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Poèmes d'amour au féminin

Leena

Created on November 1, 2020

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Transcript

Poèmes d'amour au féminin

Anthologie de poèmes d'amour écrits par des femmes

LEENA LABELLE

Introduction

Nous connaissons tous des poètes, au moins de nom, mais parmi ceux-là, combien sont des femmes ? Nous connaissons tous des poètes, au moins de nom, mais parmi ceux-là, combien sont des femmes ?Faut-il dédier cette page à tant d'auteurs d'anthologies intitulées "Les plus beaux poèmes d'amour de la langue française", qui ne comportent pas (ou si peu) de poèmes de femmes ? Deux hypothèses: elles ne savaient pas écrire ou bien ne savaient pas aimer... ou encore les deux à la fois. L’écriture de roman ou de poésie a longtemps été considérée comme un loisir qui ne devait pas détourner les femmes de leur devoir et qui était donc réservé aux hommes. Malgré ces difficultés, les poétesses sont aujourd'hui reconnues par la critique. Certaines sont tombées dans l’oubli, d’autres demeurent dans nos mémoires... Dans cette Anthologie, nous vous proposons de découvrir les poèmes d'amour écrits par des femmes du XIe siècle avant J.C au XXe siècle, du sonnet italien à l'Ode en passant par le Lai...

Poèmes d'amour au féminin

Anthologie de poèmes d'amour écrits par des femmes

EDITION DE LEENA LABELLE

Marceline Desbordes-Valmore

( 1786-1859 )

Les séparés

N’écris pas. Je suis triste, et je voudrais m’éteindre. Les beaux étés sans toi, c’est la nuit sans flambeau. J’ai refermé mes bras qui ne peuvent t’atteindre, Et frapper à mon cœur, c’est frapper au tombeau. N’écris pas ! N’écris pas. N’apprenons qu’à mourir à nous-mêmes, Ne demande qu’à Dieu... qu’à toi, si je t’aimais ! Au fond de ton absence écouter que tu m’aimes, C’est entendre le ciel sans y monter jamais. N’écris pas ! N’écris pas. Je te crains ; j’ai peur de ma mémoire ; Elle a gardé ta voix qui m’appelle souvent. Ne montre pas l’eau vive à qui ne peut la boire. Une chère écriture est un portrait vivant. N’écris pas ! N’écris pas ces deux mots que je n’ose plus lire : Il semble que ta voix les répand sur mon cœur ; Que je les vois brûler à travers ton sourire ; Il semble qu’un baiser les empreint sur mon cœur. N’écris pas !

Poésies inédites, 1860

Marceline Desbordes-Valmore

( 1786-1859 )

Amour, divin rôdeur

Amour, divin rôdeur, glissant entre les âmes, Sans te voir de mes yeux, je reconnais tes flammes. Inquiets des lueurs qui brûlent dans les airs, Tous les regards errants sont pleins de tes éclairs... C'est lui ! Sauve qui peut ! Voici venir les larmes !... Ce n'est pas tout d'aimer, l'amour porte des armes. C'est le roi, c'est le maître, et, pour le désarmer, Il faut plaire à l'Amour : ce n'est pas tout d'aimer !

Poésies inédites, 1860

Louise Labé

( 1524-1556 )

Sonnet I

Si jamais il y eut plus clairvoyant qu'Ulysse, Il n'aurait jamais pu prévoir que ce visage, Orné de tant de grâce et si digne d'hommage, Devienne l'instrument de mon affreux supplice. Cependant ces beaux yeux, Amour, ont su ouvrir Dans mon coeur innocent une telle blessure, -Dans ce coeur où tu prends chaleur et nourriture- Que tu es bien le seul à pouvoir m'en guérir. Cruel destin ! Je suis victime d'un Scorpion, Et je ne puis attendre un remède au poison Que du même animal qui m'a empoisonnée ! Je t'en supplie, Amour, cesse de me tourmenter ! Mais n'éteins pas en moi mon plus précieux désir, Sinon il me faudra fatalement mourir.

Louise Labé

( 1524-1556 )

Sonnet VIII

Je vis, je meurs: je me brûle et me noie, J'ai chaud extrême en endurant froidure; La vie m'est et trop molle et trop dure, J'ai grands ennuis entremélés de joie. Tout en un coup je ris et je larmoie, Et en plaisir maint grief tourment j'endure, Mon bien s'en va, et à jamais il dure, Tout en un coup je sèche et je verdoie. Ainsi Amour inconstamment me mène Et, quand je pense avoir plus de douleur, Sans y penser je me trouve hors de peine. Puis, quand je crois ma joie être certaine, Et être en haut de mon désiré heur, Il me remet en mon premier malheur.

Anna de Noailles

( 1876- 1933 )

Les saisons et l'amour

Le gazon soleilleux est plein De campanules violettes, Le jour las et brûlé halette Et pend aux ailes des moulins. La nature, comme une abeille, Est lourde de miel et d'odeur, Le vent se berce dans les fleurs Et tout l'été luisant sommeille. — Ô gaieté claire du matin Où l'âme, simple dans sa course, Est dansante comme une source Qu'ombragent des brins de plantain ! De lumineuses araignées Glissent au long d'un fil vermeil, Le cœur dévide du soleil Dans la chaleur d'ombre baignée.

— Ivresse des midis profonds, Coteaux roux où grimpent des chèvres, Vertige d'appuyer les lèvres Au vent qui vient de l'horizon ; Chaumières debout dans l'espace Au milieu des seigles ployés, Ayant des plants de groseilliers Devant la porte large et basse... — Soirs lourds où l'air est assoupi, Où la moisson pleine est penchante, Où l'âme, chaude et désirante, Est lasse comme les épis. Plaisir des aubes de l'automne, Où, bondissant d'élans naïfs, Le cœur est comme un buisson vif Dont toutes les feuilles frissonnent ! Nuits molles de désirs humains, Corps qui pliez comme des saules, Mains qui s'attachent aux épaules, Yeux qui pleurent au creux des mains. — Ô rêves des saisons heureuses, Temps où la lune et le soleil Écument en rayons vermeils Au bord des âmes amoureuses...

Le cœur innombrable, 1901

Anna de Noailles

( 1876- 1933 )

Matin, j'ai tout aimé

Matin, j'ai tout aimé, et j'ai tout trop aimé ; À l'heure où les humains vous demandent la force Pour aborder la vie accommodante ou torse, Rendez mon cœur pesant, calme et demi-fermé. Les humains au réveil ont besoin qu'on les hèle, Mais mon esprit aigu n'a connu que l'excès ; Je serais tel qu'eux tous, Matin ! s'il vous plaisait De laisser quelquefois se reposer mon zèle. C'est par mon étendue et mon élan sans frein Que mon être, cherchant ses frères, les dépasse, Et que je suis toujours montante dans l'espace Comme le cri du coq et l'ouragan marin ! L'univers chaque jour fit appel à ma vie, J'ai répondu sans cesse à son désir puissant Mais faites qu'en ce jour candide et fleurissant Je demeure sans vœux, sans voix et sans envie. Atténuez le feu qui trouble ma raison, Que ma sagesse seule agisse sur mon cœur, Et que je ne sois plus cet éternel vainqueur Qui, marchant le premier, sans prudence et sans peur, Loin des chemins tracés, des labours, des maisons, Semble un dieu délaissé, debout sur l'horizon..

Poèmes de l'amour (1924).

Rosemonde Gerard

( 1871-1933)

L’éternelle chanson

Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille, Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs, Au mois de mai, dans le jardin qui s'ensoleille, Nous irons réchauffer nos vieux membres tremblants. Comme le renouveau mettra nos coeurs en fête, Nous nous croirons encore de jeunes amoureux, Et je te sourirai tout en branlant la tête, Et nous ferons un couple adorable de vieux. Nous nous regarderons, assis sous notre treille, Avec de petits yeux attendris et brillants, Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille, Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs. Sur notre banc ami, tout verdâtre de mousse, Sur le banc d'autrefois nous reviendrons causer, Nous aurons une joie attendrie et très douce, La phrase finissant toujours par un baiser. Combien de fois jadis j'ai pu dire " Je t'aime " ? Alors avec grand soin nous le recompterons. Nous nous ressouviendrons de mille choses, même De petits riens exquis dont nous radoterons. Un rayon descendra, d'une caresse douce, Parmi nos cheveux blancs, tout rose, se poser, Quand sur notre vieux banc tout verdâtre de mousse, Sur le banc d'autrefois nous reviendrons causer..

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Et comme chaque jour je t'aime davantage, Aujourd'hui plus qu'hier et bien moins que demain, Qu'importeront alors les rides du visage ? Mon amour se fera plus grave - et serein. Songe que tous les jours des souvenirs s'entassent, Mes souvenirs à moi seront aussi les tiens. Ces communs souvenirs toujours plus nous enlacent Et sans cesse entre nous tissent d'autres liens. C'est vrai, nous serons vieux, très vieux, faiblis par l'âge, Mais plus fort chaque jour je serrerai ta main Car vois-tu chaque jour je t'aime davantage, Aujourd'hui plus qu'hier et bien moins que demain Et de ce cher amour qui passe comme un rêve, Je veux tout conserver dans le fond de mon coeur, Retenir s'il se peut l'impression trop brève Pour la ressavourer plus tard avec lenteur. J'enfouis tout ce qui vient de lui comme un avare, Thésaurisant avec ardeur pour mes vieux jours ; Je serai riche alors d'une richesse rare J'aurai gardé tout l'or de mes jeunes amours ! Ainsi de ce passé de bonheur qui s'achève, Ma mémoire parfois me rendra la douceur ; Et de ce cher amour qui passe comme un rêve J'aurai tout conservé dans le fond de mon coeur. Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille, Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs, Au mois de mai, dans le jardin qui s'ensoleille, Nous irons réchauffer nos vieux membres tremblants. Comme le renouveau mettra nos coeurs en fête, Nous nous croirons encore aux jours heureux d'antan, Et je te sourirai tout en branlant la tête Et tu me parleras d'amour en chevrotant. Nous nous regarderons, assis sous notre treille, Avec de petits yeux attendris et brillants, Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs.

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Renée Vivien

( 1877-909 )

Amour

Mirage de la mer sous la lune, ô l’Amour ! Toi qui déçois, toi qui parais pour disparaître Et pour mentir et pour mourir et pour renaître, Toi qui crains le regard juste et sage du jour ! Toi qu’on nourrit de songe et de mélancolie, Inexplicable autant que le souffle du vent Et toujours inégal, injuste trop souvent, Je te crains à l’égal de ta sœur la folie ! Je te crains, je te hais et pourtant tu m’attires Puisque aussi le fatal est proche du divin. Voici qu’il m’est donné de te connaître enfin, Et je mourrais pour l’un de tes moindres sourires !

Dans un coin de violettes, 1910

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Louise Ackermann

( 1813-1890 )

La lyre d’Orphée

Quand Orphée autrefois, frappé par les Bacchantes, Près de l’Hèbre tomba, sur les vagues sanglantes On vit longtemps encor sa lyre surnager. Le fleuve au loin chantait sous le fardeau léger. Le gai zéphyr s’émut; ses ailes amoureuses Baisaient les cordes d’or, et les vagues heureuses Comme pour l’arréter, d’un effort doux et vain S’empressaient à l’entour de l’instrument divin. Les récifs, les flots, le sable à son passage S’est revêtu de fleurs, et cet âpre rivage Voit soudain, pour toujours délivré des autans. Au toucher de la lyre accourir le Printemps. Ah! que nous sommes loin de ces temps de merveilles ! Les ondes, les rochers, les vents n’ont plus d’oreilles, Les cœurs même, les cœurs refusent de s’ouvrir. Et la lyre en passant ne fait plus rien fleurir.

Premières Poésies, 1871

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Sappho

( VI siecle av. j;c )

Ode à Aphrodite

Toi dont le trône étincelle, ô immortelle Aphrodite, fille de Zeus, ourdisseuse de trames, je t'implore : ne laisse pas, ô souveraine, dégoûts ou chagrins affliger mon âme, Mais viens ici, si jamais autrefois entendant de loin ma voix, tu m'as écoutée, quand, quittant la demeure dorée de ton père tu venais, Après avoir attelé ton char, de beaux passereaux rapides t'entraînaient autour de la terre sombre,secouant leurs ailes serrées et du haut du ciel tirant droit à travers l'éther. Vite ils étaient là. Et toi, bienheureuse, éclairant d'un sourire ton immortel visage, tu demandais, quelle était cette nouvelle souffrance, pourquoi de nouveau j'avais crié vers toi,

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Quel désir ardent travaillait mon cœur insensé : « Quelle est donc celle que, de nouveau, tu supplies la Persuasive d'amener vers ton amour? qui, ma Sappho, t'a fait injure ? Parle : si elle te fuit, bientôt elle courra après toi ; si elle refuse tes présents, elle t'en offrira elle-même ; si elle ne t'aime pas, elle t'aimera bientôt, qu'elle le veuille ou non. » Cette fois encore, viens à moi, délivre moi de mes âpres soucis, tout ce que désire mon âme exauce-le, et sois toi-même mon soutien dans le combat.

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Louise Colet

(1810-1876)

Souviens toi de moi

Pars, puisque la gloire t'appelle ! Mais lorsque tu t'enivres d'elle, Oh ! du moins, souviens-toi de moi ! Quand la louange autour de toi Se répand douce à ton oreille, Ah ! que mon image s'éveille Dans ton cœur, souviens-toi de moi ! D'autres femmes te seront chères. D'autres bras pourront t'enlacer, Et tous les biens que tu préfères Sur tes pas viendront se presser ; Mais si celles que ton cœur aime Sont heureuses auprès de toi, En goûtant le bonheur suprême, Oh ! toujours souviens-toi de moi ! La nuit, quand ta vue est charmée Par ton étoile bien-aimée, Alors, oh ! souviens-toi de moi. Pense qu'elle brilla sur toi Un soir où nous étions ensemble ; Et quand sur ton front elle tremble, Oh ! toujours souviens-toi de moi.

Lorsque dans l'été tu reposes Tes yeux sur les mourantes roses Que nous aimions tant autrefois, Lorsque leur parfum t'environne, Songe à cette heure où sous mes doigts Je t'en formais une couronne Puis les effeuillais avec toi ; Et toujours souviens-toi de moi. Puis, quand le vent du nord résonne, Et que les feuilles de l'automne Glissent éparses près de toi, Alors, oh ! souviens-toi de moi. Lorsque tu contemples dans l'âtre La flamme ondoyante et bleuâtre, Oh ! toujours souviens-toi de moi ! Si des chants de mélancolie Tout à coup viennent te frapper, Si tu sens ton âme amollie Dans une larme s'échapper ; Si ton souvenir te murmure L'harmonie enivrante et pure Que j'entendais auprès de toi, Oh ! pleure, et souviens-toi de moi !

Penserosa (1839)

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Marie de France

( XII°siècle )

Lai du chèvrefeuille

( traduction française simplifiée d'après le livre de B. de Roquefort de 1820 )

J'aurais beaucoup de plaisir à raconter le Lai du Chèvrefeuille, mais je veux auparavant vous apprendre pourquoi il fut fait. Vous saurez donc que je l'ai entendu réciter plusieurs fois et que je l'ai même trouvé en écrit. Je parlerai de Tristan, de sa mie Yseult la blonde, de leur amour extrême qui leur causa tant de peines, et de leur mort qui eut lieu le même jour. Le Roi Marc fort irrité contre son neveu, le chassa de son royaume parce qu'il aimoit la reine, dont il étoit tendrement aimé. Tristan revint dans le Southwales sa patrie, où il'demeura pendant une année. L'éloignement de sa belle, l'ennui de l'absence, le conduisoieut insensiblement au tombeau. Ne vous etonnez pas de l'état du chevalier, tous ceux qui aiment loyalement ressentent les mêmes douleurs quand ils éprouvent des maux pareils. Pour dissiper son chagrin, Tristan quitte sa patrie et se rend dans la Cornouailles, province que la belle Yseult habitoit. Voulant se dérober à tous les regards, il habitoit une forêt, de laquelle il ne sortoit que le soir ; et quand venoit la nuit, il alloit demander l'hospitalité à des paysans, puis s'informoit près d'eux des nouvelles de la ville et de la cour, et de ce que faisoit le roi. Ceux-ci lui répondirent qu'ils avoient entendu dire que les barons bannis de la cour, s'étoient refugiés à Tintagel ; que le roi, aux fêtes de la Pentecôte, tiendroit dans cette ville une cour plénière(i) extrêmement belle, où l'on devoit beaucoup s'amuser, enfin que la reine devoit y assister.

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Tristan fut d'autant plus enchanté de ce qu'il venoit d'apprendre que la reine devoit infailliblement traverser la forêt pour se rendre à Tintagel. En effet, le roi et son cortège passèrent le lendemain. Yseult ne devoit pas tarder à venir; mais comment lui apprendre que son amant est si près d'elle ? Tristan coupe une branche de coudrier, la taille carrément et la fend en deux, sur chaque côté de l'épaisseur il écrit son nom avec un couteau, puis met les deux branches sur le chemin, à peu de distance l'une de l'autre. Si la reine aperçoit le nom de son ami, ainsi que cela lui étoit déja arrivé , il n'y a pas de doute qu'elle ne s'arrête. Elle devineroit sur-le-champ qu'il avoit longtemps attendu pour la voir. D'ailleurs elle ne peut ignorer que Tristan ne peut vivre sans Yseult, comme Yseult ne peut vivre sans Tristan. Il vous souvient, disoit-il en lui-même, de l'arbre au pied duquel est planté du chèvrefeuille. Cet arbuste monte, s'attache et entoure les branches. Tous deux semblent devoir vivre longtemps, et rien ne paroît pouvoir les désunir. Si l'arbre vient à mourir, le chèvrefeuille éprouve sur-le-champ le même sort. Ainsi, belle amie, est-il de nous. Je ne puis vivre sans vous comme vous sans moi, et votre absence me fera périr. « Belle amie, ainsi en est de nous: Ni vous sans moi, ni moi sans vous! » La reine montée sur un palefroi arrive enfin ; le bâton sur lequel étoit écrit le nom de son ami, frappe ses regards ; elle voit le nom de Tristan qui ne peut être éloigné. Mais comment se dérober à cette suite de chevaliers qui l'accompagne? Elle fait arrêter le cortège sous prétexte de profiter de la beauté du lieu et de se reposer. Elle défend de la suivre, ses ordres sont exécutés et bientôt elle est loin de sa suite. Son amie Brangien, la confidente de ses amours est la seule qui la suive. A peine entrée dans le bois, Yseult vit devant elle celui qu'elle aimoit plus que la vie. Dieu! quel bonheur, et que de choses à se dire après une aussi longue absence ! Elle lui fait espérer un prompt retour, et d'obtenir sa grace auprès du roi son époux. Combien j'ai souffert de votre exil ! Mais, cher ami, il est temps de nous quitter et je ne le puis sans répandre des pleurs. Adieu, je ne vis que dans l'espérance de vous revoir bientôt. Yseult alla rejoindre sa suite, et Tristan retourna dans le pays de Galles, où il demeura jusqu'à son rappel. De la joie qu'il avoit éprouvée en voyant son amie, et du moyen qu'il avoit inventé à cet effet, de la promesse qu'elle lui avoit faite, de tout ce qu'elle lui avoit dit, Tristan qui pincoit supérieurement de la harpe en fit un Lai nouveau. De ce Lai que j'ai ici conté je donnerai le nom. Les Anglois le nomment Goatleaf et les François le Chevrefeuille. Voici la vérité de l'aventure que vous venez d'entendre et que j'ai mise en vers.

Lais, XII° siècle

Marie de France

Lai de Guigemar

( Extrait du Lai de Guigemar Traduction française simplifiée d'après le livre de B. de Roquefort de 1820 )

Gugemer, dont un jeune homme portoit l'arc, les flèches et la lance, vouloit lui porter le premier coup. Entraîné par l'ardeur de son coursier, il perd la chasse, et dans l'épaisseur d'un buisson il aperçoit une biche toute blanche, ornée de bois, laquelle étoit accompagnée de son faon. Quelques chiens qui l'avoient suivi attaquent la biche ; Gugemer bande son arc, lance sa flèche, blesse l'animal au pied et le fait tomber. Mais la flèche retournant sur elle - même vient frapper Gugemer à la cuisse, si violemment, que la force du coup le jette à bas de cheval. Étendu sur l'herbe auprès de la biche qui exhaloit ses plaintes, il lui entend prononcer ces paroles : Ah Dieu! Je suis morte, et c'est toi, vassal (i), qui en es la cause. Je desire que dans ta situation tu ne trouves jamais de remède à tes maux, ni de médecin pour soigner ta blessure; je veux que tu ressentes autant de douleurs que tu en fais éprouver aux femmes, et tu n'obtiendras de guérison que lorsqu'une amie aura beaucoup souffert pour toi. Elle endurera des souffrances inexprimables, et telles qu'elles exciteront la surprise des amants de tous les âges. Au surplus, retire-toi et me laisse en repos. Gugemer, malgré sa blessure, est bien étonné de ce qu'il vient d'entendre ; il réfléchit et délibère sur le choix de l'endroit où il pourroit se rendre, afin d'obtenir sa guérison. Il ne sait à quoi se résoudre, ni à quelle femme il doit adresser ses vœux et ses hommages. Il appelle son varlet, lui ordonne de rassembler ses gens et de venir ensuite le retrouver. Dès qu'il est parti, le chevalier déchire sa chemise, et bande étroitement sa plaie; puis remontant sur son coursier, il s'éloigne de ce lieu fatal, sans vouloir qu'aucun des siens l'accompagne. Après avoir traversé le bois, il parcourt une plaine et arrive sur une falaise au bord de la mer. Là étoit un havre où se trouvoit un seul vaisseau dont Gugemer reconnut le pavillon. Ce bâtiment, qui étoit d'ébène, avoit les voiles et les cordages en soie

Lais, XII° siècle

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Andrée Chedid

( 1920- 2011 )

De cet amour ardent je reste émerveillée

Je reste émerveillée Du clapotis de l’eau Des oiseaux gazouilleurs Ces bonheurs de la terre Je reste émerveillée D’un amour Invincible Toujours présent Je reste émerveillée De cet amour Ardent Qui ne craint Ni le torrent du temps Ni l’hécatombe Des jours accumulés Dans mon miroir Défraîchi Je me souris encore Je reste émerveillée Rien n’y fait L’amour s’est implanté Une fois Pour toutes. De cet amour ardent je reste émerveillée.

Poème offert par Andrée Chedid au Printemps des poètes 2007

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Sommaire

❐ Marceline Desbordes-Valmore ...............[• 03 •] ❐ Louise Labé ..............................................[• 05 •] ❐ Anna de Noaille ...................................... [• 07 •] ❐ Rosemonde Gérard ................................ [• 10 •] ❐ Rénée Vivien ........................................... [• 12 •]❐ Louise Ackermann ; ................................ [• 13 •] ❐ Sappho.................... ................................ [• 14 •] ❐ Louise Colet ............................................ [• 16 •] ❐ Marie de France ..................................... [• 18 •]❐ Andrée Chedid ....................................... [• 21 •]

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Dans cette anthologie vous aurez accès à des poèmes écrits par des femmes à travers différentes époques entre le VIe siècle avant J.C et le XXe siècle Auteures citées danc ce recueil : Marceline Desbordes-Valmore, Louise Labé, Anna de Noaille, Rosemonde Gérard ,Rénée Vivien, Louise Ackermann, Sappho, Louise Colet, Marie de France, Andrée Chedid