Condorcet, lumière fondatrice de l'école
De la Révolution française à nos jour, comment Condorcet, et avec lui les lumières, éclairent plus que jamais nos pas vers la liberté vraie, celle qui découle de l'appropriation des objets du savoir
Serge Macasdar - Université de Toulon
Courte biographie
Postulat initial
L'idée d'école publique
Formalisation de l'Institution
Quid des inégalités?
Bibliographie
Serge Macasdar - Université de Toulon
Nicolas de Caritat de Condorcet
1743 - 1794
- Mathématicien, élève de d'Alembert , spécialiste notamment des modes de scrutins ("Méthode de Condorcet")
- Membre de l'Académie Royale des Sciences
- Membre de l'académie française
- Homme politique soutien de la Révolution française
- Initiateur de "l'éducation permanente", mouvement permettant aux citoyens de se former tout au long de leur vie
- Penseur majeur de l'instruction publique
- Opposant à la peine de mort
- Inventeur du droit d'auteur
- Co-rédacteur de l'encyclopédie de Diderot - d'Alembert
Serge Macasdar - Université de Toulon
Postulat initial: l'évitement de l'erreur
Nul ne peut être tenu par une erreur
Pour Condorcet, les processus d'évitement de l'erreur, processus éminemment épistémologiques, doivent aussi être appliqués à la sphère politique. Ainsi, toute autorité, y compris celle du peuple, n'est acceptable et légitime que si elle est éclairée
« Aucune autorité n’a le droit de m’imposer une décision erronée, même si elle est prise à la majorité, et même si cette majorité a été bien calculée. Je ne peux accepter une décision nécessaire à la vie en commun (une loi donc), que cette décision soi prise par un prince, par un peuple, ou même par un dieu. »
On ne peut accepter une décision que si l'on a la garantie que l’instance décisionnaire s’est donné toutes les conditions accessibles au moment où la décision est prise, pour éviter l’erreur
Serge Macasdar - Université de Toulon
Postulat initial: l'évitement de l'erreur
Conséquence
Il n'y a aucune raison d’obéir à un peuple ignorant, même s’il est souverain, même si sa décision découle d'un scrutin correctement formalisé. Un peuple qui prend des décisions s’expose à être l’artisan de sa propre servitude. Un peule souverain n’a donc pas le droit d’être ignorant, il se doit d’être aussi éclairé que possible.
« Faute de connaissance et de pensée réflexive, un tel peuple [ignorant] s’expose à devenir son propre tyran, et les progrès inéluctables de l’inventivité humaine vont pouvoir devenir pour lui un processus d’étouffement »
Nous avons ici le point d'émergence des principes émancipateurs de l'école républicaine, qui donneront la théorie de l'Instruction publique, socle sur lequel est encore bâti notre Institution
Serge Macasdar - Université de Toulon
Naissance de l'idée d'école publique
Un peuple souverain, sachant éviter l'erreur
L’instruction est un devoir de la puissance publique envers les citoyens.La question du savoir en général, et de l’école comme institution publique se pose d’urgence à un peuple qui est amené à prendre des décisions politiques qui le concerne (la Res Publica, la chose publique), qui est amené à devenir un peuple souverain.
L'école, outil d'émancipation
l’école publique n’a pas pour objectif l’adaptation sociale, ni des compétences dictées par une extériorité fluctuante, mais l’instruction de chacun selon un modèle raisonné d’appropriation des savoirs libres et libérateurs. La finalité de l’école est donc la liberté.
Serge Macasdar - Université de Toulon
Naissance de l'idée d'école publique
« Tant qu’il y aura des hommes qui n’obéiront pas à la raison seule, qui recevront leurs opinions d’une opinion étrangère, en vain toutes les chaînes auraient été brisées, en vain ces opinions de commande seraient d’utiles vérités ; le genre humain n’en resterait pas moins partagé en deux classes : celle des hommes qui raisonnent, et et celle des hommes qui croient, celle des maîtres et celle des esclaves » Rapport et projet de décret…
Par conséquent les citoyen ne peuvent être libres qu'en s'appropriant les objets du savoir. Pour que cette appropriation puisse avoir lieu, deux conditions de base doivent être réunies: - qu'il existe un outil rassemblant les savoirs organisés de manière progressive, c'est ainsi que l'encyclopédie dirigée par Diderot et d'Alembert verra le jour - que la puissance publique organise la diffusion de ces savoirs
L'école publique se doit donc de permettre à chacun de se soustraire à l'autorité d'autrui d'une part, et cultiver sa perfectibilité d'autre part
Serge Macasdar - Université de Toulon
Naissance de l'idée d'école publique
La finalité de l’école pour un peuple souverain n’est pas l’adaptation sociale, ni économique, mais c’est la liberté de chaque individu.
Prendre en compte la masse exponentiellement croissante de savoirs
L'ensemble des savoirs ne peut être par chaque individu, dans son entièreté. En conséquence, il faut déterminer quels sont les savoirs réellement libérateurs, ceux qui permettront à l'individu de continuer à s'instruire par lui même tout au long de sa vie.
Serge Macasdar - Université de Toulon
Naissance de l'idée d'école publique
Quel type de savoir enseigner?
Condorcet privilégie les savoirs qui remontent aux principes, seuls à même de rendre un savoir intelligible, excluant de fait les savoirs imposés. C'est ainsi que la France fera le choix de l'enseignement laïque, découlant de la raison.
Les savoirs élémentaires
L'école publique doit être le lieu d'apprentissage des savoirs élémentaires, au sens de savoirs remontant aux principes, aux éléments, et permettant l'intelligibilité de savoirs plus complexes. Ces savoirs se doivent d'être enseignés de manière progressive et organisés de telle façon que les citoyens puissent s'en emparer.
Serge Macasdar - Université de Toulon
Naissance de l'idée d'école publique
« En formant le plan de ces études, comme si elles devaient être les seules, et pour qu’elles suffisent à la généralité des citoyens, on les a cependant combinées de manière qu’elles puissent servir de base à des études plus prolongées, et que rien du temps employé à les suivre ne soit perdu pour le reste de l’instruction » Condorcet, Second mémoire sur l’instruction publique…
Une conception fondamentalement altruiste de l'école
La vision de l'école par Condorcet est rpofondément liée à l'idée d'élever chaque individu au plus haut de ce qu'il peut être. Pour lui, l'école se doit d'être le lieu privilégié d'expérimentation de la liberté, en ce sens que la compréhension réelle d'un objet de savoir met l'individu en position d'absolu vis à vis de cet objet, et que personne ne pourra lui imposer une vision de celui-ci en opposition avec la construction qu'il en a faite.
Serge Macasdar - Université de Toulon
Formalisation de l'Institution
L’instruction est publique, l’organisation politique a le devoir de l’assurer face aux forces sociales qui lui font obstacle, elle fait partie des combinaisons pour assurer la liberté. C’est donc une institution d’état, présente de façon homogène sur tout le territoire national, gratuite et accessible à tous. Les filles sont concernées au même titre que les garçons et recevront le même enseignement.
« Les droits des hommes résultent uniquement de ce qu’ils sont des êtres sensibles, susceptibles d’acquérir des idées morales et de raisonner sur ces idées. Ainsi les femmes, ayant les mêmes qualités, ont nécessairement des droits égaux. Ou aucun individu de l’espèce humaine n’a de véritables droits, ou tous ont les mêmes : et celui qui vote contre le droit d’un autre, quels que soient sa religion, sa couleur ou son sexe, a dès lors abjuré les siens. » Sur l’admission des femmes au droit de cité, (1790)
Serge Macasdar - Université de Toulon
Formalisation de l'Institution
Les maîtres sont principalement recrutés sur leur degré de maîtrise des savoirs, et cela d’autant plus que le degré d’enseignement qui leur sera assigné sera élevé. Ils seront payés sur le trésor public (ce sont donc des fonctionnaires d’état). Leur statut doit les mettre à l’abri des pressions, qu’elles viennent de la société, des pouvoirs idéologiques ou religieux, mais aussi du pouvoir politique. Aucun pouvoir, y compris celui qui émane de la souveraineté populaire, n’a compétence pour dire ce qui est vrai de ce qui est faux, pour régenter le savoir ou pour imposer des méthodes d’enseignement.
« […] l’indépendance de l’instruction fait en quelque sorte une partie des droits de l’espèce humaine. […] Puisque la vérité seule est utile, puisque toute erreur est un mal, de quel droit un pouvoir, quel qu’il fut, oserait-il déterminer où est la vérité, où se trouve l’erreur. » Condorcet, Rapport et projet de décret…
Ceci est un paragraphe prêt à contenir créativité, expériences et histoires géniales.
Serge Macasdar - Université de Toulon
Formalisation de l'Institution
L’instruction publique telle que conçue par Condorcet, n’est pas exclusive, il est favorable à l’existence d’une école privée. L’école publique n’est pas un monopole, c’est un réseau d’établissement qui doit être mis en concurrence avec un réseau privé pour assurer sa vitalité, il doit y avoir émulation entre écoles publiques et privées pour que le savoir soit toujours au meilleur niveau.
Il ne doit par contre pas y avoir de concurrence entre établissements publics, ils se doivent d’être homogènes dans leurs enseignements, car ils sont garants d’égalité entre les enfants.
Pour parer à toute dérive sectaire de la part d’établissements privés, il y aura monopole public sur l’attribution des diplômes nationaux, seuls reconnus par la loi.
Serge Macasdar - Université de Toulon
Quid des inégalités?
Une fois accessible à tous, l’instruction ne va t-elle révéler une cruelle inégalité, celle des forces, des génies, des talents ?
« Non, s’insurge Condorcet, il faut combattre l’inégalité lorsqu’elle est cause de dépendance, lorsqu’elle soumet un homme à un autre. Aucun dispositif n’a le droit d’empêcher une personne d’atteindre le plus haut niveau dont elle est susceptible. L’Instruction publique doit au contraire favoriser le déploiement maximal de l’excellence, pourvu que personne ne soit tenu dans un état de dénuement intellectuel qui le livrerai à la tutelle d’autrui. Alors, si chacun est capable de se diriger selon sa propre raison, si chacun jouit d’assez d’autonomie intellectuelle pour ne pas être contraint de s’en remettre aveuglément à autrui, les différences de talent et d’habileté, si grandes soient elles, ne peuvent être nuisibles. Elles sont la paisible jouissance d’un droit naturel. »
« Il en résultera sans doute une différence plus grande en faveur de ceux qui ont plus de talent naturel, et à qui une fortune indépendante laisse la liberté de consacrer plus d’années à l’étude ; mais si cette inégalité ne soumet pas un homme à un autre, si elle offre un appui au plus faible sans lui donner un maître, elle n’est ni un mal ni une injustice ; et certes, ce serait un amour de l’égalité bien funeste, que celui qui craindrait d’étendre la classe des hommes éclairés et d’y augmenter les lumières » Condorcet, Cinq mémoires sur l’instruction publique (5e mémoire), Paris, GF, p.64-65.
Serge Macasdar - Université de Toulon
Bibliographie / Sitographie
Cette présentation est principalement tirée de la conférence de Catherine Kintzler donnée à l'académie des sciences, le 07/03/2017: https://www.youtube.com/watch?v=MrgN-FK1MXM&feature=youtu.be
https://www.mezetulle.fr/condorcet-linstruction-publique-et-la-pensee-politique/
Si vous voulez en apprendre davantage sur la méthode de scrutin de condorcet: https://www.youtube.com/watch?v=wKimU8jy2a8
Les Cinq Mémoires sur l’instruction publique - édition GF, Paris, 1994
Rapport et projet de décret sur l’organisation générale de l’instruction publique dans Condorcet Ecrits sur l’instruction publique - Paris : Edilig, 1989.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas_de_Condorcet
Serge Macasdar - Université de Toulon
Condorcet, lumière fondatrice
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Condorcet, lumière fondatrice de l'école
De la Révolution française à nos jour, comment Condorcet, et avec lui les lumières, éclairent plus que jamais nos pas vers la liberté vraie, celle qui découle de l'appropriation des objets du savoir
Serge Macasdar - Université de Toulon
Courte biographie
Postulat initial
L'idée d'école publique
Formalisation de l'Institution
Quid des inégalités?
Bibliographie
Serge Macasdar - Université de Toulon
Nicolas de Caritat de Condorcet
1743 - 1794
Serge Macasdar - Université de Toulon
Postulat initial: l'évitement de l'erreur
Nul ne peut être tenu par une erreur
Pour Condorcet, les processus d'évitement de l'erreur, processus éminemment épistémologiques, doivent aussi être appliqués à la sphère politique. Ainsi, toute autorité, y compris celle du peuple, n'est acceptable et légitime que si elle est éclairée
« Aucune autorité n’a le droit de m’imposer une décision erronée, même si elle est prise à la majorité, et même si cette majorité a été bien calculée. Je ne peux accepter une décision nécessaire à la vie en commun (une loi donc), que cette décision soi prise par un prince, par un peuple, ou même par un dieu. »
On ne peut accepter une décision que si l'on a la garantie que l’instance décisionnaire s’est donné toutes les conditions accessibles au moment où la décision est prise, pour éviter l’erreur
Serge Macasdar - Université de Toulon
Postulat initial: l'évitement de l'erreur
Conséquence
Il n'y a aucune raison d’obéir à un peuple ignorant, même s’il est souverain, même si sa décision découle d'un scrutin correctement formalisé. Un peuple qui prend des décisions s’expose à être l’artisan de sa propre servitude. Un peule souverain n’a donc pas le droit d’être ignorant, il se doit d’être aussi éclairé que possible.
« Faute de connaissance et de pensée réflexive, un tel peuple [ignorant] s’expose à devenir son propre tyran, et les progrès inéluctables de l’inventivité humaine vont pouvoir devenir pour lui un processus d’étouffement »
Nous avons ici le point d'émergence des principes émancipateurs de l'école républicaine, qui donneront la théorie de l'Instruction publique, socle sur lequel est encore bâti notre Institution
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Naissance de l'idée d'école publique
Un peuple souverain, sachant éviter l'erreur
L’instruction est un devoir de la puissance publique envers les citoyens.La question du savoir en général, et de l’école comme institution publique se pose d’urgence à un peuple qui est amené à prendre des décisions politiques qui le concerne (la Res Publica, la chose publique), qui est amené à devenir un peuple souverain.
L'école, outil d'émancipation
l’école publique n’a pas pour objectif l’adaptation sociale, ni des compétences dictées par une extériorité fluctuante, mais l’instruction de chacun selon un modèle raisonné d’appropriation des savoirs libres et libérateurs. La finalité de l’école est donc la liberté.
Serge Macasdar - Université de Toulon
Naissance de l'idée d'école publique
« Tant qu’il y aura des hommes qui n’obéiront pas à la raison seule, qui recevront leurs opinions d’une opinion étrangère, en vain toutes les chaînes auraient été brisées, en vain ces opinions de commande seraient d’utiles vérités ; le genre humain n’en resterait pas moins partagé en deux classes : celle des hommes qui raisonnent, et et celle des hommes qui croient, celle des maîtres et celle des esclaves » Rapport et projet de décret…
Par conséquent les citoyen ne peuvent être libres qu'en s'appropriant les objets du savoir. Pour que cette appropriation puisse avoir lieu, deux conditions de base doivent être réunies: - qu'il existe un outil rassemblant les savoirs organisés de manière progressive, c'est ainsi que l'encyclopédie dirigée par Diderot et d'Alembert verra le jour - que la puissance publique organise la diffusion de ces savoirs
L'école publique se doit donc de permettre à chacun de se soustraire à l'autorité d'autrui d'une part, et cultiver sa perfectibilité d'autre part
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Naissance de l'idée d'école publique
La finalité de l’école pour un peuple souverain n’est pas l’adaptation sociale, ni économique, mais c’est la liberté de chaque individu.
Prendre en compte la masse exponentiellement croissante de savoirs
L'ensemble des savoirs ne peut être par chaque individu, dans son entièreté. En conséquence, il faut déterminer quels sont les savoirs réellement libérateurs, ceux qui permettront à l'individu de continuer à s'instruire par lui même tout au long de sa vie.
Serge Macasdar - Université de Toulon
Naissance de l'idée d'école publique
Quel type de savoir enseigner?
Condorcet privilégie les savoirs qui remontent aux principes, seuls à même de rendre un savoir intelligible, excluant de fait les savoirs imposés. C'est ainsi que la France fera le choix de l'enseignement laïque, découlant de la raison.
Les savoirs élémentaires
L'école publique doit être le lieu d'apprentissage des savoirs élémentaires, au sens de savoirs remontant aux principes, aux éléments, et permettant l'intelligibilité de savoirs plus complexes. Ces savoirs se doivent d'être enseignés de manière progressive et organisés de telle façon que les citoyens puissent s'en emparer.
Serge Macasdar - Université de Toulon
Naissance de l'idée d'école publique
« En formant le plan de ces études, comme si elles devaient être les seules, et pour qu’elles suffisent à la généralité des citoyens, on les a cependant combinées de manière qu’elles puissent servir de base à des études plus prolongées, et que rien du temps employé à les suivre ne soit perdu pour le reste de l’instruction » Condorcet, Second mémoire sur l’instruction publique…
Une conception fondamentalement altruiste de l'école
La vision de l'école par Condorcet est rpofondément liée à l'idée d'élever chaque individu au plus haut de ce qu'il peut être. Pour lui, l'école se doit d'être le lieu privilégié d'expérimentation de la liberté, en ce sens que la compréhension réelle d'un objet de savoir met l'individu en position d'absolu vis à vis de cet objet, et que personne ne pourra lui imposer une vision de celui-ci en opposition avec la construction qu'il en a faite.
Serge Macasdar - Université de Toulon
Formalisation de l'Institution
L’instruction est publique, l’organisation politique a le devoir de l’assurer face aux forces sociales qui lui font obstacle, elle fait partie des combinaisons pour assurer la liberté. C’est donc une institution d’état, présente de façon homogène sur tout le territoire national, gratuite et accessible à tous. Les filles sont concernées au même titre que les garçons et recevront le même enseignement.
« Les droits des hommes résultent uniquement de ce qu’ils sont des êtres sensibles, susceptibles d’acquérir des idées morales et de raisonner sur ces idées. Ainsi les femmes, ayant les mêmes qualités, ont nécessairement des droits égaux. Ou aucun individu de l’espèce humaine n’a de véritables droits, ou tous ont les mêmes : et celui qui vote contre le droit d’un autre, quels que soient sa religion, sa couleur ou son sexe, a dès lors abjuré les siens. » Sur l’admission des femmes au droit de cité, (1790)
Serge Macasdar - Université de Toulon
Formalisation de l'Institution
Les maîtres sont principalement recrutés sur leur degré de maîtrise des savoirs, et cela d’autant plus que le degré d’enseignement qui leur sera assigné sera élevé. Ils seront payés sur le trésor public (ce sont donc des fonctionnaires d’état). Leur statut doit les mettre à l’abri des pressions, qu’elles viennent de la société, des pouvoirs idéologiques ou religieux, mais aussi du pouvoir politique. Aucun pouvoir, y compris celui qui émane de la souveraineté populaire, n’a compétence pour dire ce qui est vrai de ce qui est faux, pour régenter le savoir ou pour imposer des méthodes d’enseignement.
« […] l’indépendance de l’instruction fait en quelque sorte une partie des droits de l’espèce humaine. […] Puisque la vérité seule est utile, puisque toute erreur est un mal, de quel droit un pouvoir, quel qu’il fut, oserait-il déterminer où est la vérité, où se trouve l’erreur. » Condorcet, Rapport et projet de décret…
Ceci est un paragraphe prêt à contenir créativité, expériences et histoires géniales.
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Formalisation de l'Institution
L’instruction publique telle que conçue par Condorcet, n’est pas exclusive, il est favorable à l’existence d’une école privée. L’école publique n’est pas un monopole, c’est un réseau d’établissement qui doit être mis en concurrence avec un réseau privé pour assurer sa vitalité, il doit y avoir émulation entre écoles publiques et privées pour que le savoir soit toujours au meilleur niveau.
Il ne doit par contre pas y avoir de concurrence entre établissements publics, ils se doivent d’être homogènes dans leurs enseignements, car ils sont garants d’égalité entre les enfants.
Pour parer à toute dérive sectaire de la part d’établissements privés, il y aura monopole public sur l’attribution des diplômes nationaux, seuls reconnus par la loi.
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Quid des inégalités?
Une fois accessible à tous, l’instruction ne va t-elle révéler une cruelle inégalité, celle des forces, des génies, des talents ?
« Non, s’insurge Condorcet, il faut combattre l’inégalité lorsqu’elle est cause de dépendance, lorsqu’elle soumet un homme à un autre. Aucun dispositif n’a le droit d’empêcher une personne d’atteindre le plus haut niveau dont elle est susceptible. L’Instruction publique doit au contraire favoriser le déploiement maximal de l’excellence, pourvu que personne ne soit tenu dans un état de dénuement intellectuel qui le livrerai à la tutelle d’autrui. Alors, si chacun est capable de se diriger selon sa propre raison, si chacun jouit d’assez d’autonomie intellectuelle pour ne pas être contraint de s’en remettre aveuglément à autrui, les différences de talent et d’habileté, si grandes soient elles, ne peuvent être nuisibles. Elles sont la paisible jouissance d’un droit naturel. »
« Il en résultera sans doute une différence plus grande en faveur de ceux qui ont plus de talent naturel, et à qui une fortune indépendante laisse la liberté de consacrer plus d’années à l’étude ; mais si cette inégalité ne soumet pas un homme à un autre, si elle offre un appui au plus faible sans lui donner un maître, elle n’est ni un mal ni une injustice ; et certes, ce serait un amour de l’égalité bien funeste, que celui qui craindrait d’étendre la classe des hommes éclairés et d’y augmenter les lumières » Condorcet, Cinq mémoires sur l’instruction publique (5e mémoire), Paris, GF, p.64-65.
Serge Macasdar - Université de Toulon
Bibliographie / Sitographie
Cette présentation est principalement tirée de la conférence de Catherine Kintzler donnée à l'académie des sciences, le 07/03/2017: https://www.youtube.com/watch?v=MrgN-FK1MXM&feature=youtu.be
https://www.mezetulle.fr/condorcet-linstruction-publique-et-la-pensee-politique/
Si vous voulez en apprendre davantage sur la méthode de scrutin de condorcet: https://www.youtube.com/watch?v=wKimU8jy2a8
Les Cinq Mémoires sur l’instruction publique - édition GF, Paris, 1994
Rapport et projet de décret sur l’organisation générale de l’instruction publique dans Condorcet Ecrits sur l’instruction publique - Paris : Edilig, 1989.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas_de_Condorcet
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