LA BANDE
SON
DU DROIT HUMANITAIRE - 1
15 Min
INTRO
Non, la musique n'adoucit pas forcément les mœurs… Bien au contraire, elle a souvent alimenté les conflits en galvanisant les combattants ! Elle est même devenue parfois une arme de guerre...
A l'origine
La guerre a souvent été accompagnée de musique au cours de l’histoire humaine, chants et hymnes galvanisant et soudant les troupes partant au combat. Est-ce vraiment un hasard si l’une des plus célèbres chansons profanes de la fin du Moyen Âge est intitulée L’Homme armé, et a connu un extraordinaire succès…
Bande son du droit humanitaire
Pourtant dès le Moyen Âge, des règles s’imposent aux combattants : les règles de chevalerie exigent ainsi d’épargner les femmes, les enfants et les ecclésiastiques.
Le compositeur Clément Janequin (vers 1485-1558) aurait suivi Louis Ronsard, le père du célèbre poète, jusque sur le champ de bataille de Marignan, en 1515, ce qui l’aurait inspiré pour l’une de ses plus célèbres compositions La Guerre ou La Bataille, avec une série d’onomatopées transcrivant le bruit des armes : « von von patipatoc », « trique trac »… Les fanfares de fifres, tambours, clairons, nommés par Janequin, annoncent de la même manière le combat : « Fan frère le fan fan fan feyne », « Fa ri ra ri ra »…
Clément Janequin A la renaissance le thème de la guerre est traité en musique de manière variée, avec des sensibilités différentes.
La bande son du droit humanitaire
Pendant ce temps, on prend aussi conscience de la nécessité d’éviter les maux superflus de la guerre qui connaît une évolution sensible à compter du XVIe siècle avec la pratique des cartels, des capitulations et des conventions d’armistice !
L’image positive, virile, héroïque, presque joyeuse de la guerre semble encore renforcée par le grand événement historique que constitue la Révolution française : la Marseillaise, les grandioses commémorations publiques des morts pour la patrie, où la musique monumentale d’un compositeur comme François-Joseph Gossec (1734-1829) - en particulier son Requiem - occupe une grande place, frappent les esprits et impriment leur marque sur tout le XIXe siècle romantique.
François-Joseph Gossec (1734-1829) - son Requiem
Ce n’est qu’au début du XXe siècle, durant la Première Guerre mondiale, que la guerre perd en très grande partie l’image joyeuse et aventurière qui était la sienne dans la musique. La guerre de tranchées, les gaz, le retour des mutilés et des gueules cassées ont laissé un sentiment d’absurdité qui a fortement marqué la production littéraire et artistique.
La bande son du droit humanitaire
Par le nombre de peuples précipités dans la lutte, par sa durée et par les moyens mis en œuvre pour arracher la victoire, la Première Guerre mondiale a représenté une rupture sans précédent dans l’histoire de l’humanité.
La Croix-Rouge est sortie transformée de cette épreuve avec un dispositif opérationnel qui demeure la pierre angulaire de son action aujourd’hui encore : recherche des disparus, rétablissement du lien entre les prisonniers et leur famille, visite des camps de prisonniers, actions de secours, rapatriement des captifs.
Face à l'enfer des tranchéesAucun autre conflit n’a entraîné une transformation aussi profonde !
La fabrication d’instruments de musique par les « poilus » pendant la Première Guerre mondiale
Sección 01
La musique adoucit-elle les mœurs ? Toujours est-il que pendant la Grande Guerre, elle permit aux poilus d’oublier l’espace de quelques notes l’horreur et la violence des combats. Pour oublier la dureté de la guerre et des tranchées, les soldats ont rivalisé d'ingéniosité pour créer à partir de gourdes, de casques et de bouts de bois, des instruments de musique...
La Seconde Guerre y ajoutera encore davantage, avec l’horreur des camps d’extermination. Les compositeurs Ravel et Bartók, à ces époques troublées et partisanes, ne manquent pas de rappeler chacun pour leur part la nécessaire et inaltérable liberté de l’artiste, affranchi de toute récupération belliqueuse et gardant précieusement en lui l’étincelle créatrice de l’être humain.
Commencée à la veille de la guerre, le Tombeau de Couperin est l’une des œuvres de guerre les plus connues de Maurice Ravel, puisque chaque mouvement est dédié à l’un de ses amis mort au front.
Maurice Ravel et le monde militaire
Créée au moment du recrutement militaire, la fiche matricule recense tous les éléments relatifs au parcours militaire des conscrits. Outre les éléments d’état-civil (nom, prénom, profession, parents, description physique…), elle permet de connaître précisément les affectations du militaire.
La bande son du droit humanitaire
Exempté de service militaire en 1895 pour « faiblesse », Ravel cherche dès le début de la Grande Guerre à s’engager : il ne peut rester à l’arrière et laisser ses amis (Maurice Delage, Florent Schmitt…) risquer leur vie. Ses nombreuses tentatives pour intégrer l’armée, en particulier dans l’aviation, sont finalement couronnées de succès en mars 1915 ; il rejoint alors le service auxiliaire, où il sert dans le train des équipages militaires, qui gère le transport et la logistique du régiment. Ravel conduit un camion, sa célèbre « Adélaïde ». En septembre 1916, il attrape la dysenterie, qui le foudroie. Rapatrié sur Paris du 27 octobre 1916 au 24 janvier 1917, il est réformé le 1er juin 1917, d’abord temporairement, puis définitivement.
Le Concerto pour la main gauche de Maurice Ravel s’inscrit dans l’une des périodes les plus sombres du XXe siècle. En janvier 1929, quand Ravel entend le pianiste Paul Wittgenstein à Vienne, l’Europe rêve encore de paix universelle. Les deux prix Nobel de la paix 1926, Aristide Briand et son homologue allemand, Gustav Stresemann, soucieux de redonner à l’Allemagne sa place au premier rang des nations, y travaillent sans relâche. Le 5 septembre 1929, Briand annonce à la Société des Nations un projet d’« Union européenne », censé garantir l’équilibre mondial. Mais le krach boursier ruine ses espérances : le 24 octobre, la bourse de New York, décroche et entraîne l’effondrement spectaculaire des valeurs boursières.
Un vent de panique, doublé d’une crise économique sans précédent, s’abat sur l’Europe. Une tragédie en marche qu’exprime avec angoisse le Concerto pour la main gauche.
La bande son du droit humanitaire
La guerre et la mort sont évoquées à plusieurs reprises dans les œuvres de Ravel. Parfois avec légèreté comme dans le Tombeau de Couperin, mais parfois de manière plus sombre comme par exemple dans sa mélodie Un Grand Sommeil noir (1895) sur un poème de Verlaine ; dans son Trio avec piano composé en 1914, où le troisième mouvement Passacaille est également très grave.
La guerre est également évoquée dans des œuvres d’autres compositeurs telles que le Concerto pour piano n° 2 de Bartók (1930-1931).
A suivre...
Dans un prochain épisode!
La bande son DIH 1
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LA BANDE
SON
DU DROIT HUMANITAIRE - 1
15 Min
INTRO
Non, la musique n'adoucit pas forcément les mœurs… Bien au contraire, elle a souvent alimenté les conflits en galvanisant les combattants ! Elle est même devenue parfois une arme de guerre...
A l'origine
La guerre a souvent été accompagnée de musique au cours de l’histoire humaine, chants et hymnes galvanisant et soudant les troupes partant au combat. Est-ce vraiment un hasard si l’une des plus célèbres chansons profanes de la fin du Moyen Âge est intitulée L’Homme armé, et a connu un extraordinaire succès…
Bande son du droit humanitaire
Pourtant dès le Moyen Âge, des règles s’imposent aux combattants : les règles de chevalerie exigent ainsi d’épargner les femmes, les enfants et les ecclésiastiques.
Le compositeur Clément Janequin (vers 1485-1558) aurait suivi Louis Ronsard, le père du célèbre poète, jusque sur le champ de bataille de Marignan, en 1515, ce qui l’aurait inspiré pour l’une de ses plus célèbres compositions La Guerre ou La Bataille, avec une série d’onomatopées transcrivant le bruit des armes : « von von patipatoc », « trique trac »… Les fanfares de fifres, tambours, clairons, nommés par Janequin, annoncent de la même manière le combat : « Fan frère le fan fan fan feyne », « Fa ri ra ri ra »…
Clément Janequin A la renaissance le thème de la guerre est traité en musique de manière variée, avec des sensibilités différentes.
La bande son du droit humanitaire
Pendant ce temps, on prend aussi conscience de la nécessité d’éviter les maux superflus de la guerre qui connaît une évolution sensible à compter du XVIe siècle avec la pratique des cartels, des capitulations et des conventions d’armistice !
L’image positive, virile, héroïque, presque joyeuse de la guerre semble encore renforcée par le grand événement historique que constitue la Révolution française : la Marseillaise, les grandioses commémorations publiques des morts pour la patrie, où la musique monumentale d’un compositeur comme François-Joseph Gossec (1734-1829) - en particulier son Requiem - occupe une grande place, frappent les esprits et impriment leur marque sur tout le XIXe siècle romantique.
François-Joseph Gossec (1734-1829) - son Requiem
Ce n’est qu’au début du XXe siècle, durant la Première Guerre mondiale, que la guerre perd en très grande partie l’image joyeuse et aventurière qui était la sienne dans la musique. La guerre de tranchées, les gaz, le retour des mutilés et des gueules cassées ont laissé un sentiment d’absurdité qui a fortement marqué la production littéraire et artistique.
La bande son du droit humanitaire
Par le nombre de peuples précipités dans la lutte, par sa durée et par les moyens mis en œuvre pour arracher la victoire, la Première Guerre mondiale a représenté une rupture sans précédent dans l’histoire de l’humanité. La Croix-Rouge est sortie transformée de cette épreuve avec un dispositif opérationnel qui demeure la pierre angulaire de son action aujourd’hui encore : recherche des disparus, rétablissement du lien entre les prisonniers et leur famille, visite des camps de prisonniers, actions de secours, rapatriement des captifs.
Face à l'enfer des tranchéesAucun autre conflit n’a entraîné une transformation aussi profonde !
La fabrication d’instruments de musique par les « poilus » pendant la Première Guerre mondiale
Sección 01
La musique adoucit-elle les mœurs ? Toujours est-il que pendant la Grande Guerre, elle permit aux poilus d’oublier l’espace de quelques notes l’horreur et la violence des combats. Pour oublier la dureté de la guerre et des tranchées, les soldats ont rivalisé d'ingéniosité pour créer à partir de gourdes, de casques et de bouts de bois, des instruments de musique...
La Seconde Guerre y ajoutera encore davantage, avec l’horreur des camps d’extermination. Les compositeurs Ravel et Bartók, à ces époques troublées et partisanes, ne manquent pas de rappeler chacun pour leur part la nécessaire et inaltérable liberté de l’artiste, affranchi de toute récupération belliqueuse et gardant précieusement en lui l’étincelle créatrice de l’être humain.
Commencée à la veille de la guerre, le Tombeau de Couperin est l’une des œuvres de guerre les plus connues de Maurice Ravel, puisque chaque mouvement est dédié à l’un de ses amis mort au front.
Maurice Ravel et le monde militaire Créée au moment du recrutement militaire, la fiche matricule recense tous les éléments relatifs au parcours militaire des conscrits. Outre les éléments d’état-civil (nom, prénom, profession, parents, description physique…), elle permet de connaître précisément les affectations du militaire.
La bande son du droit humanitaire
Exempté de service militaire en 1895 pour « faiblesse », Ravel cherche dès le début de la Grande Guerre à s’engager : il ne peut rester à l’arrière et laisser ses amis (Maurice Delage, Florent Schmitt…) risquer leur vie. Ses nombreuses tentatives pour intégrer l’armée, en particulier dans l’aviation, sont finalement couronnées de succès en mars 1915 ; il rejoint alors le service auxiliaire, où il sert dans le train des équipages militaires, qui gère le transport et la logistique du régiment. Ravel conduit un camion, sa célèbre « Adélaïde ». En septembre 1916, il attrape la dysenterie, qui le foudroie. Rapatrié sur Paris du 27 octobre 1916 au 24 janvier 1917, il est réformé le 1er juin 1917, d’abord temporairement, puis définitivement.
Le Concerto pour la main gauche de Maurice Ravel s’inscrit dans l’une des périodes les plus sombres du XXe siècle. En janvier 1929, quand Ravel entend le pianiste Paul Wittgenstein à Vienne, l’Europe rêve encore de paix universelle. Les deux prix Nobel de la paix 1926, Aristide Briand et son homologue allemand, Gustav Stresemann, soucieux de redonner à l’Allemagne sa place au premier rang des nations, y travaillent sans relâche. Le 5 septembre 1929, Briand annonce à la Société des Nations un projet d’« Union européenne », censé garantir l’équilibre mondial. Mais le krach boursier ruine ses espérances : le 24 octobre, la bourse de New York, décroche et entraîne l’effondrement spectaculaire des valeurs boursières.
Un vent de panique, doublé d’une crise économique sans précédent, s’abat sur l’Europe. Une tragédie en marche qu’exprime avec angoisse le Concerto pour la main gauche.
La bande son du droit humanitaire
La guerre et la mort sont évoquées à plusieurs reprises dans les œuvres de Ravel. Parfois avec légèreté comme dans le Tombeau de Couperin, mais parfois de manière plus sombre comme par exemple dans sa mélodie Un Grand Sommeil noir (1895) sur un poème de Verlaine ; dans son Trio avec piano composé en 1914, où le troisième mouvement Passacaille est également très grave. La guerre est également évoquée dans des œuvres d’autres compositeurs telles que le Concerto pour piano n° 2 de Bartók (1930-1931).
A suivre...
Dans un prochain épisode!