Comment la musique peut-elle interagir sur l'image au cinéma?
Les débuts du cinéma
Le cinéma est né à la fin du XIXème siècle. La 1ère projection de film de l'histoire du cinéma a lieu en 1895 : la sortie de l'usine Lumière de Lyon créé par Auguste et Louis Lumière, les frères Lumière.
Jusqu'en 1927, le cinéma est muet (pas de dialogues ni de bande sonore pendant la projection du film). Pendant toute la période du cinéma muet on a coutume de faire jouer un pianiste lors de la projection. La musique a 2 fonctions : 1) couvrir le bruit des appareils de projection 2) éviter à certains spectateurs, l'angoisse d'une salle plongée dans le noir.
Cinématographe des frères Lumière
Il est d'usage que le pianiste suive la projection « en direct » et accompagne les scènes en s'adaptant le mieux possible à l'ambiance.
Au fil du temps, d'autres instruments viendront s'ajouter au piano.
Auguste et louis lumière
Le cinéma parlant
C'est en 1927, qu'est diffusé le 1er film sonore, parlant et chantant, il s'intitule Le chanteur de Jazz.
A partir de ce moment, le cinéma va faire appel à des compositeurs spécialisés qui doivent établir un lien entre la musique et les images. La musique devient complémentaire à l'action et aux événements qui se déroulent sous les yeux du spectateur.
Les éléments d'analyse d'une bande son I) Le son: Aux images d’un film correspondent aussi des sons enregistrés, rassemblés sur une bande son pendant ou après le tournage. Les sources sont diverses : bruitages, voix, musique . Les sons sont retravaillés (effets) puis montés (montage), superposés (mixage) et synchronisés avec les images (postsynchronisation). Les sons suggèrent des images: ils peuvent évoquer un décor, créer une ambiance particulière. Tous les sons jouent un rôle essentiel dans la compréhension d’une histoire. On trouve :
2 modes de relation son/image: Le son «diégétique»: en rapport direct avec ce qui se passe à l’écran: → Son In: la source est visible à l’écran. Elle fait partie de l’action et est entendue par les personnages du film . → Son out ou «hors champ»: la source est invisible mais présente dans le lieu dont il est question à l’écran Le son «extradiégétique» ou off: la source est ailleurs. Elle ne fait pas partie de l’action (musique d’ambiance, voix off)
Les différents éléments d’une bande son: → Bruitages: bruits pris sur le tournage ou puisés dans une phonothèque ajoutés après. → Voix: - Des différents acteurs que l’on voit à l’écran (In) ou qui font partie de l’action mais sont non visibles (out) - Qui émanent d’une source invisible située dans une autre dimension que l’action montrée dans
l’image (off) → Musique est empruntée ou originale (BO) - Musique de scène décrivant l’action du film ou musique de fond décrivant une ambiance mais n’intervient pas par rapport à l’action.
Des correspondances temporelles son/image: → Le son synchrone suit le déroulement du récit et le montage des images (mickey-mousing) → Le son «non synchrone» obéit à une temporalité différente, contracte ou dilate le temps Des correspondances symboliques son/image: → annonce une scène et joue un rôle de transition → retraduit l’état psychologique du personnage → Caractérise les personnages → Plonge le spectateur dans une atmosphère → renforce l’image → apporte un sens contradictoire pour provoquer
2) La musique: Les réalisateurs peuvent utiliser : → une musique déjà existante dans le répertoire de «musique savante» (du Moyen-âge à l’époque contemporaine).
Chaque cinéaste a dû ainsi améliorer sa culture musicale pour choisir la période, le compositeur et l’oeuvre se rapportant le mieux à l’image. Il est fréquent d’entendre des extraits d’oeuvres de Bach, Mozart, Ravel …
Pour ces musiques empruntées on parle de «reprise». → une musique spécialement composée pour le film peut être choisie. On parle alors d’une «Bande
originale» (B.O). Les liens entre le compositeur de la musique et le réalisateur d’un film sont parfois
si forts que leurs collaborations sont régulières et que des «couples cinématographiques» mythiques
se sont formés.
Quelques «recettes» Pour faire peur: Notes longues (très aiguës ou très graves), chromatismes (déplacement par demi-tons), dissonances (notes qui «sonnent faux»), clusters («grappes» de notes), sons grinçants, stridents, voix étranges...
On en trouve de nombreux exemples dans les films d’Hitchcock (la scène de la douche dans Psychose!) et dans les films d’horreur et de suspense (Shining, L’exorciste, Scream, Sixième sens...) Pour faire monter la tension: Crescendo (de plus en plus fort), ostinato (cellule rythmique ou mélodique qui se répète obstinément), superposition progressive de plusieurs plans sonores ...
Le duel d’Il était une fois dans l’Ouest, la scène de la gare dans Les incorruptibles, les poursuites de
La mort aux trousses ...
Les scènes d’actions: Le «mickey-mousing»: dans les scènes d’action, la musique ponctue et accompagne l’action, un peu comme dans un dessin animé.
Indiana Jones, Retour vers le futur, le duel dans la forge de Pirates des Caraïbes, Robin des bois … et n’importe quelle scène d’action «classique».
Traitements particuliers:Réverbération exagérées pour suggérer les grands espaces: Le grand bleu
Utilisation de certains instruments: Violons, flûtes, piano, harpe ... pour le romantisme et l’amour. Caisse claire, tambour, trompette ... pour les films militaires. Guitare, banjo, guimbarde, imitation du galop du cheval ... dans les westerns. Cornemuse, flûte irlandaise, tambours africains, instruments traditionnels... pour évoquer différents pays ou paysages. Clavecin, «vieux» instruments... pour une époque ancienne. Synthétiseur, instruments électroniques...pour la science fiction.
voix d’opéra transformée avec boite à rythme dans Le 5e élément...
Mélange originaux: tambours indiens + orchestre autour du feu Danse avec les loups, hautbois, clavecin, voix et percussions dans Mission, Absence de son: certains cris que l’on «voit» sans entendre dans Le seigneur des anneaux, Les incorruptibles... Bruitages exagérés: souffle, épée qui sort du fourreau, arc qui se tend...
Le montageUne belle musique ne doit pas se faire entendre. Le compositeur découpe la partition en fragments; les mesures sont chronométrées pour obtenir une parfaite synchronisation musicale et visuelle. La pellicule est poinçonnée sur des séquences d’images. Ces repères marqueront avec précisions les indications déjà notées sur la partition. Pour enregistrer la bande sonore le chef d’orchestre dirigera les musiciens en regardant simultanément le film et « le conducteur ». La musique est souvent construite autour d’un thème principal appelé «leitmotiv». Ce thème lié à une idée, un personnage central sera le fil conducteur de l'action. Il subira des «variations» mélodiques, harmoniques (majeur/mineur) ou rythmiques selon l’humeur du personnage, l’atmosphère des séquences (dramatiques, passionnelles, comiques …)
Bilan Depuis l'invention du cinéma, la musique de film a vu sa fonction évoluer. Elle n'est plus seulement présente pour masquer les bruits de la caméra ou calmer les angoisses des spectateurs. Au fil des années, elle devient présente tout au long du film accompagnant les moments forts de l’action, renforçant la dimension de l’image : – en sollicitant sans cesse la sensibilité du spectateur (évoquant la joie, la tristesse, la solitude, la victoire, la défaite, l’amour, la haine etc..) – en appuyant un aspect précis du film comme un lieu géographique ou historique (par l’emploi de certains instruments, style de musique etc..).
Lexique Bande Originale : musique spécialement composée pour un film Reprise : musique de film déjà existante dans le répertoire « classique ». On parle aussi de musique empruntée. Musique de scène : C’est une musique originale qui est utilisée pour certains effets dramatiques ou qui permet de décrire l’action du film (des individus qui courent, la musique illustre les pas des personnes) Musique de fond : Elle sert à décrire un climat, une ambiance particulière par rapport aux images du film. La musique n’intervient pas par rapport à l’action. Synopsis : Résumé du scénario, de l’histoire du film Leitmotiv : Terme allemand pour désigner dans les opéras, un motif musical lié à un personnage… Ce principe sera repris dans les films. Ex : La marche impériale de Dark Vador Le son «diégétique»: en rapport direct avec ce qui se passe à l’écran Son In: la source est visible à l’écran. Elle fait partie de l’action et est entendue par les personnages du film . Son out ou «hors champ»: la source est invisible mais présente dans le lieu dont il est question à l'écran Le son «extradiégétique» ou off: la source est ailleurs. Elle ne fait pas partie de l’action (musique d’ambiance, voix off)
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Created on October 30, 2020
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Comment la musique peut-elle interagir sur l'image au cinéma?
Les débuts du cinéma
Le cinéma est né à la fin du XIXème siècle. La 1ère projection de film de l'histoire du cinéma a lieu en 1895 : la sortie de l'usine Lumière de Lyon créé par Auguste et Louis Lumière, les frères Lumière. Jusqu'en 1927, le cinéma est muet (pas de dialogues ni de bande sonore pendant la projection du film). Pendant toute la période du cinéma muet on a coutume de faire jouer un pianiste lors de la projection. La musique a 2 fonctions : 1) couvrir le bruit des appareils de projection 2) éviter à certains spectateurs, l'angoisse d'une salle plongée dans le noir.
Cinématographe des frères Lumière
Il est d'usage que le pianiste suive la projection « en direct » et accompagne les scènes en s'adaptant le mieux possible à l'ambiance. Au fil du temps, d'autres instruments viendront s'ajouter au piano.
Auguste et louis lumière
Le cinéma parlant
C'est en 1927, qu'est diffusé le 1er film sonore, parlant et chantant, il s'intitule Le chanteur de Jazz. A partir de ce moment, le cinéma va faire appel à des compositeurs spécialisés qui doivent établir un lien entre la musique et les images. La musique devient complémentaire à l'action et aux événements qui se déroulent sous les yeux du spectateur.
Les éléments d'analyse d'une bande son I) Le son: Aux images d’un film correspondent aussi des sons enregistrés, rassemblés sur une bande son pendant ou après le tournage. Les sources sont diverses : bruitages, voix, musique . Les sons sont retravaillés (effets) puis montés (montage), superposés (mixage) et synchronisés avec les images (postsynchronisation). Les sons suggèrent des images: ils peuvent évoquer un décor, créer une ambiance particulière. Tous les sons jouent un rôle essentiel dans la compréhension d’une histoire. On trouve : 2 modes de relation son/image: Le son «diégétique»: en rapport direct avec ce qui se passe à l’écran: → Son In: la source est visible à l’écran. Elle fait partie de l’action et est entendue par les personnages du film . → Son out ou «hors champ»: la source est invisible mais présente dans le lieu dont il est question à l’écran Le son «extradiégétique» ou off: la source est ailleurs. Elle ne fait pas partie de l’action (musique d’ambiance, voix off)
Les différents éléments d’une bande son: → Bruitages: bruits pris sur le tournage ou puisés dans une phonothèque ajoutés après. → Voix: - Des différents acteurs que l’on voit à l’écran (In) ou qui font partie de l’action mais sont non visibles (out) - Qui émanent d’une source invisible située dans une autre dimension que l’action montrée dans l’image (off) → Musique est empruntée ou originale (BO) - Musique de scène décrivant l’action du film ou musique de fond décrivant une ambiance mais n’intervient pas par rapport à l’action.
Des correspondances temporelles son/image: → Le son synchrone suit le déroulement du récit et le montage des images (mickey-mousing) → Le son «non synchrone» obéit à une temporalité différente, contracte ou dilate le temps Des correspondances symboliques son/image: → annonce une scène et joue un rôle de transition → retraduit l’état psychologique du personnage → Caractérise les personnages → Plonge le spectateur dans une atmosphère → renforce l’image → apporte un sens contradictoire pour provoquer
2) La musique: Les réalisateurs peuvent utiliser : → une musique déjà existante dans le répertoire de «musique savante» (du Moyen-âge à l’époque contemporaine). Chaque cinéaste a dû ainsi améliorer sa culture musicale pour choisir la période, le compositeur et l’oeuvre se rapportant le mieux à l’image. Il est fréquent d’entendre des extraits d’oeuvres de Bach, Mozart, Ravel … Pour ces musiques empruntées on parle de «reprise». → une musique spécialement composée pour le film peut être choisie. On parle alors d’une «Bande originale» (B.O). Les liens entre le compositeur de la musique et le réalisateur d’un film sont parfois si forts que leurs collaborations sont régulières et que des «couples cinématographiques» mythiques se sont formés.
Quelques «recettes» Pour faire peur: Notes longues (très aiguës ou très graves), chromatismes (déplacement par demi-tons), dissonances (notes qui «sonnent faux»), clusters («grappes» de notes), sons grinçants, stridents, voix étranges... On en trouve de nombreux exemples dans les films d’Hitchcock (la scène de la douche dans Psychose!) et dans les films d’horreur et de suspense (Shining, L’exorciste, Scream, Sixième sens...) Pour faire monter la tension: Crescendo (de plus en plus fort), ostinato (cellule rythmique ou mélodique qui se répète obstinément), superposition progressive de plusieurs plans sonores ... Le duel d’Il était une fois dans l’Ouest, la scène de la gare dans Les incorruptibles, les poursuites de La mort aux trousses ... Les scènes d’actions: Le «mickey-mousing»: dans les scènes d’action, la musique ponctue et accompagne l’action, un peu comme dans un dessin animé. Indiana Jones, Retour vers le futur, le duel dans la forge de Pirates des Caraïbes, Robin des bois … et n’importe quelle scène d’action «classique».
Traitements particuliers:Réverbération exagérées pour suggérer les grands espaces: Le grand bleu
Utilisation de certains instruments: Violons, flûtes, piano, harpe ... pour le romantisme et l’amour. Caisse claire, tambour, trompette ... pour les films militaires. Guitare, banjo, guimbarde, imitation du galop du cheval ... dans les westerns. Cornemuse, flûte irlandaise, tambours africains, instruments traditionnels... pour évoquer différents pays ou paysages. Clavecin, «vieux» instruments... pour une époque ancienne. Synthétiseur, instruments électroniques...pour la science fiction.
voix d’opéra transformée avec boite à rythme dans Le 5e élément...
Mélange originaux: tambours indiens + orchestre autour du feu Danse avec les loups, hautbois, clavecin, voix et percussions dans Mission, Absence de son: certains cris que l’on «voit» sans entendre dans Le seigneur des anneaux, Les incorruptibles... Bruitages exagérés: souffle, épée qui sort du fourreau, arc qui se tend...
Le montageUne belle musique ne doit pas se faire entendre. Le compositeur découpe la partition en fragments; les mesures sont chronométrées pour obtenir une parfaite synchronisation musicale et visuelle. La pellicule est poinçonnée sur des séquences d’images. Ces repères marqueront avec précisions les indications déjà notées sur la partition. Pour enregistrer la bande sonore le chef d’orchestre dirigera les musiciens en regardant simultanément le film et « le conducteur ». La musique est souvent construite autour d’un thème principal appelé «leitmotiv». Ce thème lié à une idée, un personnage central sera le fil conducteur de l'action. Il subira des «variations» mélodiques, harmoniques (majeur/mineur) ou rythmiques selon l’humeur du personnage, l’atmosphère des séquences (dramatiques, passionnelles, comiques …)
Bilan Depuis l'invention du cinéma, la musique de film a vu sa fonction évoluer. Elle n'est plus seulement présente pour masquer les bruits de la caméra ou calmer les angoisses des spectateurs. Au fil des années, elle devient présente tout au long du film accompagnant les moments forts de l’action, renforçant la dimension de l’image : – en sollicitant sans cesse la sensibilité du spectateur (évoquant la joie, la tristesse, la solitude, la victoire, la défaite, l’amour, la haine etc..) – en appuyant un aspect précis du film comme un lieu géographique ou historique (par l’emploi de certains instruments, style de musique etc..).
Lexique Bande Originale : musique spécialement composée pour un film Reprise : musique de film déjà existante dans le répertoire « classique ». On parle aussi de musique empruntée. Musique de scène : C’est une musique originale qui est utilisée pour certains effets dramatiques ou qui permet de décrire l’action du film (des individus qui courent, la musique illustre les pas des personnes) Musique de fond : Elle sert à décrire un climat, une ambiance particulière par rapport aux images du film. La musique n’intervient pas par rapport à l’action. Synopsis : Résumé du scénario, de l’histoire du film Leitmotiv : Terme allemand pour désigner dans les opéras, un motif musical lié à un personnage… Ce principe sera repris dans les films. Ex : La marche impériale de Dark Vador Le son «diégétique»: en rapport direct avec ce qui se passe à l’écran Son In: la source est visible à l’écran. Elle fait partie de l’action et est entendue par les personnages du film . Son out ou «hors champ»: la source est invisible mais présente dans le lieu dont il est question à l'écran Le son «extradiégétique» ou off: la source est ailleurs. Elle ne fait pas partie de l’action (musique d’ambiance, voix off)
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