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Created on May 19, 2021
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Transcript
Le Tour des Savoirs
Pour suivre les aventures d'Aurelie
Aurélie Gonet repart sur son vélo pour une nouvelle aventure plus locale, en Bourgogne-Franche-Comté. Ce « Tour des savoirs », est l’occasion pour notre aventurière et son fidèle Raymond de tisser un voyage inattendu en découvrant des savoirs locaux et en rencontrant des chercheur·e·s qui font de notre région leur terrain d’investigation.
Aurelie et le Tour des Savoirs dans la presse
Teaser
Le voyage d'Aurelie
Pourquoi un tour des savoirs ?
Pourquoi un Tour des Savoirs ?
Le Tour des Savoirs est projet expérimental tient sur deux idées :
Le souhait de renverser la posture classique de la vulgarisation scientifique qui voudrait que le savoir ne soit diffusé que dans un sens : de la communauté scientifique vers les publics. Les récits proposés par Aurélie seront des témoignages qui pourront (si cela s’y prête) être mis en relation avec certaines recherches existantes. Le tout sans prétention didactique, mais en cherchant à déclencher la curiosité et à faire connaître des compétences parfois sous estimées.
Expérimenter concrètement un réseau tissé par des rencontres. Seuls trois à quatre rendez-vous seront fixés dans le parcours d’Aurélie. Sur les routes et dans les villages, elle rencontrera des personnes qui, par exemple, pourront lui parler d’un céramiste qui expérimente des nouvelles techniques, d’un fromager prêt à livrer quelques secrets de fabrication ou d’une grand-mère qui a une connaissance incroyable sur les histoires du Morvan ou du Haut-Doubs. Si la personne est à « portée de mollets », Aurélie ira la voir et de proche en proche, poursuivra son périple.
Ce projet tient aussi d’une envie : celle de retrouver Aurélie Gonet sur les routes et de goûter à nouveau à son approche personnelle du récit de la rencontre. Cette fois-ci l’horizon « chez nous » est visé. Nous faisons le pari qu’on peut découvrir et s’émerveiller près de chez soi.
Le Tour des Savoirs dans la presse
Consulter le dossier de presse
« Aventure. Après Dijon-Pékin à vélo, Aurélie Gonet dévoile son nouveau projet ». Le Bien Public, 27 avril 2021. Nicolas Durdilly.
« Aurélie Gonet repart à l’aventure... en Bourgogne-Franche-Comté ». France Bleu Bourgogne, 6 mai 2021, sect. Infos. Arnaud Racapé.
« Un tour de Bourgogne-Franche-Comté à vélo pour présenter les savoirs de la région ». France 3 Bourgogne-Franche-Comté, 15 mai 2021. Gaël Simon.
« Insolite - Le Tour des savoirs d’Aurélie Gonet, quinze jours à vélo à la rencontre des chercheurs et habitants ». Le Journal du Centre, 14 mai 2021, sect. Culture - Patrimoine. Rémi Marchal.
JT 12/13 h, France 3 Bourgogne, 22 mai 2021.
« Pour mieux comprendre les réseaux au quotidien ». Le Bien Public, 31 mai 2021. Jean-Yves Rouillé.31
Le Tour des Savoirs dans la presse
JT 12/13 France 3 Bourgogne du samedi 22 mai. Le reportage concernant Aurélie commence à 5 minutes. Reportage : M-C Roupie, R Augier, L. Crotet-Beudet.
JT 12/13 h, bourgogne, du 22 mai
Le Tour des Savoirs
Aurélie Gonet va partir à vélo sur les routes de Bourgogne - Franche - Comté. Durant deux semaines elle va rencontrer des gens, recueillir et mettre en lumière leurs savoirs. Elle postera les histoires de ses rencontres, en live, sur Facebook et Instagram. Réalisation de la vidéo : Sébastien Berna/VDS prodScénario: Thibault Roy
Le Tour des Savoirs - TEASER
Cliquez sur les éléments de la carte pour (re)vivre le parcours d'Aurélie
Dijon
Nevers
Morteau
Besançon
Un depart mouvemente !
Ça commence bien, même si ca partait mal
Ne jamais sous estimer la préparation d'un voyage à vélo ! « Pas besoin de liste » je me suis dit, j'ai l'habitude, j'ai de l'expérience, je sais ce qu'il faut ! Les attaches rapides, la bouteille de gaz pour le bivouac, des chambres à air, du PQ, un multitool et ça roule ! Presque 2 ans se sont écoulés sans que je n'aie chargé Raymond, mon vélo, pour partir en voyage. Et sur les premières centaines de mètres en direction de la gare pour prendre le train pour Nevers, je sentais bien que le pilotage n'était pas très fluide. Ça ne ressemblait pas aux souvenirs que j'en avais ! Un coup d'oeil à l'avant : la roue avant était complètement dégonflée.
Règle numéro 2 : un vrai problème à vélo, c'est un problème qui arrive sous la pluie. Alors il a commencé à pleuvoir, fort.
Règle numéro 1 : un vrai problème à vélo, c'est problème pour lequel on n'est pas outillé ! Evidemment ce que je n'avais pas pris, c'était une pompe ! C'est pourtant essentiel une pompe pour un voyage à vélo !
Un depart mouvemente !
Ça commence bien, même si ca partait mal
J'avais contacté Swanee par Instagram. Plusieurs amis passionnés de vélo me parlent d'elle depuis des années, dont Frédéric Mary, le voyageur à vélo dijonnais. « elle répare et fabrique des vélos à Nevers ». Il la décrivait avec un mental et une détermination hors norme sur le vélo. « Je l'ai vue grimper le Mont Aigoual le sourire aux lèvres, elle faisait 1200km en 5 jours avec son compagnon 15000m de développé positif et le même jour elle avalait le Ventoux ». L'Equipe lui a consacré un article récemment « Dans l'atelier de Swanee Ravonison la seule femme artisan cadreuse ». C'est un savoir ça, créer des vélos !Dans le train je reçois un sms, c'est Swanee : « je serai à la gare à 14h30 ». C'est ce que j'aime dans la communauté du vélo, les liens sont simples, même si on ne se connaît pas.
Règle numéro 3 : un vrai problème à vélo, c'est un problème qui vous met en retard. Et le train pour Nevers n'allait pas m'attendre.
Règle numéro 4 : c'est un peu la magie des vrais problèmes à vélo, et c'est aussi ma philosophie des vrais problèmes (à vélo) : vu le nombre d'humains qu'on est sur terre, il y aura bien quelqu'un pour aider ! Lionel et sa femme étaient venus de Haute Savoie en voiture avec leurs vélos pour se balader, sans savoir qu'ils avaient rdv avec mon pneu dégonflé ! En voyant leur pompe qui dépassait de leur sacoche, je les ai vite interpelés. Grace à eux j'ai pu arriver à temps pour prendre le train pour Nevers.
Dans l'atelier de Swanee Ravonison, la seule femme artisan cadreuse
C'est parti !
Rencontre de Swanee Ravonison a Nevers
L'atelier de Swanee
Parcours de vie
Rencontre de Swanee Ravonison a Nevers
L'atelier vélo de Swanee : convivial, familial, un lieu de vie
Rencontre de Swanee Ravonison a Nevers
Je l'attendais sur un vélo Pariah, sa marque, mais c'est sur un vintage Motobécane bleu avec une jolie selle Brooks qu'elle débarque. « C'est mon vélo de ville, j'aime bien les vélos simples, les formes des vélos des années 70 ». On emprunte « la plus petite piste cyclable du monde » elle me précise en rigolant, et en quelques coups de pédales on arrive à la grande verrière en acier de son atelier. Elle pousse la porte, je vois un enfant prêt à jouer sur une batterie, un mur d'escalade, quelques personnes qui attentent en cercle que le gamin joue, des skateboards, une bibliothèque, de vieux tapis au sol, des peintures contemporaines au mur, un xylophone, et des vélos partout. Surprenant cet atelier vélo ! Convivial, familial, un lieu de vie. Les grands-parents se retournent et me saluent : j'arrive pile pour la petite prestation familiale de Kim, 9 ans, qui a commencé la batterie et le xylophone en novembre dernier.
Devant la gare, je tourne la tête et la reconnais tout de suite. Une femme noire, fluette, cheveux courts, à vélo, à Nevers, il n'y en à qu'une. Derrière son masque j'entends tout de suite son sourire et je suis happée par son regard profond et brillant.
Rencontre de Swanee Ravonison a Nevers
C'est autour d'un café que Swanee et Stéphane me reçoivent, sur des fauteuils de récup vintage. On est bien ! Contre le mur, deux « tall bikes », ces hauts vélos de cirque. Swanee en a fabriqué 3 pendant le premier confinement, avec des cadres de vélo en acier de récup. Et entre deux confinements, ils les ont testés. Une petite balade de 220km en une journée à travers le nivernais. « Le tallbike ça attire la sympathie des gens, les personnes âgées rigolaient » a constaté Swanee. Toutes les situations deviennent burlesques. Stéphane qui s'accoudait contre la vitrine d'une boulangerie et se penchait perché sur son vélo pour voir ce qu'il pouvait choisir. Ils me montrent une photo d'eux à l’arrêt, accoudés à un panneau Stop. Une autre façon de se servir de la signalisation, une façon utilitaire ! C'est le nouveau point de vue qui leur a plu aussi, « on voit par dessus les haies par exemple ». Swanee a esquissé une chute et aurait pu tomber à l'eau. Tout ça elle l'a raconté dans le magazine 200, car Swanee c'est aussi un art du récit, une plume.
Ici on mélange naturellement les genres, l'atelier est devenu une partie de la maison.
Rencontre de Swanee Ravonison a Nevers
Rencontre de Swanee Ravonison a Nevers
Stéphane est architecte et peintre aussi, d'ailleurs certaines de ses toiles sont accrochées dans l'atelier. Ce qu'il aime aussi c'est étudier les cartes, découvrir de nouveaux chemins et construire ses itinéraires "gravel" : entre chemins et bouts de routes. Pour leurs sorties ils ont l'habitude de partir sans GPS. Le GPS c'est Stéphane ! Ils viennent d'en acheter un tout de même, qui va arriver, mais on les sent peu convaincus. Au sol de l'atelier, prêts à partir en balade, il déplie une carte et suit du doigts la petite boucle de 2h qu'il a concoctée, pour montrer à Swanee.
Ce soir on n'est pas la, on va a un anniversaire. Tu peux dormir a l'atelier ou venir avec nous
Pour ces premiers instants le décor est planté ! Maintenant ce que je me demande c'est comment Swanee a commencé le vélo et en est venue à fabriquer des cadres ?
me dit Swanee. Comment se sentir mieux intégrée que cela ?
Rencontre de Swanee Ravonison a Nevers
Rencontre de Swanee Ravonison a Nevers
Parcours de vie : créer un cadre de vélo
C'est mon velo de ville, j'aime bien les velos simples, les formes des velos des annees 70
Swanee, j'imaginais qu'elle avait la voix rauque et qu'elle allait beaucoup parler matos : dérailleur machin... « Le matériel, ce n'est pas mon truc, je ne suis pas une geek. Stéphane – son compagnon - c'est plus son truc, on se complète bien ». Et quand je lui ai dit que je venais pour « collecter des savoirs », elle a écarquillé les yeux et s'est interrogée : « je n'ai pas de savoir moi ». Pourtant pour être la seule femme à son compte en France qui fabrique des cadres de vélos artisanaux, il y a forcement du savoir ! « C'est peut-être parce que je fais ça tous les jours que je ne me rends plus compte qu'il y a un savoir particulier ».
Devant la gare, je tourne la tête et la reconnais tout de suite. Une femme noire, fluette, cheveux courts, à vélo... à Nevers, il n'y en à qu'une. Derrière son masque j'entends tout de suite son sourire et suis happée par son regard profond et brillant. Je l'attendais sur un vélo Pariah – son propre cadre - mais c'est sur un vintage Motobécane bleu avec une jolie selle Brooks qu'elle débarque.
Rencontre de Swanee Ravonison a Nevers
Gamine, quand une école de cyclisme se monte pour animer son quartier, les enfants s'y ruent. « C'était une vrai école de cyclisme, on apprenait à être habiles par des exercices, on faisait des sorties et l'hiver on nous apprenait à réparer les vélos ». Les weekends Swanee se lance dans la compétition et ne passe pas inaperçu sur les courses.
Des noirs dans les sports outdoor, on en voit peu.
Une semaine de formation chez un cadreur la conforte dans son choix. « Après j'ai continué à apprendre toute seule ». Un vélo sur mesure répond à un processus : le client vient en général avec son vélo et elle le questionne sur sa position, dessine sur un logiciel et rectifie pour avoir la géométrie qui conviendra parfaitement au client. Quand elle parle de ses cadres, son passage en école d'art se ressent : son goût pour la forme, pour les matières, l'expérimentation et le sens derrière tout ça.
En parallèle, côté études elle s'oriente vers une école d'art pour faire du graphisme. Un métier qu'elle exerce quelques années avant de retourner à la réparation de vélo, pour finalement ouvrir sa propre boutique réparation-vente-montage à la carte « La fée du vélo ». Jusqu'à vouloir se concentrer sur la création, et créer un objet qui lui ressemblera : un cadre.
Rencontre de Swanee Ravonison a Nevers
Je veux garder la matiere brute aussi
Retour aux sources
Le temps passe et ses valeurs s'affirment. « A la base, le type qui a créé le vélo c'était pour que les gens se déplacent du point A au point B plus facilement. Pas pour aller toujours plus vite. On a même fini par mettre un moteur sur un vélo ! C'était un objet accessible à tous. Plus on ajoute de technologie, plus ils sont chers. Je veux pouvoir proposer un vélo artisanal même à des bourses modestes». Elle me montre des vélos des années 70 qu'elle a dans son atelier. « Les cadres des années 60, 70, 80, ce n'est pas les mêmes tubes que maintenant. Les tubes de maintenant sont travaillés pour être légers, du coup les extrémités sont plus épaisses que l'intérieur du tube. Sur les vélos vintage, on a la même épaisseur partout, du coup tu peux les couper n'importe où et les adapter ». Pour ses cadres, elle part de tubes neufs, coupe, soude, avec en ligne de mire un cadre le plus épuré possible.
Les soudures sont apparentes et elle n'utilise pas de peinture, elle applique une solution à base de pierre hématite qui va interagir avec l'acier et transformer sa couleur, comme le marbrer.
Rencontre de Swanee Ravonison a Nevers
Les soudures sont apparentes et elle n'utilise pas de peinture, elle applique une solution à base de pierre hématite qui va interagir avec l'acier et transformer sa couleur, comme le marbrer. Au fil des mois la couleur se transforme et fait vivre la matière. « Je suis attachée aux effets du temps sur les objets. Les vieux objets ont plus de valeur à mes yeux que des objets neufs qu'on achète et qu'on remplace aussi vite. » Des objets avec leurs traces de vies, gardiennes d'une mémoire, des fêlures aussi. « J'ai plein de cicatrices sur la peau, et ça fait partie de moi, ça raconte qui je suis. J'ai du mal avec les objets parfaits». Elle évoque l'art japonais du wabi sabi, l'art qui célèbre l'imperfection et la beauté du vieillissement. La technique du Kintsugi en est un exemple. Une poterie fissurée est réparée en utilisant de la laque d'or. Les fissures sont ainsi mises en beauté plutôt que cachées. On sublime les felures. En me parlant de ses cadres je comprends qu'ils synthétisent son expérience de vie, ses sensibilités. "l'artisanat c'est ça pour moi, il faut qu'on ressente la main de l'artisan dans l'objet".
Rencontre de Swanee Ravonison a Nevers
Pariah
Rupture ! On passe de la fée au paria ! "J'aime bien réhabiliter les mots. Ce n'est pas forcément subversif. Un mot a un sens." On peut se sentir paria en tant que femme dans le milieu du vélo, se sentir paria face à un regard raciste, se sentir paria dans l'espace public lorsque la voiture domine les routes et que les aménagements vélo peinent à voir le jour. Et quand je demande à un de ses clients combien de vélo il a. Il me répond : 7 dont 1 Pariah. Ça sonne bien !Pour quelqu'un qui pensait ne pas avoir de savoir particulier, moi jai appris plein de choses avec Swanee. Pour finir en beauté elle me propose de m'accompagner demain sur les 30 premiers km de ma première journée de route. Je la préviens, moi je roule vraiment doucement !
Sur la route
De Nevers à Panneçot
J'ai dû sortir les habits de pluie... Est-ce qu'il pleut autant d'habitude en mai ? Autant poser la question au très chouette Benjamin Pohl, climatologue à l'université de Bourgogne.
Pour en savoir plus : un projet auquel le labo de Benjamin a contribué, sur les impacts du changement climatique sur la ressource en eau
Premier jour de route : Nevers - Pannecot
70 km
Causer grossesse le long du canal du nivernais
Je me réveille sous le mur d'escalade de l'atelier de Swanee. Elle m'a proposé de m'accompagner sur le 30 premiers km, de Nevers jusqu'au port de Decize. A mon petit rythme, je l'ai tout de même prévenue.En chemin, on parle de grossesse et vélo. Notre amie en commun Jeanne, a fait du vélo jusqu'à son accouchement. Feu vert du médecin, bonnes sensations... pourquoi s'en priver ? Swanee me surprend une fois de plus : "moi aussi j'ai fait du vélo pendant ma grossesse. Je m'étais fabriqué un vélo adapté à mon gros ventre". Et en roulant elle me mime la position à m'en faire rire. Jusqu'au bout elle sort du cadre ! On se laisse au port de Decize et je continue le long de la voie verte du canal du Nivernais. A Cercy la Tour, l'oeil est attiré par une vierge de 5 mètres qui domine la ville. C'est un coup du curé de la ville qui l'a faite hériger en 1958. "Notre-Dame du Nivernais " destinée à être officiellement le monument commémoratif diocésain du centenaire des Apparitions de Lourdes. (J'ai lu ça sur internet)
Premier jour de route : Nevers - Pannecot
Premier jour de route : Nevers - Pannecot
Au fil de l'eau je profite de la vue sur les prairies, les petites fermes isolées, les jolies écluses... En fin de journée telle la providence, je vois un petit papier scotché sur un panneau avec "camping de Panneçot ouvert à partir du 12 mai" écrit au stylo. Communication la plus efficace du monde ! Ni une, ni deux, je ne cherche pas plus loin, je m'y rends !
Le soir Swanee me dit qu'elle a apprécié rouler avec moi. Comme je roule lentement par rapport à elle qui est capable de rouler plus de 200 km en une journée, j'avais peur qu'elle ne se soit ennuyée. "C'est un bon rythme pour aller loin" conclut-elle !
Premier jour de route : Nevers - Pannecot
Sur la route
Elle vous regardait arriver depuis loin
Les chèvres de Michel
Cet homme c’est Michel. Il a ses deux chèvres depuis 4 ans. Tomette et Sucrette. « Sucrette c’est parce qu’elle a des taches blanches.- Tomette c’est pour sa couleur ? Parce que ça ressemble à des tomettes ?- Non c’est parce que le gars qui a aidé à lui donner naissance s’appelle Thomas. »Ah ! Raté ! La vie avec deux chèvres n’est pas de tout repos. Michel a mal au dos. C’est à cause de Sucrette la chipie. « La semaine dernière elle a mangé les pieds de ma chaise. Quand je me suis assis la chaise s’est écroulée. Un coup j’ai reçu un chèque énergie. Elle l’a mangé ! Il me restait que le talon. Elle a bouffé 45 euros ! ».
A vélo on a le temps d’observer et la facilité de s’arrêter (sauf dans une grande descente, ça serait trop dommage de couper son élan). « Tiens, une maison habitée par des chèvres » je me suis dit, en voyant une chèvre perchée sur une caisse qui me regardait depuis une porte d’entrée.
Sur la route
Les chèvres de Michel
Difficile d’appeler EDF pour excuser sa chèvre ! Pourtant une fois, il a dû retourner chez son médecin et expliquer que Sucrette avait mangé l’ordonnance ! Les chèvres montent la garde devant la maison toute la journée. « Et elles alternent pour se mettre en hauteur ». Très attachées à la présence de Michel, elles le suivent partout, même quand il sort dans le village. « Quand je veux sortir, faut pas qu’elles me voient, sinon elles me suivent ».Michel a bien essayé d’avoir un potager, qu’il protégeait avec un grillage, de 50 cm, puis de 1m, puis de 1m50. « à 1m50 elles sautaient toujours par dessus. Maintenant les tomates je les achète au village ». « Rahhh mon pull ». C’est Sucrette qui essaie de lui bouffer son pull pendant qu’il enchaîne les anecdotes. Et c’est tout de même avec un regard attendri qu’il extirpe le bout de tissu.
Dans les bois du Morvan
Video : dans les bois du Morvan
Sur la route
Sur la route
Dans les bois du Morvan
Je me donne du mal pour aller rencontrer les chercheurs . C'est pas du gâteau pour aller à la maison du patrimoine oral à Anost
Pannecot - Anost
40 km
Galérons dans les bois, pendant que le loup n'y est pas
« Tu verras la forêt du Morvan est chamanique. Il y a une atmosphère comme nulle part ailleurs. » Le Morvan, je n'y avais jamais mis les pieds alors ça m'intriguait beaucoup cette ambiance de Hobbit ! À Nevers Stéphane m'avait prévenue : « demain pour toi, ça va monter. Les 8 derniers km - sur 40 - à partir de Arleuf, là ça sera une bonne descente ».On me disait « tu es allée jusqu'à Pekin, tu as fait le Tadjikistan (4000m d'altitude), c'est pas le Morvan qui va te faire peur !- J'avais roulé 6000km pour arriver au Tadjikistan, j'étais entraînée. Là je n'ai pas fait de sport depuis 1 an et demi ». Partie du camping de Panneçot, en 5 km j’arrive à Moulin Engilbert. Le relief s'élève brutalement. Une patate ! En quelques km je suis en perdition ! Je m'arrête tous les 100m pour manger, boire, prendre des photos des paysages magnifiques, histoire de trouver un prétexte. Ce soir je dois être à Anost à 17 h pour rencontrer la première chercheuse. Il faut se rendre à l'évidence, c'est impossible avec ces 40km de l'enfer...
Pannecot - Anost
Arrivée à Les Michots, un petit hameau, la pente s'accentue et j'entre doucement dans un chemin de terre. Avec le poids des sacoches, je cale. Ça y est, pieds à terre il faut que je pousse. Le chemin continue dans un bois. Il se transforme petit à petit en un petit ruisseau, mes pieds s'enfoncent, les roues aussi, je m'épuise et c'est de plus en plus raide. Avec tous ces efforts déployés hors de question de revenir en arrière ! Je fais des pauses, je pousse, c'est très beau ces grands sapins, je suis dans la forêt, oui c'est chamanique, oui on a envie d'inspirer profondément et méditer. Mais ça, c'est sûr le papier, c'est pas quand on n'en peut plus de pousser ! Une bonne heure sans voir personne. En regardant tous ces trucs pointus au sol, je me rappelle que j'ai encore oublié d'acheter une pompe au dernier supermarché et prie pour ne pas percer un pneu là « en terre du milieu » !
Pannecot - Anost
Quand le chemin ne ressemble même plus à un chemin je commence à me demander où j'en suis. Je regarde sur mon appli : mon point GPS est aussi perdu que moi. De mémoire à la prochaine intersection de chemins je dois prendre un peu à droite et arriver sur un autre croisement et prendre à gauche... Ou à droite en fait... pour sortir enfin de la forêt et arriver sur la D177. Je pense sonner victoire, mais elle a une tête de chemin de forêt non défriché cette D117. Peut-être que c'est comme ça parfois dans le Morvan ? Alors je persiste dans cette direction. Mais tout de même, ça va me prendre la nuit si ça continue comme ça. Je dois être perdue ! L'heure tourne. Je laisse le vélo et rebrousse chemin à pied. Il faut que je comprenne si j'ai pris la bonne direction à la dernière intersection. Au pire j'ai la tente et dormirai là. Finalement avec un peu d'observation je vois un panneau "propriété privée". Si le chemin dans lequel j'ai laissé le vélo appartient à une propriété privée, alors je suis pas sûr une départementale ! Le 2e chemin est celui par lequel je suis arrivée. Le 3e est ma dernière chance.
Pannecot - Anost
Pannecot - Anost
Ma joie en descendant le 3e chemin et en trouvant enfin une vraie route, une vrai départementale !!!! J'ai fini par atteindre Arleuf et sa magnifique descente jusqu'à Anost, pour y rencontrer Caroline Darroux, qui m'attendait avec un thé pour me parler du patrimoine oral dans le Morvan. D'ailleurs elle m'a dit qu'il y a deux ans, des loups traînaient dans la forêt !
Rencontre avec Caroline Darroux, Anthropologue
« C'est la première fois qu'on se donne autant de mal pour venir me voir » me dit Caroline en me servant un thé, prête à discuter. L'après-midi, perdue dans la forêt, j'avais tenté de l'appeler pour lui dire que j'allais probablement dormir aux pieds des sapins et qu'il aurait été sage de repousser notre rencontre au lendemain. Le manque de réseau avait bien fait les choses : je n'avais pas pu la contacter et j'avais fini par retrouver la route d'Anost et sa Maison du Patrimoine Oral. Ici c’est le Haut Morvan, la montagne, éloignée des grands axes de communication. Le premier centre urbain, Chateau Chinon, est à 25km. Avant d'arriver ici, on m'avait dressé un certain portrait du Morvan et des Morvandiaux : le Morvandiau il n'est jamais sorti de chez lui. Le Morvandiau, il a toujours une tronçonneuse dans son coffre. Le Morvandiau, quand il achète de la viande, c'est une vache entière qu'il met dans le frigo ! Caroline s'assoit en face de moi, une longue fenêtre horizontale donne sur les toits du village. Elle est originaire du coin, et les histoires des Morvandiaux, c'est son sujet d'étude.
Vous saurez tout sur les gens du Morvan
Caroline est anthropologue sociale ou ethnologue : elle étudie l’homme en société.
En savoir plus sur les travaux de Caroline
Rencontre avec Caroline Darroux
𝐐𝐮𝐚𝐧𝐝 𝐩𝐞𝐮𝐭-𝐨𝐧 𝐝𝐢𝐫𝐞 𝐪𝐮'𝐨𝐧 𝐚 𝐮𝐧 𝐬𝐚𝐯𝐨𝐢𝐫 ?
« Dans ton métier tu écoutes les habitants du Morvan, les enregistres pour collecter le patrimoine oral, donc des savoirs. A Nevers j'ai rencontré une jeune femme qui fabrique des cadres de vélo, elle était surprise que je lui dise qu'elle avait un savoir. Alors c'est quoi ta définition d'un savoir ? Quand est-ce qu'on peut dire qu'on a un savoir ? - La particularité dans mon travail c’est que je vais chercher des savoirs qui ne sont pas scientifiques, ce sont des savoirs populaires, des savoirs faire. Des savoirs qu’on apprend en faisant, intuitivement, très pragmatiques. Le savoir est plutôt pluriel. Dans le cadre de nos vies ordinaires, je peux dire que j’ai un savoir parce qu'à force de le mettre à l’épreuve et de vérifier que ça fonctionne, je l’ai constitué en savoir. Par exemple je sais reconnaitre un « pouillot véloce » quand je l’entends, je sais utiliser des plantes, fabriquer un objet, l’histoire de mon village… Le savoir c'est un mot qui a été confisqué. Revendiquer un savoir, c’est l’apanage des gens qui sont lettrés. C’est une légitimité qui n’est pas évidente. »
Rencontre avec Caroline Darroux
Avec un père éducateur Caroline passait ses vacances en compagnie de jeunes de toutes cultures. « Mes parents m'ont beaucoup engagée à aller vers les autres ; à être curieuse ». Bonne élève, son prof de lycée lui conseille de poursuivre à Lyon, en hypokhâgne. Un passage éclair de 3 mois. « Le Morvan ce sont des gens pauvres. Moi j'étais une plouc. Je me suis retrouvée avec des enfants de grandes familles. J'étais perdue ». Elle retrouve un équilibre en fac de Lettres modernes, c'est même la révélation. Alors qu'autour d’elle les étudiants choisissent les grands auteurs de la littérature comme sujet de mémoire, elle prend le contrepied :
𝐔𝐧𝐞 « 𝐩𝐥𝐨𝐮𝐜 » 𝐝𝐞𝐯𝐞𝐧𝐮𝐞 𝐜𝐡𝐞𝐫𝐜𝐡𝐞𝐮𝐬𝐞
Caroline me le rappelle rapidement : « L'histoire du Morvan, c'est une épopée de gens pauvres. Les gens partaient de chez eux pour vendre leur force de travail. Pour gagner de l'argent les femmes partaient des mois de chez elles pour devenir gouvernantes ou étaient payées pour accueillir des enfants de l'assistance publique qu'on livrait depuis Paris dans le Morvan. En 1925, 50% de l'effectif d'une classe était composé d'enfants de l'assistance publique et jusqu'à 85% dans certaines communes de la Nièvre. » Tous ces enfants sont restés. « Mes grands-parents sont de l’assistance. On est tous constitués par ces enfants abandonnés. C’est une sociologie constituée d’un abandon de masse et de gens qui n’ont pas d’origine. Cela donne des histoires dures. J'ai interviewé beaucoup de pupilles de l'Etat. Certains racontent comment le lien de sang n’a aucune importance et comment leur famille d'adoption leur avait ouvert un nouvel horizon, et il y a les autres qui ont été réduits en esclavage ».
je me suis dit que ce que j’aimerais faire c’est un memoire de litterature sur comment on cause chez moi. La maniere dont les gens causent chez moi je ne l’ai retrouvee nulle part ailleurs. C’est une litterature mais qui n’est pas ecrite
Rencontre avec Caroline Darroux
Son mémoire de littérature portera sur les gens qui parlent morvandiau dans les villages du Morvan. « J’avais produit un protocole d’analyse littéraire, mais plutôt que de l’appliquer à Proust, je l’appliquais aux conversations quotidiennes. C’était rigoureux comme méthode analytique. Je démontrais que tout ce qu’on cherchait dans la grande production littéraire, on pouvait le trouver dans la production orale quotidienne ».
𝐐𝐮𝐚𝐧𝐝 𝐥𝐞𝐬 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐞𝐬 𝐚𝐧𝐜𝐢𝐞𝐧𝐬 𝐫𝐞́-𝐞́𝐦𝐞𝐫𝐠𝐞𝐧𝐭 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐥𝐚 𝐯𝐢𝐞 𝐨𝐫𝐝𝐢𝐧𝐚𝐢𝐫𝐞
Le prof qui lui valide son mémoire la prévient : « Vous n’allez pas pouvoir continuer avec cette thématique en Lettres. Personne ne vous écoutera ». Alors elle découvre les cursus d’ethnologie, de sociologie, refait une maitrise et une thèse pour devenir anthropologue. Sa thèse portera sur « des paroles de vieilles femmes qui sont à l’endroit le moins dominant qui soit du point de vue de la société : clochardes, sorcières, reléguées, rejetées, et à la fois très importantes ». D'un village à un autre elle les repère. « Ces femmes je savais qu’elles étaient différentes, pourtant elles avaient des points communs et on racontait les mêmes histoires sur elles, avec les mêmes mots, on leur attribuait les mêmes forces ».
Rencontre avec Caroline Darroux
Alice par exemple. « Je me demandais comment elle était capable d’avoir cette force physique à 75 ans, elle bûcheronnait. Pourquoi elle était toujours en bonne santé, alors que lorsqu'elle avait mal à une dent elle l'arrachait à la pince à cochon ? Pourquoi elle avait cette voix hors du commun, grave, qui porte et cette manière de parler qui est très caractéristique des personnes âgées qui vivent ici : des paroles très affutées, comme si tout ce qui sortait de leur bouche était un proverbe, comme s’ils écrivaient en parlant. C’est un vrai art de la parole. Avec un rapport aux animaux très marquant aussi. Alice était fascinante pour tout ça ». En tendant l'oreille ou dans les entretiens qu'elle mène, elle observe un continuum entre le 15e siècle et maintenant. « Cela remotivait des images très anciennes qu’on va trouver dans Bartholomé de las Casas quand il arrive au nouveau monde en 1548, et qui va parler des « veilles sauvages ». Et bien quelqu’un va me parler de la voisine Alice de la même manière. Tout se cristallisait autour d’elles. Il y avait une prolifération de contes anciens qui ré-émergaient, de transpositions de proverbes à des situations réelles, des transpositions de symboles ».
Rencontre avec Caroline Darroux
Caroline se pasionne alors pour les enquêtes folkloriques du 19e siècle dans le Morvan et même « chez le boucher, la cliente raconte une histoire à propos de son voisin, et tu te rends comte qu'il y a juste une actualisation. Ce sont les mêmes histoires à travers le temps et tu comprends la continuité culturelle. La culture populaire est une chaîne et ne s’arrête jamais ». Ces femmes de chair et d'os deviennent les personnages des contes des autres. « Comment on devient ça ? Ça m’a tellement happée qu’à la mort de l’une d’elle, Henriette. Je suis allée habiter sa maison. J’avais voulu reprendre sa maison car ce sont des femmes qui collectionnaient des objets. J'ai mis un an à trier pour la comprendre et ça a fait partie de ma thèse. Comprendre de l’intérieur comment on devient un personnage ».
Rencontre avec Caroline Darroux
Travailler l’articulation entre savoirs légitimes et non légitimes, c’est là que se situe son travail. A une échelle de réflexion plus globale, Caroline met en parallèle l'histoire de ces vieilles femmes avec des pensées du féminisme américain, de la philosophie moderne. En ce moment elle travaille sur la pensée de Dona Haraway. « C'est une approche constructiviste, tout se fabrique en permanence. Dona Haraway est connue pour le « Manifeste cyborg » publié dans les années 80. Elle décrit comment avec la mécanisation l’humain n’est plus un humain […] Dans son approche du féminisme, il n'est plus intéressant de distinguer les hommes des femmes, mais de voir comment l'adaptation à notre milieu nous fabrique en être multispécifiques. […]
Ces vieilles femmes développaient dans leur façon de vivre quelque chose de très proche de ce dont parle Donna Haraway. L’homme et la femme n’étaient pas distincts, elles travaillaient comme les hommes, avaient des attributs masculins. La nature et la femme n’étaient pas séparés non plus car elles étaient très proches des animaux, connaissaient les plantes. Leur communauté utilisait ces figures pour parler de quelque chose qui n’était pas normé ».
L'anthropologie fait monter en generalite des elements concrets du terrain. On ne s'arrete pas a la description de ce qui se passe, on montre que ca a de la valeur.
Rencontre avec Caroline Darroux
𝐃𝐞𝐬 𝐍𝐞́𝐞𝐫𝐥𝐚𝐧𝐝𝐚𝐢𝐬, 𝐝𝐞𝐬 𝐁𝐮𝐥𝐠𝐚𝐫𝐞𝐬, 𝐝𝐞𝐬 T𝐮𝐫𝐜𝐬, 𝐝𝐞𝐬 𝐑𝐨𝐦𝐬 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐥𝐞 𝐌𝐨𝐫𝐯𝐚𝐧 ? 𝐕𝐫𝐚𝐢𝐦𝐞𝐧𝐭 ?
A vélo pour venir à Anost, je discute en chemin avec plusieurs Néerlandais installés dans de petits villages isolés. Comment sont-ils arrivés là ? Surprise, j'en parle à Caroline. « Les néerlandais font partie des anciennes migrations qui ont choisi de venir, ils voulaient être en France. Les turcs et les bulgares sont venus pour travailler dans la forêt pour être bucherons. C’est le dumping social, on abaisse les coûts de production pour vendre moins cher. Les gens les plus pauvres d’autres pays arrivent aux portes du Morvan pour le bûcheronnage. Le vivant fonctionne parce qu’il se croise, se régénère, parce qu’il est curieux. C’est le principe de vie qui est fait comme ça. On s’intéresse aux gens et on cherche les points communs. C’est pour ça qu’on travaille avec l’ethnologie, c’est pour comprendre comment les liens se créent entre les gens et leurs lieux de vie. La culture c’est faire en sorte qu’on « soit de là ». Et contrairement à ce que pensent beaucoup, ça n’a rien à voir avec depuis combien de temps on vit sur un territoire.
Rencontre avec Caroline Darroux
C’est comment tu y plonges les pieds, comment tu le parcours. Il suffit de savoir que le Dédé Clément a habité la maison d’à côté pour que ça fasse partie de ton histoire. Ce sont des liens d’attachement. Els qui habite à coté, est néerlandaise elle joue de l’accordéon, elle sait tout sur tout des histoires du Morvan, elle a été propriétaire de l’hôtel restaurant à St-Léger-sous-Beuvrey, elle a organisé plein de bals. Elle est plus proche de ce que je suis que beaucoup d’autres. En ce moment on travaille avec 3 musiciens traditionnels Roms car on est persuadés que ces 3 musiciens comprennent beaucoup mieux les personnes qui sont arrivées de Bulgarie que n’importe quel travailleur social. Ils ont les mêmes fonctionnements de culture populaire ». Caroline travaille depuis un an avec ces ressortissants bulgares.
Depuis un an le Morvan voit arriver une autre population. « Beaucoup de gens qui fuient les grandes villes et sont beaucoup plus riches que nous. Les agences immobilières ont travaillé de façon incroyable depuis 1 an. Le problème n’est pas une question d’être d’ici ou pas d’ici. Quand beaucoup de gens arrivent et ont de l’argent dans un endroit où il n’y a pas beaucoup de gens et pas beaucoup d’argent, ça c’est compliqué. Le Morvan est intéressant pour ça. Il est habité par des choses très différentes, ce sont des poches de compréhension, d’autres manières d’être en rapport au monde. Il faut partir du principe qu’on n’est pas seuls au monde et qu’on est très minoritaires dans notre manière de voir les choses. A partir de là, le Morvan c’est un espace passionnant pour avoir des points de repère sur les divergences avec la normalisation occidentale, du rapport à ce que doit être l’autre."
Ils ne s’interessent pas a demain, car se projeter dans 10 ans c’est une vision occidentale et qui n’est pas partagee par tout le monde. Une maniere de se positionner dans le monde.
Rencontre avec Caroline Darroux
𝐄𝐭 𝐚𝐥𝐨𝐫𝐬, 𝐜𝐞𝐭𝐭𝐞 𝐡𝐢𝐬𝐭𝐨𝐢𝐫𝐞 𝐝𝐞 𝐯𝐚𝐜𝐡𝐞 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐥𝐞 𝐟𝐫𝐢𝐠𝐨 ?
« Quand on achète de la viande on n’achète pas 1 steak, on a acheté une bête entière qu’on se partage à 2 ou 3 familles. Parce qu’on connait l’agriculteur, on sait d'où vient la viande comment elle est produite. La tronçonneuse c’est pas faux mais c’est une fois par an. Par contre en hiver j'ai la pelle dans le coffre ! Ce sont des savoirs ruraux. J'ai été coincée une fois par la neige, maintenant l’hiver j’ai une pelle. L'hyper ruralité ça détermine un mode de vie. » Quand cette conversation se termine, je suis tout simplement scotchée.
Anost
Un pain au chocolat, what els ?
Le moteur d'une voiture me sort de mon sommeil au petit matin. Je suis dans un lit, à l'étage d'une maison. La nuit dernière Caroline l'anthropologue ne voulait pas me laisser dormir dehors. Elle m'avait emmenée à pied chez une voisine, Els, qui préparait le dîner à sa petite fille et qui avait accepté de m'accueillir. J'avais laissé le vélo dehors, dans le petit jardinet qui donne sur la rue, sans l'attacher. « Ça serait un VTT, peut-être qu'on te le volerait, mais pas un vélo comme ça » m'avait assuré Caroline. Mais tout de même, ce moteur devant la maison c'était peut-être quelqu'un qui était en train de charger Raymond dans le coffre. Déboussolée je saute du lit ouvre la fenêtre, monte le store et passe une tête. Raymond est toujours là, en bas, couché dans l'herbe. Soulagement ! Els m'avait prévenue qu'entre 8 et 9 h du matin c'était le rituel télé des dessins animés dans sa chambre avec sa petite fille.
Anost
« Vous voulez quelque chose à la boulangerie pour le petit déjeuner ? Je demande à travers la porte.- Non je te remercie rien pour moi, me dit Els.Mais la petite voix de Rosalie s'élève : Oui moi je veux bien un pain au chocolat. » Mission acceptée. La boulangerie est à 100m.« Un pain au chocolat s'il vous plaît.- Avec ceci ?- Ça sera tout. »Et je brandis naturellement ma carte bancaire.« On ne prend pas la carte.- Je n'ai pas de liquide. Je peux en retirer où ?- À la poste au milieu du village. »Le distributeur affiche « en service » en lettres de lumières vertes. J'insère ma carte. Désormais dans l'écran, sur le reflet de ma silhouette se superpose cet avertissement. « Appareil provisoirement indisponible. Veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée».Je suis doublement gênée : par rapport à la boulangère et à Rosalie.
Anost
De retour à la boulangerie.« Le distributeur est en panne. Est qu'il y a un autre endroit où je peux retirer ?- Oui faut aller chez le garagiste. Mais il est tôt, je sais pas s'il est ouvert. »Alors je ressors de la boulangerie à la recherche du garagiste. Je passe devant l'église et le voit un peu plus loin.« Bonjour, la boulangère m'a dit d'aller retirer des sous chez le garagiste. C'est bien ça ? C'est bien ici ?- Oui je peux faire ça. Vous avez une carte crédit agricole ?- Non, crédit mutuel.- Ah ben j'peux qu'avec Crédit agricole. »Je retourne confier mon second échec à la boulangère et rentre bredouille chez Els. Je m'assois dépitée de ne pas pouvoir faire un petit geste en remerciement de son hospitalité. J'entends que la séance dessins animés n'est pas finie, il n'est pas encore 9h. Je remets mes baskets. Avec un peu de chance la petite épicerie prend la carte. C'est le cas ! Alors j'achète un paquet de génoises à la framboise et un paquet de brownies au chocolat. Fruit et chocolat par sécurité !
De retour chez Els, les filles sont dans la cuisine et je raconte ma mésaventure qui fait beaucoup rire Els. Toutes les 3 à table, j'ouvre mes 2 paquets avec beaucoup de soulagement devant l'assiette de Rosalie.
Anost
« J'aime pas ceux à la framboise » elle me lance sans hésitation et elle prend un brownie qu'elle commence à croquer. Son geste ralentit. Son visage amorce une grimace de répulsion. Elle me regarde. Et le couperet tombe : « J'aime pas non plus celui-là. Ya des noisettes, j'aime pas les noisettes ». Ma mission échoue lamentablement !Le petit déjeuner se poursuit. Els vient d'allumer la radio. Un ruban de musique classique se déroule autour de nous. La cuisine modeste donne sur un salon chaleureux nimbé par la lumière d'une porte fenêtre. La vue est un camaïeu de vert. On ne voit que la forêt qui s'étend à perte de vue. On ne peut être qu'heureux avec une vue comme ça je me dis.Alors je parle à Els d'un article. « J'ai lu il n'y a pas longtemps que l'on vit en meilleure santé lorsqu'on a une vue sur la nature. Apparemment même dans les hôpitaux, un patient guérit plus vite lorsque la fenêtre donne sur un arbre.- Ça me paraît d'une évidence ! Ce qui est moins évident c'est que depuis des années on ne pense plus à ce genre de chose. »
Anost
Els a posé le brownie entamé par Rosalie sur sa petite planche à découper en bois devant elle. « C'est pratique, je peux y oser ma tasse, découper mon pain directement dessus. Ça fait plusieurs années que je fais ça. Cette planche était à ma mère. Tous les objets de cette maison ont une histoire. » Et si elle devait quitter sa maison et n'en garder qu'un ? Elle part et revient avec un cadre dans les mains qu'elle me laisse regarder.C'est un dessin, en trois volets. On y voit un escargot avancer et une pierre énorme qui arrive du ciel en sa direction. Puis vient le moment de l'impact. Contre toute attente, la pierre se brise sur la coquille de l'escargot qui continue son chemin toujours aussi sereinement. « Ça veut dire qu'il peut me tomber une pierre sur la tête, et j'en ai eu beaucoup, je m'en sors, je continue mon chemin. Cette énorme pierre qui se brise. L'escargot il ne crie pas. Il ne dit pas victoire. Il continue. Quelqu'un qui peut dessiner ça c'est fort, c'est d'une simplicité. » Le message passe, sans être prononcé. Et il en dit beaucoup sur Els. Ses petites citations ou morceaux d'articles qu'elle découpe des magazines et colle aux murs ou aux portes en révèlent aussi beaucoup sur elle.
« Parfois il y a des phrases qui me marquent et j'ai 6 petits enfants. De temps en temps ils s'immobilisent. C'est un partage sans paroles. Si ça m'a touchée c'est que c'est en moi » « Oma !!! » C'est Rosalie qui appelle Els. Oma veut dire grand-mère en Hollandais. Cela aurait voulu dire « sagesse » que ça ne m'aurait pas étonnée.
Autoconstruire sa maison en bois...
.... d'après un livre, et habiter autrement
En fin de matinée j'ai quitté Anost. Il fait beau, je roule tranquillement quand depuis le vélo j'aperçois une petite maison de bois, sans vis à vis, qui donne sur la nature et un petit étang au loin. Ça respire le bonheur ici. Je m'arrête ! Je rencontre Pascal devant sa maison et lui demande si c'est lui qui l'a construite. « Oui, on a tout fait.- Tu es du métier, menuisier-charpentier ? - Ah non moi je suis cuisinier. J'avais jamais touché une tronçonneuse de ma vie, j'étais inquiet. Au début je faisais tout au ciseau à bois ! » Évidemment je ne comprenais plus rien ! « On a appris dans un livre, complète Corinne, sa femme. - Ce livre tu l'as toujours ?- Oui je vais te le chercher. » Avant cette aventure ils habitent Autun. Elle est prof d'arts plastiques et amoureuse du Queyras. C'est là-bas qu'elle découvre les maisons en fuste [une maison en rondins empilés, aux murs et à la charpente faits de fûts d'arbres bruts, simplement écorcés et non calibrés / Wikipedia.
Ils sont déjà écolo, veulent vivre à la campagne, faire un potager, continuer la cueillette sauvage et vivre avec la nature.
Autoconstruire sa maison en bois
𝐔𝐧 𝐥𝐢𝐯𝐫𝐞 𝐪𝐮𝐢 𝐝𝐨𝐧𝐧𝐞 𝐯𝐢𝐞 à 𝐥𝐞𝐮𝐫 𝐫ê𝐯𝐞
Un ami leur conseille un livre sur l'autoconstruction de fustes. Ce livre propose de comprendre le principe en se faisant la main par étapes. « En premier ils expliquent comment construire un bac à sable. Pascal l'avait fait dans notre cour à Autun. La deuxième étape est la construction d'une cabane pour enfants. Cette fois Pascal l'avait construite dans le salon, une cabane de 1m20 par 2m. On est entrés dedans et on s'est dit qu'on aimerait bien la même pour nous en plus grand. La 3e étape c'est la cabane de jardin, puis la maison. »Avec un tout petit budget, le Queyras leur est inaccessible. Mais le Morvan est un parfait terrain jeu, moins cher et qui fournira la matière première : le sapin. Du Douglas. Le terrain trouvé, ils vont frapper à la banque avec 2000 balles d'apport et un dessin du projet crayonné « avec quelques ombres et lumières » par Corinne. On a demandé 35 000 euros sur 18 ans. 20 000 pour le terrain, 15 000 pour la maison.« C’est tout ?- Oui c'est tout ! On a fait beaucoup de récup. Fenêtres d'hlm, planches de vieux poulaillers...- La maison vous a coûté seulement 15 000 ?- Oui ! Après d'années en années on l'a un peu améliorée »
Autoconstruire sa maison en bois
Autoconstruire sa maison en bois
Pour leurs amis et leur famille, c'est sûr, Corinne et Pascal sont devenus « cinglés ». « Ce que vous me dites ça fait écho à mes débuts de voyageuse à vélo. Avant que je ne commence, comme je ne faisais pas de vélo et que j'étais pas sportive, c'est aussi ce qu'on me disait.- Voilà c'est pareil. Pour les gens, on ne construit pas une maison quand on n'est pas du métier, qu'on n'a pas de compétences professionnelles. Alors qu'il faut juste commencer, de la force physique et du courage. Pour la maison ça commence vraiment quand tu te fais livrer les troncs d'arbres au sol. Faut les écorcer. C'est long ! En tout cas ce n'est pas une histoire de sous ! » Pascal est patient il fera le bardage du toit en châtaigner. Des milliers de petites pièces faites à la main... Les travaux durent 2 ans au total.
Autoconstruire sa maison en bois
𝐋'𝐚𝐫𝐜𝐡𝐞́𝐨𝐥𝐨𝐠𝐢𝐞 𝐞𝐱𝐩𝐞́𝐫𝐢𝐦𝐞𝐧𝐭𝐚𝐥𝐞
Au quotidien Corinne et Pascal s'intéressent à l'archéologie expérimentale. « Si ceux du Moyen Âge peuvent le faire, nous aussi ! Tu peux te réapproprier des savoirs qui existent depuis la nuit des temps. On va taper dans le Moyen Age plutôt que dans la technologie du 21e siècle. A chaque fois ça ouvre sur un monde et ça nous embarque. Le tout c'est de savoir où s'arrêter ». Devant la fenêtre qui donne sur la nature, Pascal a installé un métier à tisser qu'il a commencé à apprivoiser. Pourquoi ne pas fabriquer aussi le fil ? Corinne trouve alors un rouet sur le site du Bon Coin pour faire de la fibre. Elle file et lui tisse ! Elle a aussi suivi un stage pour fabriquer des chaussures en cuir. Céramiste de passion, une des petites cabanes est son atelier.« Et comment tu fais pour la cuisson ?- On a construit un four gallo-romain ».
Autoconstruire sa maison en bois
Autoconstruire sa maison en bois
𝐂𝐮𝐞𝐢𝐥𝐥𝐞𝐭𝐭𝐞 𝐞𝐭 𝐜𝐮𝐢𝐬𝐢𝐧𝐞
C'est deux-là c'est sûr, ils se sont bien trouvés. Le bonheur se lit sur leur visage. Juste avant de filer tondre autour du potager, Corinne me le confirme ! « On est heureux parce qu'on ne fait que ce qu'on aime. »Pfiouuuuu !!!
« Au muséo-parc d'Alesia on peut manger des plats gaulois. Vous avez essayé des choses de ce genre ?- On a toujours fait de la cueillette sauvage. Pascal est cuisinier, il invente des recettes. Crackers, tartes, tartinades... Chaque jour de la saison d'hiver on mange de l'ortie. Le pissenlit tout le printemps et le début de l'été. Pendant un mois vers fin octobre on se fait des veillées France Culture à éplucher les glands de chênes. Cette année on a ajouté le plantinet la berce.Généreux, ils me montrent tout, m'expliquent tout. Les heures passent. Je ne veux plus partir de cet endroit. Je veux apprendre avec eux ! « Le savoir ça se transmet gratuitement, ça doit se partager. Si j’etais plus jeune je serais à fond dans Youtube ! » me dit Pascal.
Sur la route
Archéologie expérimentale
J'ai rencontré Corinne et Pascal qui ont construit leur maison en bois et s'intéressent à l'archéologie expérimentale. Mais c'est quoi exactement l'archéologie expérimentale ?Autant poser la question à Julien Garry, historien à l'université de Bourgogne.
Pour en savoir plus sur Julien Garry, ici il présente sa recherche à l’aide de trois objets mystérieux...
Epinac
Pause Photo
Pour situer, Epinac est entre le Morvan et la Côte d'Or. J'étais arrivée la veille au soir depuis Anost pour passer la nuit au camping municipal. J'étais d'ailleurs la seule cliente et le gérant a fait preuve de bienveillance. Comme il allait pleuvoir fort toute la nuit, il avait proposé que je me replie dans l'une de ses caravanes.
C'est le lendemain matin, en traversant la ville en direction de Beaune (pour y rencontrer Catinca, la 2e chercheuse) que j'ai découvert qu'il s'agissait d'un ancien site minier. L'atmosphère était chargée, avec l'impression d'un passage par un autre temps. Les traces du passé sont présentes à plusieurs recoins de la ville. Impossible d'y échapper. Les mines de charbon ont été exploitées dès le 18e siècle. 70 puits ont été creusés.
Epinac
Epinac
Epinac
La commune d'Épinac est associée à l'histoire de l'un des premiers chemins de fer de France, qui reliait Épinac au puits du Curier (hameau de Pont-d'Ouche en Côte-d'Or) situé à une vingtaine de kilomètres, d'où le charbon était expédié vers le nord de la région et le bassin parisien via le canal de Bourgogne [wikipedia]
Epinac m'a donné envie de visiter d'autres villes minières de Saône et Loire et d'en apprendre plus sur l'histoire sociale de ce bassin minier... À poursuivre sur un prochain voyage spécial Saône et Loire ?
Epinac
En attendant direction Beaune sous une pluie torrentielle pour rejoindre Catinca Gavrilescu, la climatologue qui travaille sur l'impact des températures extrêmes sur les vignes.
Prochaine étape : Catinca Gavrilescu, climatologue