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L'étranger incipit
Lyaudet
Created on December 26, 2020
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Transcript
L'étranger
L'INCIPIT
Albert CAMUS
Camus est un philosophe et un écrivain né en Algérie en 1913 et mort en 1960. Dans son œuvre, aussi bien philosophique que littéraire, il a mis en valeur l'absurdité de la condition humaine, c'est-à-dire l'idée que la vie humaine n'a pas de sens a priori et que le monde nous est vraiment étranger.
Albert CAMUS
Il rédige une tétralogie appelée cycle de l'absurde qui comporte le roman L'Etranger, l'essai Le mythe de Sisyphe parus en 1942 et deux pièces de théâtre Caligula et Le Malentendu parues en 1944. Il obtient le prix Nobel de littérature en 1957. L'extrait soumis à notre étude est l'incipit du roman L'Etranger.
PROJET DE LECTURE
Problématique : en quoi peut-on dire que cet incipit est surprenant pour le lecteur ?
PROJET DE LECTURE
Tout d'abord, nous analyserons de la ligne 1 à 11 une narration neutre et froide (écriture blanche) puis nous étudierons de la ligne 12 à 21 un héros sans qualité et étranger au monde.
Premier mouvement
⁃ Un récit sans mise en scène ==> Le récit est une narration à la première personne. Le moment de l'énonciation change au fur et à mesure du texte. Le récit s'écrit un peu comme des notes que le personnage prendrait dans un carnet au fur et à mesure. Ainsi les deux premiers paragraphes semblent être écrits après la réception du télégramme.
ligne 1 à 11 : une narration neutre et froide = écriture blanche.
Premier mouvement
⁃ Un style sans qualité ==> on est d'abord surpris par l'utilisation de phrases courtes, simples ou avec une seule subordonnée sans procédé de mise en relief : « aujourd'hui maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas » (l.1). Un style très simple, lisse, sans émotion, presque télégraphique.
⁃ Un vocabulaire sans effet ==> pas la moindre image, la moindre hyperbole. Le narrateur ne cherche donc pas à donner un surplus de sens à ce qu'il raconte, pas plus qu'il ne cherche à grandir telle ou telle idée.
Premier mouvement
⁃ Une voix sans émotion ==> en surface du texte, il n'y a pas d'émotion. Le narrateur n'emploie pas les euphémismes habituels par lesquels on évoque la mort d'un proche et qui montre la difficulté qu'on a à envisager cette disparition « Maman est morte » (l.1). Pas d'euphémisme non plus pour désigner le lieu dans lequel elle était pensionnaire « asile de vieillards » (l.4). La voix qui s'exprime ne manifeste ni pitié ni peine.
Premier mouvement
⁃ Un vocabulaire concret : aucun mot appartenant au champ lexical du sentiment en dehors du mot « sentiments » (l.2) lui-même utilisé dans la formule totalement convenue « sentiments distingués ». Il y a une ironie du texte dans cette formule.
⁃ Inutilité du discours : cette voix aspire à s'éteindre, à se taire. Le thème de la vanité du discours est d'ailleurs présent « Cela ne veut rien dire » (l.2).
Premier mouvement
⁃ Un homme banal = Meursault (nous ne connaissons pas encore son nom) est manifestement un petit employé. Il a en effet un patron à qui il doit demander ses deux jours de congé et qu'il semble craindre puisqu'il se sent coupable de demander ce congé « Je lui ai même dit : ce n'est pas de ma faute » (l.7).
⁃ Une vie étriquée, minable : ses pensées semblent se réduire à de petits calculs assez triviaux « Il ne pouvait pas me les refuser avec une excuse pareille », (l.6) « c'était plutôt à lui de me présenter ses condoléances » (l. 9).
Premier mouvement
⁃ Un personnage qui semble accepter le vide fondamental de l'existence humaine : on peut envisager Meursault comme un personnage qui a le mérite de ne pas tricher, de ne pas se payer de mots. Nous avons vu les mots qu'il utilisait pour désigner le décès de sa mère : il y a une forme de franchise. Dans un sens, son style rude, asséché, n'est que la réponse à un télégramme encore plus rude dans le fond mais avec un vernis hypocrite de pudeur et de politesse « décédée...Sentiments distingués ».
⁃ Une âme indifférente dans un corps sensible ==> Meursault ne semble pas éprouver de sentiments. Comme il est le narrateur, nous avons vu que cette absence de sentiment apparaissait dans sa manière même de parler : il n'y a pas la moindre évocation d'un sentiment de tristesse ou d'affection. Seule la désignation de sa mère par « Maman » peut donner une connotation affective.
Second mouvement
⁃ Un narrateur désinvolte qui présente un certain désordre dans la chronologie. « J'ai pris l'autobus à deux heures. (…) J'ai mangé au restaurant, chez Céleste » (l.12). Le récit semble mené sans souci du lecteur, sans le souci d'expliquer, de séduire.
ligne 12 à 21 : un héros sans qualité et étranger au monde.
Second mouvement
⁃ Le narrateur ne prend d'ailleurs pas soin de décrire les personnages, de décrire les lieux ou d'expliquer les situations. Il ne se présente pas lui-même. Sa présence est immédiate, évidente. Il évoque les prénoms de ses proches sans rien en dire comme si nous les connaissions.
« J'étais un peu étourdi parce qu'il a fallu que je monte chez Emmanuel pour lui emprunter une cravate noire » (l.14-15). Comme si le lecteur n'avait pas beaucoup de place, d'importance aux yeux du narrateur. Comme si le personnage se parlait un peu à lui-même.
Second mouvement
⁃ ( N.B. Lapalissade = cf seigneur La Palice mort en 1525 dont l'épitaphe était « Hélas, s'il n'était pas mort, il ferait encore envie » mais qui a été mal lue et mal interprétée à cause de la graphie du [f] en ancien français ==> ce qui a donné « s'il n'était pas mort, il serait encore en vie » = une évidente vérité).
⁃ Sa vie semble être lisse et monotone : il mange « comme d'habitude » chez Céleste. Ses rapports avec les gens qu'il côtoie semblent très convenus. La consolation que lui adresse Céleste « On n'a qu'une mère » (l.13-14) paraît assez idiote : c'est une lapalissade. Elle souligne le manque de profondeur des rapports humains.
Second mouvement
⁃ Un personnage qui paraît insensible au niveau émotionnel mais doté d'une grande sensibilité physique ==> autant le vocabulaire des sentiments est absent, autant celui des sensations est abondant : la chaleur, « les cahots » du bus, « l'odeur d'essence », « la réverbération de la route et du ciel » (l.18). De même, il n'éprouve pas de peine mais se dit « étourdi » par sa course pour récupérer le brassard et la cravate (l.15).
⁃ Meursault doit en outre « emprunter » la cravate noire et le brassard à Emmanuel (l.15). C'est une manière de montrer qu'il doit emprunter ses sentiments et qu'en lui-même il n'éprouve pas grand chose d'exprimable. De même, il pense que son patron présentera ses condoléances quand « il me verra en deuil » (l.10).
Second mouvement
⁃ Le « oui » adressé au soldat est quant à lui symptomatique. Il dit « oui » pour n'avoir plus à parler (l.20). Il y a là comme un refus de jouer, d'interagir, mais une sorte de consentement à ce qu'il est. ==> étranger au monde et aux autres (refus de l'hypocrisie sociale).
⁃ On est surpris par une forme de sérénité qui se dégage du personnage. Il s'assoupit dans le bus (l.18-19). Cet endormissement signale l'absence d'angoisse, de mauvaise conscience. Une forme de paix finalement.