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Rhinocéros de Ionesco : étude d'un extrait de la pièce de théâtre.
sbprof
Created on April 29, 2021
Etude du début de la pièce de Ionesco: analyse de la transposition sur scène de la nouvelle et découverte de la mise en scène (E. Demarcy-Motta)
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Transcript
Séance 7 : Analyser un extrait de l'adaptation de la nouvelle Rhinocéros au théâtre.
A - Comparaison de la nouvelle et de la pièce. 1) A quelle(s) partie(s) de la nouvelle correspond l'extrait que vous avez visionné ? L'extrait correspond au début de la nouvelle jusqu'au début du discours du logicien ( p 14). 2) Quel nom porte le narrateur dans la pièce ? Le narrateur porte le nom de Bérenger dans la pièce (avec un « e »).
3) Comparez les deux personnages principaux, ainsi que leur relation, dans la pièce par rapport à ce que vous en avez découvert dans la nouvelle : quelle(s) remarque(s) pourriez-vous faire? Dans la nouvelle, les relations entre Jean et le narrateur (Bérenger dans la pièce) sont déjà assez conflictuelles, malgré leur amitié certaine. Dans la pièce, les traits de caractères, qui les rend très différents, sont exacerbés (= accentués) : par conséquent, l'écart entre eux semble plus profond. Jean est plus moralisateur, plus agressif , il adresse des reproches appuyés envers Bérenger, sa tenue et son mode de vie. Par ailleurs, le côté laxiste (= très « cool ») de Bérenger est plus présent sur scène (aspect « débraillé », côté « ivrogne », plaisanteries douteuses, langage moins soutenu). C'est donc le même type de relation que dans la nouvelle, mais leur opposition est plus appuyée, les plaçant dans un conflit très net dès le début.
4) Quel personnage, plutôt secondaire et absent au début de la nouvelle, prend au théâtre une place prépondérante ? Pourquoi ce choix de l'auteur selon vous ?
Dans la pièce de théâtre, le personnage du logicien est présent dès l'ouverture, ce qui n'est pas le cas dans la nouvelle, où il n'intervient qu'ensuite, au moment du débat sur le nombre de cornes. Sa place est nettement prépondérante sur scène, grâce à ses multiples interventions. D'abord, par ses commentaires (« la peur est irraisonnée, seule la raison fait loi » - 5 mn 34), il apparaît très tôt et prend la parole très vite (contrairement à la nouvelle). Mais surtout, il devient très important par son dialogue continu avec le jeune homme sur la raison et la logique (définition du syllogisme à partir de 13 mn 10 jusque 18 mn). En effet, toute sa démonstration qui se veut rigoureuse et logique devient complètement farfelue, absurde et … illogique ! (Hypothèses sur le nombre de pattes des chats). Comme si la raison, placée au-dessus de tout, mais poussée à l'extrême, ne pouvait plus fonctionner. Le logicien incarne donc une sorte de faillite de la rigueur logique pour expliquer le monde. De plus, comme le dialogue du logicien et du jeune homme est en parallèle (et parfois en écho – CF phrases répétées) de celui de Bérenger et Jean, qui, lui-même fait « la leçon » à son ami en prônant la rigueur, l'esprit et la culture, le spectateur a l'impression que le raisonnement du logicien est en quelque sorte la preuve inverse des propos tenus par Jean. NB : Le personnage de Daisy qui arrive bien plus tard dans la nouvelle est aussi présent plus tôt dans la pièce. Mais son rôle dans notre extrait est ici mineur.
B - Des choix de mise en scène. 1) Qualifiez l'atmosphère qui domine dans cet extrait de la pièce. Justifiez votre réponse. L'atmosphère est très lourde : lugubre, tendue et inquiétante. - Dès le début : musique, fond noir, obscurité, personnages qui regardent autour d'eux. - Agressivité ambiante : dispute entre les deux personnages principaux ; mais aussi les commentaires désagréables des personnages secondaires (le couple sur la dame qui n'achète pas chez eux par exemple). - L'apparition du rhinocéros, comme une menace. - La peur qui domine (expressions du visage, gestes et paroles).
2) Par quels moyens (sonores et visuels) le metteur en scène suggère-t-il le rhinocéros ? Quel effet a ce choix sur le spectateur ? Le rhinocéros n'est pas montré sur scène, mais il est fortement suggéré par deux fois dans l'extrait : a) Moyens sonores : - Bande-son : les verres tremblent, un bruit de course de sabots (qui vont crescendo) ; des barrissements (cri du rhinocéros, qui rendent parfois inaudibles les paroles pour les spectateurs) ; une musique lugubre et assourdie. - Les personnages : les cris de certains personnages ; la répétition sur des tonalités différentes (peur, surprise) du « un rhinocéros » et du « ça, alors ! » ; les interjections « Eh ! Ah ! Oh ! ».
b) Moyens visuels : - jeux lumière / obscurité + lumière comme un éclair ; - déplacements rapides et désordonnés, dans tous les sens, des personnages, au rythme des barrissements ; - les tables renversées, les chaises jetées ou bousculées (plus de comportement « normal » de la part des humains) ; les passants qui tombent ou se jettent au sol. L'effet sur le spectateur est une forte impression d'étrangeté et de menace pesante: les événements sont mis en scène de manière inquiétante par les moyens techniques et les réactions et émotions des personnages présentées (qui font presque penser à une « hystérie collective ») .
3) Comme il se doit au théâtre, les personnages dialoguent entre eux. Mais communiquent-ils vraiment ? Justifiez votre réponse. Par définition, la parole est centrale au théâtre (tout passe par les répliques ou monologues des personnages). Ici, c'est aussi le cas. Toutefois, on peut constater que la communication n'est pas réelle, ou en tout cas, qu'elle est inefficace: - les personnages parlent, mais pas nécessairement en échangeant ou en s'écoutant les uns et les autres : ex : les commentaires individuels et à voix haute (après l'irruption du rhinocéros, le chat écrasé) et sans destinataire particulier; pas de regards entre ceux qui dialoguent.
- lorsque dialogue il y a, il n'est pas commun à tous : les personnages semblent avoir des conversations parallèles et concurrentes, qui s'entrecroisent mais qui ne se rencontrent pas vraiment .Par exemple, cela est flagrant dans les moments où, sur scène (voir à partir de la 13ème mn) , le jeune homme et le logicien mènent une conversation, tandis que dans le même temps et en alternance, Jean et Bérenger dialoguent sur un autre sujet.
- le contenu et le sens mêmes des paroles sont défaillants :
- des cris plutôt que des paroles, et des paroles que le spectateur a du mal à entendre à cause de la bande-son ( = cacophonie);
- des discours qui ont peu de sens (ex : paroles vides et répétitives ;
- le vif échange sur le nombre de cornes ;
- les démonstrations du logicien : à propos du chat / chien / Socrate + sur le nombre de pattes des chats dans le raisonnement + à la fin de l'extrait sur les cornes ).
Communication difficile, voire impossible entre les individus = Faillite du langage
C – Bilan. L'extrait vous semble-t-il : comique ? tragique ? Ou les deux ? Justifiez votre réponse en vous appuyant sur des exemples précis.
Selon moi, il est évident que l'extrait de Rhinocéros que l'on a visionné mêle les deux registres théâtraux du comique et du tragique. Nous allons démontrer que les deux sont bien présents dans notre scène, en développant dans une première partie les éléments qui relèvent du comique; puis, dans un second temps, ceux qui relèvent du tragique.
En effet, on peut constater que la dimension comique se présente de différentes manières dans la scène étudiée. D'abord, par le comique de langage : par exemple le raisonnement sur les chats, qui devient totalement absurde au fur et à mesure que le logicien et le jeune homme échangent. Ce comique de langage se double d'un comique de répétition : « un rhinocéros », « ça alors », répétés par tous les personnages, chacun à leur tour, sur tous les tons. Ensuite, le comique de gestes est aussi très présent : les mouvements précipités des personnages, le désordre créé sur scène , les chutes, etc . Toute la gestuelle, qui traduit la panique et à la surprise, est volontairement accentuée. Par ailleurs, l'épisode du chat écrasé par le rhinocéros est propice à un comique de situation. Le spectateur voit le logicien soulever le cadavre du pauvre chat sanguinolent et aplati. On peut aussi ajouter que l'irruption d'un événement insolite sur scène (le rhinocéros) peut prêter à sourire. Enfin, à travers le personnage de Bérenger, il y a ce que l'on appelle le comique de caractère: il est un personnage totalement décalé, une sorte de pauvre ivrogne, qui se montre imperturbable face aux événements : « C'était un rhinocéros, ça en fait de la poussière » (vélo qui tombe) / « Ben rien, ça fait de la poussière ». D'après moi, tous ces éléments permettent indiscutablement de qualifier l'extrait de comique.
Cependant, on ne peut nier que l'extrait laisse aussi transparaître une dimension tragique. Ainsi, certains éléments de la mise en scène ont été choisis pour souligner le caractère inquiétant de l'action qui se déroule devant nos yeux : les moyens techniques et visuels contribuent à créer une atmosphère lugubre, menaçante, perçue d'emblée par le public. Par exemple, au début de l'extrait, lorsque le rhinocéros apparaît, le décor en fond de scène est entièrement noir, et la lumière est utilisée pour suggérer des éclairs. La bande-son est aussi essentielle dans cette atmosphère : on entend le fracas assourdissant des sabots, qui semblent frapper le sol durement et rapidement, ainsi que les barrissements de l'animal, qui se mêlent ensuite aux cris et aux exclamations affolées des personnages. Ensuite, le public peut sentir cette menace dans le jeu des acteurs : les réactions et des émotions des protagonistes pour traduire la panique pourraient être qualifiées de « surjouées ». Cette exagération est très visible dans la gestuelle : les personnages courent en tout sens, se jettent au sol, ou lancent des chaises par exemple. Enfin, c'est surtout l'impossibilité de communication réelle et efficace entre les personnages qui contribuent à créer chez le spectateur une forme d' interrogation un peu inquiète des événements qui pourraient survenir. On le voit clairement par exemple lorsque les dialogues entre Bérenger et Jean d'un côté, et le logicien et le jeune homme de l'autre, ont lieu en même temps, et se répondent parfois, mais sont restreints à chaque duo, et pas commun à tous. En outre, l'absurdité de certains discours, comme celui du logicien sur le syllogisme, ou la dispute sur le nombre de cornes, sont bien la preuve d'un langage qui ne fonctionne plus entre les êtres humains.
Pour conclure, l'événement inattendu (l'irruption du rhinocéros) est ici représenté avec les ressorts du comique, un comique qui est presque celui de la farce (= comique plus « grossier »). Cependant, les choix de mise en scène et l'absence de réelle communication met aussi clairement en valeur le tragique que contient le texte théâtral. Ainsi peut-on dire que notre extrait relèvent à la fois des registres comique et tragique mélangés, propres à l'écriture de Rhinocéros d'Eugène Ionesco .