L’animal : miroir ou victime de l’homme ?
1. Séance 1 : Ani - mots
2 : . Séance 2 : L'animal dans l'histoire de sarts.
5. . Séance 3 : L'homme et l'animal : : un mâle des maux ?
ACTIVITE / L'anthologie
Séance 1 : Ani - motsCORPUS
1. MONTAIGNE Essais
2. LA BRUYERE Des Caractères XII
MONTAIGNE Essais II, 12, «Apologie de Raymond Sebond»
MONTAIGNE «Apologie de Raymond Sebond»
Car pourquoi ne dira un oison ainsi, « Toutes les pièces de l’univers me regardent ; la terre me sert à marcher, le soleil à m’éclairer, les étoiles à m’inspirer leurs influences ; j’ai telles commodité des vents, telle des eaux ; il n’est rien que cette voûte regarde si favorablement que moi ; je suis le mignon de nature ; est-ce pas l’homme qui me traite, qui me loge, qui me sert ? C’est pour moi qu’il fait et semer et moudre ; s’il me mange, aussi fait-il bien l’homme son compagnon, et si fais-je moi les vers qui le tuent et qui le mangent. Autant en dirait une grue, etc. Montaigne, Essais, II, 12
MONTAIGNE «Apologie de Raymond Sebond»
QUESTIONS :Quel type de raisonnement Montaigne utilise-t-il ?
LA BRUYERE Des Caractères XII, «Des Jugements»
LA BRUYERE «Des Jugements»
J'entends corner sans cesse à mes oreilles : L 'homme est un animal raisonnable ; qui vous a passé cette définition ? sont-ce les loups, les singes et les lions, ou si vous vous l'êtes accordée à vous-mêmes ? C'est déjà une chose plaisante que vous donniez aux animaux, vos confrères, ce qu'il y a de pire, pour prendre pour vous ce qu'il y a de meilleur, laissez-les un peu se définir eux-mêmes, et vous verrez comme ils s'oublieront, et comme vous serez traités. Je ne parle point, ô hommes, de vos légèretés, de vos folies et de vos caprices qui vous mettent au-dessous de la taupe et de la tortue, qui vont sagement leur petit train, et qui suivent, sans varier, l'instinct de la nature ; mais écoutez-moi un moment.
LA BRUYERE «Des Jugements»
Vous dites d'un tiercelet de faucon qui est fort léger, et qui fait une belle descente sur la perdrix : « Voilà un bon oiseau » ; et d'un lévrier qui prend un lièvre corps à corps : « C’est un bon lévrier ». Je consens aussi que vous disiez d'un homme qui court le sanglier, qui le met aux abois, qui l'atteint et qui le perce : « Voilà un brave homme. » Mais si vous voyez deux chiens qui s'aboient, qui s'affrontent, qui se mordent et se déchirent, vous dites « Voilà de sots animaux », et vous prenez un bâton pour les séparer. Que si l'on vous disait que tous les chats d'un grand pays se sont assemblés par milliers dans une plaine, et qu'après avoir miaulé tout leur soûl, ils se sont jetés avec fureur les uns sur les autres, et ont joué ensemble de la dent et de la griffe ; que de cette mêlée il est demeuré de part et d'autre neuf à dix mille chats sur la place, qui ont infecté l'air à dix lieues de là par leur puanteur, ne diriez-vous pas : "Voilà le plus abominable sabbat dont on ait jamais ouï parler ?» Et si les loups en faisaient de même : « Quels hurlements, quelle boucherie ! »
LA BRUYERE «Des Jugements»
Et si les uns ou les autres vous disaient qu'ils aiment la gloire, concluriez-vous de ce discours qu'ils la mettent à se trouver à ce beau rendez-vous à détruire ainsi, et à anéantir leur propre espèce ; ou près l'avoir conclu ne ririez-vous pas de tout votre cœur de l'ingénuité de ces pauvres bêtes ? Vous avez déjà, en animaux raisonnables, et pour vous distinguer de ceux qui ne se servent que de leurs dents et de leurs ongles; imaginé les lances ; les piques, les dards, les sabres et les cimeterres, et à mon gré fort judicieusement ; car avec vos seules mains que pouviez-vous vous faire les uns aux autres, que vous arracher les cheveux, vous égratigner au visage, ou tout au plus vous arracher les yeux de la tête ? au lieu que vous voilà munis d'instruments commodes, qui vous servent à vous faire réciproquement de larges plaies, d'où peut couler votre sang jusqu'à la dernière goutte, sans que vous puissiez craindre d'en échapper.
SEANCE 2 : L’animal dans l’Histoire des Arts
Le pouvoir symbolique de l’animal dans l’artAvant le XIXe, l’animal se présente comme symbole ou comme le reflet : - De notre propre image (corps et transformations, ou âme et passions)- Du cosmos entier- Des ou du Dieu- Du Diable
L’art pariétal
Dès la Préhistoire, l’art pariétal offre à la contemplation un grand nombre de figures animales. Les représentations des animaux sur les parois des grottes n’ont pas une fonction pratique (donner à voir une scène de chasse ou montrant la capacité humaine à dominer les animaux) mais jouent un rôle symbolique.
L’art pariétal
Dans la Grotte Chauvet (36000ans av JC), sont représentées 14 espèces animales, notamment des prédateurs mais aussi des animaux plus familiers.
L’art pariétal
Un certain réalisme : animal observé et utile (chassé).Représentation qui correspond à - un récit- un tableau de chasse.
Antiquité égyptienne : l’animal divinisé (Anubis / Bastet)
Dans l’Antiquité, chaque animal est associé à un symbole, en fonction de ses capacités réelles ou supposées. Un même animal peut renvoyer à plusieurs dieux, ou un même dieu peut prendre différents aspects animaux.
Antiquité égyptienne : l’animal divinisé (Anubis / Bastet)
Dans la mythologie égyptienne, représentation des dieux sous la forme d’animaux. Mais différence radicale entre les dieux d’un côté et les hommes et animaux de l’autre.
Antiquité grecque
Cesari, Actéon métamorphosé en cerf, vers 1600
Antiquité grecque : Les transformations des Dieux en animaux
Titien, L'enlèvement d'Europe par Zeus, milieu XVIe
Antiquité romaine : le symbole de la louve romaine
e estiaire du oyen ge
Le Bestiaire du Moyen Age
Dans les représentations chrétiennes, figures animales liées à la distinction entre le Bien et le Mal. Du côté du Mal extrême, se trouvent le serpent et le dragon.
Uccello, Saint Georges terrassant le Dragon (1470)
Le Bestiaire du Moyen Age
Du côté du Bien absolu, se trouve la licorne.
Tapisserie La Dame à la licorne, détail, vers 1500
- Le Bestiaire du Moyen Age
L’agneau, symbole de l’innocence, représente Jésus.
Agneau mystique, détail d'un retable de Van Eyck, 1432
- Le Bestiaire du Moyen Age
Les gargouilles, situées à l’extérieur des cathédrales, représentent le Mal et sont des mélanges entre animaux et Diable. Pas de continuité mais différence de nature entre hommes et animaux, et entre hommes et dieux.
Gargouilles de Notre Dame de Paris
- Le Bestiaire du Moyen Age
Au Moyen-Age, les bestiaires ont un but didactique : enseigner des valeurs morales liées à la chrétienneté.
Cochon XIIe siècle
- Le Bestiaire du Moyen Age
Dans l’axiologie chrétienne, on trouve aussi un classement des animaux en fonction de leur proximité avec l’homme : - Le mouton, animal domestique, proche, familier, contribue à l’ordre voulu par Dieu- Le loup ou le serpent, animaux sauvages et « bêtes », menacent l’ordre et symbolisent le chaos.
Renard, bestiaire médiéval
- Le Bestiaire du Moyen Age
- Le loup ou le serpent, animaux sauvages et « bêtes », menacent l’ordre et symbolisent le chaos.
Lion, bestiaire médiéval
Séance 3 : L'homme et l'animal : un mâle, des maux ?
1. VOLTAIRE Chapon et la Poularde
2. VERCORS Les Animaux dénaturés
3. SFAR Le Chat de Rabin
VOLTAIRE Chapon et la Poularde
- VOLTAIRE Chapon et la Poularde
LE CHAPON – Eh, mon Dieu ! Ma poule, te voilà bien triste, qu’as-tu ?LA POULARDE – Mon cher ami, demande-moi plutôt ce que je n’ai plus. Une maudite servante m’a prise sur ses genoux, m’a plongé une longue aiguille dans le cul, a saisi ma matrice, l’a roulée autour de l’aiguille, l’a arrachée et l’a donnée à manger à son chat. Me voilà incapable de recevoir les faveurs du chantre du jour, et de pondre.LE CHAPON – Hélas ! Ma bonne, j’ai perdu plus que vous ; ils m’ont fait une opération doublement cruelle : ni vous ni moi n’aurons plus de consolation dans ce monde ; ils vous ont fait poularde, et moi chapon. La seule idée qui adoucit mon état déplorable, c’est que j’entendis ces jours passés, près de mon poulailler, raisonner deux abbés italiens à qui on avait fait le même outrage afin qu’ils pussent chanter devant le pape avec une voix plus claire. Ils disaient que les hommes avaient commencé par circoncire leurs semblables, et qu’ils finissaient par les châtrer : ils maudissaient la destinée et le genre humain.
- VOLTAIRE Chapon et la Poularde
LA POULARDE – Quoi ! C’est donc pour que nous ayons une voix plus claire qu’on nous a privés de la plus belle partie de nous-mêmes ?LE CHAPON – Hélas ! Ma pauvre poularde, c’est pour nous engraisser, et pour nous rendre la chair plus délicate.LA POULARDE – Eh bien ! Quand nous serons plus gras, le seront-ils davantage ?LE CHAPON – Oui, car ils prétendent nous manger.LA POULARDE – Nous manger ! Ah, les monstres !LE CHAPON – C’est leur coutume ; ils nous mettent en prison pendant quelques jours, nous font avaler une pâtée dont ils ont le secret, nous crèvent les yeux pour que nous n’ayons point de distraction ; enfin, le jour de la fête étant venu, ils nous arrachent les plumes, nous coupent la gorge, et nous font rôtir. On nous apporte devant eux dans une large pièce d’argent ; chacun dit de nous ce qu’il pense ; on fait notre oraison funèbre : l’un dit que nous sentons la noisette ; l’autre vante notre chair succulente ; on loue nos cuisses, nos bras, notre croupion ; et voilà notre histoire dans ce bas monde finie pour jamais.
- VOLTAIRE Chapon et la Poularde
LA POULARDE – Quels abominables coquins ! Je suis prête à m’évanouir. Quoi ! On m’arrachera les yeux ! On me coupera le cou ! Je serai rôtie et mangée ! Ces scélérats n’ont donc point de remords ?LE CHAPON – Non, m’amie ; les deux abbés dont je vous ai parlé disaient que les hommes n’ont jamais de remords des choses qu’ils sont dans l’usage de faire.LA POULARDE – La détestable engeance ! Je parie qu’en nous dévorant ils se mettent encore à rire et à faire des contes plaisants, comme si de rien n’était.LE CHAPON –Vous l’avez deviné ; mais sachez pour votre consolation (si c’en est une) que ces animaux, qui sont bipède comme nous, et qui sont fort au-dessous de nous, puisqu’ils n’ont point de plumes, en ont usé ainsi fort souvent avec leurs semblables. J’ai entendu dire à mes deux abbés que tous les empereurs chrétiens et grecs ne manquaient jamais de crever les deux yeux à leurs cousins et à leurs frères ; que même, dans le pays où nous sommes, il y avait eu un nommé Débonnaire qui fit arracher les yeux à son neveu Bernard. Mais pour ce qui est de rôtir des hommes, rien n’a été plus commun parmi cette espèce. Mes deux abbés disaient qu’on en avait rôti plus de vingt mille pour de certaines opinions qu’il serait difficile à un chapon d’expliquer, et qui ne m’importent guère.
VERCORS Les Animaux dénaturés
VERCORS Les Animaux dénaturés
— « II n’existe pas d’espèce animale qui montre, fût-ce à l’état le plus rudimentaire, des signes d’esprit métaphysique ». « Il n’existe pas de race humaine qui ne montre pas, ne fût-ce qu’à l’état rudimentaire, des signes d’esprit métaphysique ». Ne serait-ce pas là une distinction décisive ? — Mais, s’écria Lady Draper, n’est-ce pas un peu comme si on disait : « II n’existe pas d’espèce animale qui aille chez le coiffeur. Il n’existe pas de race humaine qui n’aille, de façon ou d’autre, chez le coiffeur. Donc ce qui distingue l’homme de la bête, c’est qu’il va chez le coiffeur ? » — Ce ne serait pas aussi idiot qu’il y paraît, dit Sir Arthur. Si l’on creusait un peu votre histoire de coiffeur, on y trouverait que l’homme prend soin de son apparence, la bête non. Autrement dit, on trouverait les idées de rite ou de beauté : idées, toutes les deux, très métaphysiques. Tout se ramène à ça, voyez-vous : que l’homme se pose des questions, que la bête ne s’en pose pas... — Qu’en savons-nous ? dit Lady Draper. — Disons : que l’homme paraît se poser des questions, que la bête ne le paraît pas... Ou encore, plus exactement : la présence de signes d’esprit métaphysique prouve que l’homme se pose des questions ; leur absence semble prouver que la bête ne s’en pose pas. […]
- VERCORS Les Animaux dénaturés
— Pour interroger, il faut être deux : celui qui interroge, celui qu’on interroge. Confondu avec la nature, l’animal ne peut l’interroger. Voilà, il me semble, le point que nous cherchons. L’animal fait un avec la nature. L’homme fait deux. Pour passer de l’inconscience passive à la conscience interrogative, il a fallu ce schisme, ce divorce, il a fallu cet arrachement. N’est-ce point la frontière justement ? Animal avant l’arrachement, homme après lui ? Des animaux dénaturés, voilà ce que nous sommes. […] — Ça explique, dit Sir Arthur, que l’animal n’ait pas besoin de fables ni d’amulettes : il ignore sa propre ignorance. Tandis que l’esprit de l’homme, arraché, isolé de la nature, comment ne serait-il pas à l’instant plongé dans la nuit et dans l’épouvante ? Il se voit seul, abandonné, mortel, ignorant tout — unique animal sur terre « qui ne sait qu’une chose, c’est qu’il ne sait rien » — pas même ce qu’il est. Comment n’inventerait-il pas aussitôt des mythes : des dieux ou des esprits en réponse à cette ignorance, des fétiches et des gris-gris en réponse à cette impuissance ? N’est-ce pas l’absence même, chez l’animal, de ces inventions aberrantes qui nous prouve l’absence aussi de ces interrogations terrifiées ?
- VERCORS Les Animaux dénaturés
— « II n’existe pas d’espèce animale qui montre, fût-ce à l’état le plus rudimentaire, des signes d’esprit métaphysique ». « Il n’existe pas de race humaine qui ne montre pas, ne fût-ce qu’à l’état rudimentaire, des signes d’esprit métaphysique ». Ne serait-ce pas là une distinction décisive ? — Mais, s’écria Lady Draper, n’est-ce pas un peu comme si on disait : « II n’existe pas d’espèce animale qui aille chez le coiffeur. Il n’existe pas de race humaine qui n’aille, de façon ou d’autre, chez le coiffeur. Donc ce qui distingue l’homme de la bête, c’est qu’il va chez le coiffeur ? » — Ce ne serait pas aussi idiot qu’il y paraît, dit Sir Arthur. Si l’on creusait un peu votre histoire de coiffeur, on y trouverait que l’homme prend soin de son apparence, la bête non. Autrement dit, on trouverait les idées de rite ou de beauté : idées, toutes les deux, très métaphysiques. Tout se ramène à ça, voyez-vous : que l’homme se pose des questions, que la bête ne s’en pose pas... — Qu’en savons-nous ? dit Lady Draper. — Disons : que l’homme paraît se poser des questions, que la bête ne le paraît pas... Ou encore, plus exactement : la présence de signes d’esprit métaphysique prouve que l’homme se pose des questions ; leur absence semble prouver que la bête ne s’en pose pas. […]
SFAR Le Chat de Rabin
QUESTION : De quel texte cette BD se rapproche-t-elle le plus ? Justifiez
ACTIVITE 1A partir de la liste du Bestiaire poétique proposé, nous allons faire une anthologie rapide avec une iconographie d’art.
Rechercher et imprimer (ou recopier votre poème).
Faites une illustration pour votre poème. (collage, dessin type grotte des cavernes accepté).
A partir de la totalité de l’anthologie, par petit groupe vous réaliserez une préface sur la vision de l’animal en poésie.
ACTIVITEA partir de la liste du Bestiaire poétique proposé, nous allons faire une anthologie rapide avec une iconographie d’art.
Rechercher et imprimer (ou recopier votre poème).
Faites une illustration pour votre poème. (collage, dessin type grotte des cavernes accepté).
A partir de la totalité de l’anthologie, par petit groupe vous réaliserez une préface sur la vision de l’animal en poésie.
animal miroir ou victime de l'homme
Lycée Berthelot
Created on March 17, 2021
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L’animal : miroir ou victime de l’homme ?
1. Séance 1 : Ani - mots
2 : . Séance 2 : L'animal dans l'histoire de sarts.
5. . Séance 3 : L'homme et l'animal : : un mâle des maux ?
ACTIVITE / L'anthologie
Séance 1 : Ani - motsCORPUS
1. MONTAIGNE Essais
2. LA BRUYERE Des Caractères XII
MONTAIGNE Essais II, 12, «Apologie de Raymond Sebond»
MONTAIGNE «Apologie de Raymond Sebond»
Car pourquoi ne dira un oison ainsi, « Toutes les pièces de l’univers me regardent ; la terre me sert à marcher, le soleil à m’éclairer, les étoiles à m’inspirer leurs influences ; j’ai telles commodité des vents, telle des eaux ; il n’est rien que cette voûte regarde si favorablement que moi ; je suis le mignon de nature ; est-ce pas l’homme qui me traite, qui me loge, qui me sert ? C’est pour moi qu’il fait et semer et moudre ; s’il me mange, aussi fait-il bien l’homme son compagnon, et si fais-je moi les vers qui le tuent et qui le mangent. Autant en dirait une grue, etc. Montaigne, Essais, II, 12
MONTAIGNE «Apologie de Raymond Sebond»
QUESTIONS :Quel type de raisonnement Montaigne utilise-t-il ?
LA BRUYERE Des Caractères XII, «Des Jugements»
LA BRUYERE «Des Jugements»
J'entends corner sans cesse à mes oreilles : L 'homme est un animal raisonnable ; qui vous a passé cette définition ? sont-ce les loups, les singes et les lions, ou si vous vous l'êtes accordée à vous-mêmes ? C'est déjà une chose plaisante que vous donniez aux animaux, vos confrères, ce qu'il y a de pire, pour prendre pour vous ce qu'il y a de meilleur, laissez-les un peu se définir eux-mêmes, et vous verrez comme ils s'oublieront, et comme vous serez traités. Je ne parle point, ô hommes, de vos légèretés, de vos folies et de vos caprices qui vous mettent au-dessous de la taupe et de la tortue, qui vont sagement leur petit train, et qui suivent, sans varier, l'instinct de la nature ; mais écoutez-moi un moment.
LA BRUYERE «Des Jugements»
Vous dites d'un tiercelet de faucon qui est fort léger, et qui fait une belle descente sur la perdrix : « Voilà un bon oiseau » ; et d'un lévrier qui prend un lièvre corps à corps : « C’est un bon lévrier ». Je consens aussi que vous disiez d'un homme qui court le sanglier, qui le met aux abois, qui l'atteint et qui le perce : « Voilà un brave homme. » Mais si vous voyez deux chiens qui s'aboient, qui s'affrontent, qui se mordent et se déchirent, vous dites « Voilà de sots animaux », et vous prenez un bâton pour les séparer. Que si l'on vous disait que tous les chats d'un grand pays se sont assemblés par milliers dans une plaine, et qu'après avoir miaulé tout leur soûl, ils se sont jetés avec fureur les uns sur les autres, et ont joué ensemble de la dent et de la griffe ; que de cette mêlée il est demeuré de part et d'autre neuf à dix mille chats sur la place, qui ont infecté l'air à dix lieues de là par leur puanteur, ne diriez-vous pas : "Voilà le plus abominable sabbat dont on ait jamais ouï parler ?» Et si les loups en faisaient de même : « Quels hurlements, quelle boucherie ! »
LA BRUYERE «Des Jugements»
Et si les uns ou les autres vous disaient qu'ils aiment la gloire, concluriez-vous de ce discours qu'ils la mettent à se trouver à ce beau rendez-vous à détruire ainsi, et à anéantir leur propre espèce ; ou près l'avoir conclu ne ririez-vous pas de tout votre cœur de l'ingénuité de ces pauvres bêtes ? Vous avez déjà, en animaux raisonnables, et pour vous distinguer de ceux qui ne se servent que de leurs dents et de leurs ongles; imaginé les lances ; les piques, les dards, les sabres et les cimeterres, et à mon gré fort judicieusement ; car avec vos seules mains que pouviez-vous vous faire les uns aux autres, que vous arracher les cheveux, vous égratigner au visage, ou tout au plus vous arracher les yeux de la tête ? au lieu que vous voilà munis d'instruments commodes, qui vous servent à vous faire réciproquement de larges plaies, d'où peut couler votre sang jusqu'à la dernière goutte, sans que vous puissiez craindre d'en échapper.
SEANCE 2 : L’animal dans l’Histoire des Arts
Le pouvoir symbolique de l’animal dans l’artAvant le XIXe, l’animal se présente comme symbole ou comme le reflet : - De notre propre image (corps et transformations, ou âme et passions)- Du cosmos entier- Des ou du Dieu- Du Diable
L’art pariétal
Dès la Préhistoire, l’art pariétal offre à la contemplation un grand nombre de figures animales. Les représentations des animaux sur les parois des grottes n’ont pas une fonction pratique (donner à voir une scène de chasse ou montrant la capacité humaine à dominer les animaux) mais jouent un rôle symbolique.
L’art pariétal
Dans la Grotte Chauvet (36000ans av JC), sont représentées 14 espèces animales, notamment des prédateurs mais aussi des animaux plus familiers.
L’art pariétal
Un certain réalisme : animal observé et utile (chassé).Représentation qui correspond à - un récit- un tableau de chasse.
Antiquité égyptienne : l’animal divinisé (Anubis / Bastet)
Dans l’Antiquité, chaque animal est associé à un symbole, en fonction de ses capacités réelles ou supposées. Un même animal peut renvoyer à plusieurs dieux, ou un même dieu peut prendre différents aspects animaux.
Antiquité égyptienne : l’animal divinisé (Anubis / Bastet)
Dans la mythologie égyptienne, représentation des dieux sous la forme d’animaux. Mais différence radicale entre les dieux d’un côté et les hommes et animaux de l’autre.
Antiquité grecque
Cesari, Actéon métamorphosé en cerf, vers 1600
Antiquité grecque : Les transformations des Dieux en animaux
Titien, L'enlèvement d'Europe par Zeus, milieu XVIe
Antiquité romaine : le symbole de la louve romaine
e estiaire du oyen ge
Le Bestiaire du Moyen Age
Dans les représentations chrétiennes, figures animales liées à la distinction entre le Bien et le Mal. Du côté du Mal extrême, se trouvent le serpent et le dragon.
Uccello, Saint Georges terrassant le Dragon (1470)
Le Bestiaire du Moyen Age
Du côté du Bien absolu, se trouve la licorne.
Tapisserie La Dame à la licorne, détail, vers 1500
- Le Bestiaire du Moyen Age
L’agneau, symbole de l’innocence, représente Jésus.
Agneau mystique, détail d'un retable de Van Eyck, 1432
- Le Bestiaire du Moyen Age
Les gargouilles, situées à l’extérieur des cathédrales, représentent le Mal et sont des mélanges entre animaux et Diable. Pas de continuité mais différence de nature entre hommes et animaux, et entre hommes et dieux.
Gargouilles de Notre Dame de Paris
- Le Bestiaire du Moyen Age
Au Moyen-Age, les bestiaires ont un but didactique : enseigner des valeurs morales liées à la chrétienneté.
Cochon XIIe siècle
- Le Bestiaire du Moyen Age
Dans l’axiologie chrétienne, on trouve aussi un classement des animaux en fonction de leur proximité avec l’homme : - Le mouton, animal domestique, proche, familier, contribue à l’ordre voulu par Dieu- Le loup ou le serpent, animaux sauvages et « bêtes », menacent l’ordre et symbolisent le chaos.
Renard, bestiaire médiéval
- Le Bestiaire du Moyen Age
- Le loup ou le serpent, animaux sauvages et « bêtes », menacent l’ordre et symbolisent le chaos.
Lion, bestiaire médiéval
Séance 3 : L'homme et l'animal : un mâle, des maux ?
1. VOLTAIRE Chapon et la Poularde
2. VERCORS Les Animaux dénaturés
3. SFAR Le Chat de Rabin
VOLTAIRE Chapon et la Poularde
- VOLTAIRE Chapon et la Poularde
LE CHAPON – Eh, mon Dieu ! Ma poule, te voilà bien triste, qu’as-tu ?LA POULARDE – Mon cher ami, demande-moi plutôt ce que je n’ai plus. Une maudite servante m’a prise sur ses genoux, m’a plongé une longue aiguille dans le cul, a saisi ma matrice, l’a roulée autour de l’aiguille, l’a arrachée et l’a donnée à manger à son chat. Me voilà incapable de recevoir les faveurs du chantre du jour, et de pondre.LE CHAPON – Hélas ! Ma bonne, j’ai perdu plus que vous ; ils m’ont fait une opération doublement cruelle : ni vous ni moi n’aurons plus de consolation dans ce monde ; ils vous ont fait poularde, et moi chapon. La seule idée qui adoucit mon état déplorable, c’est que j’entendis ces jours passés, près de mon poulailler, raisonner deux abbés italiens à qui on avait fait le même outrage afin qu’ils pussent chanter devant le pape avec une voix plus claire. Ils disaient que les hommes avaient commencé par circoncire leurs semblables, et qu’ils finissaient par les châtrer : ils maudissaient la destinée et le genre humain.
- VOLTAIRE Chapon et la Poularde
LA POULARDE – Quoi ! C’est donc pour que nous ayons une voix plus claire qu’on nous a privés de la plus belle partie de nous-mêmes ?LE CHAPON – Hélas ! Ma pauvre poularde, c’est pour nous engraisser, et pour nous rendre la chair plus délicate.LA POULARDE – Eh bien ! Quand nous serons plus gras, le seront-ils davantage ?LE CHAPON – Oui, car ils prétendent nous manger.LA POULARDE – Nous manger ! Ah, les monstres !LE CHAPON – C’est leur coutume ; ils nous mettent en prison pendant quelques jours, nous font avaler une pâtée dont ils ont le secret, nous crèvent les yeux pour que nous n’ayons point de distraction ; enfin, le jour de la fête étant venu, ils nous arrachent les plumes, nous coupent la gorge, et nous font rôtir. On nous apporte devant eux dans une large pièce d’argent ; chacun dit de nous ce qu’il pense ; on fait notre oraison funèbre : l’un dit que nous sentons la noisette ; l’autre vante notre chair succulente ; on loue nos cuisses, nos bras, notre croupion ; et voilà notre histoire dans ce bas monde finie pour jamais.
- VOLTAIRE Chapon et la Poularde
LA POULARDE – Quels abominables coquins ! Je suis prête à m’évanouir. Quoi ! On m’arrachera les yeux ! On me coupera le cou ! Je serai rôtie et mangée ! Ces scélérats n’ont donc point de remords ?LE CHAPON – Non, m’amie ; les deux abbés dont je vous ai parlé disaient que les hommes n’ont jamais de remords des choses qu’ils sont dans l’usage de faire.LA POULARDE – La détestable engeance ! Je parie qu’en nous dévorant ils se mettent encore à rire et à faire des contes plaisants, comme si de rien n’était.LE CHAPON –Vous l’avez deviné ; mais sachez pour votre consolation (si c’en est une) que ces animaux, qui sont bipède comme nous, et qui sont fort au-dessous de nous, puisqu’ils n’ont point de plumes, en ont usé ainsi fort souvent avec leurs semblables. J’ai entendu dire à mes deux abbés que tous les empereurs chrétiens et grecs ne manquaient jamais de crever les deux yeux à leurs cousins et à leurs frères ; que même, dans le pays où nous sommes, il y avait eu un nommé Débonnaire qui fit arracher les yeux à son neveu Bernard. Mais pour ce qui est de rôtir des hommes, rien n’a été plus commun parmi cette espèce. Mes deux abbés disaient qu’on en avait rôti plus de vingt mille pour de certaines opinions qu’il serait difficile à un chapon d’expliquer, et qui ne m’importent guère.
VERCORS Les Animaux dénaturés
VERCORS Les Animaux dénaturés
— « II n’existe pas d’espèce animale qui montre, fût-ce à l’état le plus rudimentaire, des signes d’esprit métaphysique ». « Il n’existe pas de race humaine qui ne montre pas, ne fût-ce qu’à l’état rudimentaire, des signes d’esprit métaphysique ». Ne serait-ce pas là une distinction décisive ? — Mais, s’écria Lady Draper, n’est-ce pas un peu comme si on disait : « II n’existe pas d’espèce animale qui aille chez le coiffeur. Il n’existe pas de race humaine qui n’aille, de façon ou d’autre, chez le coiffeur. Donc ce qui distingue l’homme de la bête, c’est qu’il va chez le coiffeur ? » — Ce ne serait pas aussi idiot qu’il y paraît, dit Sir Arthur. Si l’on creusait un peu votre histoire de coiffeur, on y trouverait que l’homme prend soin de son apparence, la bête non. Autrement dit, on trouverait les idées de rite ou de beauté : idées, toutes les deux, très métaphysiques. Tout se ramène à ça, voyez-vous : que l’homme se pose des questions, que la bête ne s’en pose pas... — Qu’en savons-nous ? dit Lady Draper. — Disons : que l’homme paraît se poser des questions, que la bête ne le paraît pas... Ou encore, plus exactement : la présence de signes d’esprit métaphysique prouve que l’homme se pose des questions ; leur absence semble prouver que la bête ne s’en pose pas. […]
- VERCORS Les Animaux dénaturés
— Pour interroger, il faut être deux : celui qui interroge, celui qu’on interroge. Confondu avec la nature, l’animal ne peut l’interroger. Voilà, il me semble, le point que nous cherchons. L’animal fait un avec la nature. L’homme fait deux. Pour passer de l’inconscience passive à la conscience interrogative, il a fallu ce schisme, ce divorce, il a fallu cet arrachement. N’est-ce point la frontière justement ? Animal avant l’arrachement, homme après lui ? Des animaux dénaturés, voilà ce que nous sommes. […] — Ça explique, dit Sir Arthur, que l’animal n’ait pas besoin de fables ni d’amulettes : il ignore sa propre ignorance. Tandis que l’esprit de l’homme, arraché, isolé de la nature, comment ne serait-il pas à l’instant plongé dans la nuit et dans l’épouvante ? Il se voit seul, abandonné, mortel, ignorant tout — unique animal sur terre « qui ne sait qu’une chose, c’est qu’il ne sait rien » — pas même ce qu’il est. Comment n’inventerait-il pas aussitôt des mythes : des dieux ou des esprits en réponse à cette ignorance, des fétiches et des gris-gris en réponse à cette impuissance ? N’est-ce pas l’absence même, chez l’animal, de ces inventions aberrantes qui nous prouve l’absence aussi de ces interrogations terrifiées ?
- VERCORS Les Animaux dénaturés
— « II n’existe pas d’espèce animale qui montre, fût-ce à l’état le plus rudimentaire, des signes d’esprit métaphysique ». « Il n’existe pas de race humaine qui ne montre pas, ne fût-ce qu’à l’état rudimentaire, des signes d’esprit métaphysique ». Ne serait-ce pas là une distinction décisive ? — Mais, s’écria Lady Draper, n’est-ce pas un peu comme si on disait : « II n’existe pas d’espèce animale qui aille chez le coiffeur. Il n’existe pas de race humaine qui n’aille, de façon ou d’autre, chez le coiffeur. Donc ce qui distingue l’homme de la bête, c’est qu’il va chez le coiffeur ? » — Ce ne serait pas aussi idiot qu’il y paraît, dit Sir Arthur. Si l’on creusait un peu votre histoire de coiffeur, on y trouverait que l’homme prend soin de son apparence, la bête non. Autrement dit, on trouverait les idées de rite ou de beauté : idées, toutes les deux, très métaphysiques. Tout se ramène à ça, voyez-vous : que l’homme se pose des questions, que la bête ne s’en pose pas... — Qu’en savons-nous ? dit Lady Draper. — Disons : que l’homme paraît se poser des questions, que la bête ne le paraît pas... Ou encore, plus exactement : la présence de signes d’esprit métaphysique prouve que l’homme se pose des questions ; leur absence semble prouver que la bête ne s’en pose pas. […]
SFAR Le Chat de Rabin
QUESTION : De quel texte cette BD se rapproche-t-elle le plus ? Justifiez
ACTIVITE 1A partir de la liste du Bestiaire poétique proposé, nous allons faire une anthologie rapide avec une iconographie d’art. Rechercher et imprimer (ou recopier votre poème). Faites une illustration pour votre poème. (collage, dessin type grotte des cavernes accepté). A partir de la totalité de l’anthologie, par petit groupe vous réaliserez une préface sur la vision de l’animal en poésie.
ACTIVITEA partir de la liste du Bestiaire poétique proposé, nous allons faire une anthologie rapide avec une iconographie d’art. Rechercher et imprimer (ou recopier votre poème). Faites une illustration pour votre poème. (collage, dessin type grotte des cavernes accepté). A partir de la totalité de l’anthologie, par petit groupe vous réaliserez une préface sur la vision de l’animal en poésie.