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Société de consommation
NRB- Karukerameau
Created on September 15, 2021
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Transcript
la société de consommation
Bonheur ou aliénation ?
N R B
Le grand magasin vient de fermer ses portes après une journée de promotions. Il ne reste plus que les vendeurs qui comptent leur recette et calculent leur commission.
A l'intérieur, sous le flamboiement des becs de gaz, qui, brûlant dans le crépuscule, avaient éclairé les secousses suprêmes de la vente, c'était comme un champ de bataille encore chaud du massacre des tissus. Les vendeurs, harassés de fatigue, campaient parmi la débâcle de leurs casiers et de leurs comptoirs, que paraissait avoir saccagés le souffle furieux d'un ouragan. On longeait avec peine les galeries du rez-de-chaussée, obstruées par la débandade des chaises ; il fallait enjamber, à la ganterie, une barricade de cartons, entassés autour de Mignot ; aux lainages, on ne passait plus du tout, Liénard sommeillait au-dessus d'une mer de pièces, où des piles restées debout, à moitié détruites, semblaient des maisons dont un fleuve débordé charrie les ruines ; et, plus loin, le blanc avait neigé à terre, on butait contre des banquises de serviettes, on marchait sur les flocons légers des mouchoirs. Mêmes ravages en haut, dans les rayons de l'entresol : les fourrures jonchaient les parquets, les confections s'amoncelaient comme des capotes de soldats mis hors de combat, les dentelles et la lingerie, dépliées, froissées, jetées au hasard, faisaient songer à un peuple de femmes qui se serait déshabillé là, dans le désordre d'un coup de désir ; tandis que, en bas, au fond de la maison, le service du départ, en pleine activité, dégorgeait toujours les paquets dont il éclatait et qu'emportaient les voitures, dernier branle de la machine surchauffée. Mais, à la soie surtout, les clientes s'étaient ruées en masse ; là, elles avaient fait place nette ; on y passait librement, le hall restait nu, tout le colossal approvisionnement du Paris-Bonheur venait d'être déchiqueté, balayé, comme sous un vol de sauterelles dévorantes. Et, au milieu de ce vide, Hutin et Favier feuilletaient leurs cahiers de débit, calculaient leur tant pour cent, essoufflés de la lutte. Favier s'était fait quinze francs, Hutin n'avait pu arriver qu'à treize, battu ce jour-là, enragé de sa mauvaise chance. Leurs yeux s'allumaient de la passion du gain, tout le magasin autour d'eux alignait également des chiffres et flambait d'une même fièvre, dans la gaieté brutale des soirs de carnage.
Au bonheur des dames, Emile ZOLA
A quoi tient l’attraction irrésistible qu’exercent sur nous les marchandises et les biens de consommation? C’est à cette question que tente de répondre le philosophe Gilles Lipovetsky dans cet essai.
Dorénavant, les citoyens se déclarent massivement désappointés par les partis politiques, l’Etat. Les syndicats, l’entreprise, le travail, les médias. En revanche, les biens durables échappent pour l’essentiel à ces mouvements d’humeur. Quand le mécontentement existe et il existe, il ne tient pas tant à la contradiction entre confort et plaisir qu’à la situation financière du consommateur, à l’insuffisance du pouvoir d’achat, à l’obligation de se restreindre. L’insatisfaction majeure résulte non pas d’un excès de confort qui étouffe le plaisir mais de l’hyperconsommation et les privations qui s’ensuivent. Si le consommateur de produits durables éprouve au total peu de sentiments de déception, c’est que le rapport à l’objet utilitaire s’accompagne d’une attente limitée, ponctuelle, n’embrassant pas le tout de l’existence. Nul n’a jamais vraiment imaginé qu’un objet puisse changer la vie et être la clé du bonheur. De l’acquisition des choses on espère un confort supplémentaire et des instants de plaisir : rien de plus. Du coup, le décalage entre l’attente et la réalité, même s’il existe, est rarement porteur de déception abyssale. Un second facteur explique pourquoi les individus se détournent si peu de l’univers des marchandises. C’est que dans nos sociétés, le système des objets est structuré de fond en comble par la logique-mode, autrement dit par les principes de diversification marginale et de renouvellement perpétuel. Même si les changements ne sont pas toujours des plus spectaculaires, il n’en demeure pas moins que l’univers des biens de consommation fonctionne comme un système de nouveautés permanentes.
Le Bonheur paradoxal, Gilles LIPOVETSKY
L’hypermarché, le Caddie et le congélateur
par Philippe Bovet Journaliste
En fin de semaine, les hypermarchés de banlieue connaissent une forte affluence. Venus pour la plupart en automobile, les consommateurs y font leurs courses de la semaine. Des coffres des voitures, les aliments sont stockés dans les réfrigérateurs, congélateurs et autres lieux de rangement. Derrière cette pratique fort répandue, un mode de consommation très énergivore s’est mis en place. Ainsi, faire ses achats dans un hypermarché de périphérie engendre quatre fois plus de pollution et de nuisances qu’acheter les mêmes provisions à 500 mètres de chez soi dans un supermarché de centre-ville . Cela pour la simple raison que 85 % des consommateurs s’y rendent en auto. La pollution créée par ce déplacement est d’autant plus élevée que le véhicule est puissant. Pour un trajet en zone urbaine, une petite voiture boit 7 litres d’essence au 100 kilomètres, consommation qui passe à 11 litres pour un véhicule haut de gamme, et qui peut grimper jusqu’à 30 litres pour certains modèles de 4x4 lorsque la climatisation fonctionne. Un consommateur revient d’un hypermarché plus chargé que lorsqu’il rentre d’un supermarché : 25 kg contre 4,16 kg . Bien sûr, il se rend moins souvent à l’hypermarché qu’à la moyenne surface. Mais les très grandes structures commerciales incitent au stockage : savons offerts par trois, lait « longue conservation » proposé par pack de six, éternels barils de lessive vendus par deux, conditionnement par lots, entraînent un « suremballage » par films plastiques. Stocker ces produits n’exige que de la place. En revanche, la conservation des surgelés consomme de l’énergie. Des camions frigorifiques aux alignements de présentoirs réfrigérés, la chaîne du froid se montre particulièrement gourmande. Et cette consommation est d’autant plus forte que le temps de stockage est long. Acheter en grosse quantité dans le but de réaliser des économies entraîne une surconsommation du congélateur qui doit tourner à plein. L’économie faite au moment de l’achat est alors remise en cause par la note d’électricité ! (...) Dans notre société occidentale, les consommateurs se sont habitués à trouver toute l’année en rayons des fruits et légumes qui n’étaient auparavant disponibles qu’à certaines périodes de l’année. Dans les hypermarchés, la palette des produits proposés est plus large qu’ailleurs. Le cosmétiquement correct des calibrages parfaits et des couleurs brillantes des produits fait oublier qu’en hiver une salade de serre produite en Europe contient 1 litre d’équivalent pétrole, que 20 à 25 % du coût des tomates françaises produites dans des serres chauffées est imputable à l’énergie . Des fruits et légumes de saison produits dans le sud de l’Espagne ou au Maroc ne nécessitent l’emploi d’aucune serre chauffée. C’est l’acheminement par camions qui est alors énergivore.
Cosmétiquement correct
Le Monde diplomatique, mars 2001.
Mais qui est Octave ?
Je me prénomme Octave et je m’habille chez APC. Je suis publicitaire : eh oui, je pollue l’univers. Je suis le type qui vous vend de la merde. Qui vous fait rêver de ces choses que vous n’aurez jamais. Ciel toujours bleu, nanas jamais moches, un bonheur parfait, retouché sur PhotoShop. Images léchées, musique dans le vent. Quand, à force d’économies, vous réussirez à vous payer la bagnole de vos rêves, celle que j’ai shootée dans ma dernière campagne, je l’aurai déjà démodée. J’ai trois vogues d’avance, et m’arrange toujours pour que vous soyez frustré. (...) Je vous drogue à la nouveauté (...) et l’avantage avec la nouveauté, c’est qu’elle ne reste jamais neuve. Il y a toujours une nouvelle nouveauté pour faire vieillir la précédente. Vous faire baver, tel est mon sacerdoce. Dans ma profession, personne ne souhaite votre bonheur, parce que les gens heureux ne consomment pas. » Votre souffrance dope le commerce. Dans notre jargon, on l’a baptisée « la déception post-achat ». Il vous faut d’urgence un produit, mais dès que vous le possédez, il vous en faut un autre. L’hédonisme n’est pas un humanisme : c’est du cash-flow. Sa devise ? « Je dépense donc je suis. » Mais pour créer des besoins, il faut attiser la jalousie, la douleur, l’inassouvissement : telles sont mes munitions. Et ma cible, c’est vous. Je passe ma vie à vous mentir et on me récompense grassement. Je gagne 13 000 euros (sans compter les notes de frais, la bagnole de fonction, les stock-options et le golden parachute). L’euro a été inventé pour rendre les salaires des riches six fois moins indécents. Connaissez-vous beaucoup de mecs qui gagnent 13 K-euros à mon âge ? Je vous manipule et on me file la nouvelle Mercedes SLK.
14,99 €. Chapitre 2. Frédéric Begdeber, 2002.
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