L'adaptation littéraire au cinéma
Définition et enjeux
« L’adaptation désigne à la fois un ensemble d’opérations complexes visant à transformer un objet littéraire en objet cinématographique ET le produit de ces opérations, à savoir un film. »
Renaud Ferreira de Oliveira, conférence L’Adaptation littéraire au cinéma : une vie des œuvres
Du "théâtre filmé"
Amleto, Mario Caserini (1910)
Le cinéma : un art autonome
La Chute de la Maison Usher, Jean Epstein (1928)
Le récit filmique : "la caméra est un stylo" (Astruc)
Dès sa naissance, le cinéma a entretenu des relations complexes avec la
littérature en s’écartant de temps à autre de son modèle narratif, sans que le lien de
parenté entre ces deux modes de narration ne soit jamais rompu (reprise de mêmes termes de narratologie)Cependant au cours du temps une autre forme d’écriture apparaît (l'écriture de scenario) et ainsi un nouveau langage.
La
caméra est devenue l’égale du stylo : La mise en scène n’est plus un moyen
d’illustrer ou de présenter une scène, mais une véritable écriture : l’auteur écrit avec
la caméra comme un écrivain écrit avec son stylo.
Le passage d'un langage à un autre
Si la littérature s’exprime par les mots, le cinéma, lui utilise l’image. Dans les deux cas, il s’agit du passage d’un langage vers un autre, d’un mode d’expression vers un autre, ou chacun conserve l’essentiel de son mode d’expression.
Le récit littéraire s’articule sur un mode de narration qui lui est propre, différent de
celui qu’emprunte le récit cinématographique. Si la littérature raconte des histoires
par les mots, la forme narrative du cinéma est basée sur un langage composé par les mouvements de caméra, le cadrage, les angles de prise de vues, la direction des acteurs et le montage, considéré comme un outil essentiel pour la narration cinématographique.
Qu'est-ce qu'une bonne adaptation filmique ?
Une pure création
Lorsque l’acte d’adapter devient une pure création et que l’adaptateur se réapproprie l’œuvre initiale, en lui donnant une nouvelle lecture grâce au médium qu’est la caméra pour qu'elle devienne une nouvelle oeuvre d'art. Les meilleures adaptations demeurent la plupart
du temps des recréations, celles qui font subir des transformations à l’œuvre
romanesque originelle
La fidélité à l'oeuvre littéraire ?
Selon Alexandre Astruc, les meilleures adaptations sont celles où "le langage cinématographique donne l'équivalent exact du langage littéraire"
Alexandre Astruc, « Naissance d'une nouvelle avant-garde : la caméra-stylo », L'Écran français, n° 144, 30 mars 1948
La notion d'auteur
François Truffaut, théoricien et cinéaste français de la Nouvelle Vague, s’attaque aux adaptateurs qui procèdent par «équivalence»,
inventant des scènes quand celles qui sont écrites deviennent impossibles à tourner. Il ne dissocie pas l’acte
d’écrire de celui de la réalisation, et conçoit l’acte d’adaptation et de réalisation
comme une seule opération menée par une seule personne.
Une trahison ?
L'adaptation cinématographique
La vocation du cinéma n’est pas de concurrencer la littérature mais bien d’inventer des formes plastiques. Lorsqu'on analyse une adaptation filmique. L’objectif n’est pas d’instaurer un rapport d’infériorité ou de supériorité entre les deux versions. La transposition cinématographique naît de la rencontre de deux artistes : un écrivain et un cinéaste. Le cinéaste propose une lecture particulière, poétique et artistique de l’oeuvre littéraire qu’il transpose. Il propose un équivalent cinématographique de la poésie de l’oeuvre en transposant les images poétiques du texte en images cinématographiques.
Ridley Scott et Philip K. Dick sur le tournage de Blade Runner (1982)
Toutes les adaptations de Stephen King
Dune de Frank Herbert
Dune, David Lynch (1984)
VS
Dune, Denis Villeneuve (2021)
William Shakespeare (1564-1616)
BAZ LUHRMANN
(né en 1962)
Roméo+Juliette (1996)
La scène du balcon
La scène du coup de foudre
Bibliographie
- Qu’est-ce que le cinéma ? André Bazin (1959)
- L’adaptation cinématographique et
littéraire, Jeanne-Marie Clerc et Monique Carcaud-Marcaire (2004)
- Ce que le cinéma fait de la littérature, essai de Jean Cléder (2006)
- L’adaptation cinématographique, entre fidélité infidélité
à l’œuvre littéraire à l’exemple de L’opium et le bâton, Ahcene Laib (2011)
- « Une certaine tendance du cinéma français » François Truffaut, Cahiers du Cinéma, n° 31, janvier 1954
- « Naissance d'une nouvelle avant-garde : la caméra-stylo » Alexandre Astruc, L'Écran français, n° 144, 30 mars 1948
Un chef d'oeuvre impressionniste
« Tout concourt dans ce chef-d'œuvre à son unité. La maîtrise absolue du montage, du rythme où le ralenti, les surimpressions, les travellings, la caméra mobile jouent leur rôle et jamais gratuitement : il n'y a pas une image, un procédé technique qui ne soient là pour embellir le film ; ils sont là pour nous impressionner dans le sens le plus noble comme les images et la cadence d'un vers. La qualité de la photographie, digne des plus grands chefs-d'œuvres du film allemand où grâce à l'orthochromatique les gris sont gris, les blancs sont blancs et les noirs d'un velouté unique... » (Henri Langlois, Cahiers du cinéma, juin 1953)
https://www.cinematheque.fr/henri/film/48361-la-chute-de-la-maison-usher-jean-epstein-1928/
L'adaptation filmique
Marie Deswattines
Created on August 29, 2021
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L'adaptation littéraire au cinéma
Définition et enjeux
« L’adaptation désigne à la fois un ensemble d’opérations complexes visant à transformer un objet littéraire en objet cinématographique ET le produit de ces opérations, à savoir un film. »
Renaud Ferreira de Oliveira, conférence L’Adaptation littéraire au cinéma : une vie des œuvres
Du "théâtre filmé"
Amleto, Mario Caserini (1910)
Le cinéma : un art autonome
La Chute de la Maison Usher, Jean Epstein (1928)
Le récit filmique : "la caméra est un stylo" (Astruc)
Dès sa naissance, le cinéma a entretenu des relations complexes avec la littérature en s’écartant de temps à autre de son modèle narratif, sans que le lien de parenté entre ces deux modes de narration ne soit jamais rompu (reprise de mêmes termes de narratologie)Cependant au cours du temps une autre forme d’écriture apparaît (l'écriture de scenario) et ainsi un nouveau langage. La caméra est devenue l’égale du stylo : La mise en scène n’est plus un moyen d’illustrer ou de présenter une scène, mais une véritable écriture : l’auteur écrit avec la caméra comme un écrivain écrit avec son stylo.
Le passage d'un langage à un autre
Si la littérature s’exprime par les mots, le cinéma, lui utilise l’image. Dans les deux cas, il s’agit du passage d’un langage vers un autre, d’un mode d’expression vers un autre, ou chacun conserve l’essentiel de son mode d’expression. Le récit littéraire s’articule sur un mode de narration qui lui est propre, différent de celui qu’emprunte le récit cinématographique. Si la littérature raconte des histoires par les mots, la forme narrative du cinéma est basée sur un langage composé par les mouvements de caméra, le cadrage, les angles de prise de vues, la direction des acteurs et le montage, considéré comme un outil essentiel pour la narration cinématographique.
Qu'est-ce qu'une bonne adaptation filmique ?
Une pure création
Lorsque l’acte d’adapter devient une pure création et que l’adaptateur se réapproprie l’œuvre initiale, en lui donnant une nouvelle lecture grâce au médium qu’est la caméra pour qu'elle devienne une nouvelle oeuvre d'art. Les meilleures adaptations demeurent la plupart du temps des recréations, celles qui font subir des transformations à l’œuvre romanesque originelle
La fidélité à l'oeuvre littéraire ?
Selon Alexandre Astruc, les meilleures adaptations sont celles où "le langage cinématographique donne l'équivalent exact du langage littéraire"
Alexandre Astruc, « Naissance d'une nouvelle avant-garde : la caméra-stylo », L'Écran français, n° 144, 30 mars 1948
La notion d'auteur
François Truffaut, théoricien et cinéaste français de la Nouvelle Vague, s’attaque aux adaptateurs qui procèdent par «équivalence», inventant des scènes quand celles qui sont écrites deviennent impossibles à tourner. Il ne dissocie pas l’acte d’écrire de celui de la réalisation, et conçoit l’acte d’adaptation et de réalisation comme une seule opération menée par une seule personne.
Une trahison ?
L'adaptation cinématographique
La vocation du cinéma n’est pas de concurrencer la littérature mais bien d’inventer des formes plastiques. Lorsqu'on analyse une adaptation filmique. L’objectif n’est pas d’instaurer un rapport d’infériorité ou de supériorité entre les deux versions. La transposition cinématographique naît de la rencontre de deux artistes : un écrivain et un cinéaste. Le cinéaste propose une lecture particulière, poétique et artistique de l’oeuvre littéraire qu’il transpose. Il propose un équivalent cinématographique de la poésie de l’oeuvre en transposant les images poétiques du texte en images cinématographiques.
Ridley Scott et Philip K. Dick sur le tournage de Blade Runner (1982)
Toutes les adaptations de Stephen King
Dune de Frank Herbert
Dune, David Lynch (1984)
VS
Dune, Denis Villeneuve (2021)
William Shakespeare (1564-1616)
BAZ LUHRMANN (né en 1962)
Roméo+Juliette (1996)
La scène du balcon
La scène du coup de foudre
Bibliographie
Un chef d'oeuvre impressionniste
« Tout concourt dans ce chef-d'œuvre à son unité. La maîtrise absolue du montage, du rythme où le ralenti, les surimpressions, les travellings, la caméra mobile jouent leur rôle et jamais gratuitement : il n'y a pas une image, un procédé technique qui ne soient là pour embellir le film ; ils sont là pour nous impressionner dans le sens le plus noble comme les images et la cadence d'un vers. La qualité de la photographie, digne des plus grands chefs-d'œuvres du film allemand où grâce à l'orthochromatique les gris sont gris, les blancs sont blancs et les noirs d'un velouté unique... » (Henri Langlois, Cahiers du cinéma, juin 1953)
https://www.cinematheque.fr/henri/film/48361-la-chute-de-la-maison-usher-jean-epstein-1928/