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La littérature au XIX°

sabtaill

Created on March 15, 2021

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Transcript

Le XIX ème

Histoire littéraire

Sabine Ariscon

Partie 1

De Chateaubriand à Baudelaire: le romantisme

Le contexte

• Fin XVIII° : Révolution, Terreur, guerre civileNapoléon Bonaparte remet un peu d’ordre mais entraine le pays dans des guerres contre toute l’Europe On reproche aux Lumières d’avoir œuvré pour la Révolution et d’avoir voulu en finir avec la religion. --> en défiant le ciel, ils ont appelé ce châtiment politique et économique qui s’abat sur le pays. Le Romantisme = à l’origine un mouvement anti-Lumières --> se fixe pour objectif de restaurer les croyances religieuses dans un monde désenchanté et de résister au rationalisme et au matérialisme. • En 1802 dans Génie du christianisme Chateaubriand promeut la thèse de l’harmonie préétablie entre le sacré et la poésie, entre le christianisme et l’art. • Le romantisme prend son essor pendant la Restauration qui voit, en 1815, le retour au pouvoir des Bourbons (Louis XVIII, puis Charles X, frères de Louis XVI) bien décidés à rétablir l’autorité du roi et de l’Eglise.

Nouveau regard sur l'art

  • Rénovation et réhabilitation de l’art et de la poésie, en partie discrédités durant les Lumières (culte de la raison).
  • Réconciliation entre l’art, le temps présent et la société. --> Pour Victor Hugo « la poésie se superpose toujours à la société ».
  • Le poète va prendre le pas sur le philosophe et l’art retrouve sa place parmi les grands enjeux sociaux et sociétaux.
  • Pour les romantiques, « la littérature est l’expression de la société ». Contrairement à la thèse classique qui imagine une permanence de l'art,il évolue forcément avec le temps.

Portrait de Baudelaire par Courbet, 1847

Le Pré-romantisme : une période plus qu’un mouvement Période charnière qui va de 1770 à 1815 = « premier romantisme ». Terme employé pour la 1ère fois en 1909. Les tendances dominantes :

  • Promotion de la sensibilité et des formes littéraires qui en découlent
  • Remise en cause des principes esthétiques du classicisme
  • Reconnaissances des spécificités nationales en art
  • Affirmation de l' individu, du goût et de la subjectivité
  • Recours à histoire pour expliquer l'évolution du monde
  • Vocation sociale et politique de l’écrivain
Les étapes du préromantisme : Fin ancien régime (1770-1789) : Rousseau et Diderot : sentiment de la nature, expression du Moi, insatisfaction mélancolique, exaltation des émotions. Avec Diderot (aussi critique d’art) : esthétique de l’enthousiasme et du pathétique. Le drame bourgeois réhabilite le sentiment et les larmes. + les grands poètes lyriques dont Chénier qui apparait comme un nouveau Ronsard --> courant lyrique qui influencera Lamartine : poésie inspirée venue du cœur. Consulat et Empire : 1799-1815 : 2 grands noms = Mme de Stael et Chateaubriand. On doit à Mme de Stael une conception nouvelle de la poésie devenue chant de l’âme, expression d’1 émotion profonde. Chateaubriand : avec lui naissance du premier romantisme. René = bible d’une génération, invente le « vague des passions » et fonde le « mal du siècle ».

Les composantes du préromantisme : Les fondements idéologiques : - Le cosmopolitisme : ouverture à l’étranger amorcée par les Lumières. Nombreuses traductions. Des périodiques diffusent les auteurs étrangers (Ossian, Schiller, Goethe). L’Angleterre impose la poésie lyrique avec Young, Keats, Byron, Shelley. On redécouvre le génie sombre de Shakespeare qui prépare le mélodrame comme le drame. Mme de Stael dans De l’Allemagne démontre influence des littératures du Nord. - La religion : nouvelle spiritualité . La tendance évoluera vers ésotérisme, voire mysticisme avec courant illuministe (Mesmer qui tente de concilier les lumières de la raison avec la la foi et la lumière divine). - Les nouvelles missions de l’écrivain : homme de lettres = engagé dans combat social et politique, un « apôtre » qui répand la bonne nouvelle, et concourt au triomphe de la vérité (Louis-Sébastien Mercier) --> vers concept de l'écrivain mage . Les thèmes d’inspiration : - La nature tourmentée : paysage devenu lieu de méditation, de ressourcement, de bouillonnement de la vie. - Le lyrisme intérieur : véritable engouement pour une littérature du Moi après les Confessions de Rousseau. Monglond voit naître des « égotismes ». : faire de leur moi un univers complet… --> voie d’une écriture subjective qui consacre entrée de l’individu en littérature. Egotisme = disposition à analyser en détail sa propre personne. - Les effets de la sensibilité : victoire du sentiment sur la raison. Goût pour le sublime, le génie ainsi que la préférence pour la nostalgie et surtout la mélancolie (état d’âme fécond). --> Théorie de l’humeur noire + influence littérature du nord. N’a pas donné d’œuvre majeure, excepté Chateaubriand. = une littérature fin de siècle qui pressent et signale l'émergence de la modernité. .

A propos des mots romantique et romantisme

L’adjectif « romantique »: apparaît au XVIII° siècle en concurrence avec le terme romanesque, traduction de l’italien romanzesco, pour désigner ce qui relève du roman, genre familier, populaire (comme la langue dans laquelle il est écrit). Passé en Angleterre, le mot en vient à désigner l’atmosphère digne des romans de chevalerie, à la fois merveilleuse et naïve. Un peu plus tard, l’équivalent romantisch apparaît en allemand dans le sens plus spécialisé de contraire au bon goût, étrange, éloigné des normes, opposé, en somme, à la mesure classique. Le substantif "romantisme" apparaîtra peu après, toujours à partir de l’anglais, même si Stendhal propose de lui préférer l’adaptation italienne « romanticisme » (Racine et Shakespeare, ch. 3). La définition reste toutefois toujours incertaine, conformément à l'affirmation de Louis-Sébastien Mercier : « On sent le romantique, on ne le définit pas »

Le romantisme

• Dès 1821, Victor Hugo apparait comme un écrivain emblématique de la Restauration et du romantisme. --> il fustige les Lumières dans la préface de son recueil Nouvelles Odes en 1824. Selon lui, la littérature nouvelle, donc romantique, est la conséquence des malheurs politiques de la France. • Les romantiques ne condamnent pas le XVIII° dans sa globalité et ils ne prônent pas un retour au XVII°. Ils dénoncent surtout l’irréligion, et ils reprennent à leur compte certains combats pour les droits de l’homme, l’émancipation des peuples, la démocratie, la légitimité du bonheur terrestre… --> Ex : Lamennais cherche à créer un christianisme social, Hugo milite contre la peine de mort. --> L’être romantique est partagé entre des tentations parfois contradictoires. = un HOMO DUPLEX , déchiré entre le Ciel et la terre. • Ce tiraillement va souvent être désigné par l’expression « mal du siècle » (lutte entre l’ambition et le dégoût / on veut conquérir le monde, mais on le trouve désenchanté …). • Perte de vitesse des salons, les écrivains préfèrent se réunir entre eux, sans public féminin. 1815 : retour des Bourbons au pouvoir: Louis XVIII et Charles X 1830 : révolution et Monarchie de Juillet : Louis-Philippe 1848 (février) : nouvelle révolution/ 2nde République

L'esthétique romantique (essentiellement1820-43)

-->Renaissance platonicienne et enthousiasme pour la nature. • Pour Chateaubriand nature= au premier rang des sources d’inspiration --> l’art consiste à saisir Dieu, qui se donne à connaitre sous la forme d’une Beauté idéale, perceptible notamment dans la nature (nature = sanctuaire de Dieu). En la contemplant, l’homme a la possibilité de saisir intuitivement la transcendance et les traits du Dieu chrétien. L’écrivain a pour fonction de révéler ces traits et de les traduire pour le public. Chateaubriand parle d’harmonies de la nature, d’autres de correspondances (Swedenborg) --> De ce point de vue, le romantisme est déjà une forme de symbolisme. • En 1813, Mme de Stael, dans De l’Allemagne, diffuse les idées romantiques allemandes et évoque une religion artistique inspirée du platonisme : l’art = la recherche du Beau idéal, le Beau est l’incarnation de Dieu, et le poète, inspiré par le Ciel, doit devenir une sorte de conscience universelle et guider l’humanité. --> conception que l’on retrouvera chez Victor Hugo.

Le MOI

Le moi, effacé durant le classicisme, trouve une place de choix--> désormais légitime de mettre à nu sa sensibilité, d’évoquer ses souvenirs, ses passions, ses états d’âme. L’œuvre est le lieu où l’on se met en question et où l’on combat la raison. On y célèbre les sentiments, les émotions, les sensations et tout ce qui relève de la sensibilité et de l’imagination --> s’oriente volontiers vers des thématiques mélancoliques. • Ceci s’accompagne d’une libération formelle, Hugo évoque même un libéralisme en art. Les auteurs se détournent des règles, de la bienséance et de la vraisemblance. On mêle les registres, la langue se relâche (emphase, apostrophe, exclamation, antithèse…) pour permettre l’expression d’émotions fortes. --> nombre de critiques de la part des tenants du classicisme, très présents à l’Académie française.

--> Le rêve, l’ésotérisme, les religions humanitaires : La période s’intéresse au rêve et à l’irrationnel. Ainsi, Nodier, qui est attiré par le fantastique, considère le rêve comme le seul accès à la vérité du cœur et comme un instrument de libération, à la source de la littérature. Goût pour le roman noir et le roman gothique/ essor de la littérature fantastique. On s’éloigne volontiers des dogmes religieux établis pour chercher à concilier le Ciel et la terre .--> religions dites humanitaires qui s’efforcent de concilier mysticisme et bonheur terrestre. A cela s’ajoute un regain de l’ésotérisme à l’instar de Swedenborg, « mage », fondateur de l’Eglise Nouvelle Jérusalem qui aspire à déchiffrer les symboles, les correspondances. --> La question des origines : On s’intéresse aux origines de l’humanité, à un certain primitivisme, et à l’histoire --> goût pour le M-A, les traditions folkloriques et les légendes ou les chansons populaires, ainsi que pour l’épopée vue comme la manifestation de l’âme d’une nation. Les romantiques y voient la forme première de la poésie. Goût également pour le roman historique.

Goût pour les voyages et l'exotisme

Le récit de voyage s’impose comme un genre nouveau en prose (vogue rapide mais brève en France en raison du développement et de la concurrence de la photographie). On s’intéresse particulièrement à l’Orient: espace susceptible de combler à la fois les aspirations spirituelles (beauté de la nature ) et les aspirations au bonheur terrestre. --> influence de la campagne de Bonaparte en Egypte.

Mais le romantisme français n’est pas univoque --> il oscille notamment entre fantaisie et réalisme (d'où difficulté pour classer certains auteurs comme Balzac ou Stendhal). Pour Stendhal, l’art = entreprise impliquant l’individu et dépourvue d’arrière-plan ou d’objectifs religieux. Il consiste à montrer comment la réalité se réfracte dans une conscience, et comment cette réfraction est affectée par les émotions ou les passions du sujet. Il recourt au terme « romanticisme » et s’applique à traduire le point de vue sur le monde d’un individu ou d’une société donnée à un moment précis de l’histoire. --> une œuvre = le produit d’une vision du monde singulière --> elle engage la vision de son auteur/ concept de tempérament Pour Sainte-Beuve, l’avenir de l’art ne réside pas dans une esthétique platonicienne coupée du grand public, mais dans une pratique poétique moins solennelle, mieux accordée au quotidien --> « une poésie observant la nature et l’âme de près ». Musset tourne le dos au spiritualisme au profit d’une inspiration plus légère. Nerval et Gautier, eux, pratiquent une poésie à « hauteur d’homme ». On parle alors de « fantaisies » pour désigner ces œuvres qui cherchent, non à révéler des vérités éternelles, mais à restituer le tempérament de l’écrivain, ce qui annonce le réalisme à venir avec Champfleury.

Le "Mal du siècle"

"Le voyageur contemplant une mer de nuages", Caspar David Friedrich, 1818

La poésie

Reconquête progressive du genre et sacre du poète, avec en 1820, l’accueil triomphal réservé aux Méditations poétiques de Lamartine (lyrisme du moi, nature et sentiment). Le poète, reconnu comme un guide et devenu une figure majeure de la vie sociale, devient l'objet d'un culte. Au début du siècle, le genre = encore discrédité. C’est avec la publication en 1819 des œuvres de Chénier, le poète guillotiné, que la poésie se voit à nouveau inscrite dans l’Histoire et reconnue comme porteuse d’enjeux politiques. Au début des années 1820, la plupart des rénovateurs se regroupent autour de Victor Hugo qui anime le Cénacle de la Muse française (une revue), puis le Cénacle (en référence au Christ) dans son propre appartement. Ils fréquentent également les réunions de Nodier à l’Arsenal. D’une manière générale, la poésie connait des évolutions formelles: remise en cause des schémas prosodiques de Malherbe, et des procédures de versifications trop strictes et trop figées, suppression de l’obligation de la césure à l’hémistiche --> On cherche à assouplir le vers. Dans la « Préface de Cromwell » en 1827, Hugo réclame un vers adapté à ce qu’il signifie, il inivite à éviter les périphrases, le vers-sentence et l’inversion/ Il suggère de recourir à des phrases longues et à l’ensemble du lexique (y compris les termes argotiques). Il remplace par ailleurs volontiers l’alexandrin malherbien (6/6) par le trimètre romantique (4/4/4).

L’épopée : Considérée comme le genre le plus élevé et le plus prestigieux. --> Correspond à la dimension prophétique accordée à l’art. Il s’agit de montrer l’humanité en marche vers le progrès et la régénération. Selon Lamartine, l’épopée n’est plus nationale, ni héroïque, mais humanitaire. Beaucoup cherchent à écrire une épopée universelle avec l’ambition d’écrire le mythe fondateur du XIX° --> Humanité destinée à atteindre à la fois le bonheur terrestre et le salut au Ciel. La plupart sont d’inspiration chrétienne et démocratique et beaucoup se nourrissent du souvenir des guerres napoléoniennes. Ex : « Les Martyrs » de Chateaubriand/ « La Légende des siècles » de Hugo. Elles n’ont cependant pas trouvé leur public ! Le retour du sonnet : Sous l’influence de Sainte-Beuve, les romantiques redécouvrent la poésie du XVI° et remettent à l’honneur le sonnet. Baudelaire, par exemple, souligne les avantages que l’on peut retirer de sa brièveté : « Parce que la forme est contraignante, l’idée jaillit plus intense. » Poésie et musique : Certains auteurs remettent en cause la séparation de la poésie et de la musique et proposent que l’on s’inspire de la poésie des trouvères. Nerval compose ainsi des odelettes (faites pour être chantées) et il collecte des chansons populaires. La poésie allemande avait montré l’exemple en gagnant la France sous la forme de Lieder.

Le théâtre

« Le théâtre n'est pas le pays du réel : il y a des arbres en carton, des palais de toile, un ciel de haillons, des diamants de verre, de l'or de clinquant, du fard sur la pêche, du rouge sur la joue, un soleil qui sort de dessous la terre. C'est le pays du vrai : il y a des cœurs humains dans les coulisses, des cœurs humains dans la salle, des cœurs humains sur la scène » Victor Hugo, Tas de Pierres III (1830-33)

Prolifération des salles de spectacles à Paris depuis la suppression du système des privilèges en 1791. Mais Napoléon reprend le théâtre en main avec les décrets de Moscou en 1806-1807 qui se fondent sur des distinctions génériques. La tragédie et la grande comédie sont réservées à la Comédie-française et à l’Odéon, les genres lyriques à l’Opéra et à l’Opéra-comique, le vaudeville et le mélodrame aux théâtres de boulevard. --> Conception très tranchée des genres, que l’on associe à des publics également distincts. Mais les pressions sont nombreuses pour permettre la multiplication des salles : ex Théâtre de la porte St Martin et le Théâtre de la Renaissance, tous deux liés au développement du drame romantique, tout comme certaines petites scènes du Boulevard du Temple. --> Vie théâtrale foisonnante dans la première moitié du XIX° : créations de journaux dédiés + feuilleton dramatique dans les grands journaux --> articles de critique sur les spectacles donnés L’écriture collaborative se développe. On propose également des adaptations de romans antérieurs. Certains adoptent même leurs propres romans (Balzac, Sand…). Ils doivent encore compter avec la censure, surtout politique.

La tragédie : A la fin du XVIII° : drame bourgeois et tragédie nationale et historique. Pour Stendhal, l’avenir est à la tragédie nationale, à la condition qu’elle soit écrite en prose. La tragédie se voit cependant éclipsée un moment par le drame romantique. Le mélodrame ou « tragédie des boulevards » : Il s’agit d’une pièce dont les effets dramatiques sont soulignés par un orchestre. Ses thématiques s’inspirent du roman noir ou gothique et les intrigues suivent un schéma établi mettant en scène des personnages récurrents (la victime, le traitre, le vieux militaire, le père autoritaire …). La morale en est manichéenne. Mais à partir de 1823 et de « L’Auberge des Adrets », le genre devient plus subversif (brigand valorisé) et s’ouvre à la critique sociale. --> But = édifier le spectateur par la "juste récompense de la vertu et la punition du crime." La comédie : Il s’agit pour beaucoup de comédies-vaudevilles de Labiche et Scribe (gaité, insolence, esprit caustique).

Le drame romantique : Le théâtre offre aux romantiques un lieu où manifester avec éclat l’accord retrouvé entre l’art et la société. Hugo définit et théorise le drame romantique en 1827, dans sa « Préface de Cromwell » (pièce non jouée) : théâtre qui mêle les registres, le sublime et le grotesque (dualité chrétienne), et les genres. Ce théâtre doit montrer la dualité de l’homme, sa part d’ange et sa part de bête. Il doit par ailleurs renoncer aux intrigues abstraites et se montrer plus réaliste --> goût pour la couleur locale. On abandonne également les unités de temps et de lieu. Les dramaturges s’appuient sur Shakespeare et Schlegel, mais s’inspirent également de la tragédie nationale et historique et de la dimension subversive du mélodrame. C’est Dumas qui ouvre le bal avec Henri III et sa cour. Février 1830 : bataille d’Hernani --> après, leurs pièces doivent souvent se cantonner à des scènes comme celle de la Porte Saint Martin ou de la Renaissance (salle dédiée aux Romantiques à partir de 1838).

Un paradoxe

Le théâtre à lire : Paradoxalement, beaucoup d’ouvrages ne sont pas écrits dans l’optique d’une représentation immédiate en raison d’incapacités matérielles et techniques ou en raison de déconvenues avec le public ou la censure. C.F. Un spectacle dans un fauteuil de Musset ou Théâtre en liberté de Hugo. C’est aussi le cas des « Scènes historiques » qui privilégiaient l’intérêt documentaire sur le spectacle.

La prose

  • Roman
  • Nouvelle

Le roman: une production très riche

Le genre du roman historique s’impose (modèle = l’anglais Walter Scott. En France. --> Alfred de Vigny, Cinq Mars en 1826,Balzac Le dernier Chouan ou la Bretagne en 1800,Alexandre Dumas, auteur des Trois mousquetaires en 1844. De Vigny se distingue de Scott avec ses personnages référentiels --> pas toujours recherche de la vérité historique: Mérimée se présente ainsi comme un « faiseur de contes ».Parallèlement, beaucoup d’intellectuels éprouvent le besoin de mieux saisir tous les fils de l’histoire de France, sans se limiter à celle des rois. Ils s’interrogent sur les causes et les conséquences, sur les forces et les principes qui sous-tendent la marche et la vie des sociétés, ceci pour mieux envisager l’avenir. --> Reconstituer le passé et élaborer une philosophie de l’Histoire (Guizot, Augustin Thierry, Quinet et Michelet, qui croyait en une religion de l’humanité, où la France était l’incarnation messianique des principes d’égalité et de liberté appelés à s’accomplir dans le monde ).

  • Hugo conjugue roman historique et roman philosophique pour proposer ce qui tient du roman engagé. Il sera suivi par Georges Sand.
  • Textes dans lesquels la confidence autobiographique est fictionnalisée. Ex des récits de voyages dans lesquels un JE retrace ses pérégrinations sur un mode « excentrique » : le récit met en scène l’auteur composant son texte et multiplie les digressions.
  • Les romans de cape et d’épée : Ex Gautier.
  • Romans personnels s’inscrivant dans la tradition autobiographique initiée par Rousseau ou Goethe (Les Souffrances du jeune Werther , 1774). Le personnage principal apparait souvent comme un alter ego de l’auteur --> Ex: Chateaubriand, Senancour, Constant, Musset, Fromentin…
  • Sainte-Beuve tente de développer le roman intime --> désir de réagir contre l’endoctrinement politico-religieux et le manque de réalisme du roman philosophique hugolien.
  • Stendhal se distinguera, surtout à titre posthume, avec le concept d’égotisme ou « beylisme » soit une propension à l’introspection. Dans la lignée de Montaigne, il se prend comme objet d’observation et s’efforce de ne pas être dupe de la comédie sociale et des apparences. Il cultive son originalité afin de parvenir à une appréciation juste de lui-même et des hommes.
  • Le roman ou le conte fantastique, héritier du roman noir et du roman gothique -->Souvent qualifiés de « frénétiques », ces récits, s’intéressent, entre autres, à la thématique du rêve.
  • Phénomène du roman-feuilleton favorisé par le développement de la presse au XIX°. En 1836, Emile de Girardin et Armand Dutacq, ont l’idée de lancer une presse bon marché, financée par la publicité. Pour fidéliser les lecteurs, ils commandent des œuvres aux écrivains et les publient en feuilletons avant la publication de l’œuvre complète (Dumas, Balzac, Sue…).
  • Parmi les innovations intéressantes, on note le développement du style indirect libre, qui permet aux auteurs de se placer dans la conscience de chacun des personnages.
  • A cela s’ajoute, le retour des personnages d’un roman à l’autre + l’articulation de la production au sein d’un ensemble --> La Comédie humaine de Balzac à partir de 1842.

Nouvelles et contes

Pas de réelle distinction entre ces 2 genres au XIX°.La nouvelle : (Mérimée, Nerval) Son grand retour est également lié au développement de la presse. « Contes fantastiques » de Nodier qui définit la littérature fantastique comme « la seule essentielle », propre à ré-enchanter le monde dans les âges de décadence ou de transition, quand les religions finissent. Selon lui, le fantastique s’attache à rétablir le lien perdu entre la terre et le Ciel. Ses contes soulignent les limites du monde rationnel et suggèrent que des vérités cachées sont accessibles par le rêve et le travail de l’imagination, mais qu’elles apparaissent aussi dans les légendes et les croyances populaires (notamment celles appartenant aux cultures européennes marginales (ex Albanie).

La seconde moitié du siècle

La quête de la modernité

Le contexte : La révolution de février 1848 et l’instauration de la Deuxième République mettent fin au règne de Louis-Philippe et à la Monarchie de Juillet. La Deuxième République permet l’instauration du suffrage universel, l’abolition de la peine de mort et de l’esclavage. Fin 1848, Louis-Napoléon Bonaparte est élu à la présidence de la République (plébiscite au détriment de Lamartine. Très vite, ce gouvernement revient sur les avancées concédées au début de 48  censure de la presse, restriction du suffrage universel… Le 2 décembre 1851, Bonaparte se fait proclamer empereur  Napoléon III et Second Empire qui ne s’achèvera qu’avec la guerre franco-prussienne de 1870 : capitulation de l’armée française le 1 er septembre à Sedan, destitution de Napoléon III, Paris assiégé. A partir de Mai 1871, une insurrection ouvrière, « La Commune » La 3ème République est proclamée en 1875

La littérature « fin de siècle » = expression consacrée pour désigner le dernier tiers du XIX° mais c’est la publication de Madame Bovary en 1857 qui semble annoncer des orientations littéraires et esthétiques nouvelles. Flaubert = une figure emblématique de cette littérature naissante. Ses œuvres de jeunesse abordent déjà les thématiques qui lui sont chères : haine du bourgeois, de la bêtise, pessimisme et désenchantement, dégoût pour la vie et la société, nécessité de se réfugier dans l’art… Certaines scènes de Madame Bovary scandalisent, ce qui lui vaut un procès en 1857 pour « offense à la morale publique et à la religion », quelques mois avant celui des Fleurs du Mal de Baudelaire. = littérature nettement influencée par la pensée pessimiste du philosophe allemand Schopenhauer qui affirme que le bonheur terrestre est impossible et qu’on ne fait qu’obéir au Wille ou volonté ou vouloir-vivre. Ce wille ne vise que la propagation de l’espèce humaine sans se soucier du bonheur individuel. L’homme a ainsi l’illusion d’être libre et de maîtriser son destin. Le philosophe invite donc l’homme à s’arracher à ce vouloir vivre pour retrouver la liberté et atteindre une connaissance supérieure qu’il nomme « représentation. Sa pensée légitime la fuite de l’artiste hors du monde et une certaine forme de misanthropie et d’incapacité à vivre en société (refus du mariage et des enfants, dénonciation de l’horreur du monde contemporain etc). Ceci explique que les artistes se tournent vers le passé : antiquité, mythes anciens, fables et légendes du M-A. Flaubert le rejoint sur de nombreux points : il s’agit pour l’intellectuel d’échapper à un monde où il ne rencontre que des humiliations et de se faire un regard pur pour atteindre la représentation. Tous deux consacrent le divorce entre l’écrivain et le public.

Le parnasse (1866-1893)

Acte de naissance = 1866 parution du 1er recueil anthologique Le Parnasse contemporainLe nom : référence à une montagne où résidaient les 9 muses sous la conduite du Dieu Apollon. Du romantisme au parnasse : il prolonge le romantisme et le conteste à la fois. Le précurseur = Gautier, associé à la doctrine de l’Art pour l’Art. Il souhaite fonder une poésie qui n’ait pour finalité qu’elle-même --> simple culte de la beauté et de la forme. « Il n’y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien ; tout ce qui est utile est laid » in Préface à Melle de Maupin 1834. Banville, lui, penche pour 1 poésie formellement recherchée mais teintée d’humour et de sublime. Baudelaire s’est reconnu dans l’Art pour l’Art et a donné 16 poèmes au Parnasse contemporain.--> Pour lui, l’art n’a rien à enseigner, il a juste à procurer 1 émotion de l’âme et du cœur. Leconte de Lisle, qui pourrait être considéré comme chef de file propose une poésie plus impersonnelle.

Histoire du Parnasse : 1861 : la Revue Fantaisiste soude 1 groupe soucieux de prolonger les principes de l’Art pour l’Art, d’où émergera l'école parnassienne. Relayée par la Revue du progrès et L’Art. Puis anthologie du Parnasse contemporain en 1866. Entre 1871 et 1876 le comité de lecture écartera Rimbaud, Verlaine, Cros et Mallarmé. Objet d’attaques dès son début --> Naissance d’un mouvement parent : le symbolisme. Poétique du Parnasse : --> culte du travail : apprentissage d’1 technique, exigence de l’effort. Comparable au sculpteur, le poète travaille une matière dure. Les parnassiens ne transigent pas sur la rime, réhabilitent les formes fixes (sonnet, madrigal, rondel), revendiquent des formes classiques, considèrent les contraintes de la versification comme fécondes. Art fondé sur érudition et maitrise technique. - La religion du beau : refus du débraillé romantique et du désordre baroque. On vise équilibre des formes. Poésie = 1 tentative pour atteindre sommets de l’art. Elle est destinée à 1 élite cultivée: « L’art, dont la poésie… est un luxe intellectuel. » Leconte de Lisle.--> dévouement religieux à l'art. - Création d’1 aristocratie du goût, détournée des réalités triviales du monde. Mépris du bourgeois. Le poète parnassien = un bohème et un dandy. - L’impassibilité : terme qui évoque le refus du lyrisme. Poésie impersonnelle ou objective. Refus du lyrisme romantique. Ils rejettent les excès de la sensibilité, recherche d’1 poésie dégagée du pathétisme. Inspiration neutre, distanciée, nourrie d’exotisme ou de l'héritage mythologique. Une poésie dominée par la description et le pittoresque.

1848-1870

L'école réaliste

  • Naissance vers révolution de 1848 pour s’achever vers 1870.
  • Très actif réalisme pictural (Courbet).
  • Champfleury et Duranty se sont faits les théoriciens du mouvement en littérature.
  • Duranty fonde un journal littéraire qu’il appelle Réalisme en 1856-1857
  • Il regroupe dans l’ouvrage Le Réalisme en 1857 les articles de combat sur la nouvelle esthétique
  • Courbet choisit comme titre à son exposition de 1855 « Du Réalisme »

Le réalisme

On entend généralement par réalisme une conception de l’art selon laquelle l’artiste cherche à donner une image complète de la réalité sans chercher à l’idéaliser, à la modifier. Or,d'après la théorie aristotélicienne de la mimésis l’art ne saurait être la stricte reproduction de la réalité. Il est une reproduction du monde, sa figuration, sa recomposition artificielle au moyen de codes. D’après Platon, tout art est reflet, illusion et à ce titre idéaliste, seules les Idées peuvent être vraies. La notion transcende finalement les époques. Donc réalisme = une esthétique en rupture avec les principes aristotéliciens.

Contexte du réalisme

  • S’inscrit entre début de la 2ème République et la fin du second Empire --> Alternance d’une période de libéralisme euphorique, et un temps de réaction conservatrice.
  • Promesses démocratiques déçues et politique autoritaire, recul des libertés.
  • Désillusion politique --> effondrement de l’idéalisme romantique.
  • Réalisme tente de défendre des valeurs démocratiques
  • Montée spectaculaire des valeurs de l’argent, mais aussi accroissement de la misère du prolétariat.
  • Evolution considérable des sciences + philosophie positiviste de Comte. Touchée par le mythe du progrès la littérature va explorer les nouveaux domaines de la vie moderne ou dénoncer les effets pervers de la nouvelle soc.
  • Le réalisme se fixe comme ambition d’être le fidèle témoin de ces bouleversements.

Les précurseurs

Les précurseurs :2 maîtres : Stendhal et Balzac. --> Stendhal souhaite donner au roman des allures de chroniques ( « La vérité, l’âpre vérité »). Il rivalise avec code civil. --> Balzac a souhaité brosser le tableau exact des mœurs. Il veut appuyer son observation sur des fondements scientifiques et il emprunte certaines approches au physiologiste St Hilaire, aux physiognomonistes Lavater et Gall. Importance du détail pour Balzac (détail = élément crédible et révélateur des passions qui mènent le monde). Avec Stendhal et Balzac: volonté de dépasser la simple description de la société pour en démonter les mécanismes.

L’esthétique réaliste :

  • Opposition à idéalisme romantique --> En finir avec les « rêveurs à nacelles »
  • Rejet d’une littérature du passé : veut privilégier le présent, l’histoire contemporaine
  • Elargissement de la littérature aux classes inférieures. Le roman doit servir le peuple et la démocratie.+ Entrée du Peuple en littérature en tant que personnage
  • Priorité accordée à la vérité. Documentation préférée à imagination --> Recherche d’objectivité.
  • Refus du style qui éloigne le réel
  • Mise à mal du héros et de l’intrigue. Le roman tend à devenir une page d’existence, d’un fait unique./ antihéros

Fiche

Le naturalisme : 1865-1891

Zola en est le théoricien: Le roman expérimentalLe mot désigne au XVIII° une philosophie fondée sur observation et le respect de la nature (valeur sacrée). Il entre dans le domaine des arts et de la littérature au XIX°. En peinture il est en concurrence avec réalisme (Courbet, Manet). Zola s’en empare en 1865. Pour lui le terme désignera une attitude intellectuelle : volonté d’observer de façon purement scientifique, en vue de les représenter dans une œuvre littéraire , des caractères et des comportements humains, comme un naturaliste étudie objectivement une roche, ou un animal.

Un Martyr ou Le Petit Marchand de violettes / Fernand Pelez, 1885

Les frères Goncourt plaident avant Zola pour que le roman réponde à une ambition de fidélité à la réalité, s’inspirant de l’exactitude scientifique et de l’enquête sociale. Dans la préface de Germinie Lacerteux , ils expliquent que le roman doit s’imposer les études et les devoirs de la science et s’imposer comme l’analyse d’un cas exemplaire permettant de comprendre les mécanismes du fonctionnement social. Ils privilégient ainsi les personnages étonnants, voire exceptionnels et pathologiques. Ils visent à décrire une réalité laide ou banale et prosaïque tout en cultivant le souci du style. --> Concept de « l’écriture artiste » : descriptions comportant des mots rares, des néologismes et des constructions syntaxiques alambiquées. Zola murit son projet des Rougon-Macquart à la fin des années 1860. Le sous-titre, « Histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire » éclaire son contenu qui prend l’allure d’une « épopée pessimiste de la nature humaine ». Il cherche à démontrer l’influence du milieu et de l’hérédité sur les tempéraments. Dans Le Roman expérimental,1880, il définit ses ambitions et objectifs : dévoiler le réel dans sa vérité, faire du roman une expérience sur l’homme et vérifier dans les intrigues romanesques que l’homme est le jouet de l’hérédité, de la physiologie et de son milieu et cadre de vie. --> Sa plume = un scalpel. --> volonté de donner à la littérature la légitimité d’une science : le physiologiste étudie les organes, le romancier les mœurs.

Zola se place sous l’égide du roman flaubertien : récits qui se distinguent par la reproduction exacte de la vie et l’absence de romanesque (pas de coups de théâtre, de pathétique, héros ordinaires afin de souligner l’avortement humain permanent et le recommencement perpétuel de la bêtise). Il prône également ce qu’il nomme le « désintéressement », soit un effacement du romancier derrière l’histoire : ni commentaire, ni jugement. Il propose même de remplacer le mot roman par « procès-verbal » ou « étude ». Cependant ces approches n’abolissent pas les préoccupations formelles et stylistiques, le souci d’un art élevé, d’un « Art pour l’Art ». --> contradiction, paradoxe, aporie (difficulté logique insoluble). En 1877, il réunit autour de lui à Médan un groupe d’auteurs (Maupassant, Daudet, Huysmans, Céard, Hennique, Alexis) qui produisent en 1880 Les Soirées de Médan , un recueil collectif de nouvelles ayant pour toile de fond la guerre de 70. Mais la vie de ce groupe s’avère de courte durée. Huysmans prend ses distances en 1884 et voit dans le naturalisme une orientation esthétique menant à l’impasse. Maupassant s’éloigne aussi rapidement et évoque ses raisons dans la préface de Pierre et Jean : il récuse toute théorie scientifique du roman et surtout toute impartialité du romancier.

Le naturalisme au théâtre : A partir de 1870, Zola fait campagne pour imposer le naturalisme au théâtre. Il s’agit de proposer sur scène « une tranche de vie » naturaliste avec un ancrage sociologique et géographique précis (très longues didascalies). Cf. Texte théorique Le Naturalisme au théâtre . Ses disciples militent même pour que l’ouvrier ne soit pas joué par un acteur mais par un ouvrier. Zola peut compter sur l’appui d’André Antoine, acteur et fondateur du Théâtre Libre puis du Théâtre Antoine, pourtant le théâtre naturaliste est un échec. Antoine = aussi "l'inventeur" de la mise en scène.

Les romans ou récits hors naturalisme

  • Hugo demeure fidèle à la thèse romantique.
  • Développement d'un roman populaire, avec notamment les œuvres de Jules Verne, le père de la science-fiction, qui vulgarise les découvertes scientifiques.
  • La pratique du style indirect libre va conduire à la pratique du stream of conciousness : courant de conscience, ou automatisme verbal, monologue intérieur --> procédé qui consiste à épouser et à refléter au mieux les émois, pensées et états d’âme d’un personnage --> expression d’une intériorité. On le doit à Dujardin qui influencera James Joyce.
  • L’autobiographie se développe aussi et s’impose souvent comme un témoignage important de la vie intellectuelle de l’époque --> Ex : Journal des Goncourt / Renan / Bloy, adversaire des « modernes » : il raconte sa croisade contre les idées nouvelles et sa marginalisation dans ce contexte.
  • En matière de critique, il convient surtout de mentionner l’approche novatrice de Taine. Selon lui, on peut analyser objectivement les relations entre l’œuvre et le contexte socio-historique de sa production.
  • 3 facteurs entrent en ligne de compte : la race, le milieu et le moment. L’œuvre nait de la façon dont l’auteur réagit à ces 3 facteurs.

La poésie : --> Production importante en cette seconde moitié du XIX° --> Des innovations majeures Hugo reste un adepte de la poésie transitive (lyrisme personnel) et traditionnelle même s’il a amplement contribué à assouplir la prosodie. Cf « Réponse à un acte d’accusation » publié dans Les Contemplations. Verlaine défend le vers impair, l’utilisation d’incidentes ou de parenthèses. Il milite pour la liberté dans le choix des rimes : oubli de l’alternance rimes masculines/ féminines, choix des assonances… « De la musique avant toute chose… » : recherche de rimes intérieures, jeux surles sonorités, reprises de mots Rimbaud : absence de césure, enjambements y compris strophique, mots non marqués en fin de vers (ex : pronom personnel). Mais aussi mystification, goût de la provocation, haine des conventions, transgressions de l’adolescence. Poèmes en prose avec Les Illuminations. Lautréamont (Isidore Ducasse) : Les Chants de Maldoror , 1868. --> Sorte d’épopée en prose énigmatique : ouvrage sur le Mal s’inscrivant dans les pas de Baudelaire. Laforgue : exprime le pathétique de la condition humaine avec humour et parodie. Il mêle les registres, multiplie les métaphores saugrenues, les mots-valises, les néologismes et créations verbales, les calembours et puise dans le fonds des chansons populaires et du langage quotidien --> joue ainsi avec les normes de la syntaxe et de la prosodie. Mais les 2 avancées majeures sont le vers libre et le poème en prose (Aloysus Bertrand puis 1869 Le Spleen de Paris de Baudelaire) / Le vers libre, vers 1880, est attribué à Gustave Khan et à Jules Laforgue.

le symbolisme : 1880-1900

  • Ce courant rassemble des auteurs qui vouent un culte au monde des Idées et qui aspirent à atteindre une Vérité plus haute : l’Idée « immarcescible » (qui ne peut se flétrir).
  • Ils partagent avec leurs prédécesseurs romantiques l’ambition de pénétrer dans les domaines de l’Idéal, mais, contrairement à eux, ils refusent à l’art toute mission didactique ou civilisatrice.
  • Pour eux, le monde terrestre est condamné d’avance. L’art est ainsi coupé du réel, du quotidien et l’écrivain clame son dégoût pour ce monde, le progrès et l’éducation du peuple.
  • Il ne s’agit pas d’un mouvement structuré.

Aux origines du symbolisme

-->Désigne une tendance à un idéalisme poétique en partie inspiré de Platon/ mais aussi une école littéraire qui s’est développée entre 1880 et 1900.Le mot « symbolisme » vient du latin symbolum, « symbole de foi », « signe de reconnaissance ». Le « symbolon » était un morceau de poterie qui était brisé en deux et qu’on donnait à deux ambassadeurs de cités alliées pour se reconnaître. Désigne ensuite une attitude qui consiste à assurer un lien entre un modèle et sa représentation concrète, la transposition concrète de l’abstrait ou l’inverse. Appliqué à l’art le mot évoque un certain mystère, et un langage secret permettant d’accéder à un sens caché. Concept qui connote aussi le bizarre, l’étrange. Il s’oppose au Parnasse, comme au réalisme ou au naturalisme ou au positivisme.

Théâtre et symbolisme : L’esthétique de la modernité se concilie mal avec la création théâtrale : représenter une pièce, c’est la faire « tomber » dans la matière, dans l’histoire, dans la réalité haïssable. Beaucoup de dramaturges se contentent donc d’écrire des pièces à lire, une pratique marginale chez les romantiques, qui devient une sorte de norme. On peut citer Mallarmé, Laforgue, Verhaeren, Villiers de l’Isle Adam et même parfois Claudel et Péguy. Le théâtre symboliste est fondé sur la thèse que l’action d’une pièce ne se réduit pas à ce qui se passe sur scène, mais renvoie à une autre réalité, invisible --> Théâtre du mystère, de l’inquiétude métaphysique et spirituelle --> c’est donc difficile à mettre en scène. Maeterlinck a cependant vu jouer plusieurs de ses pièces comme La Princesse Maleine en 1889. Son nom reste lié au théâtre de L’œuvre créé par Lugné-Poe. C’est aussi dans ce théâtre que fut créée la pièce Ubu Roi de Jarry, une parodie de Macbeth de Shakespeare, qui ouvre la voie de la transgression et de la contestation et qui montre comment la littérature peut se retourner contre le réel qu’elle est censée représenter. Les plus grands dramaturges symbolistes alors mis en scène sont européens : Ibsen (Norvégien) , Strindberg (Suédois)…

Quelques textes de référence : • Article de Moréas dans le Figaro du 18 septembre 1886, considéré comme un manifeste du symbolisme : défend l’idée selon laquelle le but de l’art consiste à revêtir l’Idée d’une forme sensible. • Edouard Schuré assimile en 1889 les poètes à de grands initiés (dimension religieuse), des disciples d’Orphée. • Villiers de l’Isle Adam : son roman Isis puis ses Contes cruels • A Rebours de Huysmans, 1884 : Des Esseintes est un artiste acquis au symbolisme, un reclus professant son horreur pour la réalité et le monde contemporain. C’est aussi ce que l’on appela « un récit célibataire » : type de fiction récurrent articulé autour de personnages masculins vivant reclus dans un monde peuplé d’idées. --> Refus de tout engagement, aboulie, art comme unique échappatoire. • Mallarmé cherche à libérer le langage de sa valeur d’usage et de sa fonction « d’universel reportage » en créant une langue propre à la littérature et inintelligible au plus grand nombre. • Pour René Ghil, dans le « Traité du Verbe » en 1886, l’idéal serait même de rendre la poésie semblable à la musique jugée alors la plus apte à atteindre l’univers des idées et à les exprimer --> admiration pour Wagner

Le théâtre en général :

  • Le nombre de théâtre ne cesse de croitre (4 théâtres subventionnés et une quarantaine de salles privées).
  • Le système des privilèges est aboli par Napoléon III, mais la censure demeure (Ex La Dame aux Camélias de Dumas, l’adapation de Germinal de Zola).
  • Une série d’innovations techniques transforment la représentation. Ainsi, le public est plongé dans le noir durant le spectacle, qui n’est plus dans la salle.

A propos du concept de modernité

A partir de 1850, nombre décrivains sont de farouches adversaires de la démocratie et de l’égalité des conditions. Ex: Baudelaire dans « Peintre de la vie moderne », il stigmatise « la marée montante de la démocratie qui envahit tout et qui nivelle tout » --> L’art, fondé sur le culte de la grandeur et de l’excellence parait peu compatible avec les doctrines égalitaires. La seule société accueillante et favorable à l’art leur semble être l’aristocratie. Selon Mallarmé, « L’Art pour tous » est une hérésie et l’artiste doit rester « aristocrate". Par ailleurs, l’invention de la photographie conduit à penser que la littérature est mortelle, qu’elle est en danger de disparaitre parce qu'elle semble offrir un reflet plus fidèle de la réalité, susceptible de supplanter la peinture, mais aussi la littérature. --> Beaucoup refusent qu’elle soit considérée comme un art et voit dans son succès, la dérive d’une société qui évolue dans le mauvais sens et le mauvais goût. --> photo = poison démocratique dans l’art. / Pourtant accueil des photographes au Salon de 1859. Cette invention provoque un véritable séisme dans le monde de l’art --> ouvre l’ère de la modernité picturale fondée sur l’idée que l’objectif des peintres n’est pas de représenter le monde mais de créer un monde autonome, doté de ses propres lois qui ne sont pas celles de la réalité. Les écrivains partageaient les inquiétudes des peintres, puisqu’ils se donnaient pour mission de représenter le monde par la médiation du langage --> Ut pictura poesis. L’apparition de ce nouveau medium entraine le déclin rapide du récit de voyage, ainsi que celui de l’orientalisme en peinture. C’est la première fois que la technique remet presque en cause l’utilité de la littérature. La situation sera plus délicate encore au tournant du siècle avec l’invention du cinéma. --> La modernité correspond donc à une volonté de sauver la littérature, soulignant qu’elle a essentiellement comme fonction de se représenter elle-même et de représenter le langage. --> nouveau credo esthétique, fondé sur la thèse de « l’art pour l’art » + récusation du principe de mimesis d’Aristote. --> Culte de l’inutilité de l’art./ Autotélisme de la création littéraire ou « intransitivité » pour Paul Valéry.

Le primat de la forme sur le fond: Maurice Denis écrit , dans son manifeste des Nabis : « Se rappeler qu’un tableau – avant d’être un cheval de bataille, une femme nue, ou une quelconque anecdote, est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées. » En littérature on accorde une importance capitale aux questions formelles, aux modes d’énonciation, aux procédés stylistiques. Il en résulte une poésie savante --> cf. l’écriture Flaubert et son gueuloir) --> « le style avant tout » + jouer avec les formes. Au XX°, Roland Barthes a associé la modernité à l’épopée de la phrase, ou de l’Ecriture. Il Ira jusqu’à évoquer un art décadent : ouvrage dans lequel l’artiste s’est employé à faire du Beau, de l’Art pur --> un livre sur rien… C'est l'heure de gloire de la mise en abyme, du métadiscours --> intellectualisation de l’art qui réduit les rangs du public . Ainsi Paul Valéry considère la poésie comme un luxe intellectuel accessible à de rares esprits. Nous sommes loin de l’écrivain « instituteur du genre humain » selon Balzac. Il en a résulté qu’un texte littéraire semblait s’adresser plus à l’intelligence qu’à l’affectif. Nombre d’auteurs cherchent surtout à surprendre voire à déranger, cultivent le mystère, l’hermétisme, bousculent les usages et les codes. –-> désir de construire une œuvre qui reste inintelligible et impénétrable pour le lecteur. Pour ce faire, les surréalistes au XX°, iront jusqu’à briser les structures du langage et la grammaire. Refus d’employer les « mots de la tribu » pour Mallarmé.

--> L’individualisme et le divorce entre l’artiste et la société :

  • En 1865, Mallarmé écrit dans une lettre à son ami Cazalis: « je crois que l’art n’est fait que pour les artistes. ». Selon lui, sa mission n’est pas de produire des œuvres, mais de protéger la littérature.
  • Les artistes appartiennent à une élite intellectuelle, se sentent différents et s’isolent dans une forme de misanthropie.
  • L’art conquiert ainsi une autonomie par rapport aux autres activités humaines, et l’artiste se situe à l’écart du pouvoir, de l’argent et des affaires.
  • Le seul contenu toléré est l’évocation de la décadence du monde où domine le misérabilisme moral.
  • L’humanité est présentée comme un immense ratage --> parti pris de noirceur.
  • Incompris dans sa différence par le commun des mortels, l’artiste se voit comme un paria, le membre d’une race maudite, persécuté et méprisé --> Verlaine exploitera ensuite cette thématique en créant le mythe du poète maudit.

Le primat du créateur : Le MOI créateur l'emporte sur l’objet du livre, qui devient l’incarnation de ses pensées --> Iindividualisme au fondement de la démarche artistique L’œuvre devient la marque d’élection, le témoignage qui distingue l’écrivain du commun des mortels. Le public est comme hors-jeu puisque l’art est la propriété exclusive du créateur qui jouit d’une liberté de création totale. L'artiste s’octroie ainsi le droit de se livrer à toutes les parodies ou pastiches possibles et à tout tourner en dérision. Ex: fin XIX° : les Hydropathes, les Incohérents, les Zutistes, les Jemenfoutistes, les Hirsutes, puis les Dadaistes au début du XX°, se distinguent par leurs performances potaches (chapelets d’injures et d’onomatopées, délire verbal lecture de textes sans syntaxe…). Toutes les mystifications, subversions et provocations deviennent légitimes. Tristan Tzara, fondateur du dadaïsme, au XX°, conduit cette approche à son comble et invente un nouveau langage délivré des obstacles de la logique et de la syntaxe, apte à devenir le vecteur d’un lyrisme absolu. Avec lui, la modernité va jusqu’à l’idée de l’anéantissement de l’œuvre même. --> « Le Beau et la Vérité en art n’existent pas ; ce qui m’intéresse est l’intensité d’une personnalité, transposée directement, clairement dans son œuvre. ». Selon lui, le langage préexiste aux personnes et les empêche de déployer leur singularité. Ceci explique pourquoi il remet en cause le recours au langage et au poème.

La modernité conduit ainsi à un paradoxe :

  • Atteindre la poésie peut passer par la destruction du poème comme moyen d’expression. La nécessité réside alors dans l’exhibition de la production.
  • Ces approches novatrices, poursuivies au XX°, ont reconfiguré le champ des arts plastiques/ ex l’Urinoir de Duchamp/ sécrétions de l’artiste dans des expositions etc…
  • Au XX°, Tzara, suivi par les surréalistes, préconise la mort de l’œuvre et son remplacement par la vie.
  • Ex: Le personnage de Des Esseintes, dans « A Rebours » de Huysmans, consacre ses efforts, non à la rédaction d’ouvrages, mais à la mise en scène littéraire de son existence.

En prolongement / propositions

Suggestions films

Texte de HUGO "Fonction du poète"

Texte de Gautier"L'Art"

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