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Lagarce juste la fin du monde by Mc Cracken
Mc Cracken
Created on March 16, 2021
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SOMMAIRE
Vocabulaire théâtral: quizz.
Remarques générales
Les figures de styles chères à Lagarce
Biographie de Lagarce
Le titre de la pièce
Mises en scène, lectures de la pièce.
Les lectures linéaires
Le Film de Xavier Dolan et vos remarques d'ensemble
Les études d'ensemble sur la pièce.
10
Des sujets de dissertation
Ce support et son contenu ont été réalisés grâce à la collaboration de plusieurs enseignants de lettres. Il n'est pas autorisé de les diffuser, partager, utiliser, modifier ou commercialiser sans leurs accords.
MC CRACKEN
Vocabulaire théâtral: quizz.
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Les figures de styles chères à Lagarce
Biographie de Lagarce
Le titre de la pièce
Mises en scène, lectures de la pièce.
LES LECTURES LINEAIRES
Les lectures linéaires
Le Film de Xavier Dolan et vos remarques d'ensemble
Les études d'ensemble sur la pièce.
10
Des sujets de dissertation
Le Prologue Première partie, scène 3 Seconde partie, scène 3
SOMMAIRE
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LES ETUDES D'ENSEMBLE
La parabole du fils prodigue La structure de la pièce Influence de la tragédie grecque L'intermède
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Remarques générales à partir des questions suivantes:1. De quelles impressions pouvez-vous faire part sur la pièce de Lagarce à l'issue de votre lecture? 2. Que pensez-vous des personnages? 3. Que pouvez-vous dire sur ce qui vous semble être les thèmes de la pièce? 4. Que pensez-vous du lien entre la pièce et le titre du parcours associé: "crise individuelle, crise familiale"?
Pour lire vos remarques faites en cours c'est par ici!
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LE TITRE DE LA PIECE
Visionnez ce court extrait du film de XavierDolan
Faîtes toutes les remarques que vous inspire le titre Juste la fin du monde : analyse syntaxique de ce titre, figure de style, sens... et ce que cela vous évoque par rapport à votre lecture de la pièce.
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VERS LA CONNAISSANCE DE L'AUTEUR
- Après avoir visionné la vidéo de gauche: comment Lagarce se présente-t-il?
- Que pouvez-vous dire sur son autoportrait intitulé" Le Solitaire intempestif"?
- Après avoir lu les extraits de son Journal ci-dessous et les pages 211 et suivantes de votre livre, que pouvez-vous dire de ses relations aves ses parents et de la création de la pièce Juste la fin du monde?
Pour en savoir plus sur Lagarce
EXTRAITS DU JOURNAL DE LAGARCE
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Portrait: "le Solitaire intempestif" montage Lagarce-Quenneville
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Figures de style chères à Jean-Luc Lagarce
Voici un test pour devenir maître dans l'analyse de ces figures de style
L’écriture de Jean-Luc Lagarce est très particulière. Proche de l’oralité en même temps que très poétique, elle donne à lire un langage qui se cherche en permanence et ne sait « comment dire ». De nombreuses figures permettent au dramaturge de créer cet effet de ressassement.
Définitions• L’aphérèse : ce procédé consiste à supprimer les premiers éléments d’un mot (bus pour autobus) ; l’auteur le fait avec le début de certaines phrases, donnant au langage une valeur d’oralité. • L’aposiopèse : elle consiste à laisser sa phrase en suspens, faisant entendre la réticence du personnage à terminer son propos. Libre au spectateur de combler le vide laissé par les points de suspension. • L’épanorthose : cette figure de style consiste à reformuler un propos jugé trop faible en lui ajoutant une expression plus forte ou qui la précise. • Polyptotes : figure de style, qui consiste en la répétition de plusieurs termes de même racine, ou encore d’un même verbe sous différentes formes.
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LE REPAS 1 Comment les personnages sont-ils cadrés ? Comment la parole est-elle répartie entre les personnages ? Comment Antoine est-il filmé par rapport à Louis ? 2 Pourquoi lors de la parole hors-champ (la personne qui parle n’est pas dans le cadre), Louis est-il filmé en légère plongée (une caméra penchée vers lui) ? D’après vous, quel sentiment la parole, même hors-champ, fait-elle naître chez Louis ? 3 Observez l’arrière-plan de chaque plan. Que constatez-vous ? Quel sens donnez-vous à chaque arrière-plan en fonction du personnage concerné ? 4 D’après vous, que représente cette ancienne maison pour Louis ? Pourquoi cette envie fait-elle naître un débat dans la famille ?
Deux métaphores à interpréter 1 La pénombre, voire l’obscurité, domine les plans du film. Comment interprétez-vous ces teintes dorées qui surgissent à la fin ? 2 Pourquoi le film s’achève-t-il sur un oiseau mourant sur le sol de la maison devant la porte d’entrée ?
DOCUMENTS COMPLEMENTAIRES
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Pour ouvrir la page qui suit, il vous faut résoudre cette énigme: La scène 11 de la partie I crée un lien entre Catherine et un personnage célèbre de l'Antiquité grecque que personne ne voulait écouter non plus! Le mot de passe est le nom en majuscules de cette femme. Un indice: j'ai bien essayé de prévenir les Troyens mais ils ne m'ont pas écoutée!
LE MYTHE DE CASSANDRE
TEXTE 1 Giraudoux, la Guerre de Troie n’aura pas lieu , acte I, scène 1, 1935 Le rideau se lève, à Troie, sur la terrasse d'un rempart. Deux femmes sont en présence : Andromaque, épouse d'Hector, le fils aîné du roi Priam, et Cassandre, sa belle-soeur, la prophétesse de la cité. La première espère avec confiance le retour de son mari dont elle est enceinte ; la seconde, réfutant cet optimisme, évoque déjà un sombre destin pour la ville pourtant baignée de soleil...Pour lire la suite cliquez sur le lien
Texte 2 : Friedrich Schiller, Poésies, 1854. CASSANDRE
La joie régnait dans le palais de Troie avant la chute des hauts remparts de cette ville. On entendait résonner les chants de triomphe et les cordes des lyres d’or. Tous les bras se reposaient d’un douloureux combat, car le fils de Pélée demandait en mariage la fille de Priam. Des groupes parés de laurier s’en vont solennellement vers la demeure des Dieux, vers l’autel d’Apollon. Dans les rues règne une folle joie : un seul être reste livré à sa douleur. Seule et farouche, privée de toute joie, au milieu de la joie générale, Cassandre erre à l’écart dans le bois de laurier consacré à Apollon. Elle se retire au fond de la forêt et jette sur le sol son bandeau de prêtresse. « Tout est livré à la joie, dit-elle, tous les cœurs sont heureux, les vieux parents espèrent et ma sœur a revêtu sa parure. Moi seule je suis solitaire et triste ; car les doux pressentiments s’éloignent de moi, et je vois s’approcher de ces murs les ailes du malheur. « Je vois un flambeau qui brille ; mais ce n’est pas celui de l’hymen ; je vois une fumée qui monte vers les nuages, mais ce n’est pas celle des sacrifices ; je vois des fêtes qui se préparent, et dans mon esprit plein de craintes, j’entends le pas du Dieu qui jettera dans ces fêtes la douleur lamentable. « Et ils se raillent de mes plaintes, et ils rient de mon anxiété. Il faut que je porte dans le désert mon cœur plein d’angoisses. Ceux-ci me repoussent, ceux-là se moquent de moi. Tu m’as imposé une lourde destinée, ô Apollon, Dieu sévère. « Pourquoi m’as-tu chargée de proclamer tes oracles avec une pensée clairvoyante dans une ville aveugle ? Pourquoi me fais-tu voir ce que je ne puis détourner de nous ? Le sort qui nous menace doit s’accomplir, le malheur que je redoute doit arriver. « Faut-il soulever le voile qui cache une catastrophe prochaine ? l’erreur seule est la vie ; le savoir est la mort. Reprends, oh ! reprends le don de divination sinistre que tu m’as fait. Pour une mortelle, il est affreux d’être le vase de la vérité. « Rends-moi mon aveuglement ; rends-moi le bonheur de l’ignorance. Je n’ai plus chanté avec joie, depuis que tu as parlé par ma bouche. Tu m’as donné l’avenir, mais tu m’enlèves le présent, tu m’enlèves la félicité de l’heure qui s’écoule. Oh ! reprends ta faveur trompeuse. « Je n’ai plus porté sur mon front la guirlande des fiancées, depuis que sur ton triste autel je me suis vouée à ton service. Ma jeunesse s’est passée dans les pleurs, je n’ai connu que la souffrance, et chaque malheur des miens a pénétré au fond de mon âme. « J’assiste aux jeux de mes compagnes ; autour de moi, tout aime, tout éprouve les doux plaisirs de la jeunesse ; mon cœur seul est affligé. En vain, je vois renaître le printemps qui pare la terre. Peut-il se réjouir de la vie celui qui a pénétré dans ses profondeurs ? « Heureuse est Polyxène, dans l’ivresse de son illusion, car elle espère épouser le meilleur des Grecs. Elle marche avec fierté, elle contient à peine son bonheur et, dans ses rêves, elle ne vous envie rien, Divinités du ciel. « Et moi aussi je l’ai vu, celui que l’âme de la jeune fille désire ; ses beaux yeux sont animés par le feu de l’amour ; je voudrais m’en aller avec cet époux dans la demeure de son père, mais les ombres noires du Styx s’étendent entre lui et moi. « Proserpine m’envoie ses pâles fantômes ; partout où je vais, partout où je m’arrête, les esprits sinistres sont auprès de moi. Je vois leur sombre cohorte dans les joies de la jeunesse. Épouvantable aspect ! jamais je ne retrouverai le repos. « Je vois se lever le dard mortel et étinceler l’œil du meurtrier. Ni d’un côté ni de l’autre, je ne puis échapper à mon effroi, je ne puis détourner mes regards ; il faut qu’en la contemplant, en la connaissant, j’aille accomplir ma destinée sur une terre étrangère. » Sa voix résonne encore, quand tout à coup une rumeur confuse se fait entendre à la porte du temple. Le fils de Thétis est mort ; la Discorde agite ses vipères, tous les Dieux s’enfuient, et les nuages de la tempête planent sur Ilion.
Cassandre, Marc Burckhardt
Pour une présentation de la pièce de Giraudoux, c'est ici.
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LL1. Le Prologue
Prologue LOUIS
- -Plus tard‚ l’année d’après
- – j’allais mourir à mon tour –
- j’ai près de trente-quatre ans maintenant et c’est à cet âge que
- je mourrai‚
- l’année d’après‚
- de nombreux mois déjà que j’attendais à ne rien faire‚ à tricher‚ à ne plus savoir‚
- de nombreux mois que j’attendais d’en avoir fini‚
- l’année d’après‚
- comme on ose bouger parfois‚
- à peine‚
- devant un danger extrême‚ imperceptiblement‚ sans vouloir faire de bruit ou commettre un geste trop violent
- qui réveillerait l’ennemi et vous détruirait aussitôt‚
- l’année d’après‚
- malgré tout‚
- la peur‚
- prenant ce risque et sans espoir jamais de survivre‚
- malgré tout‚
- l’année d’après‚
- je décidai de retourner les voir‚ revenir sur mes pas‚ aller sur mes traces et faire le voyage‚
- pour annoncer‚ lentement‚ avec soin‚ avec soin et précision
- – ce que je crois –
- lentement‚ calmement‚ d’une manière posée
- – et n’ai-je pas toujours été pour les autres et eux‚ tout précisément‚ n’ai-je pas toujours été un homme posé ?‚
- pour annoncer‚
- dire‚
- seulement dire‚
- ma mort prochaine et irrémédiable‚
- l’annoncer moi-même‚ en être l’unique messager‚
- et paraître
- – peut-être ce que j’ai toujours voulu‚ voulu et décidé‚ en toutes circonstances et depuis le plus loin que j’ose me
- souvenir –
- et paraître pouvoir là encore décider‚
- me donner et donner aux autres‚ et à eux‚ tout précisément‚ toi‚ vous‚ elle‚ ceux-là encore que je ne connais pas
- (trop tard et tant pis)‚
- me donner et donner aux autres une dernière fois l’illusion d’être responsable de moi-même et d’être‚ jusqu’à
- cette extrémité‚ mon propre maître.
LE TRAVAIL SUR LE TEXTE, C'EST PAR ICI .
Pour lire l'analyse c'est par là
MC CRACKEN
INTRODUCTION Présentation de l’auteur et de son oeuvre : Jean-Luc Lagarce (1957-1995) est un dramaturge, comédien, metteur en scène, directeur de troupe. Lecteur et cinéphile, Lagarce abandonne l’université pour se consacrer entièrement au théâtre sur Besançon. Le Théâtre de la Roulotte, compagnie amateur qu’il a fondée avec d’autres élèves du Conservatoire d’Art dramatique, devient professionnelle. Lagarce connaît ses premiers succès d’auteur et de metteur en scène, en adaptant des pièces classiques et ses propres textes. Il fonde aussi une maison d’édition Les Solitaires intempestifs avec son ami et collaborateur François Berreur. Alors que les thèmes de la maladie et de la disparition sont déjà présents dans son oeuvre, il apprend en 1988 sa séropositivité, qu’il évoquera dans son Journal tenu quotidiennement depuis l’âge de 20 ans et destiné à une publication posthume. Il poursuit frénétiquement ses activités théâtrales, bien que le Sida, évoqué publiquement, gagne du terrain. Il meurt en pleines répétitions théâtrales, après avoir achevé un dernier texte dramatique, Le Pays lointain. Depuis sa disparition, l’oeuvre littéraire de Lagarce connaît un succès public et critique grandissant. De nombreuses mises en scène de ses textes reconnus sont réalisées et c’est l’auteur contemporain le plus joué actuellement en France. • Présentation et enjeux de la scène : La pièce Juste la fin du monde est écrite par Lagarce à Berlin. C’est le 1er de ses textes à avoir été refusé par tous les comités de lecture et il ne sera jamais joué de son vivant. Après sa mort, la pièce entre au répertoire de la Comédie-Française en 2008. C’est un huis-clos familial qui met en scène 5 personnages d’une même famille. Le protagoniste, Louis, explique dans un monologue sa décision de retourner chez lui, après une longue absence, pour annoncer à ses proches sa « mort prochaine et irrémédiable ». La tirade monologuée qui ouvre cette pièce, est écrite sous forme de versets poétiques, et prononcée d’un même souffle (la scène ne comporte qu’un seul point, à la fin). C’est une approche déstabilisante pour le lecteur et le spectateur, qui savent d’emblée à quoi s’en tenir : Louis va mourir, doit le révéler à sa famille, et il exprime sa difficulté à le faire.
LE PROLOGUE
Ce prologue est ainsi plein d’ambiguïtés mais répond cependant à la fonction traditionnelle d’une exposition théâtrale. - Le prologue donne des infos sur le protagoniste Louis : son âge, sa mort prochaine, son rapport à la parole, son angoisse existentielle, son désir de maîtrise. - Cependant, ces informations, notamment celles d’ordre psychologique, peuvent être mises en doute. Le personnage n’est-il pas dans la manipulation de l’image qu’il donne de lui mais aussi de son langage s’enroulant sur lui-même ? - L’action est annoncée : elle implique un retour (« retourner les voir » / « revenir sur mes pas » / « aller sur mes traces »), à la fois dans l’espace et le temps, à une situation et un lieu antérieurs. Elle consiste en un acte de parole, avec toute la charge émotionnelle de l’annonce de la mort à venir portée par la répétition du verbe « dire », toutes les caractérisations de l’acte (« lentement » / « avec soin ») et se révèle un acte d’adieu (coïncidant pourtant avec des retrouvailles). Le personnage de Louis oriente l’attente du lecteur/spectateur vers l’annonce de sa mort, et la certitude / la fatalité de cette mort, donnant ainsi une dimension tragique à la pièce.
Le prologue a ses origines dans le théâtre occidental antique: "prologos" signifie « discours avant » et désigne à l’origine la première partie de la tragédie grecque, avant la première apparition du choeur. Ordinairement, l’action théâtrale se situe dans le présent de la parole, il y a simultanéité entre action et parole, or, ici, la parole est difficile à situer dans le temps. - Les premiers mots « Plus tard » ouvrent vers un futur. - « L’année d’après / j’allais mourir » se réfère à un évènement antérieur - « J’ai près de trente-quatre ans maintenant » place la scène dans le présent. => On observe donc un flottement dans le temps. L’auteur place le lecteur-spectateur dans l’incertitude, en donnant des repères puis en les brouillant, au point que l’on ne sait pas vraiment si le personnage de Louis n’est pas déjà mort. D’où un questionnement par rapport à l’espace : où est celui qui parle ? À qui parle-t-il ? On est bien dans la convention du monologue théâtral fondée sur la double énonciation, mise en lumière par le jeu des pronoms (« toi », « vous », « elle »…) comme des adresses au spectateur. L’action se donne aussi effectivement comme spectacle, avec une certaine confusion entre les spectateurs et ceux qui sont concernés par le retour du personnage (sa famille). Louis apparaît à la fois comme personnage et narrateur de la pièce. Il se présente lui-même comme un « messager ». Il crée une proximité avec le lecteur ou le spectateur.
Le prologue nous installe dans une crise tragique à la fois par le caractère inéluctable du verdict (« C’est à cet âge que je mourrai »), par la référence au danger et à la violence et par l’évocation de l’attente et de l’échéance. - Mais le héros tragique traditionnel est soumis à un destin décidé par des instances supérieures, scellant son sort funeste et niant sa volonté. Or ici, par l’insistance sur la décision s’affirme une volonté de maîtrise. D’autant que la maîtrise s’attache à l’annonce de la mort, « Seulement dire ma mort prochaine et irrémédiable », comme si le personnage pensait dominer sa mort par l’annonce qu’il s’apprête à en faire. Les derniers mots du prologue, « jusqu’à cette extrémité, mon propre maître », manifestent bien sa résistance à l’écrasement tragique. Ainsi, dans toute son ambiguïté, le prologue nous installe dans une situation tragique face à un personnage qui la révèle, mais dont la mise à jour est aussi un refus du tragique comme si sa parole et son annonce allaient lui permettre de surmonter la mort.
MC CRACKEN
01
Le personnage avoue avec lucidité son immobilisme terrifié face à la mort, au temps destructeur et il nous livre son appréhension du néant. ❖ "de nombreux mois déjà que j’attendais à ne rien faire‚ à tricher‚ à ne plus savoir‚ / de nombreux mois que j’attendais d’en avoir fini / à peine‚ / (…) imperceptiblement" - répétition du verbe « attendre » + négations « ne rien faire », « ne plus savoir » = passivité - lexique de l’immobilisme physique : « à peine » + adverbe « imperceptiblement » - anaphore du complément circonstanciel de temps « de nombreux mois » : obsession du temps ❖ "l’année d’après, / comme on ose bouger parfois, / à peine, / devant un danger extrême‚ imperceptiblement‚ sans vouloir faire de bruit ou commettre un geste trop violent qui réveillerait l’ennemi et vous détruirait aussitôt" -Nouvelle anaphore « l’année d’après » : rupture syntaxique dans la phrase = anacoluthe - champ lexical de la violence : la mort, désignée par des périphrases (« danger extrême »,«l’ennemi ») est un ennemi redoutable - emploi des pronoms "on » et « vous » : anéantissement progressif du personnage ? ou mise à distance, effacement volontaire pour mettre à distance le danger ? ❖ "la peur, / prenant ce risque et sans espoir jamais de survivre" - « la peur » : vers court pour mettre en valeur son angoisse face à la mort - GN prépositionnel « sans espoir jamais de survivre » + emploi de la négation = extrême lucidité face au destin inéluctable
ANALYSE DU PROLOGUE
1er mouvement (lignes 1-15) : la mort inéluctable et le destin implacable de Louis / l’entrée dans la tragédie
La mort inexorable du protagoniste et la fatalité d’un destin implacable sont révélées d’emblée au spectateur dans un brouillage temporel énigmatique et déstabilisant. ❖ "Plus tard‚ l’année d’après / – j’allais mourir à mon tour" : =>2 indications temporelles juxtaposées qui ouvrent vers le futur : - « L’année d’après / j’allais mourir » : emploi de l’imparfait qui situe le futur par rapport au passé, se réfère à un évènement antérieur ❖ "J’ai près de trente-quatre ans maintenant et c’est à cet âge que je mourrai / l’année d’après" =>- mention de son âge : jeunesse du condamné + référence au Christ - répétition du verbe « mourir » = polyptote (=proximité de plusieurs formes verbales d’un même verbe) + emploi du futur de certitude => caractère implacable du destin - tournure emphatique « c’est à cet âge que… » : caractère inéluctable du verdict - association du futur et de l’adverbe « maintenant » dans la même phrase = distorsion temporelle énigmatique. « J’ai près de trente-quatre ans » peut être un présent d’énonciation (au moment où le personnage parle) ou un présent de narration (peut-être déjà mort ? => ambiguïté - reprise anaphorique de l’indication temporelle « l’année d’après » (reprise aux lignes 7, 12, 17) => obsession du temps
MC CRACKEN
02
2e mouvement (lignes 16-28) : la décision de retourner dans sa famille pour annoncer sa mort prochaine : l’enjeu central de la pièce ?
Ce prologue joue le rôle de scène d’exposition présentant le personnage principal mais aussi l’action à venir de la pièce. Le coeur de l’intrigue, l’enjeu de la pièce (le retour aux sources et l’aveu de Louis à sa famille), sont annoncés d’emblée aux lecteurs-spectateurs. ❖ "malgré tout‚ l’année d’après" - répétition de la locution adverbiale « malgré tout » (l.12 et 16) : retournement de situation - terme à valeur épique « prenant ce risque » de la l.15 qui évoque la prise de risque volontaire ❖ "je décidai de retourner les voir‚ revenir sur mes pas‚ aller sur mes traces et faire le voyage" - emploi du verbe « décider » + retour de la 1ère personne = expression de la volonté (prise en main de son destin) - exploitation de l’épanorthose = figure de pensée consistant à revenir sur ce qu’on vient d’affirmer, pour nuancer, corriger, préciser, reformuler… - énumération de 4 verbes d’action à l’infinitif = affirmation du personnage en mouvement, en action - répétition du préfixe re- (retourner / revenir) + polysémie de l’expression « faire le voyage » (déplacement physique mais aussi passage de la vie à la mort) = thématique du retour, de la plongée dans le passé - emploi des déterminants possessifs « mes pas / aller sur mes traces » : retour sur ses origines. Le monologue opère un retournement de situation : Louis décide finalement de mener un combat contre la maladie et la mort en revenant dans sa famille. Il affirme son désir de prise de risque, sa volonté d’action, dans une velléité de prendre en main son destin. Louis annonce un retour aux sources,à ses origines qui est un combat contre le temps qui passe. Lagarce utilise la polysémie de l’expression «faire le voyage» pour évoquer le passage symbolique de la vie à la mort. Ici, Louis conjure momentanément la mort par un voyage inversé, qui est une remontée dans le temps, un retour dans le cocon familial. Le personnage met en scène l’annonce de sa mort, dans une volonté de maîtrise. L’acte de parole se veut action de résistance face à la mort mais il est aussi acte d’adieu. La fatalité tragique demeure présente.
❖ "Pour annoncer‚ lentement‚ avec soin‚ avec soin et précision / – ce que je crois – / lentement‚ calmement‚ d’une manière posée / – et n’ai-je pas toujours été pour les autres et eux‚ tout précisément‚n’ai-je pas toujours été un homme posé ?" - emploi du verbe-clé « annoncer » = complément de but : but/intention du personnage révélé(e) => l’action programmée est un acte de parole - succession de compléments circonstanciels de manière + répétition de l’adverbe de manière « lentement » et reprise de la locution adverbiale « avec soin » (= épizeuxe : répétition contiguë d’un même terme sans mot de liaison) = insistance sur les conditions de l’annonce, caractérisations de l’acte de parole // précautions oratoires et allongement de la phrase = épanorthose - proposition incise « ce que je crois » = discours dans le discours, personnage se montrant en train de réfléchir, mettant en scène sa pensée = auto-analyse - répétition de l’adjectif « posé » = insistance sur le caractère serein et réfléchi du personnage. Mais cela est contredit par l’interro-négative « n’ai-je pas toujours été pour les autres et eux… ? » : emploi de pronoms (indéfini/personnel) en fonction complément => image que Louis renvoie aux autres et non sa vraie personnalité ? ❖ pour annoncer‚ / dire‚ / seulement dire‚ / ma mort prochaine et irrémédiable / l’annoncer moi-même‚ en être l’unique messager‚ - reprise du verbe « annoncer » + champ lexical de la parole : « annoncer », «dire» (2 fois), «messager»: l’action envisagée est acte de parole, aveu, révélation - « seulement dire » : utilisation de l’adverbe « seulement » à valeur de restriction (cf l’adverbe « juste » du titre de la pièce !) = importance fondamentale de l’acte de parole qui devient un acte de résistance face à la mort, un refus du tragique - « ma mort prochaine et irrémédiable » : G.N. COD du verbe « annoncer » = surgissement de la mort malgré les velléités du personnage, ses affirmations de force et de courage = fatalité tragique => acte d’adieu autant qu’acte de paroleLe lecteur spectateur découvre le statut particulier du protagoniste, à la fois personnage et narrateur, à la fois victime de son destin et voix du destin. ❖ l’annoncer moi-même‚ en être l’unique messager - emploi du pronom réfléchi « moi-même » + adjectif « unique » = Louis insiste avant tout sur le fait qu’il veut être une voix agissante et être en pleine possession de son destin - le terme « messager » renvoie à la tragédie antique
03
3e mouvement (lignes 29-36) : le combat pour rester maître de son destin, entre théâtralité et ironie tragique
Le personnage exprime son refus du tragique, sa volonté de maîtriser son destin tout en révélant la théâtralité à l’oeuvre et l’ironie tragique. ❖ et paraître / – peut-être ce que j’ai toujours voulu‚ voulu et décidé‚ en toutes circonstances et depuis le plus loin que j’ose me souvenir – / et paraître pouvoir là encore décider / (…) me donner et donner aux autres une dernière fois l’illusion d’être responsable de moi-même et d’être‚ jusqu’à cette extrémité‚ mon propre maître. - champ lexical de la volonté : « "voulu », « voulu et décidé » , « décider », « être responsable de moi-même », « mon propre maître » => volonté de maîtrise + affirmation du pouvoir de décision. - retour du lexique temporel : adverbes « toujours / encore » + complément circonstanciel de temps « depuis le plus loin…me souvenir » + expression « en toutes circonstances » = lutte inscrite dans la durée - Mais en opposition lexique de l’illusion : répétition du verbe « paraître » (en écho au verbe « tricher » de la ligne 5) + adverbe « peut-être » + « illusion ». + emploi du GN « cette extrémité » (en écho à l’expression « danger extrême » ligne 10) = retour obsédant de la mort inexorable ❖ me donner et donner aux autres‚ et à eux‚ tout précisément‚ toi‚ vous‚ elle‚ ceux-là encore que je ne connais pas (trop tard et tant pis) - COI avec énumération de pronoms personnels (+ pronom démonstratif « ceux-là ») : référence aux membres de sa famille destinataires de son futur aveu + adresses aux spectateurs - incise entre parenthèses « (trop tard et tant pis) » : rappel de la fatalité de la condition humaine + ironie tragique
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LA PARABOLE DU FILS PRODIGUE
Extrait du Prologue de Juste la fin du monde LOUIS. — Plus tard, l’année d’après – j’allais mourir à mon tour – j’ai près de trente-quatre ans maintenant et c’est à cet âge que je mourrai, […] je décidai de retourner les voir, revenir sur mes pas, […] pour annoncer, dire, seulement dire, ma mort prochaine et irrémédiable […]
Relisez les pages 208-209 de votre livre Reportez-vous ensuite aux scènes suivantes :
- Première partie, scène 1
- Première partie, scène 11
- Seconde partie scène 3
QUESTION : Quels liens pouvez-vous établir entre ce mythe biblique et ces trois scènes ? Justifiez votre réponse à l’aide d’exemples précis (n’oubliez pas de préciser le contexte des citations relevées). Afin de développer votre réponse plus facilement, vous pourrez reprendre les arguments de Jean-Pierre Sarrazac dans le texte ci-dessous
Jean-Pierre Sarrazac, Préface, Juste la fin du monde, Les Solitaires Intempestifs, 2020. Dans Juste la fin du monde‚ le père‚ décédé‚ n’est pas là pour accueillir Louis (c’est précisément sous la figure du « Père‚ mort déjà » qu’il fera sa réapparition dans Le Pays lointain‚ pièce ultime résultant d’une profonde réécriture de Juste la fin du monde). En outre‚ Louis n’est pas le cadet mais l’aîné des fils. Mais la principale distorsion se trouve ailleurs : dans le fait qu’au lieu de « revenir à la vie »‚ comme il est dit chez Luc‚ le Fils prodigue de Jean-Luc est voué à une mort prochaine‚ une mort dont‚ une fois dans le cercle familial‚ il s’interdira d’annoncer la nouvelle. D’une certaine manière‚ Louis est un mort (« déjà ») qui revient parmi les vivants‚ et ceux‑ci ne cessent de ressentir son étrangeté‚ sans pour autant savoir d’où elle procède. Peut-être même ont-ils fait de son vivant le deuil du Fils prodigue. […] On pourrait aussi avancer le contraire : que Louis, malgré le mal qui le ronge, se considère comme le seul vivant face à cette assemblée des spectres familiaux. Mais ce serait méconnaître la tendresse infinie qu’il éprouve pour les membres de sa famille et oublier ce souci de ne pas leur « faire de mal » qui, au moins en partie, explique son renoncement à dire son attente d’une mort prochaine.
Pour lire la correction , c'est par ici !
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LA PARABOLE DU FILS PRODIGUE CORRECTION
La question porte sur le lien entre la pièce et l'analyse qu'en propose Jean-Pierre Sarrazac dans sa Préface de la pièce en 2020. Comment procéder pour répondre ?
Etape 1: repérer dans la préface les arguments de Sarrazac.
01
Etape 2: bien relire les scènes proposées - Partie 1, scènes 1 et 11 - Partie 2 scène 3.
02
03
Etape 3: reprendre chaque argument et repérer dans les scènes les citations qui vont servir à les illustrer.
04
Pour aller plus loin et vous entraîner à la dissertation , c'est par là !
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REDACTION DE PARAGRAPHES DE DISSERTATION : Entrainez-vous à rédiger des paragraphes de dissertation qui reprendraient les différents arguments au sujet de la parabole du fils prodigue ainsi que les exemples, mais en les rattachant cette fois à d’autres idées, exploitables sur différents sujets de dissertation.
Par exemple: Idée 1 : le personnage de Louis incarne la figure d’Orphée. Ex : Partie 1, scène 1 : l’évocation du voyage de Louis à la page 55, n’est pas sans rappeler le mythe d’Orphée, revenu des Enfers. En ce sens on peut envisager le personnage de Louis comme une figure moderne d’Orphée Il rend visite à sa famille et cette parole qui ne sera jamais dite peut être envisagée comme son chant du cygne. A l’inverse d’Orphée, cependant, il est voué à retourner aux Enfers. Ex : partie 1 , scène 11 « j’ai voyagé cette nuit », « Ne commence pas, / tu voudras me raconter des histoires, /je vais me perdre, / (…) et peu à peu tu vas me noyer » (p.96). Antoine rappelle ici que Louis est un écrivain, un poète qui comme Orphée, charme par ses paroles ceux qui l'entourent. Le voyage qu'il évoque rappelle celui que fit OOphée aux enfers pour retrouver Eurydice.
Idée 2 : la crise familiale s’exprime par l’absence de proximité entre les personnages.
Idée 4 : la crise individuelle provient d’un sentiment d’abandon et de non reconnaissance, d’indifférence.
Vous pouvez ensuite cliquer ici pour lire les réponses
Idée 3 : la communication fait défaut
MC CRACKEN
Idée 2 : la crise familiale s’exprime par l’absence de proximité entre les personnages.
Idée 3 : la communication fait défaut
- Ex : partie I, 11 : lors de leur affrontement à la fin de la première partie, Antoine refuse d’écouter Louis : « c’est tout cela, ces histoires pour rien, / des histoires, je ne comprends rien» (p. 98). Le jeu sur l'adverbe de négation rien repris commme second élémnet de la négation totale souligne non seulemet qu'Natoine compte pour rien les parlles de Louis, qu'elles onst sans importance , mais aussi l'absence de toute communication possible entre les deux frères.
- Ex Partie 2, scène 3 : alors que Louis est sur le point de partir, Antoine revient sur la difficulté à parler dans la famille lorsque Louis était encore avec eux : « rien jamais ici ne se dit facilement » (p.119).
- Ex : partie 1 scène 1 : Suzanne fait remarquer à Louis qu’il serre la main de Catherine comme s’ils étaient des «"étrangers » (p. 53) et qu’il « ne change(ait) pas ». Sa mère réalise alors qu’ils ne se connaissent pas: "que vous ne vous connaissiez pas, /que la femme de mon autre fils ne connaisse pas mon fils, /cela, je ne l’aurais pas imaginé, /cru pensable. / Vous vivez d’une drôle de manière. »( p. 54). Son commentaire sur leur façon de vivre est intéresssant à deux égards. Il s ouligne non seulement la surprise face à la distance que Louis entretient avec sa famille mais aussi la distance que la mère prend avec sa propre famille.
- Ex : partie 1 scène 1 : Suzanne confirme aussi le manque de proximité de Louis avec Antoine: "il n’embrasse jamais personne, / toujours été comme ça. / Son propre frère, il ne l’embrasse pas. »( p. 55). Elle insiste alors sur l'absence de relation et de chaleur entre Louis et Antoine
- Ex : partie I, scène 11 : « Tu ne disais rien parce que tu ne me connais pas, / tu crois me connaître mais tu en me connais pas, / tu me connaîtrais parce que je suis ton frère ? / ce sont des sottises, / tu ne me connais plus, il y a longtemps que tu ne me connais plus » (p. 100).
Idée 4 : la crise individuelle provient d’un sentiment d’abandon et de non reconnaissance, d’indifférence. Proposition de citations exploitables.
- Ex : Partie 2, scène 3 : « et lorsque tu nous quitteras encore, que tu me laisseras » (p.124).
- Ex : Partie 2, scène 3 : « Moi, je suis la personne la plus heureuse de la terre, / et il ne m’arrive jamais rien, / et m’arrive-t-il quelque chose que je ne peux pas me plaindre » (p. 122.)
- Ex : Partie 2, scène 3 : « tu es là, devant moi, / je savais que tu serais ainsi, à m’accuser sans mot, / et je te plains, et j’ai de la pitié pour toi, c’est un vieux mot » (p. 124).
- Ex : Partie 2, scène 3 : « tu attends, replié sur ton infinie douleur intérieure dont je ne saurais pas même / imaginer le début du début. /Je ne suis rien, /je n’ai pas le droit, / et lorsque tu nous quitteras encore, que tu me laisseras, / je serai moins encore, /juste là à me reprocher les phrases que j’ai dites, /à chercher à les retrouver avec exactitude, /moins encore, /avec juste le ressentiment, /le ressentiment contre moi-même. » (p.124).
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LA STRUCTURE GENERALE DE LA PIECE
DOCUMENT 1 : ENTRETIEN AVEC FRANÇOIS BERREUR (metteur en scène de la pièce en 2007). Propos recueillis par Catherine Gillequin-Maarek et Danielle Mesguich le 13 octobre 2007. L’essentiel du travail a porté sur la scénographie et la mise en place de l’intermède. La structure de la pièce est en effet extrêmement importante : le prologue est suivi d’une première partie relativement réaliste ; viennent ensuite l’intermède (qui comporte neuf courtes scènes), la seconde partie et l’épilogue. L’intermède occupe donc une place centrale et opère un changement radical dans la pièce. Dans ce moment central, si l’on ôte le texte de Louis et les appels de la mère, on note une vraie continuité. J’ai donc réuni tous les personnages ce qui m’a permis de faire exploser le rapport à l’espace. Au début de la seconde partie, Louis annonce ce qui va se passer : « Et plus tard, vers la fin de la journée … ». Un peu plus avant dans cette partie, ce sont les femmes qui endossent le rôle de chœur assuré jusque-là par Louis. Elles utilisent son vocabulaire, prennent sa place par rapport au public. Louis est alors obligé de rentrer à l’intérieur de la scène ; dans la dernière scène, ce n’est plus lui qui observe les autres, ce sont les femmes qui le regardent. Ce glissement s’opère grâce à deux répliques tout à fait signifiantes : « Suzanne. – Et puis encore, un peu plus tard. La Mère. – Nous ne bougeons presque plus, nous sommes toutes les trois comme absentes, on les regarde, on se tait.». On peut voir là une préfiguration de la pièce suivante de Jean-Luc Lagarce, J’étais dans ma maison, où un chœur de femmes parle d’un homme disparu. Du point de vue scénographique, j’ai essayé de travailler la tension intérieur/extérieur, rêve/réalité. L’épilogue renvoie en effet toute la pièce à un rêve que forme Louis qui est mort. Dans une pièce que Jean-Luc Lagarce écrira plus tard, Le Pays lointain, l’idée d’un dialogue au-delà de la mort est reprise et accentuée : le père présent parle en effet avec les morts.
QUESTION :
- Quelles interprétations de la pièce François Berreur propose-t-il ?
- Relisez la didascalie initiale et le prologue : en quoi autorisent-ils cette interprétation ?
Pour observer la structure de la pièce, c'est par ici
POur p
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LA STRUCTURE GENERALE DE LA PIECE
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Juste la fin du monde et l'influence de la tragédie grecque.
DOCUMENT 1 : PIECE (DE)MONTEE, CRDP DE PARIS, N°30, NOVEMBRE 2007. La structure de la pièce est la suivante : - un prologue (monologue de Louis) ; - une première partie composée de onze scènes offrant plusieurs monologues (scène 3 : Suzanne, scène 5 : Louis, scène 8 : la Mère, scène 10 : Louis) ; - un intermède comprenant neuf scènes très brèves ; - une seconde partie comprenant trois scènes (dont la première est un monologue de Louis) ; - un épilogue (monologue de Louis). La structure de la pièce s’apparente à une « pièce-paysage », selon la définition de Vinaver par «la juxtaposition d’éléments discontinus à caractère contingent ». François Berreur explique cette alternance : entre les différentes séquences de l’œuvre, Louis, le personnage narrateur intervient, raconte, fait le point comme dans un journal, puis essaie de diriger la suite des événements, presque comme un Monsieur Loyal qui nous raconterait sa vie en procédant à des va-et-vient entre narration directe et scènes d’apparence réaliste. Des rapprochements peuvent être opérés avec la tragédie. Dans la pièce, Louis fait fonction de messager, mais un messager perpétuellement contrarié, mis en échec. Il occupe une position de chœur à l’égard des spectateurs. Les conflits à l’œuvre dans la pièce scellent l’échec de l’annonce de sa mort et installent Louis dans une position d’étranger radical – et c’est là la tragédie – qui emporte dans la mort ce cri muet. Néanmoins, l’humour distancé et l’ironie travaillent la tragédie de l’intérieur et la font par moments voler en éclats.
. Document n°3 : Sophocle, OEdipe-Roi, Traduction de Leconte de Lisle. LE CHOEUR. Strophe I. Ô générations des mortels, je ne vous compte pour rien, aussi longtemps que vous viviez ! Quel homme n'a pour plus grand bonheur que de sembler heureux et ne déchoit ensuite ? En face de ton démon et de ta destinée, ô malheureux Œdipe, je dis qu'il n'est rien d'heureux pour les mortels. Antistrophe I. Tu as poussé ton désir au-delà de tout et tu as possédé la plus heureuse richesse. Ô Zeus ! ayant dompté la vierge aux ongles recourbés, la prophétesse, tu as été le mur de la patrie et tu as défendu les citoyens contre la mort, et tu as été nommé roi et revêtu de très hauts honneurs, et tu commandes dans la grande Thèbes. Strophe II. Et maintenant, si nous avons compris, qui est plus misérable que toi ? Qui a été plongé, par les changements de la vie, dans un désastre plus terrible ? Ô tête illustre d'Œdipe, à qui un seul sein a suffi comme fils et comme mari, comment celle que ton père a fécondée a-t-elle pu te subir en silence et si longtemps ? Antistrophe II. Le temps qui voit tout t'a révélé contre ton gré et condamne ces noces abominables par lesquelles tu es à la fois père et fils. Ô fils de Laïus, plût aux dieux que je ne t'eusse jamais vu, car je gémis violemment et à haute voix sur toi. Cependant, je dirai la vérité : c'est par toi que j'ai respiré et que mes yeux se sont assoupis. LE MESSAGER. Ô vous, les plus grandement honorés de cette terre, quelles actions vous allez apprendre et voir, et que de gémissements vous pousserez, si, comme il convient à ceux de même race, vous avez encore souci de la maison des Labdacides ! Je pense, en effet, que ni l'Istros ni le Phasis ne pourraient laver les souillures inexpiables que cache cette maison et celles qui vont paraître d'elles-mêmes à la lumière. Or, les maux les plus lamentables sont ceux qu'on se fait à soi-même
Document n°2 : L’influence d’Aristote. Aristote, La Poétique, Extraits des chapitres XIII-XIV, 322 avant Jésus-Christ, Paris, éd. J. Delalain, 1874, traduction Charles Batteux. Il reste le milieu à prendre : c'est que le personnage ne soit ni trop vertueux ni trop juste, et qu'il tombe dans le malheur non par un crime atroce ou une méchanceté noire, mais par quelque faute ou erreur humaine, qui le précipite du faite des grandeurs et de la prospérité, comme Œdipe, Thyeste, et les autres personnages célèbres de familles semblables. […]. On peut produire le terrible et le pitoyable par le spectacle, ou le tirer du fond même de l'action. Cette seconde manière est préférable à la première, et marque plus de génie dans le poète : car il faut que la fable soit tellement composée, qu'en fermant les yeux, et à en juger seulement par l'oreille, on frissonne, on soit attendri sur ce qui se fait ; c'est ce qu'on éprouve dans l'Œdipe. Quand c'est l'effet du spectacle, l'honneur en appartient à l'ordonnateur du théâtre plutôt qu'à l'art du poète. Mais ceux qui, par le spectacle, produisent l'effrayant au lieu du terrible ne sont plus dans le genre ; car la tragédie ne doit point donner toutes sortes d'émotions, mais celles-là seulement qui lui sont propres. Puisque c'est par la pitié et par la terreur que le poète tragique doit produire le plaisir, il s'ensuit que ces émotions doivent sortir de l'action même. Voyons donc quelles sont les actions les plus capables de produire la terreur et la pitié. Il est nécessaire que ces actions se fassent par des personnes amies entre elles, ou, ennemies ou indifférentes. Qu'un ennemi tue son ennemi, il n'y a rien qui excite la pitié, ni lorsque la chose se fait, ni lorsqu'elle est près de se faire ; il n'y a que le moment de l'action. Il en est de même des personnes indifférentes. Mais si le malheur arrive à des personnes qui s’aiment ; si c'est un frère qui tue ou qui est au moment de tuer son frère, un fils son père, une mère son fils, un fils sa mère, ou quelque chose de semblable, c'est alors qu'on est ému et c'est à quoi doivent tendre les efforts du poète. Il faut donc bien se garder de changer les fables reçues ; je veux dire qu'il faut que Clytemnestre périsse de la main d'Oreste, comme Eriphyle de celle d'Alcméon. C'est au poète à chercher des combinaisons heureuses, pour mettre ces fables en œuvre. […] C'est par cette raison, comme on l'a dit il y a longtemps, que les tragédies sont renfermées dans un petit nombre de familles. […]
Question 1 : à partir du document 2, définissez les caractéristiques de la tragédie qu’identifie Aristote
Question 2 : Qui fait figure de messager dans Juste la fin du monde?
Question de synthèse : Dans quelle mesure les œuvres de l’Antiquité ont-elles influencé l’œuvre Juste la fin du monde ? Justifiez votre réponse à l’aide d’exemples précis. Vous pourrez évoquer, pour développer votre réponse plus facilement, Aristote et Sophocle. Répondez sous la forme de paragraphes de dissertation.
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SYNTHESE ⇨ Dans quelle mesure les œuvres de l’Antiquité ont-elles influencé l’œuvre Juste la fin du monde ? Justifiez votre réponse à l’aide d’exemples précis. Vous pourrez évoquer, pour développer votre réponse plus facilement, Aristote et Sophocle. Répondez sous la forme de paragraphes de dissertation. Le premier rapprochement que l’on peut faire concerne la structure de la pièce qui évoque celle d’une tragédie grecque, notamment par la présence d’un prologue. Le rôle du « messager », tenu par Louis dans le prologue, est caractéristique de la tragédie antique. Il est là pour annoncer sa mort prochaine. Mais ensuite, c’est Suzanne qui prend ce rôle en figure de Cassandre, annonçant la réplique d’Antoine à venir dans l’intermède (« Ta gueule, Suzanne », première partie, scène 7 et Intermède, 8). Aucun de ces messagers ne parvient à délivrer son message : Louis quitte sa famille sans voir rien dit et Suzanne n’est jamais écoutée. En outre, contrairement au messager du théâtre antique, Louis raconte sa propre histoire, et non celle d’un autre personnage. Les cinq personnages de la pièce appartiennent quant à eux à deux catégories différentes : les quatre membres de la famille forment une sorte de chœur, le chœur de ceux qui sont restés et qui s’opposent à Louis, l’errant, le fils prodigue, messager de sa propre mort qu’il n’annoncera pas. C’est cette place de Chœur que rappelle Catherine à la scène 3 de la seconde partie: « Nous ne bougeons presque plus, nous sommes toutes les trois comme absentes, on les regarde, on se tait ». Le second rapprochement que l’on peut faire entre la pièce de Lagarce et la tragédie antique concerne le sujet de la famille que l’on retrouve par exemple dans Œdipe roi de Sophocle. Dans la pièce de Lagarce c’est bien une crise familiale qui est mise en scène, celle de l’impossibilité à se dire son amour entre frères et sœurs. C’est ce qui donne lieu à de nombreuses disputes entre Antoine et Louis mais aussi entre Suzanne et Antoine. L’acmé de ce conflit se situe à la fin de la scène 2 de la seconde partie lorsqu’ Antoine le menace « Tu me touche : je te tue ». On peut aussi lire en filigrane des allusions à l’inceste des tragédies antiques lorsque Suzanne déclare : « on ne se touche pas » mais que « c’est l’amour » (Intermède scène 2) . Allusion à l ‘inceste que reprend Louis en écho à la scène 2 de la seconde partie: « j’épouse ma sœur, nous vivons très heureux » et qui n’est pas sans rappeler Électre de Sophocle. Il faut aussi s’intéresser aux personnages. Ceux de Lagarce ne sont certes pas nobles, ce sont des personnages très banals comme le laissent entendre les souvenirs de la Mère à propos des dimanches en famille ou Antoine qui « travaille dans une petite usine d’outillage ». Pourtant, on peut envisager Louis comme celui qui a été nommé roi et « revêtu de très hauts honneurs ». Sa famille reconnaît en lui un auteur de talent, il est celui qui sait écrire, maîtrise la parole. Mais il est aussi par conséquent celui que personne ne comprend, il est isolé, « absent », « lointain », « l’Homme Malheureux » selon Antoine. En outre, tout comme Œdipe, il est à la fois Père et fils. Ce double rôle est celui que lui demande de remplir Catherine lorsqu’elle lui rappelle que c’est à lui « qu’ils semblent vouloir demander l’autorisation » et que ce qu’ils voudraient, c’est qu’il « les encourage », les « autorise » ou leur « interdise de faire telle ou telle chose » (Première partie, scène 8). Enfin, sa destinée est celle d’un héros de tragédie : « ni trop vertueux, ni trop juste » comme le préconise Aristote, il tombe dans le malheur victime d’un « fatum » contre lequel il ne peut rien, sinon pousser « un grand et beau cri ». (Epilogue). Il suscite auprès des spectateurs: « terreur et pitié », les deux sentiments définis par Aristote, comme le lui confirme Antoine: « et je te plains, et j’ai de la pitié pour toi, c’est un vieux mot, / mais j’ai de la pitié pour toi, / et de la peur aussi, et de l’inquiétude, / et malgré toute cette colère, j’espère qu’il ne t’arrive rien de mal » (Seconde partie, scène 3).
Mc Cracken
Analyse de la structure de la pièce: l'intermède.
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Document 1 : « Intermède », Dictionnaire de la langue française URL : https://www.cnrtl.fr/definition/interm%C3%A8de 1. Divertissement dramatique, lyrique, c horégraphique ou musical s'intercalant entre les actes d'une pièce de théâtre, les parties d'un spectacle. Divertissement chorégraphique intercalé au XVIIe siècle entre les actes d'une comédie sans en interrompre l'action. Courte pièce, le plus souvent bouffonne, intercalée au XVIIIe siècle entre les actes d'un opéra sans rapport avec lui et d'où est né l'opéra-comique. 2. Au figuré. Événement qui interrompt provisoirement le cours des choses ; période qui fait diversion dans le temps.
Document 3 : Article « L’intermède de Juste la Fin du monde ou l'espace dramatique repensé » article en ligne. Loin de se présenter comme une rupture, un entracte en spectacle, l’intermède de Juste la Fin du monde semble s’inscrire dans la continuité du drame, tant il multiplie les références à la scène précédente, entre les deux frères. Le ballet verbal entre les cinq personnages s’y poursuit, sous une forme accélérée, en scènes brèves. Sa singularité est ailleurs, scandée par les appels entre personnages et la déclinaison de la question « Où es-tu ? ». Le ballet se fait spatial : La Mère appelle Louis, Catherine cherche Antoine, les demandes fusent dans tous les sens, « je vous cherchais », « Où est ce qu’ils sont ? » « Où est-ce que vous allez ? » « Reviens ». Plus, aucun repère, sinon peut être le montage entre scènes paires et impaires, ces dernières présentant Antoine et Suzanne. D’autant moins de repère que l’amorce de l’intermède semble reprendre celle de la pièce : l’esquisse d’un monologue de Louis suscite la demande maternelle et la parole des autres personnages ; et que ce monologue pourrait être la narration d’un rêve : « Et ensuite dans mon rêve encore, /toutes les pièces de la maison étaient loin les unes des autres. » Dans cette partie de cache-cache, onirique ou domestique, l’économie du rêve prend le rythme du vaudeville. Où sommes-nous ? Dans la maison familiale? Dans la rêverie de Louis ? Dans un espace théâtral qui n’existe que par la parole ? Espace mental, quoi qu’il en soit, et sentimental. Labyrinthe relationnel, où l’ironie dramatique, quand tous se cherchent, se perdent et s’égarent, les conduit à ne parler que retrouvailles : « vous vous êtes retrouvés », dit Suzanne des frères, « Vous me retrouvez toujours », reprendra Antoine, qui insistera : « Ce que je disais : « Retrouvé», dans le même temps où Louis s’évoque en petit poucet rêveur, égrenant une chanson. Sur scène les personnages sont présents et absents, Louis notamment, qui répond in fine à sa mère « j’étais là ». Il est clair que le jeu qui se dessine ainsi, dans cet espace cloisonné, labyrinthique, reproduit l’enjeu même de la pièce : se retrouver, toucher ou atteindre l’autre, être entendu. « Qu’est-ce que tu as dit ? Je n’ai pas entendu », est bien la formule de la pièce, celle qui consacre l’échec de Louis.
Document 2 Dossier pédagogique « Juste la fin du monde », CRDP de Franche-Comté.
Deux noyaux se mettent en place -La Mère/ Louis- autour des scènes impaires. Scène 1 : Louis/ La Mère, avec des effets d’incommunicabilité, « Qu’est-ce que tu as dit?". Scène 3 : Louis seul. Scène 5 : Louis/ Catherine. Scène 7 : La Mère/ Catherine, couple de deux mères, Louis absent mais présent dans le dialogue : « C’était Louis ? ». Scène 9 : Louis/ La Mère. Les scènes impaires s’articulent autour de la sensation de solitude et de désorientation, elles comportent des péripéties, telles les rencontres Louis/ Catherine et La Mère/ Catherine et présentent globalement une structure cyclique. Elles mettent en place le couple Mère/ fils, Catherine étant une autre figure de mère et substitut de La Mère, ayant elle aussi un fils nommé Louis.
Le deuxième noyau se cristallise sur les scènes paires : Antoine et Suzanne, noyau stable, fondé sur la proximité des personnages, où la parole est plus développée, avec des effets d’écho et d’amplification progressive. Scène 2 : « Toi et moi » / « Nous » / « C’est l’amour », force et intensité du lien. Scène 4 : duo lyrique dans le dialogue (à la manière d’un chant), « Suzanne : Ce que je ne comprends pas » / « Antoine : « Ce que nous ne comprenons pas ». Scène 6 : question de Suzanne, « Et que je sois malheureuse ? » / réponse d’Antoine, « Mais tu ne l’es pas ». Scène 8 : fausse scène de départ, « Nous aussi nous t’appelons », véritables retrouvailles dans la douceur amère des chamailleries entre frère et sœur, « Ta gueule, Suzanne ! ». Le couple frère/ sœur est ainsi montré dans toute sa force et son ambiguïté avec le tabou, «On ne se touche pas » mais aussi la proximité possible de l’inceste, « C’est l’amour ». Significativement, le couple mari/ femme est évacué de l’intermède, malgré les appels de Catherine à Antoine.
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Analyse de la structure de la pièce: l'intermède. Rédaction de paragraphes de dissertation
CONSIGNES: 1 Reprenez les différentes idées figurant dans cette étude de l’intermède et recherchez des citations permettant de les illustrer. 2 Rédigez ensuite vos paragraphes de dissertations.
❸ L’intermède propose un ballet mental, relationnel symbolique de la crise que traversent les personnages : les personnages se cherchent mentalement, se perdent et s’égarent… alors qu’ils passent leur temps à évoquer leurs retrouvailles.
❶ L’intermède s’inscrit dans la continuité du drame entre les deux frères (vous pourrez évoquer le mythe biblique du retour du fils prodigue pour développer votre propos).
❷ L’intermède propose un ballet spatial symbolique de la crise que traversent les personnages (soyez attentifs à la présence des didascalies internes qui évoquent indirectement les déplacements des personnages sur scène).
❹ Sur scène, les personnages sont présents et absents. On peut toucher l’autre physiquement… et ne pas l’atteindre mentalement : la mise en scène dit l’incompréhension et la non-communication entre les personnages. C’est une manière de dire la crise que traversent les personnages.
Pour lire une proposition de correction, c'est ici.
❷ L’intermède propose un ballet spatial symbolique de la crise que traversent les personnages (soyez attentifs à la présence des didascalies internes qui évoquent indirectement les déplacements des personnages sur scène). Repérage de citations : Scène 1 : Louis : « on ne voit rien, j’entends juste les / bruits, j’écoute, je suis perdu et je ne retrouve personne. » Scène 5 : CATHERINE. — Où est-ce qu’ils sont ? /et c’est maintenant comme si tout le monde était parti /et que nous soyons perdus. LOUIS. — Je ne sais pas. Ils doivent être par là. CATHERINE. — Où est-ce que vous allez ? Scène 7 : LA MÈRE. — Je vous cherchais. CATHERINE. — Je n’ai pas bougé, je ne vous avais pas entendue. LA MÈRE. — C’était Louis, j’écoutais, c’était Louis ? CATHERINE. — Il est parti par là. Scène 9 : LOUIS. — J’étais là. Qu’est-ce qu’il y a ? LA MÈRE. — Je ne sais pas. Ce n’est rien, je croyais que tu étais parti. Rédaction des paragraphes : L’intermède de Juste la Fin du monde reprend sa fonction traditionnelle mais de façon métaphorique. Conçu comme un divertissement dramatique, chorégraphique ou musical s'intercalant entre les actes d'une pièce de théâtre, il présente ici un ballet spatial symbolique de la crise des personnages. L’étude des didascalies internes est à cet égard révélateur. Dans la scène 1, Louis ouvre l’intermède par des indications sur les bruits et le jeu de lumière qui baignent l’interlude. Le spectateur est tout comme le personnage plongé dans le noir, « on ne voit rien » mais on « entend juste les bruits » et, Louis est seul en scène, il ne « retrouve personne ». Cette noirceur et cette solitude symbolisent la lente immersion dans la conscience de Louis. L’espace devient métaphore de sa solitude et de la rupture qui s’est opérée avec sa famille. A la scène 5, c’est Catherine qui se retrouve seule, privée de sa famille, d’Antoine et Suzanne, comme un double de la Mère : « Où est-ce qu’ils sont ? /et c’est maintenant comme si tout le monde était parti /et que nous soyons perdus.” Ce ballet des personnages sur scène, qui entrent et sortent, semblent ne pas se voir ni pouvoir se rencontrer attestent la crise familiale qui se joue. Aucun des membres ne parvient à retrouver Louis qui semble sortir à la scène 7 : « LA MÈRE. — C’était Louis, j’écoutais, c’était Louis ? CATHERINE. — Il est parti par là » ; mais était finalement présent comme le révèle la dernière scène 9 : LOUIS : J’étais là. Qu’est-ce qu’il y a ? LA MÈRE. : Je ne sais pas. / Ce n’est rien, je croyais que tu étais parti. »
❶ L’intermède s’inscrit dans la continuité du drame entre les deux frères (vous pourrez évoquer le mythe biblique du retour du fils prodigue pour développer votre propos). Repérage de citations : Scène 3 : ANTOINE : « Comme ça. » /Pas d’autre explication, rien de plus. /Toujours été ainsi, désirable, /je ne sais pas si on peut dire ça, / désirable et lointain, / distant, rien qui se prête mieux à la situation. / Parti et n’ayant jamais éprouvé le besoin ou la simple nécessité ». Rédaction des paragraphes: L’intermède ne constitue pas une coupure dans la pièce. Au contraire, il entretient des rapports avec la première et la seconde partie et poursuit l’évocation du drame entre les deux frères. Ainsi, à la scène 4 qui voit dialoguer Antoine et Suzanne, les deux personnages complètent le portrait de Louis. Il est selon Antoine « désirable et lointain/ distant, rien qui se prêt mieux à la situation. / Parti et n’ayant jamais éprouvé le besoin ou la simple nécessité ». On retrouve ici Louis en figure de fils prodigue tel qu’il se présentait lui-même dans le Prologue et tel que le présentera Antoine dans la seconde partie à la scène 3. A ce moment, il évoquera le sentiment de culpabilité qui a été le sien lorsque Louis les a quittés : « j’étais convaincu que tu manquais d’amour. (..)/ malheureux à mon tour, / mais coupable encore, / coupable aussi de ne pas être assez malheureux ». Culpabilité qui est aussi celle de sa famille : « Parfois, eux et moi, / et eux tous les deux, les parents, ils en parlaient et devant moi encore, / comme on ose évoquer un secret dont on devait me rendre également responsable. »
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❹ Sur scène, les personnages sont présents et absents. On peut toucher l’autre physiquement… et ne pas l’atteindre mentalement : la mise en scène dit l’incompréhension et la non-communication entre les personnages. C’est une manière de dire la crise que traversent les personnages. Repérage de citations : Scène 2 : « Les autres jours, nous allons chacun de notre côté, / on ne se touche pas. ANTOINE. — Nous nous entendons.” Scène 8 : SUZANNE : « Pourquoi est-ce que tu ne réponds jamais /quand on t’appelle/ Elle t’a appelé, Catherine t’a appelé, et parfois, nous aussi, / nous aussi nous t’appelons/mais tu ne réponds jamais/ et alors il faut te chercher, on doit te chercher. » Scène 4 : SUZANNE « — Ce que je ne comprends pas. /ANTOINE. — Moi non plus. » Scène 4 : SUZANNE : « Ce que je ne comprends pas et n’ai jamais compris ANTOINE. — Et peu probable que je comprenne jamais SUZANNE — Que je ne comprenne jamais. ». Rédaction des paragraphes L’intermède est le lieu de la crise de la parole pour les personnages, il est un ballet verbal entre deux couples de membres antagonistes, saturé d’interrogations sur la difficulté à écouter/ entendre ; la présence/absence de l’autre. Ainsi, Suzanne et Antoine ne comprennent pas la réaction de Louis à la scène 4, ni ce que dit Antoine à la scène 8. Suzanne reproche à Antoine son silence et sa distance : « Pourquoi est-ce que tu ne réponds jamais /quand on t’appelle/ Elle t’a appelé, Catherine t’a appelé, et parfois, nous aussi, / nous aussi nous t’appelons/mais tu ne réponds jamais/ et alors il faut te chercher, on doit te chercher. » (Scène 8). Toute union semble impossible, tout rapprochement refusé comme si la seule façon d’être ensemble, de se comprendre est paradoxalement de s’éloigner. C’est ce que disent Suzanne et Antoine : « Les autres jours, nous allons chacun de notre côté, / on ne se touche pas. ANTOINE. — Nous nous entendons.” (Scène 2). C’est également ce que peut signifier le glissement dans le jeu des pronoms qui s’opère au début de la scène 4. Les répliques de Suzanne et Antoine forme un duo lyrique comme autant de variations sur la solitude de chacun dans l’incompréhension : « Ce que je ne comprends pas. / Moi non plus. ». Ils parviennent néanmoins à se rejoindre dans cette incompréhension, et c’est alors le pronom de la seconde personne qui est employé en signe d’union « Ce que nous ne comprenons pas. ». Débute alors un processus de fusion : les répliques suivantes reposant sur les reprises et variations culminent dans la réplique finale de Suzanne : « Ce que je ne comprends pas et n’ai jamais compris ANTOINE. — Et peu probable que je comprenne jamais SUZANNE — Que je ne comprenne jamais. ».
❸ L’intermède propose un ballet mental, relationnel symbolique de la crise que traversent les personnages : les personnages se cherchent mentalement, se perdent et s’égarent… alors qu’ils passent leur temps à évoquer leurs retrouvailles.Repérage de citations : Scène 2 Suzanne : « vous vous disputiez, vous vous êtes retrouvés. Scène 4 : Suzanne : « Ce n’était pas si loin, il aurait pu venir nous voir/ plus souvent » Scène 8 : Antoine : « Vous me retrouvez toujours, / jamais perdu bien longtemps, / n’ai pas le souvenir que vous m’ayez jamais, / « au bout du compte », / que vous m’ayez jamais, définitivement, perdu. / Juste là, tout près, on peut me mettre la main dessus. » Rédaction des paragraphes L’intermède illustre également le sens figuré du terme : un événement qui interrompt provisoirement le cours des choses, c’est une période qui fait diversion dans le temps. Alors qu’ils sont en scène, on ne cesse d’entendre la voix de la mère appeler Louis, Catherine chercher Antoine, les demandes fusent dans tous les sens, « je vous cherchais », « Où est ce qu’ils sont ? » « Où est-ce que vous allez? » « Reviens ». Tous semblent perdus dans cet espace labyrinthique et hors du temps qu’est l’Intermède. Ils évoquent des retrouvailles qui auraient pu avoir lieu comme le fait Suzanne dans ses dialogues avec Antoine à la scène 2 : « vous vous disputiez, vous vous êtes retrouvés. » ou à la scène 4 : « Ce n’était pas si loin, il aurait pu venir nous voir/ plus souvent ».Ou bien encore, c’est Antoine que l’on cherche et qui lui n’arrive pas à partir et à se détacher de la famille à la scène 8 : « Vous me retrouvez toujours,/ jamais perdu bien longtemps,/ n’ai pas le souvenir que vous m’ayez jamais,/ « au bout du compte » ,/ que vous m’ayez jamais, définitivement, perdu./ Juste là, tout près, on peut me mettre la main dessus ».
MC CRACKEN
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LL2. Première partie, scène 3
- Parfois, tu nous envoyais des lettres, parfois tu nous envoies des lettres,
- ce ne sont pas des lettres, qu'est-ce que c'est ? de petits mots,
- juste des petits mots, une ou deux phrases,
- rien, comment est-ce qu'on dit ? elliptiques. « Parfois, tu nous envoyais des lettres elliptiques. »
- Je pensais, lorsque tu es parti (ce que j'ai pensé lorsque tu es parti),
- lorsque j'étais enfant et lorsque tu nous as faussé compagnie
- (là que ça commence),
- je pensais que ton métier, ce que tu faisais ou allais faire
- dans la vie, ce que tu souhaitais faire dans la vie,
- je pensais que ton métier était d'écrire (serait d'écrire)
- ou que, de toute façon - et nous éprouvons les uns et les autres, ici, tu le sais, tu
- ne peux pas ne pas le savoir, une certaine forme d'admiration, c'est le terme exact, une certaine forme
- d'admiration
- pour toi à cause de ça -,
- ou que, de toute façon,
- si tu en avais la nécessité,
- si tu en éprouvais la nécessité, si tu en avais, soudain, l'obligation ou le désir, tu saurais
- écrire,
- te servir de ça pour te sortir d'un mauvais pas ou avancer
- plus encore.
- Mais jamais, nous concernant, jamais tu ne te sers de cette possibilité, de ce don (on
- dit comme ça, c'est une sorte de don, je crois, tu ris)
- jamais, nous concernant, tu ne te sers de cette qualité
- - c'est le mot et un drôle de mot puisqu'il s'agit de toi
- – jamais tu ne te sers de cette qualité que tu possèdes, avec
- nous, pour nous.
- Tu ne nous en donnes pas la preuve, tu ne nous en juges pas
- dignes.
- C'est pour les autres.
- Ces petits mots - les phrases elliptiques -
- ces petits mots, ils sont toujours écrits au dos de cartes postales
- (nous en avons aujourd'hui une collection enviable) comme si tu voulais, de cette
- manière, toujours paraître
- être en vacances, je ne sais pas, je croyais cela,
- ou encore, comme si, par avance,
- tu voulais réduire la place que tu nous consacrerais
- et laisser à tous les regards les messages sans importance que tu nous adresses.
- « Je vais bien et j'espère qu'il en est de même pour vous. »
Questions : 1. Monologue, tirade, soliloque ou loghorrée : à quelle forme de parole théâtrale s’apparente ce passage? Envisagez les conséquences de chacune de vos réponses. 2. De quoi parle Suzanne ? En conservant les propositions essentielles à la compréhension du discours, retrouvez le fil de son discours. 3. Déterminez les 2 ou 3 mouvements de cet extrait. 4. Déterminez une question qui guiderait votre analyse.
Pour lire la correction, c'est par ici!
LL2. Première partie, scène 3
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01
1 Parfois, tu nous envoyais des lettres,2 parfois tu nous envoies des lettres, ce ne sont pas des lettres, qu'est-ce que c'est ? 3 de petits mots, juste des petits mots, une ou deux phrases, 4 rien, comment est-ce qu'on dit ? 5 elliptiques. 6 « Parfois, tu nous envoyais des lettres elliptiques. »
Suzanne débute par une imprécision sur la récurrence des lettres de Louis. L’adverbe « parfois » et l’article indéfini « des » pour dessiner les lettres sonnent comme un reproche fait à Louis, comme s’il envoyait des lettres au hasard, sans objet particulier ni habitude. Ce sont des missives générales qu’il envoie à tous, et non à un membre en particulier de sa famille. Le pronom "nous" les incluant tous dans un seul et même destinataire. =>Pas d’individualisation de la parole pour Louis. Puis elle se reprend, se corrige avec la variation temporelle entre imparfait et présent d’énonciation. Elle s’interroge sur la nature des envois de Louis comme le traduit la proposition négative partielle (« ce ne sont pas des lettres ») suivie d’une interrogative partielle («Qu’est-ce que c’est ? »). Elle poursuit en tentant de cerner la nature de ces écrits dans une énumération, et donc de répondre à sa question : l’absence de Louis est compensée par des « lettres », « des petits mots », « deux phrases», « des lettres elliptiques », « rien » réduits à des clichés, des phrases convenues rapportées au discours direct à la fin du texte => on remarque le decrescendo dans l’expression de la parole et de l’écrit qui lui sont attribués et qui réduisent sa communication à un presque néant : voir le passage de l’adjectif « petits » à la négation « rien » remplacé après l’interrogation par « elliptiques » mis en exergue à l’attaque de la phase suivante, comme si la parole devait se lire entre les silences. La formulation que cherche Suzanne - et telle qu’elle aurait pu être dite si elle, avait été écrivain- est soulignée par l’emploi des guillemets et reprend les éléments essentiels précédents « Parfois, tu nous envoyais des lettres elliptiques ».
A la fin de ce premier mouvement se donne à entendre une parole ciselée, exacte, celle de Louis, opposée à la logorrhée, au flot de paroles de Suzanne. Ce que pointe ici Suzanne est le drame de la parole : Louis est du côté de l’ellipse, de la réticence à dire les choses ; Suzanne est dans la parole qui s’exprime sans retenue, celle à qui l’on dit « Ta gueule, Suzanne ! ». Antoine, lui sera du côté du silence (« je me taisais pour donner l’exemple », première partie, scène 11 ; p. 102 et seconde partie, scène 3 « J’ai fini. / Je ne dirai plus rien » ; p. 124).
Mc Cracken
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LL2. Première partie, scène 3
02
Tout d’abord sur le départ de Louis : la proposition temporelle « lorsque tu es parti » dans le commentaire entre parenthèses se fait plus accusatrice « lorsque tu nous as faussé compagnie », comme une fuite inexpliquée, et amène un commentaire sur l’origine du drame de Suzanne et de la famille : « là que ça commence », tandis que la forme orale du démonstratif « ça » insiste sur le non-dit. Qu’est ce qui est désigné par ce démonstratif ? le conflit avec Antoine ? les regrets de Suzanne ? la maladie de Louis ?
1 Je pensais, lorsque tu es parti 2. (ce que j'ai pensé lorsque tu es parti), 3 lorsque j'étais enfant et lorsque tu nous as faussé compagnie 4 (là que ça commence), 5 je pensais que ton métier, ce que tu faisais ou allais faire 6 dans la vie, 7 ce que tu souhaitais faire dans la vie, 8 je pensais que ton métier était d'écrire (serait d'écrire) 9. ou que, de toute façon 10. et nous éprouvons les uns et les autres, ici, tu le sais, tu 11 ne peux pas ne pas le savoir, une certaine forme d'admiration, 12 c'est le terme exact, une certaine forme d'admiration 13 pour toi à cause de ça -, 14 ou que, de toute façon, 15 si tu en avais la nécessité, 16 si tu en éprouvais la nécessité, 17 si tu en avais, soudain, l'obligation ou le désir, tu saurais 18. écrire, 19 te servir de ça pour te sortir d'un mauvais pas ou avancer 20 plus encore.
Puis, une précision est apportée sur le" métier"d’écrivain de Louis. Ce métier est présenté donc tout d’abord comme un travail. Puis, La proposition subordonnée relative « ce que tu faisais ou allais faire » par la variation sur le verbe faire (à l’imparfait puis avec une valeur de futur par la construction aller + infinitif) amoindrit sa valeur. Une action qui définira « sa vie » comme le marque le rejet du GN à la ligne suivante. Puis cette action devient un"souhait" comme si pour Suzanne il n’y avait pas de certitude possible. Ce doute est renforcé par la valeur du conditionnel (« serait d’écrire »). Et finalement, ce n’est plus qu’un démonstratif indéfini « ça », péjoratif et dépréciatif.
Enfin, l’acte même d’écrire est questionné. Il ne s’agit pas pour Suzanne de considérer l’acte d’écrire comme un métier mais un moyen pour Louis de se sortir d’affaire, de se « sortir d’un mauvais pas ou avancer plus encore". Les trois propositions hypothétiques qui rythment la fin du mouvement mettent l’accent sur la nécessité alternant avec le désir. Suzanne sous-entend ici que si l’écriture est la cause du drame familial, si elle n’a pas été utilisée comme moyen de communication, elle devrait être un moyen de résoudre la situation.
Un second mouvement débute alors qui replonge Suzanne dans ses souvenirs d’enfance. La rétrospection est marquée par le retour de l’imparfait et la proposition subordonnée de temps (« lorsque j’étais enfant »). On remarque que ce mouvement est construit sur la reprise anaphorique de la proposition « je pensais » suivi d’une seule proposition conjonctive disloquée en trois temps (« Je pensais/ je pensais que ton métier/ je pensais que ton métier était d’écrire (« serait d’écrire ») / tu saurais écrire, / te servir de ça pour te sortir d'un mauvais pas ou avancer plus encore. » Et l’on remarque que chaque terme ajouté amène une précision de la part de Suzanne.
Ce réquisitoire de Suzanne traduit néanmoins une forme d’admiration pour ce frère absent : la proposition incise qui module le ton de reproche, sonne comme un chant élégiaque : « - et nous éprouvons les uns et les autres, ici, tu le sais, tu/ ne peux pas ne pas le savoir, une certaine forme d'admiration, / c'est le terme exact, une certaine forme d'admiration/ pour toi à cause de ça -, ». Seul moment où Suzanne trouve le mot juste et associe Louis à l’écriture.
MC CRACKEN
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LL2. Première partie, scène 3
03
- Mais jamais, nous concernant, jamais tu ne te sers de cette possibilité, de ce don
- (on dit comme ça, c'est une sorte de don, je crois, tu ris)
- jamais, nous concernant, tu ne te sers de cette qualité
- - c'est le mot et un drôle de mot puisqu'il s'agit de toi –
- jamais tu ne te sers de cette qualité que tu possèdes, avec
- nous, pour nous.
- Tu ne nous en donnes pas la preuve, tu ne nous en juges pas
- dignes.
- C'est pour les autres.
- Ces petits mots
- - les phrases elliptiques -
- ces petits mots, ils sont toujours écrits au dos de cartes postales
- (nous en avons aujourd'hui une collection enviable) comme si tu voulais, de cette manière, toujours paraître
- être en vacances,
- je ne sais pas, je croyais cela,
- ou encore, comme si, par avance,
- tu voulais réduire la place que tu nous consacrerais
- et laisser à tous les regards les messages sans importance que tu nous adresses.
- « Je vais bien et j'espère qu'il en est de même pour vous. »
Tout d’abord, elle souligne le mépris dont Louis fait preuve à l’égard des siens : « Tu ne nous en juges pas dignes « et à la fin de l’extrait « comme si, par avance, tu voulais réduire la place que tu nous consacrerais ». Sa correspondance est sélective : son « don » de l’écriture, c’est pour « les autres » ; « jamais, nous concernant, tu ne te sers de cette qualité ». Son manque d’affection, son indifférence ou son insouciance sont relevés : ses cartes peuvent être lues « par « tous les regards ». Un mépris que Suzanne relie au rire de Louis : « tu ris », pensant que sa recherche du mot juste est ce qui l’amuse. Mais elle parle ici de « possibilité, de don », comme si Louis était un messager divin. Ce qui amuse Louis est sans doute davantage la posture d’un auteur mage, prophète dans laquelle elle le place. Et c’est enfin son absence qu’elle lui reproche avec l’image des cartes postales et qu’elle développe avec deux propositions comparatives hypothétiques. Elles sont une métaphore du peu de place que Louis leur accorde dans sa vie, un espace réduit presque à rien, saturé de vide dans une communication réduite à un cliché (« Je vais bien et j'espère qu'il en est de même pour vous. »). Mais c’est aussi, par euphémisme, une façon de lui reprocher sa mort à venir, alors même qu’il vient de rentrer : « toujours, / paraitre être en vacances », absent, à l’image de ces phrases elliptiques dont le sens reste vacant.
CONCLUSION : Un soliloque qui alterne réquisitoire et éloge de Louis et finalement s’apparente à un éloge funèbre par sa poésie, proche de l’écriture poétique, semblable à des versets. Une réflexion sur la parole, le langage : Suzanne tente d’égaler son frère dans le maniement des mots mais tout comme lui elle ne parvient pas faire coïncider ses sentiments et les mots, signifié et signifiant. Crise familiale et crise du langage vont de pair : à la vacance des mots, correspond celle du fils.
Le dernier mouvement s’ouvre sur une opposition avec la conjonction adversative « mais » qui va balayer l’admiration et l’éloge de Louis. Suzanne ne peut se départir de ses reproches et revient au premier mouvement de sa pensée. Ce sont ces « petit mots/ -les phrases elliptiques » qui la blessent car ils la ramènent au vide. Elle points ici deux traits de Louis :
MC CRACKEN
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LL3. Seconde partie, scène 3
ANTOINE.
- Tu es là, devant moi,
- je savais que tu serais ainsi, à m’accuser sans mot,
- à te mettre debout devant moi pour m’accuser sans mot,
- et je te plains, et j’ai de la pitié pour toi, c’est un vieux mot,
- mais j’ai de la pitié pour toi, et de la peur aussi, et de l’inquiétude,
- et malgré toute cette colère, j’espère qu’il ne t’arrive rien de mal,
- et je me reproche déjà
- (tu n’es pas encore parti)
- le mal aujourd’hui que je te fais.
- Tu es là,
- tu m’accables, on ne peut plus dire ça,
- tu m’accables,
- tu nous accables,
- je te vois, j’ai encore plus peur pour toi que lorsque j’étais enfant,
- et je me dis que je ne peux rien reprocher à ma propre existence,
- qu’elle est paisible et douce
- et que je suis un mauvais imbécile qui se reproche déjà d’avoir failli se lamenter,
- alors que toi, silencieux, ô tellement silencieux, bon, plein de bonté, tu attends, replié sur
- ton infinie douleur intérieure dont je ne saurais pas même imaginer le début du début.
- Je ne suis rien,
- je n’ai pas le droit,
- et lorsque tu nous quitteras encore, que tu me laisseras,
- je serai moins encore,
- juste là à me reprocher les phrases que j’ai dites, à chercher à les retrouver avec exactitude,
- moins encore, avec juste le ressentiment, le ressentiment contre moi-même. Louis ?
- LOUIS. — Oui ?
- ANTOINE. — J’ai fini.
- Je ne dirai plus rien.
- Seuls les imbéciles ou ceux-là, saisis par la peur, auraient pu en rire.
- LOUIS. — Je ne les ai pas entendus.
QUESTIONS: 1. Quelle forme de parole théâtrale est ici utilisée? 2. Repérez les différents mouvements de cet extrait et donnez-leur un titre 3. Analysez les différents mouvements.
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Présentation et enjeux de la scène :
- La pièce Juste la fin du monde est écrite par Lagarce à Berlin. C’est le 1er de ses textes à avoir été refusé par tous les comités de lecture et il ne sera jamais joué de son vivant. Après sa mort, la pièce entre au répertoire de la Comédie-Française en 2008. C’est un huis-clos familial qui met en scène 5 personnages d’une même famille. Le protagoniste, Louis, explique dans un monologue sa décision de retourner chez lui, après une longue absence, pour annoncer à ses proches sa « mort prochaine et irrémédiable ».
- Lors des retrouvailles, des tensions apparaissent entre les membres de la famille qui peinent à communiquer, entre malentendus et non-dits.
- L’extrait étudié clôture la dernière scène de la pièce qui précède l’épilogue. Louis a demandé qu’on l’accompagne à la gare. Antoine, qui n’a quasiment pas parlé pendant la pièce, passe du non-dit à la logorrhée verbale (= flot de paroles désordonnées). L’action se concentre ainsi, devant un chœur de femmes silencieuses, sur le personnage d’Antoine et sa rivalité avec Louis, réduit au silence ici. Au cours de son soliloque (tirade adressée à un interlocuteur muet), Antoine exprime sa colère et sa frustration. Toute la souffrance et la rancoeur accumulées pendant des années refont surface.
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1er mouvement (v. 1-23) – Le réquisitoire contre Louis : Antoine cherche à résoudre la crise familiale en révélant, avec lucidité, la responsabilité de son frère. Apostrophes incriminantes, accusatrices à l’égard de Louis : le blâme (l. 1-3 et l. 11-14)
01
Mise à jour d’une relation fraternelle pervertie par un rapport de domination et de manipulation dont Louis est responsable (v. 4-10 et v. 15-19) ❖ « et je te plains, et j’ai de la pitié pour toi…/ … et de la peur aussi… / et malgré toute cette colère, j’espère qu’il ne t’arrive rien de mal » Lexique des sentiments ❖ « et je me reproche déjà / (tu n’es pas encore parti) / le mal aujourd’hui que je te fais. » - emploi du verbe « reprocher », en écho au verbe « accuser » + à la forme pronominale = culpabilité - utilisation des adverbes temporels, traduisant la culpabilité d’Antoine ❖ « je te vois, j’ai encore plus peur pour toi que lorsque j’étais enfant » - emploi du verbe de perception « vois » = double sens propre (la vue) et figuré (la clairvoyance) - tournure comparative « encore plus…que », soulignant le degré d’intensité du sentiment que provoque Louis chez son entourage - subordonnée temporelle « lorsque j’étais enfant » : plongée dans le passé familial ❖ « et je me dis que je ne peux rien reprocher à ma propre existence, / qu’elle est paisible et douce / et que je suis un mauvais imbécile qui se reproche déjà d’avoir failli se lamenter » - retour du lexique de la culpabilité (répétition du verbe « se reprocher ») Dans le même temps, Antoine exprime des sentiments contradictoires, révélant tout l’amour qu’il a pour Louis, mais suggérant aussi combien l’attitude de son frère génère du mal être, de l’angoisse. De l’accusation de Louis, le personnage glisse vers l’auto-critique, le remords, la culpabilité (qui sera répétée v. 28) : il prend conscience du mal que peuvent causer ses paroles ou plutôt de sa peur de faire du mal à Louis. La violence de Louis est en relation avec la peur qu’il génère chez ses proches depuis l’enfance, en se positionnant en être souffrant qui inquiète son entourage. Antoine, par sa relecture subjective (et clairvoyante ?) du passé familial, montre implicitement que Louis pratique le chantage affectif, en suscitant la peine, la peur, déjà difficile à soutenir dans l’enfance, et devenant insoutenable dans le présent. La conséquence du chantage affectif de Louis, c’est qu’Antoine se sent coupable. Il se reproche tout et son contraire : d’être heureux, alors qu’il a lui aussi droit au bonheur ; mais aussi d’être malheureux ! Il n’y a pas d’issue à la culpabilité. Louis l’a piégé. Antoine est un être - adjectifs mélioratifs « paisible et douce » = lexique du bonheur - en opposition : vocabulaire péjoratif : GN « mauvais imbécile », verbe « se lamenter » - douleur minimisée par le verbe « faillir », signifiant « sur le point de » ❖ « alors que toi… » Début d’une longue proposition subordonnée conjonctive circonstancielle d’opposition. => opposition des douleurs des 2 frères blessé, empêché de vivre par la posture adoptée par son frère. Antoine analyse le mécanisme qui lui interdit de se lamenter. Il confronte les douleurs, dans une sorte de compétition malsaine. Sa douleur est minimisée et mise en balance avec celle de son frère qui semble plus légitime.
❖ « Tu es là, devant moi, / je savais que tu serais ainsi, à m’accuser sans mot, / à te mettre debout devant moi pour m’accuser sans mot » - jeu des pronoms « tu » (sujet) désignant Louis et « moi », « m’ » (compléments) désignant Antoine - répétition du groupe prépositionnel « devant moi » CC de lieu + adverbe déictique « là » - répétition du verbe « accuser » (lexique judiciaire de la culpabilité) ❖ _« Tu es là, / tu m’accables… / tu m’accables / tu nous accables » - anaphore du pronom « tu es là » v.1/v.12 - répétition du pronom « tu » en fonction sujet : martèlement, effet d’insistance pour désigner Louis comme le destinataire du blâme - reprise X 3 du verbe « accabler » : terme qui signifie « faire ployer sous un poids, de manière à anéantir toute réaction » = dénotation très violente, (étymologiquement en lien avec le combat : « abattre, mettre à terre ») - passage de la 1re pers. du singulier à celle du pluriel « nous » = action de Louis sur Antoine élargie au cercle familial La crise familiale générée par le retour de Louis donne lieu à un règlement de compte. Le lamento d’Antoine est en réalité argumentatif : il s’agit d’un blâme qui condamne Louis. Antoine souligne le face-à-face spatial qui l’oppose à son frère, comme dans un tribunal : il interprète le silence de Louis comme un reproche à son égard pour le mal qu’il a pu lui faire, mais l’accusation tacite de Louis a beau être « sans mot », elle n’en est pas moins violente pour son frère. Avec la reprise de l’expression « tu es là » v. 12, Antoine revient au face-à-face spatial. Louis est à nouveau présenté comme un juge. L’action violente de Louis désignée par le verbe « accabler » montre un Antoine qui étouffe, dont la respiration vitale est réduite et évoque une mise à mort, une impossibilité de se défendre face aux accusations silencieuses de Louis. La violence de Louis atteint toute la famille. Antoine exprime sa douleur mais prend aussi en charge d’exprimer celle de la famille. On note ainsi une surenchère du reproche.
02
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2e mouvement (v. 24-32) – Expression du mal être et de la culpabilité d’Antoine : la crise familiale n’est pas résolue, doublée d’une crise personnelle. Impossibilité d’exister face à Louis : Antoine, un personnage pathétique ❖ «Je ne suis rien, / je n’ai pas le droit / … je serai moins encore, / juste là… /moins encore, / juste…» - emploi de négations = non-existence d’Antoine - utilisation de la locution verbale « avoir le droit » sans COI - glissement du présent au futur = infériorité d’Antoine qui perdurera après le départ de Louis - emploi de l’adverbe « encore » renforçant l’adverbe quantitatif « moins » + répétition « moins encore » et de l’adverbe emblématique « juste » = effet d’insistance sur la petitesse d’Antoine Si Antoine perçoit avec lucidité la violence de Louis, il n’arrive pas à s’en libérer. Il est rongé par un mal être et un sentiment d’infériorité qui sont vécus comme une fatalité. Comme par le passé, lorsqu’il a renoncé à sa juste part d’existence pour prouver son amour à son frère, Antoine se sent moins exister que son frère, a le sentiment de ne pas avoir de valeur. La question de la légitimité est abordée, mais sans savoir ce qui n’est pas légitime. L’expression « je n’ai pas le droit » pourrait signifier qu’Antoine n’a pas le droit d’accuser, de faire des reproches à Louis (discours rapporté de la Mère ?). Mais elle pourrait aussi signifier qu’il n’a pas le droit d’exister. ❖ « et lorsque tu nous quitteras encore, que tu me laisseras» - Prop. Subordonnée circonstancielle temporelle au futur, à valeur prophétique => projection vers le départ de Louis - glissement du pronom « nous » au pronom « me » = abandon vécu de façon intime - gradation des verbes « quitter » > « laisser » suggérant plus d’indifférence et de mépris chez Louis Antoine exprime son sentiment de petitesse, son infériorité face à l’immense place que Louis prend dans cette famille. Le départ de Louis est vécu comme une fatalité, un évènement irrémédiable, un abandon. Il y a donc bien ici une déclaration d’amour puisque Antoine exprime la perte d’un être cher et en décrit les conséquences traumatiques. Le passage du collectif familial au ressenti intime d’Antoine individualise la peine d’être abandonné, la rend plus touchante. Crise personnelle : un personnage rongé par la culpabilité Citations - Procédés Idées - Interprétation ❖ « juste là à me reprocher les phrases que j’ai dites, / à chercher à les retrouver avec exactitude, / …avec juste le ressentiment, / le ressentiment contre moi-même » - champ lexical du trouble moral et de la culpabilité - épanorthose (= retour sur ce qu’on vient d’affirmer pour le reformuler) « avec exactitude » / « avec juste le ressentiment » = errance langagière tout autant que psychologique - préposition « contre » + pronom personnel renforcé « moi-même » = combat intérieur Le départ de Louis entraîne une crise personnelle chez Antoine, qui est hanté par les évènements, leurs liens de causalité. En envisageant son état mental après le départ de Louis, il nous renseigne sur son état mental après le premier départ : une errance douloureuse et rétrospective. Antoine cherche à comprendre désespérément, mais aussi cherche ses mots, se bat avec le langage comme avec son passé. Au terme de son agitation et de son combat intérieur, la culpabilité d’Antoine le ronge. Le combat devient un combat contre soi, comme un poison corrosif
Ironie d’Antoine : une arme contre le misérabilisme de Louis Citations - Procédés Idées - Interprétation ❖ « silencieux, ô tellement silencieux, / bon, plein de bonté » - parallélisme de construction [adjectif + groupe adjectival] - emploi du vocatif lyrique « ô » + adverbes d’intensité « tellement », « plein de » +dérivation « bon »/bonté » = traduisent l’ironie d’Antoine ❖ « tu attends, replié sur ton infinie douleur intérieure dont je ne saurais pas même / imaginer le début du début. » - GN très long, avec expansions nominales (2 adjectifs + PSR = prop. subordonnée relative) - douleur cachée et difficile à cerner comme le montrent les termes « replié » et « intérieure » + négation dans la PSR - douleur immense : adjectif « infinie » - redondance « le début du début » = ironie Antoine exprime une certaine ironie, face à la douleur de Louis qui prend de la place, qui est à la fois sans fin et cachée : on ne la voit pas mais elle est immense (dans le temps et l’espace). Le propos d’Antoine souligne l’idée qu’elle est au-delà de l’imaginable, du réel : elle est indescriptible, indicible (incompréhensible pour Antoine ?) Antoine caricature la complexité de la douleur de Louis. Cette douleur semble littéraire, feinte et empruntée à l’univers lyrique et poétique. En s’exprimant lui-même par une envolée lyrique, Antoine se moque implicitement de l’éloquence qui caractérise Louis (homme de lettres) et de sa posture romantique d’être souffrant et exceptionnel. Antoine ironise car il a compris que l’attitude de Louis est feinte, qu’il joue un rôle. Antoine le frère brutal, ancré dans le quotidien, aurait su entrevoir une vérité de Louis jusqu’alors imperceptible aux autres. Il a compris que Louis les a manipulés pour les faire culpabiliser, il a saisi son imposture
03
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Grammaire
3e mouvement (v. 33-38) – Vers une sortie de la crise ? La fragile entente fraternelle ❖ « Louis ? / J’ai fini. / Je ne dirai plus rien » - interrogation directe par intonation montante (langage oral) = interpellation directe de son interlocuteur - Phrases simples, brèves, laconiques - négation, soulignant la fin de la logorrhée verbale d’Antoine ❖ « Oui ? / Seuls les imbéciles ou ceux-là, saisis par la peur, auraient pu en rire. / Je ne les ai pas entendus » - réponse elliptique de Louis, avec adverbe-phrase - emploi du déterminant démonstratif « ceux-là » à valeur déictique : désigne le public = instaurer une complicité tacite ? - réponse de Louis : phrase négative qui sous-entend que le personnage est resté concentré sur les paroles de son frère Antoine a révélé les mécanismes de domination de Louis, il a énoncé ce qui jusqu’ici est resté tabou dans la famille, la crise familiale et personnelle n’est sans doute pas résolue mais il cherche à renouer le dialogue avec son frère. Même si Louis répond de façon elliptique, les 2 frères n’apparaissent plus antagonistes à la fin de la scène. La confrontation dramatique laisse place à une forme de compréhension mutuelle des frères qui parviennent in extremis à un fragile terrain d’entente. L’explosion d’Antoine, son cri se termine par un murmure mais qui conduit à un rapprochement fraternel timide. L’abcès a été crevé, des vérités ont été dites et acceptées, des torts reconnus tacitement. Louis était certes silencieux mais attentif et il s’est ouvert aux souffrances de son frère, a entendu son mal être. CONCLUSION : • Bilan et retour sur les enjeux de lecture : A travers la colère et l’amertume d’Antoine, on comprend tout le poids du non-dit qui l’a accablé pendant des années. Cette scène illustre bien le drame de la communication et le ressort du conflit qui sont au coeur de la pièce. Et il s’agit aussi d’une déclaration d’amour faite par Antoine à son frère, un frère qu’il admire et dont le premier abandon l’a déchiré. Antoine annonce aussi de façon tragique que sa douleur perdurera après le départ de Louis, départ de la maison familiale qui ne fait d’ailleurs que préfigurer sa disparition réelle, physique (mort prochaine dont Antoine ignore tout). Antoine a pris le pouvoir de la parole dans cette scène, ce qui lui permet de se libérer un peu du non-dit de son enfance, peut-être aussi du poids de sa culpabilité, en mettant à jour la relation fraternelle qui l’empêche d’exister. Il fait preuve de clairvoyance, en entrevoyant la vérité intérieure de Louis et sa part de responsabilité dans la crise familiale. En dépossédant son frère de la parole, Louis étant l’homme des mots, Antoine a, par sa tirade, rééquilibré leur relation et gommé son sentiment d’infériorité. La scène met en évidence la complexité des relations humaines et familiales mais aussi une nouvelle fois sur la complexité de la parole qui dénoue et complique l’expression des sentiments, éloigne et rapproche les membres d’une même famille. • Ouvertures possibles : → Thème des frères ennemis à mettre en relation avec l’épisode biblique de Caïn et Abel ou la parabole du fils prodigue. → Rapprochement avec une autre scène de la pièce de Lagarce : autre extrait du soliloque d’Antoine (partie II, scène 3) ou confrontation dans la scène 11 de la partie II : drame de l’incommunicabilité, aveux d’Antoine exprimant ses frustrations, son mal être, son sentiment d’infériorité, ses reproches et sa lucidité sur lui-même et sur son frère
« J’ai de la pitié pour toi » : transformez cette phrase à la forme négative et expliquez la négation. Je n’ai aucune pitié pour toi. => emploi de l’adverbe « ne » et du terme corrélatif (déterminant indéfini) « aucune » (+ nom). Il s’agit d’une négation partielle, portant sur le terme « pitié ». ❖ « J’ai de la pitié pour toi, / et de la peur aussi, et de l’inquiétude » : transformez cette phrase à la forme négative et expliquez la négation utilisée. Je n’ai ni pitié pour toi, ni peur non plus, ni inquiétude. => emploi de l’adverbe « ne » et des termes corrélatifs « ni…ni » (conjonction de coordination dans une énumération négative) et « non plus » (adverbes). La négation est partielle puisque portant sur les 3 noms (pitié, peur, inquiétude) et non sur la phrase entière. ❖ « Je ne suis rien, / je n’ai pas le droit » OU « je ne dirai plus rien » : analysez la négation. Emploi de la négation complexe : adverbe de négation « ne » + termes corrélatifs : pronom indéfini « rien » / adverbes « pas » et « plus ». Négations partielles. Le pronom « rien » est employé avec « plus » alors qu’il est incompatible avec « pas ».
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SYNTHÈSE : La parole dans la pièce Juste la fin du monde INTRODUCTION : La parole est action. Il ne se passe rien ou presque dans les pièces de Lagarce, l’intrigue est on ne peut plus mince: tout est dans la langue, la parole, le dit, le comment dire et le non-dit. Il n’y a pas à proprement parler d’événements ni d’actes qui conduisent à la réalisation d’un objectif dans la pièce. Louis ne parvient pas à dire la raison de sa venue. Ici c’est la parole qui est le sujet de l’action : elle rend compte du rapport des personnages au monde et des rapports entre les membres de la famille. Le retour de Louis libère entre les membres de la famille une parole qui n’a pu se dire auparavant et qui ne se redira jamais.
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DES SUJETS DE DISSERTATION
1. En quoi le silence de Louis est-il à l’origine de la crise familiale ?2. Un critique contemporain écrit au sujet du théâtre de Jean-Luc Lagarce que bien souvent, la « crise » a déjà eu lieu, avant que ne commence l'action. Ce propos vous semble-t-il rendre compte de la pièce de Jean-Luc Lagarce, Juste la fin du monde ? Vous appuierez votre réflexion sur des références précises empruntées au texte au programme et proposerez des ouvertures sur d'autres pièces dans le cadre du parcours « crise personnelle, crise familiale ».3. Dans sa préface à Juste la fin du monde de Jean-Luc Lagarce, Jean-Pierre Sarrazac présente la pièce comme « un drame qui n’advient pas, qui restera l’affaire intime d’un seul, en butte à l’impossibilité de se faire entendre – ou à celle de s’exprimer […] ». Que pensez-vous de cette définition de la pièce ?4.Dans Les Nourritures affectives (2000), Boris Cyrulnik écrit : « La famille, ce havre de sécurité, est en même temps le lieu de la violence extrême. » Dans quelle mesure la pièce de Lagarce vous semble-t-elle mettre en scène cette idée ?5.« Sans action il ne saurait y avoir de tragédie » déclare Aristote dans La Poétique. Au regard de cette affirmation pensez-vous que l’on puisse considérer la pièce de Jean-Luc Lagarce et les crises qu’elle met en scène comme une tragédie ?6.« Je ne fais pas de la littérature. Je fais une chose tout à fait différente : je fais du théâtre » écrit Ionesco dans Notes et Contre-notes. Dans quelle mesure cette formule de Ionesco peut-elle s’appliquer à la pièce de Jean-Luc Lagarce Juste la fin du monde ?7. En quoi peut-on considérer Juste la fin du monde comme une œuvre caractéristique de la modernité théâtrale ?8. Au début de la scène 1 de la deuxième partie, Louis formule qu’il part, « sans avoir rien dit de ce qui [lui] tenait à cœur.» Vous vous demanderez dans quelle mesure Juste la fin du monde est une pièce de la parole impossible.