Les insectes palmivores
Rynchophorus ferrugineus (charançon rouge) et Paysandisia archon (papillon palmivore)
INRAE - Jardin botanique de la Villa Thuret
Rynchophorus ferrugineus le charançon rouge du palmier
- Il est originaire d’Asie du sud-est, où il est un ravageur clé de nombreux palmiers comme les cocotiers
- Il s’est rapidement propagé au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, jusqu’à s’étendre plus largement en Asie, Afrique, Amérique et au Sud de l’Europe, en seulement une trentaine d’années
- Il s’agit d’un coléoptère d’environ 3cm de long, caractérisé au stade adulte par sa couleur rougeâtre et son long rostre
- Il vit la plupart de sa vie caché dans les stipes des palmiers dont il se nourrit au stade larvaire.
© INRAE - Villa Thuret
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Rynchophorus ferrugineus le charançon rouge du palmier
- Les charançons femelles pondent individuellement à la base des frondes, dans des trous séparés faits grâce à leur rostre, afin de favoriser la dispersion de leurs quelques 200 oeufs (en moyenne) sur le palmier et limiter leur compétition.
- Pour réussir cette séparation, les femelles marquent chimiquement leurs sites de ponte ce qui démontre des capacités olfactives développées.
- A mesure que les larves grandissent, elles créent des tunnels à la recherche d’autres tissus internes (stipe, feuilles non déployées, méristème…).
- Se faisant, elles ont tendance à endommager les tissus tendres entourant le méristème terminal, entraînant la mort de leur hôte.
- Les larves matures se dirigent ensuite généralement vers la base des pétioles, où elles se construisent un cocon à partir des fibres du palmier.
- Après s’être formées, les larves entrent en stade prépupal, suivi du stade nymphal.
© Julien Spi
Rynchophorus ferrugineus le charançon rouge du palmier
- Une fois adultes, les charançons s’envolent à la recherche de nouvelles plantes-hôtes, guidés par leur odorat.
- Leurs solides ailes leur permettent de parcourir de longues distances, dépassants parfois le kilomètre et pouvant même aller jusqu’à 10km par jour dans le cas où les hôtes potentiels sont très dispersés.
- Cependant, la plupart des individus au sein d'une population sont des voleurs à courte distance (<100 m), ce qui expliquerait leur distribution agrégée lors des infestations.
- Les charançons volent de mars à décembre, surtout de jour entre 25°C et 40°C. Mais ils sont également capables de voler à des températures plus basses, en dessous de 16°C, voire à des températures encore inférieures.
- Puisque R. ferrugineus reste à l'intérieur des palmes ou des stipes, la détection des infestations précoces est très difficile, et le retard inévitable de la détection entraîne souvent la mort du palmier infesté.
© Küchenkraut
Paysandisia archon le papillon palmivore
- Le second ravageur mis en cause dans l’effondrement des populations de palmiers en Europe, après le charançon, est le papillon palmivore.
- Originaire du nord de l'Argentine, Paysandisia archon est un lépidoptère de la famille des Castniidae. Cette famille est caractérisée par une grande taille (souvent autour de 10 cm d’envergure), des couleurs vives et des antennes en massue.
- Les ailes antérieures sont vert-bronze foncé striées de brun, les ailes postérieures sont rouge orangé brillant avec des marques grasses noir et blanc.
- À l'instar d'autres Castniidés, cette espèce vole de jour aux heures les plus chaudes (entre 11h et 16h).
- Contrairement à R. ferrugineus, il y a peu d’informations sur P. archon, car il n’est pas considéré comme un ravageur dans sa région d'origine. Ceci doit être en partie dû à la présence d'ennemis naturels (parasites et prédateurs) qui limitent ses populations, mais aussi parce que, dans son aire d'origine, il vit sur des palmiers sauvages et non sur des arbres plantés.
© Daniel Villafruela
© Erik_Karits
Paysandisia archon le papillon palmivore
- Son cycle de vie, à l’instar du charançon rouge, dure en moyenne un an, voire deux, si les conditions ne sont pas optimales pour prendre son envol lors de la bonne saison.
- Le stade larvaire dure également la majeure partie du cycle de vie du papillon : de 10,5 à 18,5 mois (pour le dernier cas, cela est dû à des périodes léthargiques inhabituelles).
- A contrario, un adulte a une longévité de deux semaines en moyenne.
- D’une envergure de 9 à 11 cm, les adultes apparaissent de mi-mai à fin septembre avec un pic de vol entre mi-juin et début août.
- Le nombre moyen d'oeufs pondus dans la nature n'est pas connu, mais Sarto i Monteys & Aguilar (2005) estiment qu'il pourrait s'agir d'environ 140 oeufs.
- Après éclosion, les chenilles creusent des galeries dans le stipe ou les jeunes palmes et pénètrent dans les tissus du palmier où elles se nourrissent des tissus tendres (bases des feuilles, inflorescence, méristème apical, et jeunes parties du stipe) pendant plusieurs mois, jusqu’à atteindre une dizaine de centimètres.
- Tout comme avec R.ferrugineus, les premiers symptômes de l’infestation apparaissent plusieurs mois après la pénétration de la larve, ce qui retarde la détection des arbres contaminés et complexifie la lutte.
Introduction des ravageurs en Europe
Papillon palmivore
- Le papillon palmivore est vraisemblablement arrivé en premier en Europe, entre 1990 et 1995 sur des Butia yatay et des Thritinax campestris provenant d’Argentine. Il a été signalé officiellement pour la première fois en 2001 en Espagne (Catalogne) et en France près de Hyères (Var), puis dans l’Hérault en 2002 où il a commencé à engranger des dégâts sur des palmiers ornementaux.
- Il s’est ensuite largement diffusé dans plusieurs régions d’Italie (Campanie, Marche, Toscane, Sicile, Apulie, Ligure).
- Cela n’a pas empêché que l’on recense des cas sur la façade atlantique (Gironde, Bretagne), en Grande Bretagne, en Belgique et en Suisse, mais de façon anecdotique cependant.
- En France, l’infestation touche tous les départements côtiers de Provence-Alpes-Côte d'Azur (à l’exception des Hautes-Alpes où aucun signalement n’a été enregistré pour le moment) ; elle cause également énormément de dégâts dans la région Occitanie et s'étend désormais vers le Sud-Ouest.
Carte de répartition des régions françaises touchées par Paysandisia archon, 2018 (Musée
Nationale d’Histoire Naturelle, site internet, mis à jour en 2018)
Introduction des ravageurs en Europe
Charançon rouge
- Le R. ferrugineus a aussi été signalé pour la première fois dans le bassin méditerranéen : en Espagne en 1994, suivie par l’Italie en 2004, deux pays où il a occasionné d’énormes dégâts, en particulier dans les palmeraies.
- Puis il atteint la Grèce, la France et Chypre en 2006, le Portugal en 2007 et la Slovénie en 2009.
- Il a continué sa progression et aujourd’hui il est particulièrement présent sur tout le pourtour du littoral méditerranéen, où il s’est installé surtout sur le palmier des Canaries (Phoenix canariensis), affectant grandement le patrimoine paysager.
- C’est donc une diffusion large et rapide, comme l’annonçait D. Rochat en 2006 : « En 20 ans, le charançon rouge du palmier est ainsi passé de l’Inde aux îles Canaries, et en étendant son aire de 8 000 km vers l’ouest et de 1500 km vers le nord» forçant à attribuer au charançon rouge des qualités d’adaptations redoutables.
- Suite à son premier signalement en France en 2006 à Six Fours-les-Plages (Var), il a été découvert en Corse un peu plus tard dans la même année, puis dans l’Hérault, les Pyrénées-Orientales et les Bouches du Rhône en 2007, dans les Alpes-Maritimes en 2008, dans le Vaucluse en 2012, et même dans le Morbihan et la Normandie en respectivement 2013 et 2017.
- R. ferrugineus est une espèce d’origine tropicale où il n’y a pas d’hiver. Cependant, il s’est adapté au climat méditerranéen avec un hiver et il commence également à être présent en zone atlantique comme le montre son apparition récente en Bretagne.
Impacts des deux ravageurs : cas de la Côte d'Azur
- Ville emblématique pour ses palmiers, Hyères a connu les attaques du papillon puis du charançon. On observe une évolution exponentielle des palmiers abattus à cause du charançon entre 2007 et 2012 : de 4 palmiers abattus en 2007, 52 en 2008, puis 108 en 2009, domaine public et privé confondus. Les nouvelles stratégies de lutte permettent une baisse des palmiers abattus à partir de 2010, mais les traitements n’ont pas empêché le doublement du nombre de palmiers attaqués en 2011, atteignant cette année-là 468 palmiers.
- A l’échelle régionale, il a été estimé que plus de 100 000 palmiers azuréens (dont environ 40% dans le domaine public) étaient menacés de disparition depuis 2009.
- En 2016, environ 5 100 palmiers ont fait l’objet d’une notification de mesure administrative d’abattage ou d’éradication dans la région.
- Finalement, on estime que les mesures de contrôle de ses deux ravageurs ont entrainé des dégâts économiques de l’ordre de 100 millions d’euros dans le bassin méditerranéen depuis 2001, année de leur introduction dans cette zone.
Impacts des deux ravageurs : cas de la Côte d'Azur
impact sur les services de régulation
© Bex Walton
- Les palmiers et autres arbres plantés dans les villes procurent de nombreux bénéfices qui améliorent la qualité de l’environnement, et impactent donc aussi positivement sur la santé humaine. Les palmiers ont de plus une bonne adaptation aux contraintes urbaines, ce qui en fait une plante de choix dans les villes en tant qu’arbre d’alignement.
- Les bénéfices principaux qu’on peut leur attribuer sont : la régulation du dioxyde de carbone et la production d’oxygène ; la création de zones d’ombres et la remontée de l’eau souterraine, qui induit une baisse de la température ambiante ; et une réduction des bruits et de la poussière.
Impacts des deux ravageurs : cas de la Côte d'Azur
impact sur la société
- Les arbres implantés en ville instaurent une ambiance apaisante, qui apporte du bien-être aux habitants. Le palmier a en plus l’avantage d’avoir : un port droit, ce qui en fait une espèce structurante de premier choix pour son implantation aux abords des routes et des trottoirs, car on sait qu’il va pousser normalement sans déformation ; et une bonne adaptation aux contraintes urbaines.
- Mais les dégâts occasionnés par les insectes ravageurs sur les palmiers - entrainant l’affaissement de la couronne des palmiers, la chute des palmes, et à terme, l’abattage de l’individu - conduisent à transformer l’ancien paysage tropical. Cette modification du paysage a un impact sur le moral des habitants, particulièrement sur la Côte d’Azur où la population locale considère que cette plante est emblématique de la région.
- Cet impact pourrait même être d’ordre physique, par des chutes de palmes impromptues ou même du stipe, sur les voiries.
- Dans le cas du littoral méditerranéen, il faut ajouter que ces impacts à la fois paysager et sanitaire, pourraient entrainer un impact économique additionnel, par la baisse de l’attractivité touristique.
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Impacts des deux ravageurs : cas de la Côte d'Azur
impact phytosanitaire
- De 2002 à 2009 la seule méthode de lutte préconisée en France est l’éradication des foyers.
- Parmi les mauvaises pratiques phytosanitaires qui ont émergé, on peut citer l’utilisation d’insecticides non homologués pour cet usage, d’applications de carburants et d’huiles de vidange au coeur des palmiers, couplés à des méthodes d’applications inadaptées, comme l’application d’insecticides avec des arrosoirs autour du palmier.
- Les traitements chimiques et l'élimination des palmiers infestés ont un impact négatif sur l'environnement et le paysage, ce qui explique que certaines communes pourtant très à risque comme Nice, aient fait le choix de ne traiter qu’avec des moyens de lutte biologique.
- De plus, les traitements chimiques utilisés (imidaclopride, thiaclopride) appartiennent à la famille des néonicotinoïdes, dont les effets néfastes sur l’environnement, notamment sur les abeilles, mais également sur la santé humaine sont reconnus et ont entrainé leur interdiction à l’arrivée de la loi du 8 août 2016 sur la reconquête de la biodiversité.
© g-trema
Quelles méthodes de lutte contre le charançon ?
- Dans la zone méditerranéenne, dans laquelle il semble quasiment impossible d'arriver à éradiquer le charançon tant son implantation est profonde et demanderait des coûts de lutte colossaux, l'objectif est donc de limiter la prolifération du ravageur et lutter contre sa propagation dans les communes voisines, tout en réduisant si possible la mortalité des palmiers.
- Afin de réussir cet objectif, l’Anses propose deux mesures de lutte en particulier dans cette zone :
> Stabiliser la population de charançon rouge du palmier, et limiter son aire d’extension géographique > Protéger en priorité les palmiers d’importance patrimoniale et proposer des espèces de palmiers résistants
- Actuellement, différentes méthodes de lutte sont utilisées : abattage, injection de benzoate d’émamectine, champignon enthomopathogènes Beauvaria bassiana, nématodes enthomopathogènes Steinernema carpocapsae, piégeage de masse à base de phéromone…
© INRAE - Villa Thuret
Références
- "Enjeux et impacts des principaux insectes ravageurs des palmiers en France : Rynchophorus ferrugineus et Paysandisia archon - Mémoire thématique proposé par Emmanuelle Juillet dans le cadre de son expérience de stage à l'INRAE d'Antibes - 2020
- Avis et rapport d’activité de l’ANSES (2018) sur les stratégies de lutte contre le charançon rouge du palmier, disponible sur : https://www.anses.fr/fr/system/files/SANTVEG2017SA0137Ra.pdf
- Avis et rapport de la DRAAF PACA (2017 et 2018) disponible sur : http://draaf.paca.agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/
3.3. Les ravageurs des palmiers
thuret-paca
Created on May 6, 2021
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Les insectes palmivores
Rynchophorus ferrugineus (charançon rouge) et Paysandisia archon (papillon palmivore)
INRAE - Jardin botanique de la Villa Thuret
Rynchophorus ferrugineus le charançon rouge du palmier
© INRAE - Villa Thuret
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Rynchophorus ferrugineus le charançon rouge du palmier
© Julien Spi
Rynchophorus ferrugineus le charançon rouge du palmier
© Küchenkraut
Paysandisia archon le papillon palmivore
© Daniel Villafruela
© Erik_Karits
Paysandisia archon le papillon palmivore
Introduction des ravageurs en Europe
Papillon palmivore
Carte de répartition des régions françaises touchées par Paysandisia archon, 2018 (Musée Nationale d’Histoire Naturelle, site internet, mis à jour en 2018)
Introduction des ravageurs en Europe
Charançon rouge
Impacts des deux ravageurs : cas de la Côte d'Azur
Impacts des deux ravageurs : cas de la Côte d'Azur
impact sur les services de régulation
© Bex Walton
Impacts des deux ravageurs : cas de la Côte d'Azur
impact sur la société
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Impacts des deux ravageurs : cas de la Côte d'Azur
impact phytosanitaire
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Quelles méthodes de lutte contre le charançon ?
- Afin de réussir cet objectif, l’Anses propose deux mesures de lutte en particulier dans cette zone :
> Stabiliser la population de charançon rouge du palmier, et limiter son aire d’extension géographique > Protéger en priorité les palmiers d’importance patrimoniale et proposer des espèces de palmiers résistants© INRAE - Villa Thuret
Références