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Le chevalier Silence

karine guillaume

Created on April 14, 2021

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Transcript

Le Chevalier Silence : Une réécriture du roman de Silence ou un patchwork littéraire ? Merlin

Student: Karine Guillaume Advisor: Leticia Ding

14.05.2021

Le Chevalier Silence de Jacques Roubaud, conte écrit en 1997, repose sur de nombreuses réécritures de romans, principalement médiévaux, mais également modernes. Mon travail analysera, d’une part, le travail de réécriture de Roubaud du Roman de Silence d'Heldris de Cornouailles, datant du XIIIe siècle et d’autre part, l’intertextualité avec de nombreux autres textes comme des ramifications du Chevalier silence.

Qu’est-ce qu’une réécriture ? C’est un nouveau texte écrit avec des remplois de textes antérieurs. Dans ce cas, on parle d’intertextualité entre deux textes, l'hypotexte et l'hypertexte, comme l'explique Gérard Genette:

"j’entends [Gérard Genette] par là toute relation unissant un texte B (que j’appellerai hypertexte) à un texte antérieur A (que j’appellerai, bien sûr, hypotexte) sur lequel il se greffe d’une manière qui n’est pas celle du documentaire."

Gérard Genette, Palimpsestes, la littérature au second degré, Paris: Seuil, 1982, pp. 11-12.

Introduction

Je parlerai dans la première partie de deux hypotextes principaux du Chevalier Silence: Le Roman de Silence d'Heldris de Cornouailles et L'Escoufle de Jean Renart. Bien d’autres hypotextes sont représentés dans ce texte. Je les évoquerai dans ma troisième partie. Un hypertexte ne présente jamais tous les mêmes sujets ou motifs que son hypotexte. J'en évoquerai certains représentatifs, choix non exhaustif, qui représentent ce que j’ai estimé le plus proche de mes connaissances et de mes propres lectures.

Problématique

La lecture du Chevalier Silence de Jacques Roubaud incite à la découverte d’autres ouvrages. Celui avec lequel ce conte est le plus lié s’avère être le Roman de Silence, roman en vers écrit par Heldris de Cornouaille dans la deuxième partie du XIIIe siècle, mais ces deux œuvres sont-elles aussi proches ? Toutefois, le conte de Roubaud, par ses nombreuses intertextualités, tisse également des liens, d’une part, avec différents écrits médiévaux en général et arthuriens en particulier, d’autre part, avec des classiques issus des XVIIe jusqu’au XXe siècle. De ce fait, Jacques Roubaud a-t-il réécrit le Roman de Silence ou s’est-il inspiré de divers textes, construisant, ainsi, un patchwork littéraire ?

Introduction Partie 1 Le Chevalier Silence : est-ce une réécriture du Roman de Silence et de l’Escoufle de Jean Renart ? ? L’Histoire de Grisandole : hypotexte du Roman de Silence ? Partie 2 Motif de «la prophétie inévitable» Partie 3 Autres thèmes et motifs Conclusion Synthèse des différentes parties Réponse à la question : transfictionalité du roman de Silence ou intertextualité de textes ? Ouvertures sur deux romans plus récents

Plan

Partie 1

Les points convergents entre les deux romans, le Chevalier Silence et le Roman de Silence, se situent principalement dans le début du conte de Jacques Roubaud, comme il est possible de les voir sur ce schéma:

Le Chevalier Silence Même patronyme : Silence.Elle doit se travestir pour transgresser un présage. L’héroïne Silence doit se travestir : « L’enfant serait présenté au roi étant un garçon » p. 25. Adoubement , devient chevalier

Le Roman de Silence Même patronyme : Silence Elle doit se travestir pour recevoir un héritage (seuls les garçons héritent): « Par l’oquoison des .II. jumieles Perdirent femes et puchieles Lor droit de tiere calengier.» v. 1457-59 L’héroïne Silence doit est élevée en garçon: « Concel nos convenra aquierre Que nos oirs ne perge sa terre. » v. 2036-2037. Adoubement , devient chevalier

"Elles deviennent toutes deux d’excellentes chevalières, mais au centre des deux romans, l’aventure se différencie d’un roman à l’autre, Baptiste Franceschini le souligne: " Le Chevalier Silence, parce qu’il se réclame expliciteme du récit de Heldris de Cornouailles mais n’en suit que très rarement le fil au profit d’autres sources, se présentait comme le lieu idéal d’un fantasme hypotextuel."

Baptiste Franceschini, L’oulipien translateur la bibliothèque médiévale de Jacques Roubaud, thèse de doctorat, (sous la direction de Danièle James-Raoul et Francis Ginras), Bordeaux : Université Bordeaux 3, Michel de Montaigne, Montréal : Université de Montréal, département des littératures de langue française, 2013, p. 68.

De ce fait, la deuxième partie du conte le Chevalier Silence révèle comme hypotexte : L’Escoufle de Jean Renart, voyons sur ce schéma les points convergeants:

L’Escoufle

Le Chevalier Silence

Deux enfants, Guillaume et Aélis, élevés ensemble qui deviennent amoureux, « Ils furent bien trois ans ensemble, sans le moindre désaccord entre eux. » p. 33. amour contrarier par la mort du père de Guillaume Un anneau celle cet amour, il est volé par un escoufle : « Un milan, oiseau prédateur, aperçoit du haut des airs où il plane l’aumônière que Guillaume avait déposée à quelque distance de lui sur les fleurs. L’oiseau prend le satin pour un morceau de chair rouge. » p. 74

L'éducation de silence et de Walllwein est organisé pa Heldris de Cornouailles: " [...] qui produisit d'excellents résultats", p. 32. Anneau : « A minuit les deux moitiés d’anneau s’étaient unis ». p. 96.

« Ils [les escoufles] prirent chacun dans le bec un des trois anneaux composant l’anneau et tirèrent, séparent les deux moitiés. » p.105.

Dans les deux romans, les amants partent à la recherche de l’anneau volé par l’escoufle. L’anneau devient un moteur qui relance à chaque fois le cours de la narration. Ainsi comme Leticia Ding le souligne :

"La ressemblance la plus importante se situe au nœud de l’action. La séparation des amants dans les deux textes est due au vol d’un anneau par un escoufle, lorsque les amants sont endormis. Dans le texte de Jean Renart, Guillaume part à la poursuite de l’oiseau qui lui a dérobé l’anneau. "

Leticia Ding, « Renart et les escoufles, l’intertextualité de l’univers animal médiéval dans Le Chevalier Silence de Jacques Roubaud », Reinardus. Yearbook of the International Reynard Society, No 28, 2016, p. 60.

Ces exemples pris dans les deux romans montrent qu’autant le Roman de Silence que L'Escoufle sont des hypotextes du Chevalier silence, le premier principalement pour le début du conte et le second pour la 2e partie. Ainsi, bien que je préconise, pour ces deux textes, la présence d'une intertextualité, je pense qu'il s'agit, ici, d'une manière plus précise d'une transfictionalité. En effet, la transfictionalité s'explique par :

« Il y a transfictionnalité lorsqu’un cadre fictionnel parvient à enchâsser non pas un seul, mais plusieurs textes qu’il surplombe, et dont à la limite il paraît s’affranchir. »

Richard Saint-Gelais, Fictions Transfuges, la transfictionnalité et ses enjeux, Paris : Seuil, 2011, p.7.

L’Histoire de Grisandole s’avère être un possible hypotexte de l’hypotexte au Roman de Silence. Pour celà, comparons les deux textes à travers ce schéma:

Roman de Silence

L’Histoire de Grisandole

Patronyme : Avenable Grisandole est un pseudonyme

Patronyme : Silence

Elle doit se travestir pour fuir le nouveau roi qui a usurpé le trône de son père: « […] fu fille a un prince qui ot a non Mathem et fu dus d’Alemaingne. Et cele pucele vint court a guise d’esquier. Et celui Mathem avoit Frolles desireté et chacié de sa terre ». . ». p. 1227.

Elle doit se travestir pour recevoir un héritage (seuls les garçons héritent) : « Concel nos convenra aquierre Que nos oirs ne perge sa terre. » v. 2036-2037. Silence épouse le roi Ébain

Le mariage entre Grisandole et Jules César donne une fin moraliste : « tout rentre dans l’ordre » : « Li hom sauvages dist : « Vous prenderès Auvenable. Et savés vous qui fille ele est ? Ele fu fille au duc Mathem de Soane qui li dus Froles a deserité de sa terre ». p. 1249.

Donne une fin moraliste : « tout rentre dans l’ordre » : « Li roi le prist a feme […] » v. 6677.

Du fait que l’Histoire de Grisandole est également un roman médiéval, mise à part les aventures, les liens entre les deux romans sont très proches, surtout le travestissement, thème rare, puisque interdit par le texte biblique. On peut ainsi évoquer que le Roman de Silence est lui-même une réécriture de Grisandole. Peut-être plus que celle du Chevalier Silence.

Partie 2

Dans ma deuxième partie, j'évoque ce que j'apelle le motif de: la prophétie inévitable. Ce motif se révèle très important dans le Chevalier Silence, représenté, ici, à travers le rêve du roi Glendwr qui s'avère à l’origine du travestissement de Silence, principal thème du roman.

Motif de la prophétie inévitable se retrouve dans:

- Le Chevalier Silence - La Suite de Merlin - L’Évangile selon Mathieu - Sophocle, Œdipe Roi Comparons les différentes parties de la prophétie entre les quatre textes:

Chevalier Silence

Suite du roman de Merlin " un dragon apporte-t-il la dévastation et la ruine dans tout le pays », […]il advenait ainsi que le roi tuait le serpent ailé, mais, demeurant lui-même très grièvement blessé, il lui fallait mourir des suites de son combat "( Suite de Merlin, p. 102-103). "or tu as commis, Arthur, un crime aussi considérable que celui de connaître charnellement ta propre sœur, engendrée par ton père et portée par ta mère, et tu as ainsi engendré un fils [Mordred]qui sera tel que Dieu sait bien qu’il doit être, car il provoquera nombre de grands maux sur la terre». (Suite de Merlin, p. 114). […] il n’est rien que tu aies vu en dormant qui ne se réalise : telle est la volonté du créateur du monde. Et même si tu as vu ta mort en songe tu ne dois pas t’effrayer." (Suite de Merlin, p. 113.)

Prophétie ou rêve " […] il [le rêve] te dit qu’une fille de parents nobles va naître dans ton royaume avant un an ; cette fille à l’âge de seize ans ne sera plus pucelle et te tuera auprès d’une fontaine quand tu tenteras de la violer […]". "- Et que puis-je faire ? Interprétation - À mon avis rien du tout. Ce qui a dû arriver arrivera, je veux dire est arrivé. Au revoir ."

Chevalier Silence

Suite du roman de Merlin

Entraves" Il [le roi] fit immédiatement proclamer que tous les enfants femelles des familles nobles des trois cantrefs du pays de Brycheiniog devraient lui être remis dès leur naissance et placés sous sa protection […]. " (.p.. 19) Prophétie qui se déroule malgré les entraves " Il combattit mollement, pressé d’en finir ; et bientôt il se trouva allongé dans l’herbe, vomissant le sang de son cœur par la blessure que l’épée de Silence lui avait faite ." p. 80.

il enferme aussi tous les enfants qui viennent de naître : "[…], il fit alors parcourir en tous sens la totalité du royaume de Logres afin que tous les nouveau-nés qui s’y trouvaient lui fussent apportés. […]. Roi Loth et la reine Anna, à la naissance de leur fils Mordred : « alors le roi (Loth) fit placer son fils dans un magnifique berceau. " (Suite de Merlin p.185-186). "Ha ! Mordrez, or me fes tu conoistre que tu es li serpenz que je vi jadis issir de mon cors, qui ma terre ardoit et a moi se prenoit. Mes peres ne fist onques tant de fil comme je feré de toi, car je t’occirrai a mes II mains, […]" .(Mort Artu p. 380)

Chevalier Silence

les écrits néotestamentaires L’évangile selon saint-mathieu

"[…] il [le rêve] te dit qu’une fille de parents nobles va naître dans ton royaume avant un an ; cette fille à l’âge de seize ans ne sera plus pucelle et te tuera auprès d’une fontaine quand tu tenteras de la violer. […] " - "Et que puis-je faire ? - À mon avis rien du tout. Ce qui a dû arriver arrivera, je veux dire est arrivé. Au revoir ". "[…] Il [le roi] fit immédiatement proclamer que tous les enfants femelles des familles nobles des trois cantrefs du pays de Brycheiniog devraient lui être remis dès leur naissance et placés sous sa protection […]. " P. 19

Hérode apprend une prophétie : la naissance d’un nouveau roi."Alors Hérode, ayant appelé les mages en secret, s’enquit exactement auprès d’eux du temps où l’étoile était apparue ; et les envoyant à Bethlehem, il leur dit : « Allez et prenez des informations exacts […]. Quand Hérode vit qu’il avait été joué par les mages, il fut fort en colère ; et il envoya tuer tous les enfants qui étaient dans Bethlehem et dans tout son territoire, […]." Jésus survivra et devient le roi des Chrétiens, une nouvelle religion qui gagne contre celle les païens. "L’Évangile selon saint Matthieu, 2:1.", in La Bible, version synodale, Lausanne, Édition de la Concorde, 1948.

Sophocles, Œdipe roi

Chevalier Silence

Le roi Laïos apprend que son fils le tuera et épousera sa propre mère. Il s’informe auprès de la Pythie il veut faire tué son enfant Œdipe, mais cela n’aboutira pas. Tirésias: " Il se révélera père et frère à la fois des fils qui l’entouraient, époux et fils ensemble de la femme dont il est né, rival incestueux aussi bien qu’assassin de son propre père! " » SOPHOCLES, Œuvres tome 2, Ajax, Œdipe roi, Électre, Paris : Les Belles Lettres, 2011, pp. 88-89.

" […] il [le rêve] te dit qu’une fille de parents nobles va naître dans ton royaume avant un an ; cette fille à l’âge de seize ans ne sera plus pucelle et te tuera auprès d’une fontaine quand tu tenteras de la violer. […] ". "- Et que puis-je faire ? - À mon avis rien du tout. Ce qui a dû arriver arrivera, je veux dire est arrivé. Au revoir. […] " "Il [le roi] fit immédiatement proclamer que tous les enfants femelles des familles nobles des trois cantrefs du pays de Brycheiniog devraient lui être remis dès leur naissance et placés sous sa protection […]. " P. 19

Pourquoi évoquer ce motif de la prophétie inévitable ? je trouvais important de souligner ce motif, car il apparaît dans des textes fondateurs et révèle souvent l’origine de notre culture.

Le mythe d’Œdipe est également présent dans le passage du Sphinge, ici l’hypotexte est principalement le Roman de Thèbes, comme dans le Chevalier Silence de Roubaud, Œdipe taille le sphinx en pièce :

Ainsi le but de cette confrontation n’est plus de découvrir l’énigme, mais la destruction de la bête.

Partie 3

Si comme je l’ai mentionné, ci-dessus, le Roman de Silence et l’Escoufle sont les principaux hypotextes du Chevalier Silence, toutefois, de nombreux autres textes ont inspiré Jacques Roubaud pour sa réécriture du Chevalier Silence. Je vais en évoquer certains en lien avec certains motifs ou thèmes du conte.

L’entrelacement repris du Lancelot-propre L’entrelacement permet de suivre différents protagonistes l’un après l’autre, mais de manière simultanée. Dans les romans arthuriens « li conte » prend en charge la narration et annonce la suite de l’histoire. En comparant un extrait du Lancelot du Lac et du Chevalier Silence.

Lancelot-propre , Lancelot du lac

Chevalier Silence

"Ce dit li contes que quant li rois Bans si fu partiz del chastel de Trebe, et li seneschaus, qui n’ot pas obliees les fiances de lui et de Claudas, issi fors de la vile et vint a Claudas, si li dis […]". Lancelot du lac, (édition d’Emmanuel Moses), Paris : LGF (collection Lettres Gothiques), 1991, p. 56.

" Ici le conte a un choix à faire. C’est toujours ainsi que cela se passe. Le carrefour dans la forêt ; deux, trois voies, ou plus ; autant de chevaliers. L’un va par ici, l’autre par là. " p. 74.

Ainsi, comme le souligne Suzy Chevallier: "Les faits sont toujours récapitulés, comme dans les formules d’entrelacements qui organisent la matière narrative du Lancelot. "

Suzy Chevallier, « Le Chevalier Silence une aventure des temps aventureux de Jacques Roubaud, une création oulipo-médiévale », in Nathalie Koble et Mireille Séguy et alii, Passé présent, le Moyen Âge dans les fictions contemporaines, Paris : Éditions rue d’Ulm, 2013, p. 144.

L'histoire d'amour de Mogannww et Gortensja rappelle celle de Tristan et d'Iseut J’ai pris comme hypotexte la version de Tristan et Iseut de Joseph Bédier qui se trouve être aussi une réécriture. Toutefois, ce passage de la rencontre amoureuses en Morgannww et Gortensja évoque également la même scène dans le Roman de Silence, à travers du même lapsus des deux amoureuses, ainsi:

le Roman de Silence

le Chevalier Silence

  • "Li jors apert et Eufemie
  • Saut sus que ne s'atarja mie.
  • Vient en la cambre a son ami.
  • Dist li: "Amis, parlés, haymmi!"
  • Dire li dut: "Parlés a moi,"
  • Mais d'Amors li fist tel anoi
  • Que dire dut: "Parlés a mi,"
  • Se li a dit:"Parlés, haymmi!"
  • "Parlés a mi" dire li dut,
  • Mais "haymmi!" sor le cuer li jut.
  • Si tost com ele ot dit "amis,
  • En la clauze "haymmi!" a mis.
  • Por la dolor qui en igis
  • "Ami" dut dire, et "Haymmi!" dist,
  • Por la dolor qui en li gist.
  • Grant esperance li a fait
  • Que li a dit "Haymmi!" a trait,
  • Car el l'ot ains "ami" nomé.
  • Or cuide avoir tolt asomé.
  • Cist doi mot "haymmi!" et "amis"
  • Li ont moult grant confort tramis.
  • Cis mos "amis" mostre l'amor,
  • Cis mos "haymmi" fait le clamor.
  • Or a Cadors joie a voloir,
  • Qu'Amors le painne et fait doloir.
  • Cis mos "amis" fait esperer
  • Cador qu'or pora averer
  • Cho qu'il plus convoite et dersirre.
  • "Aimmi!" demostre le martyre,/
  • Le paine d'amor qu'a sofierte;"
Le Roman de Silence, op., cit..

Un jour, la belle Gortensja entrant dans la chambre de son malade (presque entièrement guéri) le trouva silencieux et troublé. Elle voulut lui dire: "Bonjour ami, quel est cet émoi?"; mais AMOUR, qui avait décidé de prendre les choses en main, lui fit dire à la place: "Beau doux ami, caressez-moi!" Entendant ce qu'elle avait dit, elle rougit jusqu'aux oreilles et au-delà, et voulut se reprendre, mais AMOUR, qui ne l'entendait pas de cette oreille, la fit soupirer et répéter encore : "Beau doux ami, caressez-moi!" Ce qu'ouissant Morgannww connut qu'elle l'aimait aussi. Il agit aussitôt avec dextérité en accord avec cette révélation qui lui sauvait une seconde fois la vie. p. 15.

Puis, comparons, les rencontres entre d'une part, Tristan et Iseut et d'autre part, Morgannww et Gortensja :

Tristan et Iseut de Joseph Bédier

Le chevalier Silence

"Le combat fut terrible, et Morganww ne vint à bout de son adversaire que grâce à une botte secrète que je lui avais apprise, en ayant lu la description dans un vieux grimoire écrit en araméen. Il triompha, Mais il avait reçu de la dent même du dragon une effroyable blessure. Et la dent du dragon recelait une capsule, laquelle contenait un poison redoutable qui s’insinua dans les veines de mon pauvre ami.", p. 14. " Ramené au château du roi, mon pauvre ami, brûlant de fièvre, délirait. Gortensja, fille du roi de Poldévie Gormasjoï, fut sa douce infirmière. Elle le veilla nuit et jour, essuyant de linges parfumés son front moite de la sueur du délire et frottant sa blessure d’un onguent aux cinq champignons moisis, […]." P. 15. " […], la reconnaissance qu’elle devait au sauveur de son pays se changèrent en un sentiment autre, étrange autant que surprenant, provoquant en elle des bouleversements tant physiques que psychiques, un sentiment qu’elle n’avait jamais encore éprouvé ". p. 15

"Tristan enfonce sa bonne épée dans la gueule du monstre : elle y pénètre toute et lui fend le cœur en deux parts. Le dragon pousse une dernière fois son cri et meurt. ( p. 40) [..], le venin distillé par la langue du dragon s’échauffa contre son corps, […], le héros tomba inanimé. ", p. 41. "[…], Iseut la Blonde lui prépara un bain et doucement oignit son corps d’un baume que sa mère avait composé." "Elle arrêta ses regards sur le visage du blessé ." p. 43

Bien que ces deux passages se montrent analogues, néanmoins, Roubaud prend des libertés avec l'hypotexte, il renverse les valeurs et fait de la rencontre amoureuse de Morgannww et Gortensja un passage comprenant des notes humoristiques, comme nous lisons dans cet exemple: le vieux grimoire écrit en araméen. En effet, Suzy Chevallier souligne: "Mais la transmission qu’il en fait, comme toujours dans ses romans, est ludique : le Chevalier Silence, avant de se lire comme mémoire du médiéval et plus largement de la littérature, se lit d’abord comme un amusement, un divertissement. Ainsi, pour Roubaud, la transmission de la mémoire littéraire, la transmission du dire et de l’écrire se fait, par excellence, à travers le prisme de l’humour […]."

Suzy Chevallier, Le Chevalier Silence une aventure des temps aventureux de Jacques Roubaud, art, cit., p. 152.

Ainsi, même une scène tristaniene peut évoquer l’humour. Mais l'éventail de réécritures de Roubaud se révèle large, de la littérature médiévale jusqu'à la littérature moderne, en passant par Jean De LaFontaine, comme ce passage dont les vers ne sont pas inconnus du lecteur, dans ce cas l'humour est bien présent:

Jean de Lafontaine, Les Fables

Chevalier Silence

" C’était l’instant, c’était l’occasion. Escoufle 2 ne se tint plus de joie. Il vola au bas du chêne, ouvrit le bec, saisit le sac et prépara à s’enfuir avec lui. […] Il avait laissé tomber l’anneau. […] Escoufle 2 comprit qu’il avait été dupé […]. " p. 107-8.

"[…] À ces mots, le corbeau ne se sent pas de joie ; Et pour montrer sa belle voix, Il ouvre un grand bec, laisse tomber sa proie. […]. Le corbeau, honteux et confus, Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus. " LA FONTAINE, Jean, Fables, Paris : LGF, 1970 (1964), p. 60.

"Aussi lire Roubaud est-ce faire l’expérience du sentiment de déjà-lu : des formules retiennent l’attention, que l’on reconnaît sans pouvoir toujours précisément les situer, faisant ainsi entrer la mémoire en résonnance, chambre d’échos ou le poème s’épanouit, […]"

Christophe Pradeau, " Le sentiment de déjà-lu dans l’œuvre de Jacques Roubaud " in Poétiques & Poésies contemporaines, dir. Daniel Guillaume, Cognac, Le temps qu’il fait, 2003, p. 208.

L'éducation de Silence et Walllwein est particulièrement soignée par Heldris de Cornouailles. L' éducation parfaite est également présente dans le roman idylique de Floire et de Blanchefleur, comparons les vers des deux contes ci-dessous:

Chevalier Silence

Floire et Blanchefleur

"Quand les petits eurent trois ans, les parents me les confièrent pour la formation de leur esprit. […] je mis au point un programme, qui produisit d’excellents résultats. […] S’éveillaient donc Silence et Walllwein environ cinq heures du matin. […] je [Heldris] leur lisais quelque page de poésie […]. Eux récitant alors les poèmes appris la veille, réfléchissant sur les points difficiles […] – après trois heures d’étude et de composition ils s’en allaient jouer en pré, […] exerçant leurs corps en dextérité comme ils s’étaient l’esprit auparavant délié ". p. 33.

"Mot furent bel et gent et grant. […],Es les vos andeus a l’escole. […] Li doi enfant molt s’entramoient Et de biauté s’entresambloient. […] En aprendre avoient boin sens, Du retenir millor porpens. […] En çou forment se delitoient, Es engiens d’amor qu’il trovoient " Robert d’Orbigny, Le conte de Floire et Blanchefleur, (édition de J.-L. Leclanche) Paris : Champion, 2003, v. 195-230.

Dans le roman idyllique de Floire et Blanchefleur comme notamment dans l’Escoufle de Jean Renart, le bien éduquer, le bien élever vont de pair avec la beauté des enfants. Roubaud met en avant autant la formation de leur esprit que leur éducation physique, Roubaud joue avec tous ces registres.

Le fil narratif du personnage de Morgane se révèle très improtant dans le conte. D'abord, métamorphosée en guivre, puis, son baiser à Walllwein évoque le fier baiser repris du Bel inconnu de Renaud de Beaujeu, ensuite, elle rapelle Le roman de Mélusine de Coudrette et enfin, l'emprisonnement inspirer du Val des amants infidèles. Ainsi, Roubaud convoque plusieurs hypotextes en mentionnant le personnage de Morgane, comme il est possible de le voir dans ces exemples:

Renaud de Beaujeu, Le Bel inconnu

Chevalier Silence

"Et maintenant, beau chevalier, c’est l’heure d’un bon poutou qui pue. » […]. Mais les règles de l’Aventure sont formelles. On ne refuse pas le baiser de la Guivre, le Fier Baiser, sous peine d’être un chevalier récréant, […]. " p. 62.

"[…] la guivre autre fois le rencline, Vers lui doucement s’umelie ; Il se retint, ne le fiert mie, Il l’esgarde, pas ne s’oublie, Ne de rien nule ne fercele ; Et si a il molt grant mervele De la bouce qu’a si vermelle. Tant s’enten en li regarder Que d’autre part ne pot garder."

RENAUD DE BEAUJEU, Le Bel Inconnu, (publié, présenté et annoté par Michèle Perret, trad. par Michèle Perret et Isabelle Weil), Paris : Champion, 2003, p. 190.

Dans ce passage, Roubaud change de registre pour celui du livre de jeunesse avec son langage qui lui est propre, notamment dans cette expression: le "poutou qui pue ".

Le chevalier récréant est un chevalier qui délaisse ses armes pour l’amour de sa dame. Dans cet extrait relatant un passage du baiser de la guivre à Walllwein, Roubaud reprend un passage du Bel inconnu de Renaud de Beaujeu, Walllwein qui s’avèrera, comme le héros de ce texte, le fils de Gauvain:

"Comme Guiglain, Walllwein est l' exact portrait de son père [...]."

HÉRICHÉ PRADEAU, Sandrine et PRADEAU, Christophe, « Le Chevalier du bord du monde Silence, d’Heldris de Cornouailles à Jacques Roubaud », in Jacques Roubaud médiéviste, pp. 97-113.

Ensuite, Morgane évoque également la fée Mélusine, comparons les deux textes:

Coudrette, Le Roman de Mélusine

Le chevalier Silence

"Vous devez décider quand je serai Guivre et quand je serai Ilsetraut. Voulez-vous : a) que je sois Guivre le jour, apparaissant devant tous comme votre épouse, et Ilsetraut la nuit dans notre lit rien que pour vous, et ignorée de tous : ou bien b) le contraire […]." p. 64

"Mélusine, la plus jeune, qui était sage et avisée, reçut cette destinée, de par l’ordre de féérie : tant que ce monde existerait, elle serait serpente le samedi ; et celui qui voudrait l’épouser ne devrait jamais l’approcher ce jour-là […]. " COUDRETTE, Le Roman de Mélusine, (édition de Laurence Harf-Lancner), Paris : Flammarion (collection Garnier), 2002, p. 118.

La guivre est comme Mélusine une fée femme-serpent, qui peut se métamorphoser soit la semaine ou le samedi ou alors soit le jour ou la nuit.

Il existe deux schémas féériques: le schéma morganien et mélusinien. Dans le premier : le héros est guidé par la fée et séjourne dans un autre monde. Dans le second :la fée vit dans notre monde; il y a une rencontre avec un héros et pacte avec la fée. Le bonheur du couple se trouve être dans le monde des hommes (et non de l’autre monde), puis il y a transgression de l’interdit, la fée disparaît. Dans le cas du conte, Roubaud mêle les deux schémas morganiens et mélusiniens. Ainsi, dans le Chevalier Silence, Moragane est désignée, comme le souligne Leticia Ding:

" […] en faisant de cette fée un être de luxure, Roubaud reprend l’image de Morgane qui se construit dans le Lancelot en prose. Dans ce roman, elle devient une sorcière maléfique et luxurieuse, ennemie de l’amour courtois ; elle apparaît comme tentatrice. " Leticia Ding, « La réécriture entrelacée, Le Merveilleux dans le Chevalier Silence de Jacques Roubaud », Cahiers de recherches médiévales et humanistes, No 23, 2012, p. 330.

Si Lancelot sauve les amants prisonniers de Morge (Morgane), ici c’est Silence, jeune fille devenu chevalier qui sauve Walllwein, comparons l'emprisonnement dans le Val des amants infièles et le Chevalier Silence:

Le Val des amants infidèles

Le Chevalier Silence

"Mais Houyymnie et Walllwein s’étant rendu compte de rien, s’endormirent. Et des chevaliers de la suite de Morgane, les saisissant, les entraînaient déjà vers un profond et noir tunnel, lequel s’enfonçait dans les entrailles de la terre […]." p. 116.

" Chieus vaus, ce dist li contes tout avant, estoit apiéls li Vaus sans Retour et li Vaus as Faus Amans. Li Vaus sans Retor avoit li non pour chou ke nus cevaliers n’en retournoit, et si avoit non li Vaus as Faus Amans pour chou ke tout li chevalier i remanoient ki avoient faussé viers leur amies de quel mesfait ke che fust […]. Il fu voirs ke Morge la serour le roi Artu sot d’encantemens et de carnins sour toutes femmes et pour la grant entente ke elle i mist en laissa elle et guerpi tout le couvine des gens et conviersoit et jour et nuit es grans forés parfondes et lontainnes […]. " Le Val des amants infidèles, (texte établi par Yvan G. Lepage, trad. et présenté par Marie-Louise Ollier), Paris : LGF (collection Lettres Gothiques), 2002, p. 254.

On retrouve dans les deux cas le héros emmené dans l’autre monde, le monde des fées. Dans ce passage, Jacques Roubaud joue toujours et encore avec les codes du féminin et du masculin.

Conclusion

Ainsi, avec ces divers exemples, on peut remarquer un net patchwork littéraire, comme Suzy Chevallier le souligne :

" Ce qui frappe dans Le Chevalier Silence, c’est tout d’abord le jeu incessant avec la tradition littéraire ; le roman se donne à lire comme un puzzle, constitué de références visibles ou dissimulées. Le procédé est inspiré des romans médiévaux : le récit de Roubaud reprend, étire, agence différemment la matière littéraire, soit de manière explicite et visible, soit de manière implicite et donc beaucoup plus difficile à déceler ." Suzy Chevallier, Le chevalier Silence une aventure des temps aventureux de Jacques Roubaud, art., cit, p. 143.

À la question de notre problématique, nous pouvons répondre qu’entre le Chevalier Silence et le Roman de Silence, bien que les deux débuts soient semblables, toutefois, la deuxième partie du conte se révèle plutôt proche de l’Escoufle de Jean Renart. De ce fait, Jacques Roubaud n’a pas réécrit le Roman de Silence, mais dans ce cas, comme nous l’avons analysé, il s’ agit plutôt de transfictionnalité. Néanmoins, Roubaud s’est inspiré de nombreux hypotextes, réunissant, ainsi un réel patchwork littéraire, comme l'indique Leticia Ding:

"Ainsi, les pratiques d’écriture, voire de réécriture de Roubaud mettent en lumière les procédés décrits par les théoriciens de la littérature mais elles rappellent aussi les procédés de l’écriture médiévale." Leticia Ding, Renart et les escoufles, art., cit., p. 63.

Toutefois, Jacques Roubaud ne s’est pas seulement inspiré des romans médiévaux, mais, il élargit son champ de réécriture à travers des textes du XIXe et du XXe siècle, comme je le présente dans deux romans, le premier un roman victorien les Hauts de Hurle-vent :

Jacues Roubaud est un grand lecteur de romans anglais du XIXe siècle, c'est pourquoi, j‘émets l’hypothèse d’un hypotexte victorien: Les Hauts de Hurle-vent d’Emily Brontë. Il est possible de remarquer certains traits semblables entre ce roman et le conte,, comme le rôle du narrateur/narratrice. En effet, la narratrice est particulièrement présente dans les Hauts de Hurle-vent :

"Quoi qu’il en soit, si je dois poursuivre mon histoire à la façon d’une vraie commère, je ferai mieux de continuer ; et, au lieu de sauter trois ans, je me contenterai de passer à l’été suivant…. L’été de 1778, voici près de vingt-trois ans. " "C’est par une belle journée de juin que naquit le premier joli poupon que j’eus à élever…. Le dernier de l’antique famille Earnshaw. " BRONTË, Emily, Les Hauts de Hurle-Vent, (trad. Frédéric Delebecque, commentaires de Raymond Las Vergnas), Paris : LGF, 1984, pp. 101-102.

Comme Wallwein, Heathcliff, enfant trouvé par M. Earnshaw, devient frère adoptif de Catherine. L'éducation et l'amour exclusif et fusionnel entre Catherine et Heathcliff évoquent les romans idyliques.

Je propose un autre exemple, plus récent et transposé dans une autre culture, mais le résultat s'avère analogue: en 1985, l’écrivain marocain de langue française Tahar Ben Jelloun publie un ouvrage, L'Enfant de sable, évoquant l’histoire d’une petite fille élevée en garçon par ses parents, afin qu’elle puisse, comme Silence, dans le roman éponyme avoir droit à l’héritage de la famille:

"Vous n’êtes pas sans savoir, Ô mes amis et complices, que notre religion est impitoyable pour l’ homme sans héritier ; elle le dépossède ou presque en faveur de ses frères. Quant aux filles, elles reçoivent seulement le tiers de l’héritage. " " L'enfant que tu mettras au monde sera un mâle, ce sera un homme, il s'appellera Ahmed même si c'est une fille ! "

Ben JELLOUN, Tahar, L’Enfant de sable, Paris : Seuil (collection Points), 2003 (1985), pp. 18 et 22.

Dans ce roman, la présence du père est particulièrement importante, c’est le père qui décide, mais son choix est d’accepter d’élever sa fille en garçon et de briser un tabou religieux comme dans le Roman de Silence.

Pour conculure, Annie Combes synthétise notre travail en ces termes: " L’Écriture médiévale est donc affaire de mémoire, et ses œuvres sont comme des palimpsestes qui conserveraient en partie les traces d’écrits préexistants. "

Annie Combes, Les voies de l’aventure, réécriture et composition romanesque dans le Lancelot en prose, Paris : Honoré Champion, 2001, p. 12.

Cette citation exprime l’importance de la mémoire dans l'écriture de Jacques Roubaud, mémoire qui conserve les traces des écrits.

Les illustrations choisies dans le cadre de ce travail proviennent des deux ouvrages:Collectif, Edward Burne-Jones, The Earthly Paradise, Staatsgalerie Stuttgart, Kunbstmeseum Bern, Ostfildern, Hatje Cantz, 2010. PETIOT, Aurélie, Le Préraphaélisme, Paris: Cidadelles et Mazenod, 2019.

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