers 370-350 av. J.-C., elle représente Phylonoè, assise, accompagnée d'une figure féminine qui lui tend un enfant.
Damasistratè
FILLE DE POLYKLEIDES
Découverte au Pirée, au sud d'Athènes, cette stèle, datée entre 350 et 323 av. J.-C. nous montre la défunte, Damasistratè, entourée des siens.
Ohlala… Je ne m’y retrouve plus dans tous ces couloirs… Une nouvelle salle ?
Hé ? Des voix..?
Bah oui ! Tu vois bien nos noms sur nos bases, non ? Approche-toi pour lire nos cartes d’identité sur les pancartes.
J’imagine que tu as raison… Tu es bien la seule à toujours avoir la tête sur les épaules.
Et ce manteau à franges, collection automne-hiver 138/7 av. J.-C., si je ne m’abuse ?
Calmez-vous, les filles. Au final, ce n’est que du marbre.
Tout à fait ! Une vraie fureur à Délos ! Vos himatia* par contre, pas très originaux… J’imagine qu’on peut dire que c’est… comment dire… vintage ?
Hé ! Je te signale que toi aussi tu portes un himation*!
Ma chère Hègèso, je TE signale que ce n’est pas l’habit qui fait la statue, c’est la façon de le porter.
En parlant de tête, en voilà une toute fraîche qui arrive. Bonsoir !
Bonsoir ! Je ne voulais pas vous interrompre...Vous représentez des femmes qui ont vraiment existé ?
Kléopatra de Délos
Hègèso de Priène
Aristonoè de Rhamnonte
Sans vouloir paraitre méchante...Vous vous ressemblez un peu toutes...
PARDON ?! Est-ce que tu ne vois pas ma posture complètement différente ? Et le rendu de mon drapé ? Il est DIA-ME-TRA-LE-MENT opposé à celui d’Aristonoè ! Et celui d’Hègèso ?! N’en parlons même pas !
Il faut tout faire soi-même dans ce musée... Bon, appelle-moi professeure Kléopatra !
Nous sommes des statues-portraits et nous représentons des femmes qui ont bel et bien existé. Mais la définition du terme de « portrait » n’était pas la même dans l’Antiquité qu'à ton époque.Pour tes contemporains, un portrait implique, dans la plupart des cas, une ressemblance entre le sujet et sa représentation. À notre époque, notre individualité n'était pas marquée par nos visages mais par nos habits et surtout par les inscriptions qui étaient gravées sur nos bases.
Une femme d'exception, sans aucune doute.
Quelle beauté ! Quel drapé !
Whoua !
La pratique d’ériger des statues-portraits* de femmes est d’abord attestée à Athènes au 4e siècle av. J.-C. et va devenir de plus en plus commune au fil de l’époque hellénistique.Les premières femmes connues à être honorées par des statues-portraits sont des prêtresses, comme Hègèso et Aristonoè par exemple. La majorité de ces représenations étaient des dédicaces à une divinité, elles étaient exposées dans des lieux très en vue.
Ce sont très souvent les membres masculins de nos familles qui ont dédié nos statues et leurs noms apparaissent régulièrement en premier dans les inscriptions de nos bases. Il y a bien sûr des exceptions, ce qui est mon cas et tu le verras par la suite.En tant que femmes, nous étions considérées importantes selon nos relations et non pas en tant qu'individus. Nous étions avant tout l'épouse, la mère ou la fille d'un homme.
Je ne suis donc pas le portrait craché de Kléopatra. Néanmoins, je la représente et en m’observant, tu peux déceler plusieurs facettes de sa vie. Viens un peu plus près de nous pour bien voir nos différences!
Sur un coup de tête
Une coiffure de déesse
Prends la pose
La fashion week antique
Une identité gravée dans la roche
Sur un coup de tête
Les têtes sont souvent couvertes d’un voile. Et lorsque ce n’est pas le cas, les coiffures restent assez simples.
Les visages des statues-portraits féminines de l’époque hellénistique sont tous très similaires. Ce sont des représentations idéales qui suivent un même schéma.
Les femmes plus matures portent souvent une raie au milieu et les cheveux ondulés sont retenus à l’arrière par un chignon. Les plus jeunes - peut-être non mariées - ont des longs cheveux, lâchés ou attachés.
Prends la pose
A la fin de l’époque hellénistique* apparaissent des formats de statues standardisés, avec des poses et des habits souvent répliqués.
La fashion week antique
Comment les porter
L’habillement des statues-portraits* féminines comprend toujours deux éléments, grâce auxquels les sculpteurs produisent des aspects visuels très variés en fonction de la qualité du rendu du tissu choisi: le chiton* et l'himation*. Promenez votre souris sur l'étoile pour les identifier.
Les couleurs
La qualité du tissu
Une coiffure de déesse
Les rares têtes des statues-portraits* féminines d’époque hellénistique* qui ont été retrouvées ont pour la plupart la même coiffure : les cheveux sont séparés par une raie centrale et encadrent le front, formant un triangle. Ils sont tirés vers l’arrière et rassemblés en un simple chignon, attaché à la base de la nuque.
La statue d'Hègèso est une exception. Mais comment analyser la coiffure d'une statue sans tête ? Observons de plus près ses épaules.
Les Grecs avaient l’habitude de représenter les divinités de manière archaïsante. Cette statue représenterait donc une déesse ?
L’« assimilation » de prêtresses aux divinités qu’elles servent est courante à l’époque hellénistique*. Sur les reliefs funéraires, par exemple, les prêtresses de quelques divinités portent souvent les mêmes vêtements, coiffures et attributs que la déesse servie. Ainsi, cette statue représente bel et bien Hègèso, habillée en tant que prêtresse de Déméter. L'inscription de la statue confirme également ceci.
Il faut remonter à l’époque archaïque* pour retrouver cette coiffure. Un peu démodé trois siècles plus tard, non ?
En s'approchant un peu, nous constatons la présence de trois mèches de cheveux devant chacune de ses épaules ainsi qu'une dizaine de boucles à l'arrière de son dos.
Une identité gravée dans la roche
Aristonoè
Pour les statues féminines, dont les têtes ne présentaient que très peu de variations, l’inscription est l’élément principal qui nous communique l’identité individuelle des femmes représentées. Elle livre des informations capitales telles que leur nom, leur fonction ou leurs liens familiaux.
Hègèso
Ces inscriptions hellénistiques suivent une même formule : nom de la personne représentée et, souvent, celui de la personne qui a dédié la statue. Quelques exemples d’époque hellénistique tardive montrent que les femmes ne sont plus seulement honorées par un privé mais également par une instance civique, comme le dèmos (le peuple) ou la boulè (le Conseil) d’une cité.
Kléopatra
La base des statues
L'inscription est gravée sur la base de la statue, laquelle contribue à sa mise en valeur dans l’espace public en l’élevant. La majorité des statues-portraits* d’êtres mortels sont de taille humaine mais, associées à leur base, elles dépassent facilement les deux mètres de hauteur. Exposées dans des endroits où elles sont sujettes au regard d’un public varié, elles occupent ainsi un espace proéminent.
Hein ? Des rires ? Je vais aller voir d’où cela provient…
Ha ha ha
C’est la jarre qu’elle tient dans ses mains… Depuis qu’on s’est retrouvé ensemble dans cette salle de musée, elle n’a pas été sobre un seul jour. (Je dois t’avouer que je n’en peux plus).
Merci ! Mais je n’ai toujours pas compris de quoi vous parliez avant que j’entre dans la salle.
Ah oui, ça ! C’est que, jour après jour, visiteur·euse·s après visiteur·euse·s, tout le monde pense que je suis une pauvre vieille femme décrépie qui boit en se lamentant sur sa propre existence. Ça commence sérieusement à m’écraser la grappe.
Hum, excusez-moi, est-ce que je peux vous demander ce qu’il se passe ?
Non pas forcément... Approche et tu pourras mieux comprendre !
Hé ! Mais t’es nouvelle ici, non ? Tu veux boire un verre ? J’ai ici un très grand cru de Lesbos, mais si tu en veux il faut le dire maintenant... Hic… j’ai bientôt fini mon lagynos*.
Et là, j’avais envie de lui répondre : « Va te faire voir chez les Grecs ! »
Ce n'est pas le cas ?
Lagynos ?
Découverte en 1878 à Anzio* (Antium) en Italie, cette statue représente une jeune fille aux cheveux nouées et vêtue d’un chiton* négligé. Son regard se pose sur un plateau comportant des outils utilisés dans les cérémonies religieuses. Elle était probablement une statue votive, placée dans un sanctuaire* et dédiée à une divinité.
L'épaule dénudée
Parler avec elle
La jeunesse dans l'art grec
Les standards de beauté
Découverte en 1878 à Anzio* (Antium) en Italie, cette statue représente une jeune fille aux cheveux nouées et vêtue d’un chiton* négligé. Son regard se pose sur un plateau comportant des outils utilisés dans les cérémonies religieuses. Elle était probablement une statue votive, placée dans un sanctuaire* et dédiée à une divinité.
L'épaule dénudée
Parler avec elle
La jeunesse dans l'art grec
Les standards de beauté
La jeunesse dans l'art grec
Pourquoi la majorité des sculptures montrent des individus jeunes ?
La plupart de personnages mythiques sont représentés « dans la fleur de l’âge » : imprécise, elle se situe quelque part entre la fin de l’adolescence et l’âge adulte, avant les premiers signes de vieillissement. Ainsi, les figures mythiques ne vieillissent pas : leur corps ne souffre pas des aléas du temps, ils sont immortels. Et qu’en est-il des mortels ? Pour les sociétés antiques, cet âge est largement valorisé et correspond à celui où l'homme peut se battre et où la femme peut enfanter, deux fonctions essentielles pour la continuité de l'état. Ceci explique que la majorité des sculptures montrent des individus jeunes. Dans ce cadre-là, les statues d'enfants et de vieillards sortent de l'ordinaire et sont des objets de curiosité face à la grande masse des sculptures aux thèmes mythiques ou divins.
Parler avec elle
Cette sculpture est une copie réalisée entre le 1er et le 2e siècle de notre ère. La statue originelle est perdue, comme la plupart des statues de la même époque. Elle représente une vieille femme ivre qui porte des vêtements et des parures riches. Elle serre un lagynos* dans ses bras, alors qu'elle est assise sur le sol, la tête relevée en arrière. Cette oeuvre pose un certain nombre de problèmes d'interprétation et provoque de nombreux débats. Les archéologues s'accordent pourtant sur une chose : elle devait être une statue votive, destinée à être offerte à une divinité, très probablement Dionysos*.
Les femmes et le vin
Son statut social
Réaction antique et actuelle
Les vieilles femmes et le vin
Depuis l’époque archaïque* jusqu’au 3e siècle de notre ère, le topos* de la vieille femme ivre est présent aussi bien dans la littérature – grâce aux comédies d’Aristophane* – que dans l’art antique. Dans ces représentations, les femmes âgées auraient un amour excessif pour le vin. Comment expliquer cette relation ?
statut social
La position assise sur le sol, à l'image de la « vieille femme ivre », est une caractéristique souvent appliquée aux statues qui peut indiquer la pauvreté de l’individu. À l’inverse, une personne de haute extraction serait représentée assise sur une chaise. Pourtant, la vieille femme porte de beaux bijoux et ses habits sont de qualité, ce qui contraste avec son état apparent. Ce contraste est d’autant plus marqué à cause du style hyperréaliste qui est employé et qui met en avant ce corps décharné. Comment résoudre cette incohérence ? Les chercheur·euse·s ont choisi de l’interpréter comme étant une vieille hétaïre* qui se serait enrichie durant toute sa vie.
Les archéologues se sont bien cassé la tête pour interpréter mon expression. La plupart, à l'image des visiteur.euse.s, me voyaient désespérée. D'autres, en revanche, pensaient que j’étais en train de participer à un festival en l’honneur du dieu Dionysos et que j’ai un peu abusé de la boisson. Du coup je suis tombée par terre et je suis en train de rire ! Aujourd’hui, personne n’est d’accord et les anciennes hypothèses ont la dent dure...
Non pas forcément ! Je dois t’avouer qu’après plusieurs siècles d’existence, je sais plus trop à quoi je pensais (j’avais effectivement beaucoup bu à ce moment-là… Oups).
Alors tu n'es pas ivre ?
Réaction antique et actuelle
Qu’auriez-vous ressenti en regardant la « vieille femme ivre » sans connaître le nom que lui ont donné les chercheur·e·s ? Qu’elle avait l’air souffrante et amaigrie ? Avez-vous pensé que c’était une pauvre vieille femme décrépie et implorant de l’eau ?Si c’est le cas, vous n’êtes certainement pas les seuls. Les hypothèses des archéologues sont fortement influencées par leur héritage culturel.
Comment les Grecs de l'Antiquité percevaient-ils cette statue ?
Notre perception actuelle du corps vieillissant de la femme est très largement influencée par la période moderne, du 16e au 18e siècles, et dont la production littéraire et artistique offre des représentations négatives de vieilles femmes. Très peu de portraits de cette époque montrent des femmes âgées, et quand c'est le cas, les artistes les rendent volontairement pathétiques ou comiques, à l'image de la « vieille femme grotesque », réalisée par le peintre flamand Quentin Metsys en 1513. L’évolution que subit le corps féminin en vieillissant est alors vue comme une détérioration.
Par contraste, dès la Renaissance, la jeunesse et la beauté sont glorifiées par les artistes, pour qui d’ailleurs les statues classiques sont un idéal. L'exemple par excellence reste La Joconde, réalisée par Léonard de Vinci entre 1503 et 1506.
L’imaginaire des chercheur·e·s n’est pas exempté de cette influence et il colore la multitude d’hypothèses qui tentent d’interpréter la vieille femme ivre.
Oui ! Pour être exacte de l'époque impériale* (1er-2e siècle apr. J.-C.), faite à partir d’un original qui date de la période hellénistique* (3e siècle av. J.-C.). Les archéologues ne savent pas pourquoi j'ai été réalisée à l'origine, ni qui je devais représenter. Grâce à mon beau visage, jeune et lisse (pas comme elle d’ailleurs !), les chercheur·e·s voulaient que je sois une grande prêtresse mythique, telles Iphigénie*, Électre* ou Cassandre* ! À moi la gloire ! Cependant, selon les recherches plus récentes, je ne serais pas assez âgée pour être une prêtresse. Dans ce cas, je serais plutôt une jeune assistante de cérémonie… Tu parles d’une désillusion !
Dis, tu es aussi une copie comme ta voisine?
Les standards de beauté
Trois œuvres de ce musée peuvent éclairer sur ce qui était considéré « beau » dans l'Antiquité.
La korè Phrasikléia au style archaïque (540 av. J.-C.)
La « jeune fille d’Antium » (milieu du 3e siècle av. J.-C.)
Hègèso de style classique* (410 av. J.-C.)
L'épaule dénudée
La « jeune fille d'Antium » et la « vieille femme ivre » sont très souvent comparées par les chercheur·euse·s. À première vue, tout semble les opposer. Pourtant, un élément les rapproche : leur épaule dénudée.
L'origine de ce motif proviendrait d'une sculpture d'Aphrodite située sur le fronton du Parthénon à Athènes. Cet élément iconographique serait connu dès l'Antiquité et aurait inspiré un grand nombre de représentations, telles que la « jeune fille d'Antium » ou la « vieille femme ivre ».
Traditionnellement, l'épaule dénudée peut exprimer (entre autres) un message érotique, comme ici sur une statue d'Aphrodite du Parthénon.
Cette statue semble être la première à représenter l'épaule dénudée et a probablement été la source d'inspiration pour les autres artistes antiques.
Kouroi et korai
Les femmes au banquet
Bains et gymnase
Stèles funeraires
Statues-portraits
Jeunesse et vieillesse
Alciphron La banquet d'hétaïres
Dossier de textes complet
J’ai appris énormément de choses sur ces femmes. C’est fou comme c’est difficile d’interpréter leur identité et de voir qu’aujourd’hui encore on n’arrive pas à trouver LA vérité sur ces différents thèmes. Je ne pensais pas qu’il y avait autant de zones d’ombres sur le corps de la femme à cette époque !
J’ai réalisé à quel point ces œuvres ont subi un regard masculin dans leur conception durant l’Antiquité et dans leur interprétation moderne. Il est finalement difficile de comprendre comment les Grecs percevaient le corps de la femme durant l’Antiquité.
Je suis tellement contente d’avoir autant de contenu pour cette vidéo ! Whouaou c’était GE-NIA-L ! J’en ai encore plein les yeux ! C’était perturbant et incroyable de pouvoir parler à ces œuvres antiques !
Oh il est déjà l’heure de s’en aller ! Les gardiens du musée vont bientôt arriver pour préparer l’ouverture.
J'ai hâte de rentrer chez moi pour monter ma vidéo et la poster le plus vite possible ! Quelle aventure !
HAHAHAHA
Ha ha ha
Et les femmes sportives?
caché-montré def
Les Accroches
Created on December 9, 2021
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Caché
ou
montré ?
Le corps féminin dans l'art grec
premiere visite
ACCEDER DIRECTEMENT AU PLAN
Ah voilà le musée d’archéologie ! Je vais pouvoir filmer le contenu de ma prochaine vidéo YouTube. J’ai trop hâte de voir des œuvres grecques antiques !
La direction m’a assuré que j’avais le musée pour moi cette nuit. D’ailleurs… À quelle heure dois-je partir, déjà ? Ah oui, 5h ! Il faudra que je fasse attention à l’heure... C’est parti !
HAHAHAHA
Ha ha ha
Passer la nuit dans un musée, quelle expérience originale ! Mais j'avoue que c'est assez inquiétant. J'espère qu'il n'est pas hanté !
Mais qu'est-ce que... Je croyais être seule dans le musée... Allons voir qui cela peut-il être...
Quand tu verras un mot avec une astérisque*, n'hésite pas à consulter le dictionnaire.
..................................................
Elle était bien bonne cette blague, Phrasi !
Ah, encore une qui n'est pas au courant...
Bien sûr que nous parlons, comme chaque soir depuis un long moment maintenant. Il faut bien s'occuper!
Une youtubeuse? Curieux ces nouveaux métiers. Ça doit être intéressant cela dit ! Moi, je m’appelle Phrasikleia. Je suis une sculpture d'époque archaïque* datant de 540 av. J.-C., appelée korè. J’ai été découverte avec mon camarade kouros dans une tombe à Myrrhinonte en Grèce en 1972. Ce n'est pas tout. Il y a encore plein de choses à savoir sur nous!
J'arrive pas à croire que je parle à des statues ! Mais puisqu'on en est là, autant faire la conversation... Hem, hem... Je m'appelle Sophie, je suis youtubeuse. Et vous?
Quoi? Des statues qui parlent? Suis-je devenue folle ?! Moi qui avais peur des fantômes...
Kouros et Korè
pl. Kouroi et Korai
A l’époque archaïque (7e-6e siècles av. J.-C.) apparaît un nouveau style de statues. Ce sont des représentations de jeunes hommes et de jeunes femmes appelés kouroi et korai*.
Voilà, tu sais presque tout sur nous maintenant ! N'oublie pas de passer par la librairie. Tu y trouveras des dossiers sur toutes les œuvres que tu rencontreras dans ce musée.
Ah tiens ! Un plan de musée, je vais repérer grâce à lui. Je pense d'ailleurs que je vais m'y référer à chaque nouvelle étape de ma visite. Je suis sûre de ne pas me perdre comme ça !
Bon, par où je vais maintenant ? Ce musée m'a l'air très grand!
Merci beaucoup, c'était passionnant ! Je vais maintenant continuer mon exploration du musée.
Plan du Musée
2a
2b
HAHAHAHA
cul sec! cul sec!
Moi je suis… je sais plus trop. Eh ! Gamin ! ressers-moi du vin !
Eh, une nouvelle tête ! Viens donc boire un coup !
Attends… les barbus, ce sont les riches Athéniens. Sur ce point, on est d’accord! Mais vous les femmes… Toi, tu as l’air de jouer de quelque chose. Mais qui sont les autres ? Et pourquoi elles sont toutes nues ?
Moi je suis flûtiste. J’ai été engagée pour ce soir. Approche un peu plus de la coupe, et après tu verras si tu veux essayer de tirer quelque chose de celle-là…
Mais, c’est quoi tout ce bruit là-bas ? Allons voir !
Eh ben ! Vous avez l’air de bien vous amuser ici !
Vous faites ça souvent ?
Ne l’écoute pas, elle en est déjà à son troisième cratère, elle ne sait plus ce qu’elle dit…
HaAAaHaAhahahAahahHaAhahahaHHAA !!
Faire la fête ? Oui, régulièrement. Chez les riches Athéniens, c’est un must.
Les symposia
Les symposia sont des divertissements de choix parmi les élites : il n’y a pas à en douter, tous ces convives sont riches, cultivés et bien nés. Enfin, là on parle des hommes, bien sûr! Pour les femmes, la question est plus délicate.
Alciphron, Lettres de courtisanes. Vous retrouverez une retranscription dans la librairie du musée!
La flûtiste
La courtisane
La coupe de Makron
La coupe de Makron est un vase qui a été fabriqué et peint à Athènes entre 500 et 470 av. J.-C. Il servait à boire du vin.
La flûtiste
Un banquet qui se respecte ne peut se passer de musique ! C’est le rôle des flûtistes, aussi indispensables que le vin. Ces musiciennes professionnelles jouent d'une flûte appelée aulos*, qui peut être simple ou double - comme ici -, et qui permet ainsi de jouer deux mélodies en même temps. Elles sont entraînées pendant des années pour maîtriser leur instrument, mais également pour apprendre à se comporter de manière appropriée devant les clients qu’elles doivent divertir.
Les flûtistes étaient-elles des prostituées?
Les flûtistes ne sont pas des femmes libres, mais généralement des esclaves dont le propriétaire est suffisamment riche pour leur payer une formation coûteuse. Ces femmes sont très rentables puisque c’est leur maître qui encaisse les bénéfices, d'autant plus importants s’il peut également proposer d’autres artistes pour compléter l’animation de la soirée, comme des danseur·euse·s, des chanteur·euse·s, des acrobates ou des joueur·euse·s de cithare.
La courtisane
Qui sont les femmes représentées nues sur la coupe?
La recherche a voulu les interpréter comme des prostituées ou des courtisanes, car les textes antiques laissent entendre, de manière plus ou moins claire, que les « femmes respectables » n’assistent pas au symposion. Les courtisanes, « hétaïres »* (« compagnes ») en grec, mettent au service de leurs clients leur corps, mais surtout leur conversation, leur érudition et leur culture. Souvent affranchies ou nées libres, elles se différencient des prostituées, plus modestes et souvent esclaves, par leur statut, leurs tarifs et leur train de vie.
Les femmes respectables
Les banquets d'hétaïres*
Et les hommes?
Courtisanes ou prostituées?
Silence, j’essaie de me détendre ici ! Cette fois, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase !
Attendez… L’un fait du sport nu, les autres se baignent nues et toi tu te baignes habillée… Je crois que je suis perdue.
Ils se chamaillent sans arrêt et je dois les supporter depuis la nuit des temps. Toujours à essayer de savoir qui est le plus fort et lance le disque le plus loin.
Tu ne fais pas de sport toi?
Votre discussion m’a l’air bien animée. Est-ce que je vous interromps ?
Pfff, pour qui il se prend avec son entraîneur personnel ?!
On vient de finir notre entraînement, nous aussi !!!!!
S’il croit qu’il va remporter l’épreuve de saut en longueur comme ça !
Non, vraisemblablement pas. Je suis simplement en train de faire ma toilette.
Ah la nudité, tout une affaire en Grèce antique! Il y a tellement de choses à dire dessus. Viens plus près pour en découvrir plus...
Eh oh, au moins je m’entraîne ! Je suis un vrai citoyen, moi !
BOUUUUUUH!!
La nudité
LE SPORT
LE BAIN
LE BAIN
L'imagerie grecque montre majoritairement des femmes nues lors du symposion*, mais il existe aussi beaucoup de vases montrant la nudité féminine lors de scènes de bain.
Au début du 5e siècle av. J.-C., ce thème est encore rare et les vases montrent généralement des femmes en train de se baigner dans une installation sportive comme un gymnase. Vers la fin du 5e et au 4e siècles av. J.-C., le thème iconographique de la femme au bain devient récurrent et représente plutôt des scènes dans la nature, où les baigneuses sont identifiées comme étant des femmes indéterminées ou la déesse Aphrodite.
LE GYMNASE
Dès l’époque archaïque*, les citoyens masculins grecs pratiquent des exercices sportifs nus dans le gymnase*. Ces exercices sont intimement liés à l'entraînement militaire, ainsi la nudité masculine peut être associée à la capacité des citoyens à défendre la cité. Cette nudité est également un marqueur d’identité et d’égalité entre les membres de la cité : les athlètes se différencient des personnes âgées et des esclaves qui ne peuvent pas exercer d’activité nus. À l’époque archaïque, les activités physiques peuvent également avoir un lien avec le monde aristocratique, comme un privilège des classes aisées. La nudité singularise également l’homme tandis que le vêtement caractérise les femmes.
Et les femmes sportives?
OUUUuuuiiIIiin
!!!!!!
Comme tu peux le voir au-dessus de ma tête, je me nomme Phylonoè. La malpolie au milieu de sa famille, c’est Damasistratè et celle accompagnée d’une jeune fille, c’est Hègèso. Nous sommes représentées sur nos stèles funéraires*. Approche toi pour mieux nous connaître!
Avec vos histoires vous avez réveillé l’enfant ! C’est bientôt fini? Bon, il ne va pas se rendormir de sitôt... autant faire la conversation. Qui es-tu?
Le mien est mieux ! Un décor exquis, un travail de maitre ! T’as vu ce sphinx dans l'accoudoir? Et le coussin qui rend le tout confortable !
Je te fais une petite place sur mon siège ?
Je m’appelle Sophie, je suis youtubeuse. Et vous ?
Ces monuments qui parlent, je ne m’en remets pas… Il faut que je m’assoie pour reprendre mes esprits…
Un peu petit... mais merci !
Les stèles funéraires
Hègèso
Philonoè
Damasistratè
Hègèso
fille de Proxènos
Cette stèle funéraire* en marbre a été découverte dans le cimetière du Céramique, un ancien quartier d'Athènes. Réalisée vers 410 av. J.-C., elle représente Hègèso, assise, accompagnée d'une servante ou d'une esclave.
Phylonoè
Cette stèle funéraire* en marbre a été découverte dans le quartier athénien de Psychiko. Érigée vers 370-350 av. J.-C., elle représente Phylonoè, assise, accompagnée d'une figure féminine qui lui tend un enfant.
Damasistratè
FILLE DE POLYKLEIDES
Découverte au Pirée, au sud d'Athènes, cette stèle, datée entre 350 et 323 av. J.-C. nous montre la défunte, Damasistratè, entourée des siens.
Ohlala… Je ne m’y retrouve plus dans tous ces couloirs… Une nouvelle salle ?
Hé ? Des voix..?
Bah oui ! Tu vois bien nos noms sur nos bases, non ? Approche-toi pour lire nos cartes d’identité sur les pancartes.
J’imagine que tu as raison… Tu es bien la seule à toujours avoir la tête sur les épaules.
Et ce manteau à franges, collection automne-hiver 138/7 av. J.-C., si je ne m’abuse ?
Calmez-vous, les filles. Au final, ce n’est que du marbre.
Tout à fait ! Une vraie fureur à Délos ! Vos himatia* par contre, pas très originaux… J’imagine qu’on peut dire que c’est… comment dire… vintage ?
Hé ! Je te signale que toi aussi tu portes un himation*!
Ma chère Hègèso, je TE signale que ce n’est pas l’habit qui fait la statue, c’est la façon de le porter.
En parlant de tête, en voilà une toute fraîche qui arrive. Bonsoir !
Bonsoir ! Je ne voulais pas vous interrompre...Vous représentez des femmes qui ont vraiment existé ?
Kléopatra de Délos
Hègèso de Priène
Aristonoè de Rhamnonte
Sans vouloir paraitre méchante...Vous vous ressemblez un peu toutes...
PARDON ?! Est-ce que tu ne vois pas ma posture complètement différente ? Et le rendu de mon drapé ? Il est DIA-ME-TRA-LE-MENT opposé à celui d’Aristonoè ! Et celui d’Hègèso ?! N’en parlons même pas !
Il faut tout faire soi-même dans ce musée... Bon, appelle-moi professeure Kléopatra !
Nous sommes des statues-portraits et nous représentons des femmes qui ont bel et bien existé. Mais la définition du terme de « portrait » n’était pas la même dans l’Antiquité qu'à ton époque.Pour tes contemporains, un portrait implique, dans la plupart des cas, une ressemblance entre le sujet et sa représentation. À notre époque, notre individualité n'était pas marquée par nos visages mais par nos habits et surtout par les inscriptions qui étaient gravées sur nos bases.
Une femme d'exception, sans aucune doute.
Quelle beauté ! Quel drapé !
Whoua !
La pratique d’ériger des statues-portraits* de femmes est d’abord attestée à Athènes au 4e siècle av. J.-C. et va devenir de plus en plus commune au fil de l’époque hellénistique.Les premières femmes connues à être honorées par des statues-portraits sont des prêtresses, comme Hègèso et Aristonoè par exemple. La majorité de ces représenations étaient des dédicaces à une divinité, elles étaient exposées dans des lieux très en vue.
Ce sont très souvent les membres masculins de nos familles qui ont dédié nos statues et leurs noms apparaissent régulièrement en premier dans les inscriptions de nos bases. Il y a bien sûr des exceptions, ce qui est mon cas et tu le verras par la suite.En tant que femmes, nous étions considérées importantes selon nos relations et non pas en tant qu'individus. Nous étions avant tout l'épouse, la mère ou la fille d'un homme.
Je ne suis donc pas le portrait craché de Kléopatra. Néanmoins, je la représente et en m’observant, tu peux déceler plusieurs facettes de sa vie. Viens un peu plus près de nous pour bien voir nos différences!
Sur un coup de tête
Une coiffure de déesse
Prends la pose
La fashion week antique
Une identité gravée dans la roche
Sur un coup de tête
Les têtes sont souvent couvertes d’un voile. Et lorsque ce n’est pas le cas, les coiffures restent assez simples.
Les visages des statues-portraits féminines de l’époque hellénistique sont tous très similaires. Ce sont des représentations idéales qui suivent un même schéma.
Les femmes plus matures portent souvent une raie au milieu et les cheveux ondulés sont retenus à l’arrière par un chignon. Les plus jeunes - peut-être non mariées - ont des longs cheveux, lâchés ou attachés.
Prends la pose
A la fin de l’époque hellénistique* apparaissent des formats de statues standardisés, avec des poses et des habits souvent répliqués.
La fashion week antique
Comment les porter
L’habillement des statues-portraits* féminines comprend toujours deux éléments, grâce auxquels les sculpteurs produisent des aspects visuels très variés en fonction de la qualité du rendu du tissu choisi: le chiton* et l'himation*. Promenez votre souris sur l'étoile pour les identifier.
Les couleurs
La qualité du tissu
Une coiffure de déesse
Les rares têtes des statues-portraits* féminines d’époque hellénistique* qui ont été retrouvées ont pour la plupart la même coiffure : les cheveux sont séparés par une raie centrale et encadrent le front, formant un triangle. Ils sont tirés vers l’arrière et rassemblés en un simple chignon, attaché à la base de la nuque.
La statue d'Hègèso est une exception. Mais comment analyser la coiffure d'une statue sans tête ? Observons de plus près ses épaules.
Les Grecs avaient l’habitude de représenter les divinités de manière archaïsante. Cette statue représenterait donc une déesse ?
L’« assimilation » de prêtresses aux divinités qu’elles servent est courante à l’époque hellénistique*. Sur les reliefs funéraires, par exemple, les prêtresses de quelques divinités portent souvent les mêmes vêtements, coiffures et attributs que la déesse servie. Ainsi, cette statue représente bel et bien Hègèso, habillée en tant que prêtresse de Déméter. L'inscription de la statue confirme également ceci.
Il faut remonter à l’époque archaïque* pour retrouver cette coiffure. Un peu démodé trois siècles plus tard, non ?
En s'approchant un peu, nous constatons la présence de trois mèches de cheveux devant chacune de ses épaules ainsi qu'une dizaine de boucles à l'arrière de son dos.
Une identité gravée dans la roche
Aristonoè
Pour les statues féminines, dont les têtes ne présentaient que très peu de variations, l’inscription est l’élément principal qui nous communique l’identité individuelle des femmes représentées. Elle livre des informations capitales telles que leur nom, leur fonction ou leurs liens familiaux.
Hègèso
Ces inscriptions hellénistiques suivent une même formule : nom de la personne représentée et, souvent, celui de la personne qui a dédié la statue. Quelques exemples d’époque hellénistique tardive montrent que les femmes ne sont plus seulement honorées par un privé mais également par une instance civique, comme le dèmos (le peuple) ou la boulè (le Conseil) d’une cité.
Kléopatra
La base des statues
L'inscription est gravée sur la base de la statue, laquelle contribue à sa mise en valeur dans l’espace public en l’élevant. La majorité des statues-portraits* d’êtres mortels sont de taille humaine mais, associées à leur base, elles dépassent facilement les deux mètres de hauteur. Exposées dans des endroits où elles sont sujettes au regard d’un public varié, elles occupent ainsi un espace proéminent.
Hein ? Des rires ? Je vais aller voir d’où cela provient…
Ha ha ha
C’est la jarre qu’elle tient dans ses mains… Depuis qu’on s’est retrouvé ensemble dans cette salle de musée, elle n’a pas été sobre un seul jour. (Je dois t’avouer que je n’en peux plus).
Merci ! Mais je n’ai toujours pas compris de quoi vous parliez avant que j’entre dans la salle.
Ah oui, ça ! C’est que, jour après jour, visiteur·euse·s après visiteur·euse·s, tout le monde pense que je suis une pauvre vieille femme décrépie qui boit en se lamentant sur sa propre existence. Ça commence sérieusement à m’écraser la grappe.
Hum, excusez-moi, est-ce que je peux vous demander ce qu’il se passe ?
Non pas forcément... Approche et tu pourras mieux comprendre !
Hé ! Mais t’es nouvelle ici, non ? Tu veux boire un verre ? J’ai ici un très grand cru de Lesbos, mais si tu en veux il faut le dire maintenant... Hic… j’ai bientôt fini mon lagynos*.
Et là, j’avais envie de lui répondre : « Va te faire voir chez les Grecs ! »
Ce n'est pas le cas ?
Lagynos ?
Découverte en 1878 à Anzio* (Antium) en Italie, cette statue représente une jeune fille aux cheveux nouées et vêtue d’un chiton* négligé. Son regard se pose sur un plateau comportant des outils utilisés dans les cérémonies religieuses. Elle était probablement une statue votive, placée dans un sanctuaire* et dédiée à une divinité.
L'épaule dénudée
Parler avec elle
La jeunesse dans l'art grec
Les standards de beauté
Découverte en 1878 à Anzio* (Antium) en Italie, cette statue représente une jeune fille aux cheveux nouées et vêtue d’un chiton* négligé. Son regard se pose sur un plateau comportant des outils utilisés dans les cérémonies religieuses. Elle était probablement une statue votive, placée dans un sanctuaire* et dédiée à une divinité.
L'épaule dénudée
Parler avec elle
La jeunesse dans l'art grec
Les standards de beauté
La jeunesse dans l'art grec
Pourquoi la majorité des sculptures montrent des individus jeunes ?
La plupart de personnages mythiques sont représentés « dans la fleur de l’âge » : imprécise, elle se situe quelque part entre la fin de l’adolescence et l’âge adulte, avant les premiers signes de vieillissement. Ainsi, les figures mythiques ne vieillissent pas : leur corps ne souffre pas des aléas du temps, ils sont immortels. Et qu’en est-il des mortels ? Pour les sociétés antiques, cet âge est largement valorisé et correspond à celui où l'homme peut se battre et où la femme peut enfanter, deux fonctions essentielles pour la continuité de l'état. Ceci explique que la majorité des sculptures montrent des individus jeunes. Dans ce cadre-là, les statues d'enfants et de vieillards sortent de l'ordinaire et sont des objets de curiosité face à la grande masse des sculptures aux thèmes mythiques ou divins.
Parler avec elle
Cette sculpture est une copie réalisée entre le 1er et le 2e siècle de notre ère. La statue originelle est perdue, comme la plupart des statues de la même époque. Elle représente une vieille femme ivre qui porte des vêtements et des parures riches. Elle serre un lagynos* dans ses bras, alors qu'elle est assise sur le sol, la tête relevée en arrière. Cette oeuvre pose un certain nombre de problèmes d'interprétation et provoque de nombreux débats. Les archéologues s'accordent pourtant sur une chose : elle devait être une statue votive, destinée à être offerte à une divinité, très probablement Dionysos*.
Les femmes et le vin
Son statut social
Réaction antique et actuelle
Les vieilles femmes et le vin
Depuis l’époque archaïque* jusqu’au 3e siècle de notre ère, le topos* de la vieille femme ivre est présent aussi bien dans la littérature – grâce aux comédies d’Aristophane* – que dans l’art antique. Dans ces représentations, les femmes âgées auraient un amour excessif pour le vin. Comment expliquer cette relation ?
statut social
La position assise sur le sol, à l'image de la « vieille femme ivre », est une caractéristique souvent appliquée aux statues qui peut indiquer la pauvreté de l’individu. À l’inverse, une personne de haute extraction serait représentée assise sur une chaise. Pourtant, la vieille femme porte de beaux bijoux et ses habits sont de qualité, ce qui contraste avec son état apparent. Ce contraste est d’autant plus marqué à cause du style hyperréaliste qui est employé et qui met en avant ce corps décharné. Comment résoudre cette incohérence ? Les chercheur·euse·s ont choisi de l’interpréter comme étant une vieille hétaïre* qui se serait enrichie durant toute sa vie.
Les archéologues se sont bien cassé la tête pour interpréter mon expression. La plupart, à l'image des visiteur.euse.s, me voyaient désespérée. D'autres, en revanche, pensaient que j’étais en train de participer à un festival en l’honneur du dieu Dionysos et que j’ai un peu abusé de la boisson. Du coup je suis tombée par terre et je suis en train de rire ! Aujourd’hui, personne n’est d’accord et les anciennes hypothèses ont la dent dure...
Non pas forcément ! Je dois t’avouer qu’après plusieurs siècles d’existence, je sais plus trop à quoi je pensais (j’avais effectivement beaucoup bu à ce moment-là… Oups).
Alors tu n'es pas ivre ?
Réaction antique et actuelle
Qu’auriez-vous ressenti en regardant la « vieille femme ivre » sans connaître le nom que lui ont donné les chercheur·e·s ? Qu’elle avait l’air souffrante et amaigrie ? Avez-vous pensé que c’était une pauvre vieille femme décrépie et implorant de l’eau ?Si c’est le cas, vous n’êtes certainement pas les seuls. Les hypothèses des archéologues sont fortement influencées par leur héritage culturel.
Comment les Grecs de l'Antiquité percevaient-ils cette statue ?
Notre perception actuelle du corps vieillissant de la femme est très largement influencée par la période moderne, du 16e au 18e siècles, et dont la production littéraire et artistique offre des représentations négatives de vieilles femmes. Très peu de portraits de cette époque montrent des femmes âgées, et quand c'est le cas, les artistes les rendent volontairement pathétiques ou comiques, à l'image de la « vieille femme grotesque », réalisée par le peintre flamand Quentin Metsys en 1513. L’évolution que subit le corps féminin en vieillissant est alors vue comme une détérioration.
Par contraste, dès la Renaissance, la jeunesse et la beauté sont glorifiées par les artistes, pour qui d’ailleurs les statues classiques sont un idéal. L'exemple par excellence reste La Joconde, réalisée par Léonard de Vinci entre 1503 et 1506.
L’imaginaire des chercheur·e·s n’est pas exempté de cette influence et il colore la multitude d’hypothèses qui tentent d’interpréter la vieille femme ivre.
Oui ! Pour être exacte de l'époque impériale* (1er-2e siècle apr. J.-C.), faite à partir d’un original qui date de la période hellénistique* (3e siècle av. J.-C.). Les archéologues ne savent pas pourquoi j'ai été réalisée à l'origine, ni qui je devais représenter. Grâce à mon beau visage, jeune et lisse (pas comme elle d’ailleurs !), les chercheur·e·s voulaient que je sois une grande prêtresse mythique, telles Iphigénie*, Électre* ou Cassandre* ! À moi la gloire ! Cependant, selon les recherches plus récentes, je ne serais pas assez âgée pour être une prêtresse. Dans ce cas, je serais plutôt une jeune assistante de cérémonie… Tu parles d’une désillusion !
Dis, tu es aussi une copie comme ta voisine?
Les standards de beauté
Trois œuvres de ce musée peuvent éclairer sur ce qui était considéré « beau » dans l'Antiquité.
La korè Phrasikléia au style archaïque (540 av. J.-C.)
La « jeune fille d’Antium » (milieu du 3e siècle av. J.-C.)
Hègèso de style classique* (410 av. J.-C.)
L'épaule dénudée
La « jeune fille d'Antium » et la « vieille femme ivre » sont très souvent comparées par les chercheur·euse·s. À première vue, tout semble les opposer. Pourtant, un élément les rapproche : leur épaule dénudée.
L'origine de ce motif proviendrait d'une sculpture d'Aphrodite située sur le fronton du Parthénon à Athènes. Cet élément iconographique serait connu dès l'Antiquité et aurait inspiré un grand nombre de représentations, telles que la « jeune fille d'Antium » ou la « vieille femme ivre ».
Traditionnellement, l'épaule dénudée peut exprimer (entre autres) un message érotique, comme ici sur une statue d'Aphrodite du Parthénon.
Cette statue semble être la première à représenter l'épaule dénudée et a probablement été la source d'inspiration pour les autres artistes antiques.
Kouroi et korai
Les femmes au banquet
Bains et gymnase
Stèles funeraires
Statues-portraits
Jeunesse et vieillesse
Alciphron La banquet d'hétaïres
Dossier de textes complet
J’ai appris énormément de choses sur ces femmes. C’est fou comme c’est difficile d’interpréter leur identité et de voir qu’aujourd’hui encore on n’arrive pas à trouver LA vérité sur ces différents thèmes. Je ne pensais pas qu’il y avait autant de zones d’ombres sur le corps de la femme à cette époque !
J’ai réalisé à quel point ces œuvres ont subi un regard masculin dans leur conception durant l’Antiquité et dans leur interprétation moderne. Il est finalement difficile de comprendre comment les Grecs percevaient le corps de la femme durant l’Antiquité.
Je suis tellement contente d’avoir autant de contenu pour cette vidéo ! Whouaou c’était GE-NIA-L ! J’en ai encore plein les yeux ! C’était perturbant et incroyable de pouvoir parler à ces œuvres antiques !
Oh il est déjà l’heure de s’en aller ! Les gardiens du musée vont bientôt arriver pour préparer l’ouverture.
J'ai hâte de rentrer chez moi pour monter ma vidéo et la poster le plus vite possible ! Quelle aventure !
HAHAHAHA
Ha ha ha
Et les femmes sportives?