En plein coeur
par Julie Wojciechowski
Collège Jacques PREVERT HOUDAIN
Index
intro
histoire du mot coeur
armoirie
Antiquité et représentation végétale
sacré coeur
de la publicité à l'emoji
Moyen-âge et Fin'Amor
influence de l'anatomie
arts contemporains
Plaute (254-184 avant J.-C.), La Comédie du Fantôme, vers 84 - 87.
Recordatus multum et diu cogitavi
Je me suis beaucoup rappelé et j’ai longtemps cogité
argumentaque in pectus institui multa
et j’ai mis beaucoup de raisonnements dans ma poitrine
ego, atque in meo corde, si est quod mihi cor,
moi, et dans mon cœur, si j’ai bien un cœur à moi,
eam rem volutavi et diu disputavi.
j’ai roulé cette histoire et je l’ai longtemps examinée en détails.
Plaute (254-184 avant J.-C.), La Comédie du Fantôme, vers 84 - 87.
Recordatus multum et diu cogitavi
Je me suis beaucoup rappelé et j’ai longtemps cogité
argumentaque in pectus institui multa
et j’ai mis beaucoup de raisonnements dans ma poitrine
ego, atque in meo corde, si est quod mihi cor,
moi, et dans mon cœur, si j’ai bien un cœur à moi,
eam rem volutavi et diu disputavi.
j’ai roulé cette histoire et je l’ai longtemps examinée en détails.
- Recordatus est une forme de participe venant du verbe recordari, « se rappeler », formé à partir du préfixe re (en arrière, de nouveau),
et du nom cor, avec le sens de « ramener dans son cœur ». - Depuis l’Antiquité, le cœur est considéré comme le siège du courage (venant de la même racine coeurage), de la sensibilité, des sentiments et même de l’intelligence du fait que le rythme cardiaque s’accélère lors d’une activité cérébrale intense. - Jeu sur les sens propre et figuré des noms pectus (poitrine) et cor (cœur) - Deux formes de « cœur » présentes dans le texte, corde et cor.
coeur
L’histoire du mot
Le mot français « cœur » est issu du nom neutre latin cor (pluriel corda). Il est lui-même issu de la racine indo-européenne * ḱḗr qui porte le sens d’« entrailles ». Le nom latin désigne d’abord le cœur ou l’estomac en tant que viscère, puis le cœur considéré comme le siège du sentiment, de l’intelligence, au sens de l’esprit, du bon sens. Dans la famille latine du nom cor, on peut signaler les noms concordia (concorde) et misericordia (miséricorde), dans lesquels on retrouve le radical cord-. En grec le nom καρδια (kardia) signifie le cœur et a donné de nombreux termes comme cardiaque, cardiologie, cardiologue…
coeur
L’histoire du mot
Le symbole de l’amour résulte de la schématisation de la forme des feuilles de lierre qui, étant vivaces toute l’année, symbolisaient la fidélité et l’endurance.
On évoque aussi la ressemblance avec les feuilles de figuiers ou les graines de silphion, une plante condimentaire et médicinale très appréciée dans l'Antiquité gréco-romaine, aujourd’hui disparue.
Si les premiers cœurs représentés en sculpture ou dans des fresques étaient bien inspirés des plantes, ils avaient souvent une “valeur décorative”.
Revers d'une monnaie d'argent de la ville de Cyrène, représentant une tige de silphium.
Mosaïque sur le Site d'Al Mina, Ville antique de Tyr, Tyr (Sour), Liban-Sud, Liban
article France culture
Le cœur trouve son image romantique à la fin du Moyen Âge.
C’est au monde chevaleresque de l’amour courtois ou “fin’amor”, que l’on doit la systématisation du cœur aux lignes rondes et épurées qui nous sont aujourd’hui familières.
Tantôt littéral et sanguinolent, tantôt désincarné et réduit au motif percé d’une flèche, les manuscrits enluminés de la littérature médiévale fournissent de nombreux exemples de cœurs.
La première image connue de l’icône du cœur est ici en 1344, dans Le Roman d’Alexandre, l’un des grands livres d'images médiévaux. Dans l’illustration ci-contre, une femme tient un cœur vraisemblablement reçu de l’homme qui se tient devant elle. Alors qu’elle accepte son offrande, il touche sa poitrine pour lui indiquer d’où vient son cadeau.
article France culture
Au XVIe siècle, l’humaniste Pierre Sala a contribué à l’histoire du cœur amoureux avec son Petit livre d’amour, recueil d’emblèmes dans lequel le symbole occupe le premier rôle.
article France culture
Autre explication de la forme du cœur : l'anatomie ou les tâtonnements scientifiques de la représentation du cœur. Les dessins anatomiques réalisés par Léonard de Vinci sont d’inspiration végétale (le génie, qui s’adonnait parfois à la dissection, soutenait que les artères sanguines prenaient racine dans le cœur comme le tronc et les branches d’un arbre de la graine).
article France culture
Des manuscrits aux enseignes des jeux de cartes en passant par les armoiries, l’icône du cœur s’est popularisée.
article France culture
Du XVIIe au XIXe siècle, "la représentation de l’adoration du Christ en la forme du Sacré-Cœur a été décisive dans la normalisation iconique et formelle du cœur", explique Martin Kemp.
Le “Sacré-Cœur" est représenté par un cœur rouge-sang, couronné d’épines duquel émanent des rais de lumière ou des flammes. Au cours du XIXe siècle en France, certains catholiques donneront à la dévotion du Sacré-Cœur une coloration royaliste, rappelant les cœurs arborés par les Chouans de Vendée et ceux qui auraient dû orner les étendards royaux sous le règne de Louis XIV.
article France culture
Dalí, Le Sacré Cœur de Jésus, 1962, Huile sur toile, 86.5 x 61 cm
Cœur aux intentions, Musée Universitaire de Louvain-la-Neuve, Belgique.
Le cartel de cet objet multiple dit ceci : Cœur aux intentions : Près de 600 messages ont été rassemblés dans un cœur en laiton portant l'inscription « Hommage des Pèlerins du Nord et du Pas-de-Calais, 20 juin 1875 ». Haut-lieu de la dévotion au Sacré-Coeur de Jésus, le couvent de la Visitation de Paray-le-Monial se voyait confier les intentions des fidèles y accomplissant le pèlerinage. Le cœur en laiton n'apparaît pas dans la vitrine, mais un cœur en textile (qui devait être lui-même placé dans celui en laiton). Ce cœur en textile est éventré et l'on en voit sortir une petite partie des six cents messages évoqués dans le cartel. Messages terriblement émouvants sous leurs formes variées : pliés, découpés, scellés, vites griffonnés ou soigneusement tracés...
L'objet tel qu'il est exposé dans la vitrine porte aussi une forte charge symbolique dans la manière dont il se présente : le cœur a en effet été déchiré, éventré, pour en montrer le contenu ; mais symboliquement, il s'agit tout de même du cœur de Jésus ! D'autre part, les messages, qui étaient des messages intimes adressés par des hommes et des femmes à Dieu, se retrouvent pour certains d'entre eux étalés, visibles, lisibles par tout visiteur du Musée (et j'y contribue, je l'avoue, puisque j'ai pris cette photo et que je la publie sur internet, mais l'essentiel des écritures est flou et peu lisible). Bien que non croyante, je suis un peu troublée par cette double violation ; et pourtant on a vu bien pire dans les musées, quand on pense par exemple aux momies égyptiennes. Je crois que ce qui me trouble ici, c'est la date très proche de 1875. « Très proche ? » vous étonnez-vous en fronçant les sourcils. Cela fait plus de 140 ans ! Oui. C'est peut-être parce que je viens d'une famille où on aime se transmettre de génération en génération les anecdotes et les histoires de vie des ancêtres, ainsi que les objets qui leur ont appartenu, les lettres qu'ils ont écrites. J'ai donc l'habitude de lire des lignes de cette écriture du XIXe siècle en sachant parfaitement le nom, l'identité et le lien familial avec moi de celle ou de celui qui les a tracées. C'est pourquoi en contemplant les messages du cœur de Paray-le-Monial, avec évidemment une fascination de voyeuse, j'ai pensé aussi avec un peu de honte que je pourrais lire le message intime à Dieu d'une de mes arrière-grand-mères.
Par Nadia Pla, Chemins antiques _ blogspot
Le symbole païen s’est aussi installé dans l’univers iconographique populaire.
Au XXe siècle, il devient même un motif commercial, utilisé sur les cartes et les boîtes de chocolat pendant de la période de la Saint-Valentin.
L’icône s’est même faite verbe en devenant un logo, décliné en émojis. Le “♥” a envahi “l’art graphique international, notamment avec la campagne de publicité « I ♥ NY » pour « I love New York », initié en 1977.
Le rébus a été conçu par Milton Glaser, designer graphique, pour un budget de 1500 dollars. Son design est tombé dans le domaine public, entraînant d’infinies variations.
article France culture
Représenter l’amour : le cœur comme motif artistique
Les artistes, peintres, sculpteurs ou photographes se sont bien entendu saisis de ce motif universel pour exprimer les mille et unes facettes de l’amour.
En plein cœur _ Mme Wojciechowski
julie-wojciechowski
Created on February 10, 2021
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En plein coeur
par Julie Wojciechowski
Collège Jacques PREVERT HOUDAIN
Index
intro
histoire du mot coeur
armoirie
Antiquité et représentation végétale
sacré coeur
de la publicité à l'emoji
Moyen-âge et Fin'Amor
influence de l'anatomie
arts contemporains
Plaute (254-184 avant J.-C.), La Comédie du Fantôme, vers 84 - 87.
Recordatus multum et diu cogitavi Je me suis beaucoup rappelé et j’ai longtemps cogité argumentaque in pectus institui multa et j’ai mis beaucoup de raisonnements dans ma poitrine ego, atque in meo corde, si est quod mihi cor, moi, et dans mon cœur, si j’ai bien un cœur à moi, eam rem volutavi et diu disputavi. j’ai roulé cette histoire et je l’ai longtemps examinée en détails.
Plaute (254-184 avant J.-C.), La Comédie du Fantôme, vers 84 - 87.
Recordatus multum et diu cogitavi Je me suis beaucoup rappelé et j’ai longtemps cogité argumentaque in pectus institui multa et j’ai mis beaucoup de raisonnements dans ma poitrine ego, atque in meo corde, si est quod mihi cor, moi, et dans mon cœur, si j’ai bien un cœur à moi, eam rem volutavi et diu disputavi. j’ai roulé cette histoire et je l’ai longtemps examinée en détails.
- Recordatus est une forme de participe venant du verbe recordari, « se rappeler », formé à partir du préfixe re (en arrière, de nouveau), et du nom cor, avec le sens de « ramener dans son cœur ». - Depuis l’Antiquité, le cœur est considéré comme le siège du courage (venant de la même racine coeurage), de la sensibilité, des sentiments et même de l’intelligence du fait que le rythme cardiaque s’accélère lors d’une activité cérébrale intense. - Jeu sur les sens propre et figuré des noms pectus (poitrine) et cor (cœur) - Deux formes de « cœur » présentes dans le texte, corde et cor.
coeur
L’histoire du mot
Le mot français « cœur » est issu du nom neutre latin cor (pluriel corda). Il est lui-même issu de la racine indo-européenne * ḱḗr qui porte le sens d’« entrailles ». Le nom latin désigne d’abord le cœur ou l’estomac en tant que viscère, puis le cœur considéré comme le siège du sentiment, de l’intelligence, au sens de l’esprit, du bon sens. Dans la famille latine du nom cor, on peut signaler les noms concordia (concorde) et misericordia (miséricorde), dans lesquels on retrouve le radical cord-. En grec le nom καρδια (kardia) signifie le cœur et a donné de nombreux termes comme cardiaque, cardiologie, cardiologue…
coeur
L’histoire du mot
Le symbole de l’amour résulte de la schématisation de la forme des feuilles de lierre qui, étant vivaces toute l’année, symbolisaient la fidélité et l’endurance. On évoque aussi la ressemblance avec les feuilles de figuiers ou les graines de silphion, une plante condimentaire et médicinale très appréciée dans l'Antiquité gréco-romaine, aujourd’hui disparue. Si les premiers cœurs représentés en sculpture ou dans des fresques étaient bien inspirés des plantes, ils avaient souvent une “valeur décorative”.
Revers d'une monnaie d'argent de la ville de Cyrène, représentant une tige de silphium.
Mosaïque sur le Site d'Al Mina, Ville antique de Tyr, Tyr (Sour), Liban-Sud, Liban
article France culture
Le cœur trouve son image romantique à la fin du Moyen Âge. C’est au monde chevaleresque de l’amour courtois ou “fin’amor”, que l’on doit la systématisation du cœur aux lignes rondes et épurées qui nous sont aujourd’hui familières. Tantôt littéral et sanguinolent, tantôt désincarné et réduit au motif percé d’une flèche, les manuscrits enluminés de la littérature médiévale fournissent de nombreux exemples de cœurs. La première image connue de l’icône du cœur est ici en 1344, dans Le Roman d’Alexandre, l’un des grands livres d'images médiévaux. Dans l’illustration ci-contre, une femme tient un cœur vraisemblablement reçu de l’homme qui se tient devant elle. Alors qu’elle accepte son offrande, il touche sa poitrine pour lui indiquer d’où vient son cadeau.
article France culture
Au XVIe siècle, l’humaniste Pierre Sala a contribué à l’histoire du cœur amoureux avec son Petit livre d’amour, recueil d’emblèmes dans lequel le symbole occupe le premier rôle.
article France culture
Autre explication de la forme du cœur : l'anatomie ou les tâtonnements scientifiques de la représentation du cœur. Les dessins anatomiques réalisés par Léonard de Vinci sont d’inspiration végétale (le génie, qui s’adonnait parfois à la dissection, soutenait que les artères sanguines prenaient racine dans le cœur comme le tronc et les branches d’un arbre de la graine).
article France culture
Des manuscrits aux enseignes des jeux de cartes en passant par les armoiries, l’icône du cœur s’est popularisée.
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Du XVIIe au XIXe siècle, "la représentation de l’adoration du Christ en la forme du Sacré-Cœur a été décisive dans la normalisation iconique et formelle du cœur", explique Martin Kemp. Le “Sacré-Cœur" est représenté par un cœur rouge-sang, couronné d’épines duquel émanent des rais de lumière ou des flammes. Au cours du XIXe siècle en France, certains catholiques donneront à la dévotion du Sacré-Cœur une coloration royaliste, rappelant les cœurs arborés par les Chouans de Vendée et ceux qui auraient dû orner les étendards royaux sous le règne de Louis XIV.
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Dalí, Le Sacré Cœur de Jésus, 1962, Huile sur toile, 86.5 x 61 cm
Cœur aux intentions, Musée Universitaire de Louvain-la-Neuve, Belgique.
Le cartel de cet objet multiple dit ceci : Cœur aux intentions : Près de 600 messages ont été rassemblés dans un cœur en laiton portant l'inscription « Hommage des Pèlerins du Nord et du Pas-de-Calais, 20 juin 1875 ». Haut-lieu de la dévotion au Sacré-Coeur de Jésus, le couvent de la Visitation de Paray-le-Monial se voyait confier les intentions des fidèles y accomplissant le pèlerinage. Le cœur en laiton n'apparaît pas dans la vitrine, mais un cœur en textile (qui devait être lui-même placé dans celui en laiton). Ce cœur en textile est éventré et l'on en voit sortir une petite partie des six cents messages évoqués dans le cartel. Messages terriblement émouvants sous leurs formes variées : pliés, découpés, scellés, vites griffonnés ou soigneusement tracés... L'objet tel qu'il est exposé dans la vitrine porte aussi une forte charge symbolique dans la manière dont il se présente : le cœur a en effet été déchiré, éventré, pour en montrer le contenu ; mais symboliquement, il s'agit tout de même du cœur de Jésus ! D'autre part, les messages, qui étaient des messages intimes adressés par des hommes et des femmes à Dieu, se retrouvent pour certains d'entre eux étalés, visibles, lisibles par tout visiteur du Musée (et j'y contribue, je l'avoue, puisque j'ai pris cette photo et que je la publie sur internet, mais l'essentiel des écritures est flou et peu lisible). Bien que non croyante, je suis un peu troublée par cette double violation ; et pourtant on a vu bien pire dans les musées, quand on pense par exemple aux momies égyptiennes. Je crois que ce qui me trouble ici, c'est la date très proche de 1875. « Très proche ? » vous étonnez-vous en fronçant les sourcils. Cela fait plus de 140 ans ! Oui. C'est peut-être parce que je viens d'une famille où on aime se transmettre de génération en génération les anecdotes et les histoires de vie des ancêtres, ainsi que les objets qui leur ont appartenu, les lettres qu'ils ont écrites. J'ai donc l'habitude de lire des lignes de cette écriture du XIXe siècle en sachant parfaitement le nom, l'identité et le lien familial avec moi de celle ou de celui qui les a tracées. C'est pourquoi en contemplant les messages du cœur de Paray-le-Monial, avec évidemment une fascination de voyeuse, j'ai pensé aussi avec un peu de honte que je pourrais lire le message intime à Dieu d'une de mes arrière-grand-mères.
Par Nadia Pla, Chemins antiques _ blogspot
Le symbole païen s’est aussi installé dans l’univers iconographique populaire. Au XXe siècle, il devient même un motif commercial, utilisé sur les cartes et les boîtes de chocolat pendant de la période de la Saint-Valentin. L’icône s’est même faite verbe en devenant un logo, décliné en émojis. Le “♥” a envahi “l’art graphique international, notamment avec la campagne de publicité « I ♥ NY » pour « I love New York », initié en 1977. Le rébus a été conçu par Milton Glaser, designer graphique, pour un budget de 1500 dollars. Son design est tombé dans le domaine public, entraînant d’infinies variations.
article France culture
Représenter l’amour : le cœur comme motif artistique Les artistes, peintres, sculpteurs ou photographes se sont bien entendu saisis de ce motif universel pour exprimer les mille et unes facettes de l’amour.