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LA MUSIQUE DANS LES CAMPS DE CONCENTRATION

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Created on January 3, 2021

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LA MUSIQUE DANS LES CAMPS

Un art paradoxal

Carte présentant les principaux camps de concentration et d'extermination du 3ème Reich

MUSIQUES SUBIES PAR LES DÉTENUS

LES 3 SOURCES DE MUSIQUE DANS LES CAMPS

1. LE CHANTUtilisé pour "éduquer" les détenus, le chant était omniprésent. Pendant l'appel, parfois très long, pendant les trajets qui menaient au travail, pendant le travail parfois... les détenus devaient chanter. Pas assez fort, ils étaient frappés, trop fort, ils étaient frappés, pas en rythme, ils étaient frappés. Le chant servait à desintégrer l'humain dans la masse, et empêchait les détenus de parler entre eux.

2. LES HAUT-PARLEURSToute la journée, parfois même la nuit pour des transmissions de concerts qui empêchaient les détenus de dormir, les haut-parleurs diffusaient à plein volume des chants nazis, des discours anti bolchéviques, et des oeuvres de compositeurs qui faisaient la gloire de l'Allemagne ( Wagner, Beethoven, Bach)

Opération "fête des moissons"

Le 3 Novembre 1943, dans le camp de Majdanek, 500 SS abattirent 17000 juifs au son de valses de Johann STRAUSS, diffusées à plein volume par les haut-parleurs pour masquer le bruit de ces executions de masse. image: découverte d'une des fosses communes découvertes par les soviétiques dans ce camp.

LES 3 SOURCES DE MUSIQUE DANS LES CAMPS

3/ LES ORCHESTRES

Il existait un orchestre dans la plupart des camps principaux. Rarement à l'initiative des prisonniers, le plus souvent crée par le commandant du camp. En Aout 1942, une ordonnance du bureau central de la sécurité du Reich rendit officielle la création d'orchestres dans les principaux camps (BUCHENWALD, DACHAU, AUSCHWITZ (2 orchestres d'hommes, un de femmes), MAUTHAUSEN, TREBLINKA)

Une pendaison par un appel du soir, tandis que l'orchestre du camp joue « Alte Kameraden », Dessin n° 18 de Hans P. Sorensen publié en 1947

FONCTIONS DE LA MUSIQUE DANS LES CAMPS

1. RYTHMER LES JOURNÉES DE TRAVAIL

2. ACCOMPAGNER LES PUNITIONS ET LES EXECUTIONS

3. PRODUIRE DES CONCERTS

4. ACCOMPAGNER LES CÉRÉMONIES OFFICIELLES

5. FAIRE OFFICE DE PROPAGANDE ET DE DISSIMULATION DE LA VIE DANS LES CAMPS

6. PARTICIPER A LA SÉLECTION DANS LES CAMPS D'EXTERMINATION

1. RYTHMER LA JOURNÉE DE TRAVAIL

L'orchestre devait jouer matin, midi et soir, à l'aller et au retour des prisonniers qui allaient au travail. Les prisonniers devaient marcher au rythmes des marches jouées par l'orchestre. Au retour, ils devaient porter les morts, qui étaient déposés aux pieds de l'orchestre. image: orchestre de femmes d'Auschwitz, dirigé par Alma Rosé, violoniste

1. RYTHMER LES JOURNÉES DE TRAVAIL

Dessins de Mieczysław Koscielniak (1912- 1993) montrant le départ et le retour d’un kommando de travail

2. ACCOMPAGNER LES PUNITIONS ET LES EXECUTIONS

Les punitions violentes et les executions étaient souvent faites au son de l'orchestre ou de musiques diffusées à un volume élevé par haut-parleurs. image: L’exécution de Hans Bonarewitz au son de l’orchestre de Mauthausen en 1942

3. PRODUIRE DES CONCERTS ET JOUER POUR LES DIVERTISSEMENTS PRIVÉS DES SS

3. Les concerts avaient lieu le dimanche (seul jour de repos), sur la place d'appel ou dans la salle de répétition, pour les détenus et les SS Beaucoup de SS étaient amateurs de musique. Les orchestre étaient à leur disposition, et il n'était pas rare que les musiciens soient utilisés pour animer des soirées privées. image: concert de l'orchestre au camp Auschwitz I

5. dissimuler la vraie vie dans les camps

4. accompagner les cérémonies officielles

Chaque occasion était bonne pour que l'orchestre joue. Anniversaire d'Hitler, inspections, visites d'officiels SS....

Les orchestres et de façon plus générale la musique étaient également utilisés dans le but de dissimuler aux observateurs extérieurs la réalité des camps de concentration. Cette propagande visait à tromper l’opinion internationale, ou les populations habitant à proximité des camps : l’orchestre du camp d’Esterwegen - où fut interné le pacifiste et opposant au nazisme Carl von Ossietzky (1889-1938), Prix Nobel de la Paix en 1936 - fut ainsi mis à contribution pour une visite de la Croix-Rouge Internationale.

6. PARTICIPER À LA SÉLECTION DANS LES CAMPS D'EXTERMINATION

Cette fonction fait l’objet de controverses consécutives à des témoignages contradictoires. Le processus de sélection consistait pour les SS à déterminer à l’arrivée de chaque nouveau convoi les déportés qui seraient envoyés directement à la chambre à gaz et ceux que l’on conserverait pour exploiter leur force de travail. A Birkenau particulièrement, certains témoins attestent de la présence d’un orchestre pour accompagner cette macabre besogne, alors que d’autres la démentent catégoriquement.

EXTRAIT DE "LA LISTE DE SCHINDLER", STEVEN SPIELBERG, 1993

LA MUSIQUE POUR RÉSISTER

LE CHANT

le chant était parfois spontanément amené par certains prisonniers, et repris par les autres, pendant un trajet, ou le travail. Airs d'operas ou d'operettes connues, hymnes nationaux...

Des chorales clandestines se sont ainsi formées dans certains camps, permettant aux détenus de s'accrocher a leur culture, leur mémoire, leur esprit collectif.

todestango, Aleksander Tytus Kulisiewicz

PLEGORIA, eduardo BIANCO

Eduardo Bianco était un musicien argentin, qui par ses sympathies avec des membres de l'extrême droite, put rencontrer l'ambassadeur d'Argentine à berlin, et put faire écouter "plegaria" à Hitler, qui non content de l'apprecier, exigea que ce morceau fut joué a proximité des chambres à gaz dans les camps d'extermination. Ce morceau, surnommé "le tango de la mort", était appelé par les SS "mort en fugue".

Voici une transcription du texte que chantaient les prisonniers , d'après la mémoire de l'une d'eux

Entends-tu ce violon qui se lamente ? Il résonne de notes sanglantes. Son cœur déjà présage la fin de l'attente. Il joue le tango de la mort Tu ne dois pas avoir peur, mon trésor. I ls couvriront de sable ton corps Les étoiles en tremblant te veilleront Une dure pierre sera ton coussin Et tu seras tout seul. Pas plus mal, au fond. Loin des balles qui sifflent, des coups de tocsin, Ségrégation ! Poison ! Et eux joueront. Alors, si la mort te prend par la main Sois prêt à l'accompagner sous le gazon.

En 1979, KULISIEWICZ, survivant du camp de Sachsenhausen, compila dans l'album "songs from the depth of hell" des chansons chantées et apprises d'autres prisonniers pendant son incarcération en camp de concentration. "Todestango" en fait partie, et rappelle les douloureux moments passés par les détenus à l'écoute du tango de BIANCO. Il aura mémorisé en tout plus de 700 chansons dans 4 langues différentes.

LES "HYMNES" DE RESISTANCE

LA CHANSON DE DACHAU (DACHAULIED)

L'HYMNE DE BUCHENWALD

LE CHANT DES MARAIS (DIE MOORSOLDATENLIED)

LA CHANSON DE DACHAU (dachau lied)

Les auteurs du Chant de Dachau, le compositeur viennois juif et communiste Herbert Zipper et l’écrivain Jura Soyfer, composèrent ce chant de marche antifasciste en août 1938 dans le camp où ils avaient été déportés. Risquant la peine de mort en cas de découverte, les deux auteurs ne pouvaient le coucher sur le papier. Sa transmission aux autres détenus se fit donc de bouche à oreille. Zipper ne put le noter qu’en 1939, après sa libération de Buchenwald, où il avait été transféré, et son émigration à Paris. Grâce à des prisonniers libérés, le Chant de Dachau fut également transcrit à Marseille par le compositeur viennois Marcel Rubin, lui-même sur le chemin de l’exil. Jura Soyfer mourut du typhus à Buchenwald en février 1939.

dernier couplet et refrain de dachau lied

Un jour criera la sirène : « Venez au dernier appel ! Où tu es, à l’endroit même, Camarade, sous le ciel. » Liberté, par ton sourire, Le travail sera joyeux, Le travail nous fera rire, Le travail rendra heureux.Nous avons appris la devise de Dachau Et durci comme acier froid : Reste humain, camarade, Sois un homme, camarade, Et fais du bon travail, camarade Car le travail rend libre!

LE CHANT DES MARAIS (DIE MOORSOLDATEN LIED)

Chanté dès l’été 1933 par les détenus politiques du camp de Börgermoor en Basse-Saxe, c'est l’exemple le plus connu de ces chants voulant rendre compte de la réalité de la vie des camps. Les paroles sont de Johann Esser, mineur, et de l’acteur et metteur en scène Wolfgang Langhoff, la musique de Rudi Goguel. Bien qu’interdit à plusieurs reprises par les SA, cet hymne se répandit dans les autres camps au fur et à mesure des transferts de prisonniers. La libération de certains déportés et leur exil permirent de le faire connaître en Grande-Bretagne. En 1937, il fit l’objet d’une adaptation de Hanns Eisler et Bertolt Brecht pour le chanteur Ernst Busch.

L'HYMNE DE BUCHENWALD

En décembre 1938, le Lagerführer Arthur Rödl, chef du camp de Buchenwald, décide de doter le camp d’un chant, promettant même une récompense que les gagnants ne toucheront finalement jamais. Le Buchenwaldlied est composé en 3 jours par Hermann Leopoldi sur un texte de Fritz Löhner-Beda, librettiste de Franz Lehár. Destiné à encourager la volonté de résister, le chant plaît tellement à Rödl qu’il en ordonne des heures exténuantes de répétition collective dans le camp, accompagnées par l’orchestre des détenus. Certains prisonniers témoigneront cependant avoir chanté cet hymne avec une volonté de résistance. Ainsi Robert Leibbrand : « Quand l’ordre était donné de chanter, nos yeux se tournaient vers le crématoire dont les flammes montaient vers le ciel. Nous mettions toute notre haine dans ce chant. »

Dernier couplet de l'hymne de Buchenwald

La nuit est si courte et le jour si long, Mais un chant s’élève, qui chante notre patrie Nous ne nous laissons pas voler notre courage ! Halte au pas, camarade, et ne perds pas courage, Car nous portons la volonté de vivre dans notre sang, Et au cœur, au cœur la foi ! Oh, Buchenwald…

bibliographie

www.holocaustmusic.ort.org

http://www.even-tango.com/blog/histoire/plegaria-tango-mort/

http://www.musiques-regenerees.fr/

la musique dans l'univers concentrationnaire nazi, manuel pedagogique, Amaury du Closel

catalogue de l'exposition "le 3eme reich et la musique", musée de la musique, 2004