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Paysage et sensibilité

aurelie.hourdequin

Created on October 12, 2020

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Transcript

HLP Terminale Semestre 1 / La recherche de soi

Chapitre 2: Les expressions de la sensibilité

Paysage et sensibilité

Sommaire

QCM sur le Romantisme

Paysages en prose

Poésie du paysage

le Romantisme

Le Syndrome de Stendhal

La carte sensible

Sarah Moon

Première approche

Essai littéraire

Problématique et plan de l'essai

D'après “En Roue Libre”, 2001,photographie de Sarah Moon

Paysage et sensibilité Première approche

Observez attentivement les deux photographies de paysages ci contre

1) Laquelle de ces deux photographies préférez-vous ? Justifiez votre réponse.

2) Quelles sensations et quels sentiments associez-vous à chacune des deux photographies ?

3) Décrivez-les méthodiquement, le plus précisément possible. Vous pouvez commencer par en faire le schéma en plaçant les lignes importantes, les couleurs, les formes...) ce sera plus simple ensuite

4) Comment ces deux paysages éveillent-ils votre sensibilité ? Faites la liste de deux ou trois éléments repérés dans votre description qui justifie vos réactions.

Le château de Fontainebleau, photographié par Didier Beaumont

Photographie de Marguerite Martin

Sarah Moon, photographe

1) Qu'éveille en vous cette photographie de Sarah Moon?

2) Selon vous, que représente-t-elle ? Est-ce facile de reconnaître ce qui a été photographié ? Pour quelles raisons ?

3) Ecoutez le début de l'émission d'Augustin Trappenard qui évoque cette photo (du début à 1'26) - Qu'est-ce qui relève de la description ? - Qu'est-ce qui relève de la sensibilité de celui qui regarde ?

4) Exercice oral: A votre tour, cherchez sur internet une photographie de Sarah Moon et décrivez-la en mélant la description objective et l' expression de votre sensibilité. Vous présenterez votre description sensible devant la classe : pensez qu'il faudra projeter votre photo...

Le Romantisme

Prenez connaissance de l'ensemble des documents des 2 pages sur le Romantisme, en prenant des notes si nécessaitebvpuis répondez au vrai ou faux pour vous aider à fixer vos connaissances.

Présentation du mouvement L’acception habituelle (mouvement littéraire et culturel européen du début du dix-neuvième siècle) semble quelque peu réductrice pour qualifier un phénomène beaucoup plus étendu et profond qui s’est imposé dans les lettres dès la fin du dix-huitième siècle en Angleterre et en Allemagne, puis au dix-neuvième siècle en France comme une nouvelle vision de l’homme et du monde. Au-delà des clichés habituels (expression des sentiments, individualisme, refuge dans la nature, etc.) le romantisme a été avant tout : - une révolution artistique et culturelle dirigée contre l’harmonie classique et l’ordre des Lumières, - ainsi qu’un vaste mouvement politique et social qui va ébranler l’Europe puis le monde. Si l’ancrage historique du romantisme est donc la Révolution française, il illustre d’abord l’échec de cette révolution : née de pures idées et d’abstractions juridiques (la liberté, l’égalité des droits, le contrat social, la souveraineté du peuple, etc.), la révolution échoue finalement comme événement de l’histoire mais elle triomphe comme idéal auprès d’une jeunesse désœuvrée, incapable d’exprimer dans la société de la Restauration ses rêves et ses aspirations : ainsi la Révolution est-elle le point de départ d’un vaste mouvement de renouveau, spirituel, artistique et politique, qu’on peut considérer comme une revanche du sentiment sur la raison et la science.

Un premier cours (5'10) très clair

... histoire de réentendre l'essentiel, autrement (3'24)

Répondez aux questions suivantes en cochant la ou les bonnes réponses à chaque fois

8) Ce tableau de Caspar David Friedrich peut-il être considéré comme romantique ?

5) Lesquels des thèmes suivants sont fréquent sous la plume des écrivains romantiques ?

1) Quel est le siècle du Romantisme?

le XVIII° siècle

le travail des ouvriers

le XIX° siècle

la nature et sa puissance

le XXI° siècle

oui

les souffrances personnelles

2) Quel est le modèle littéraire des Romantiques ?

les dangers de la science

la tragédie classique

non

6) L'écrivain romantique peut-il être engagé ?

la nouvelle fantastique

oui

le Moyen-Age

9) Ce tableau de Jean-François Millet peut-il être considéré comme romantique ?

non

3) Le Romantisme est-il né en France ?

7) Lesquels de ces écrivains sont connus pour être des écrivains romantiques ?

oui

oui

non

Maupassant

Rousseau

4) Qu'appelle-t-on la bataille d'Hernani ?

non

Une défaite de l'armée napoléonienne

Sand

Lamartine

Un poème de Victor Hugo

Shakespeare

Un combat théâtral

Hugo

VALIDER

1) Quel est le siècle du Romantisme?

Paysages en prose

Pour chacun des textes, vous pouvez retenir:

Chateaubriand René

1) Quel est le paysage observé : que sait-on du lieu, de son organisation, du moment (de l'année, du jour...) ?

Rousseau Les Rêveries du promeneur solitaire

Dans la bibliothèque ci-contre, vous trouvez différents textes de romans, d'essais ou d'autobiographie.

Sand Indiana

Chateaubriand, Mémoire d'Outre-tombe Épisode de la grive

2) Que sait-on de l'identité du personnage et de la raison pour laquelle il observe ce paysage ?

Ils évoquent tous un paysage et un personnage (un personnage fictif ou l'auteur), donc une sensibilité

3) En quoi ce texte évoque-t-il une expression de la sensibilité : quels sens et quels sentiments y figurent-ils ?

Proust, À l'ombre des jeunes filles en fleur

Nous ne les étudierons pas tous mais tous peuvent vous être utiles pour la réflexion sur "les expressions de la sensibilité

Zola La Bête humaine

4) Quels rapports existent entre le lieu et le personnage : le paysage est-il simplement un lieu observé (admiré ou détesté) ? Est-il un paysage état d'âme dans leque le "moi" du personnage se projette ? Permet-il au personnage d'éprouver des sentiments particuliers (pourquoi ?) ?

Camus, Noces

Julien Gracq Au château d'Argol

Paysages en prose

Pour chacun des textes, vous pouvez retenir:

Chateaubriand René

1) Quel est le paysage observé : que sait-on du lieu, de son organisation, du moment (de l'année, du jour...) ?

Rousseau Les Rêveries du promeneur solitaire

Dans la bibliothèque ci-contre, vous trouvez différents textes de romans, d'essais ou d'autobiographie.

Sand Indiana

Chateaubriand, Mémoire d'Outre-tombe Épisode de la grive

2) Que sait-on de l'identité du personnage et de la raison pour laquelle il observe ce paysage ?

Ils évoquent tous un paysage et un personnage (un personnage fictif ou l'auteur), donc une sensibilité

3) En quoi ce texte évoque-t-il une expression de la sensibilité : quels sens et quels sentiments y figurent-ils ?

Proust, À l'ombre des jeunes filles en fleur

Nous ne les étudierons pas tous mais tous peuvent vous être utiles pour la réflexion sur "les expressions de la sensibilité

Zola La Bête humaine

4) Quels rapports existent entre le lieu et le personnage : le paysage est-il simplement un lieu observé (admiré ou détesté) ? Est-il un paysage état d'âme dans leque le "moi" du personnage se projette ? Permet-il au personnage d'éprouver des sentiments particuliers (pourquoi ?) ?

Camus, Noces

Julien Gracq Au château d'Argol

Rousseau, Les Rêveries du promeneur solitaire, 1782

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Depuis quelques jours on avait achevé la vendange ; les promeneurs de la ville s'étaient déjà retirés ; les paysans aussi quittaient les champs jusqu'aux travaux d'hiver. La campagne encore verte et riante, mais défeuillée en partie et déjà presque déserte, offrait partout l'image de la solitude et des approches de l'hiver. Il résultait de son aspect un mélange d'impression douce et triste trop analogue à mon âge et à mon sort pour que je ne m'en fisse pas l'application. Je me voyais au déclin d'une vie innocente et infortunée, l'âme encore pleine de sentiments vivaces et l'esprit encore orné de quelques fleurs, mais déjà flétries par la tristesse et desséchées par les ennuis. Seul et délaissé, je sentais venir le froid des premières glaces, et mon imagination tarissante ne peuplait plus ma solitude d'êtres formés selon mon cœur. Je me disais en soupirant : qu'ai-je fait ici-bas ? J'étais fait pour vivre, et je meurs sans avoir vécu. Au moins ce n'a pas été ma faute, et je porterai à l'auteur de mon être, sinon l'offrande des bonnes œuvres qu'on ne m'a pas laissé faire, du moins un tribut de bonnes intentions frustrées, de sentiments sains mais rendus sans effet, et d'une patience à l'épreuve des mépris des hommes. Je m'attendrissais sur ces réflexions, je récapitulais les mouvements de mon âme dès ma jeunesse, et pendant mon âge mûr, et depuis qu'on m'a séquestré de la société des hommes, et durant la longue retraite dans laquelle je dois achever mes jours. Je revenais avec complaisance sur toutes les affections de mon cœur, sur ses attachements si tendres mais si aveugles, sur les idées moins tristes que consolantes dont mon esprit s'était nourri depuis quelques années, et je me préparais à les rappeler assez pour les décrire avec un plaisir presque égal à celui que j'avais pris à m'y livrer.

Les Rêveries du promeneur solitaire constitue le dernier des écrits, inachevé, de Jean-Jacques Rousseau, un récit mélant autobiographie et justification de soi : le récit des promenades y est l'occasion de descriptions, de souvenirs et de réflexions sur soi. L'extrait ci-contre est tiré de la deuxième promenade.

Le jour je m'égarais sur de grandes bruyères terminées par des forêts. Qu'il fallait peu de choses à ma rêverie ! une feuille séchée que le vent chassait devant moi, une cabane dont la fumée s'élevait dans la cime dépouillée des arbres, la mousse qui tremblait au souffle du nord sur le tronc d'un chêne, une roche écartée, un étang désert où le jonc flétri murmurait ! Le clocher solitaire, s'élevant au loin dans la vallée, a souvent attiré mes regards; souvent j'ai suivi des yeux les oiseaux de passage qui volaient au-dessus de ma tête. Je me figurais les bords ignorés, les climats lointains où ils se rendent ; j'aurais voulu être sur leurs ailes. Un secret instinct me tourmentait; je sentais que je n'étais moi-même qu'un voyageur, mais une voix du ciel semblait me dire : "Homme, la saison de ta migration n'est pas encore venue ; attends que le vent de la mort se lève, alors tu déploieras ton vol vers ces régions inconnues que ton coeur demande." "Levez-vous vite, orages désirés, qui devez emporter René dans les espaces d'une autre vie !" Ainsi disant, je marchais à grands pas, le visage enflammé, le vent sifflant dans ma chevelure, ne sentant ni pluie ni frimas, enchanté, tourmenté, et comme possédé par le démon de mon coeur.

Chateaubriand, René, 1802

René est une étape importante dans la naissance du Romantisme. Exilé, René raconte l’histoire de son exil : trainant son mal-être, amoureux de sa sœur Amélie, laquelle est aussi amoureuse de lui, elle s’enferme au couvent et il part en Amérique. Il mourra sans trouver le bonheur. Le roman trace les contour de ce qu'on appellera "le mal du siècle" »

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Mais comment exprimer cette foule de sensations fugitives, que j'éprouvais dans mes promenades ? Les sons que rendent les passions dans le vide d'un coeur solitaire ressemblent au murmure que les vents et les eaux font entendre dans le silence d'un désert ; on en jouit, mais on ne peut les peindre. L'automne me surprit au milieu de ces incertitudes : j'entrai avec ravissement dans les mois des tempêtes. Tantôt j'aurais voulu être un de ces guerriers errant au milieu des vents, des nuages et des fantômes, tantôt j'enviais jusqu'au sort du pâtre que je voyais réchauffer ses mains à l'humble feu de broussailles qu'il avait allumé au coin d'un bois. J'écoutais ses chants mélancoliques, qui me rappelaient que dans tout pays le chant naturel de l'homme est triste, lors même qu'il exprime le bonheur. Notre coeur est un instrument incomplet, une lyre où il manque des cordes, et où nous sommes forcés de rendre les accents de la joie sur le ton consacré aux soupirs.

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George Sand, Indiana, 1832

Mais quand, vers le soir, la brise de terre commençait à s’élever et à lui apporter le parfum des rizières fleuries, elle s’enfonçait dans la savane, laissant Delmare et Ralph(1) savourer sous la varangue(2) l’aromatique infusion du faham(3), et distiller lentement la fumée de leurs cigares. Alors elle allait, du haut de quelque piton accessible, cratère éteint d’un ancien volcan, regarder le soleil couchant qui embrasait la vapeur rouge de l’atmosphère, et répandait comme une poussière d’or et de rubis sur les cimes murmurantes des cannes à sucre, sur les étincelantes parois des récifs. Rarement elle descendait dans les gorges de la rivière aux Galets, parce que la vue de la mer, tout en lui faisant mal, l’avait fascinée de son mirage magnétique. Il lui semblait qu’au delà de ces vagues et de ces brumes lointaines la magique apparition d’une autre terre allait se révéler à ses regards. Quelquefois les nuages de la côte prirent pour elle des formes singulières ; tantôt elle vit une lame blanche s’élever sur les flots et décrire une ligne gigantesque qu’elle prit pour la façade du Louvre ; tantôt ce furent deux voiles carrées qui, sortant tout à coup de la brume, offraient le souvenir des tours Notre-Dame de Paris, quand la Seine exhale un brouillard compact qui embrasse leur base et les fait paraître comme suspendues dans le ciel ; d’autres fois c’étaient des flocons de nuées roses qui, dans leurs formes changeantes, présentaient tous les caprices d’architecture d’une ville immense. L’esprit de cette femme s’endormait dans les illusions du passé, et elle se prenait à palpiter de joie à la vue de ce Paris imaginaire dont les réalités avaient signalé le temps le plus malheureux de sa vie(4). Un étrange vertige s’emparait alors de sa tête. Suspendue à une grande élévation au-dessus du sol de la côte, et voyant fuir sous ses yeux les gorges qui la séparaient de l’Océan, il lui semblait être lancée dans cet espace par un mouvement rapide, et cheminer dans l’air vers la ville prestigieuse de son imagination. Dans ce rêve, elle se cramponnait au rocher qui lui servait d’appui ; et pour qui eût observé alors ses yeux avides, son sein haletant d’impatience et l’effrayante expression de joie répandue sur ses traits, elle eût offert tous les symptômes de la folie.

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Indiana raconte, sur fond de décors exotiques, l'histoire malheureuse d'une jeune femme mariée à un mari autoritaire et brutal, le colonel Delmare. Dans la dernière partie du roman, forcée de vivre sur l'île Bourbon (aujourd'hui La Réunion), elle se laisse aller à la rêverie.

1. Ralph : son cousin. 2. varangue: la véranda. 3. faham: espèce de thé cultivé à La Réunion. 4. allusion à des épisodes malheureux de sa vie ( il faut comprendre ici que le Paris de sa rêverie ne coïncide pas avec la réalité telle qu'elle l'a vécue )

Chateaubriand, Les Mémoires d'Outre-Tombe (Partie I, Livre 3), 1848

Hier au soir je me promenais seul ; le ciel ressemblait à un ciel d'automne ; un vent froid soufflait par intervalles. A la percée d'un fourré, je m'arrêtai pour regarder le soleil : il s'enfonçait dans des nuages au-dessus de la tour d'Alluye, d'où Gabrielle, habitante de cette tour, avait vu comme moi le soleil se coucher il y a deux cents ans. Que sont devenus Henri et Gabrielle ? Ce que je serai devenu quand ces Mémoires seront publiés. Je fus tiré de mes réflexions par le gazouillement d'une grive perchée sur la plus haute branche d'un bouleau. A l'instant, ce son magique fit reparaître à mes yeux le domaine paternel. J'oubliai les catastrophes dont je venais d'être le témoin, et, transporté subitement dans le passé, je revis ces campagnes où j'entendis si souvent siffler la grive. Quand je l'écoutais alors, j'étais triste de même qu'aujourd'hui. Mais cette première tristesse était celle qui naît d'un désir vague de bonheur, lorsqu'on est sans expérience ; la tristesse que j'éprouve actuellement vient de la connaissance des choses appréciées et jugées. Le chant de l'oiseau dans les bois de Combourg m'entretenait d'une félicité que je croyais atteindre ; le même chant dans le parc de Montboissier me rappelait des jours perdus à la poursuite de cette félicité insaisissable. Je n'ai plus rien à apprendre, j'ai marché plus vite qu'un autre, et j'ai fait le tour de la vie. Les heures fuient et m'entraînent ; je n'ai pas même la certitude de pouvoir achever ces Mémoires. Dans combien de lieux ai-je déjà commencé à les écrire, et dans quel lieu les finirai-je ? Combien de temps me promènerai-je au bord des bois ? Mettons à profit le peu d'instants qui me restent ; hâtons-nous de peindre ma jeunesse, tandis que j'y touche encore : le navigateur, abandonnant pour jamais un rivage enchanté, écrit son journal à la vue de la terre qui s'éloigne et qui va bientôt disparaître.

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[Jacques vient de rendre visite à sa Tante, et dans un excès de folie, il a essayé de tuer sa fille, Flore. Il s’enfuit dans la campagne pour essayer de comprendre. ]

Émile Zola, La Bête humaine, ch 2, 1890

Émile Zola est reconnu comme le chef de file du naturalisme. Il s’est efforcé d’appliquer la rigueur scientifique à l’écriture du roman. Ancré dans la France du second Empire, régime qu'il détestait, son cycle romanesque des Rougon-Macquart brosse une fresque psychologique et sociale inégalée dans la littérature française.Mais le naturalisme n'est pas purement objectif et scientifique, il y est aussi question de sensibilité.

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Jacques fuyait dans la nuit mélancolique. Il monta au galop le sentier d'une côte, retomba au fond d'un étroit vallon. Des cailloux roulant sous ses pas l'effrayèrent, il se lança à gauche parmi des broussailles, fit un crochet qui le ramena à droite, sur un plateau vide. Brusquement, il dévala, il buta contre la haie du chemin de fer : un train arrivait, grondant, flambant ; et il ne comprit pas d'abord, terrifié. Ah ! oui, tout ce monde qui passait, le continuel flot, tandis que lui agonisait là ! Il repartit, grimpa, descendit encore. Toujours maintenant il rencontrait la voie, au fond des tranchées profondes qui creusaient des abîmes, sur des remblais qui fermaient l'horizon de barricades géantes. Ce pays désert, coupé de monticules, était comme un labyrinthe sans issue, où tournait sa folie, dans la morne désolation des terrains incultes. Et, depuis de longues minutes, il battait les pentes, lorsqu'il aperçut devant lui l'ouverture ronde, la gueule noire du tunnel. Un train montant s'y engouffrait, hurlant et sifflant, laissant, disparu, bu par la terre, une longue secousse dont le sol tremblait. Alors, Jacques, les jambes brisées, tomba au bord de la ligne, et il éclata en sanglots convulsifs, vautré sur le ventre, la face enfoncée dans l'herbe.

Photogramme de l'adaptation du livre par Jean Renoir, 1938

L’action se déroule en Normandie. Le narrateur prend le train pour aller visiter l’église de Balbec.

Marcel Proust, À l'ombre des jeunes filles en fleur, 1919

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Les levers de soleil sont un accompagnement des longs voyages en chemin de fer, comme les œufs durs, les journaux illustrés, les jeux de cartes, les rivières où des barques s’évertuent sans avancer. À un moment où je dénombrais les pensées qui avaient rempli mon esprit, pendant les minutes précédentes, pour me rendre compte si je venais ou non de dormir (et où l’incertitude même qui me faisait me poser la question, était en train de me fournir une réponse affirmative), dans le carreau de la fenêtre, au-dessus d’un petit bois noir, je vis des nuages échancrés dont le doux duvet était d’un rose fixé, mort, qui ne changera plus, comme celui qui teint les plumes de l’aile qui l’a assimilé ou le pastel sur lequel l’a déposé la fantaisie du peintre. Mais je sentais qu’au contraire cette couleur n’était ni inertie, ni caprice, mais nécessité et vie. Bientôt s’amoncelèrent derrière elle des réserves de lumière. Elle s’aviva, le ciel devint d’un incarnat(1) que je tâchais, en collant mes yeux à la vitre, de mieux voir car je le sentais en rapport avec l’existence profonde de la nature, mais la ligne du chemin de fer ayant changé de direction, le train tourna, la scène matinale fut remplacée dans le cadre de la fenêtre par un village nocturne aux toits bleus de clair de lune, avec un lavoir encrassé de la nacre opaline(2) de la nuit, sous un ciel encore semé de toutes ses étoiles, et je me désolais d’avoir perdu ma bande de ciel rose quand je l’aperçus de nouveau, mais rouge cette fois, dans la fenêtre d’en face qu’elle abandonna à un deuxième coude de la voie ferrée ; si bien que je passais mon temps à courir d’une fenêtre à l’autre pour rapprocher, pour rentoiler(3) les fragments intermittents et opposites de mon beau matin écarlate et versatile(4) et en avoir une vue totale et un tableau continu.

Marcel Proust a marqué l'histoire littéraire avec À La Recherche du temps perdu, son œuvre autobiographique en sept volumes à laquelle il a consacré sa vie. L'expression de la sensibilité y est à la première place.

1. Incarnat : rouge clair. ` 2. Opaline : qui est d’une teinte laiteuse et bleuâtre. 3. Rentoiler : mettre une toile neuve à la place de celle qui a été usée. 4. Versatile : sujet à de brusques revirements.

Noces à Tipasa Au printemps, Tipasa est habitée par les dieux et les dieux parlent dans le soleil et l'odeur des absinthes, la mer cuirassée d'argent, le ciel bleu écru, les ruines couvertes de fleurs et la lumière à gros bouillons dans les amas de pierres. À certaines heures, la campagne est noire de soleil. Les yeux tentent vainement de saisir autre chose que des gouttes de lumière et de couleurs qui tremblent au bord des cils. L'odeur volumineuse des plantes aromatiques racle la gorge et suffoque dans la chaleur énorme. À peine, au fond du paysage, puis-je voir la masse noire du Chenoua qui prend racine dans les collines autour du village, et s'ébranle d'un rythme sûr et pesant pour aller s'accroupir dans la mer. […] Que d'heures passées à écraser les absinthes, à caresser les ruines, à tenter d'accorder ma respiration aux soupirs tumultueux du monde ! Enfoncé parmi les odeurs sauvages et les concerts d'insectes somnolents, j'ouvre les yeux et mon cœur à la grandeur insoutenable de ce ciel gorgé de chaleur. Ce n'est pas si facile de devenir ce qu'on est, de retrouver sa mesure profonde. Mais à regarder l'échine solide du Chenoua, mon cœur se calmait d'une étrange certitude. J'apprenais à respirer, je m'intégrais et je m'accomplissais. Je gravissais l'un après l'autre des coteaux dont chacun me réservait une récompense, comme ce temple dont les colonnes mesurent la course du soleil et d'où l'on voit le village entier, ses murs blancs et roses et ses vérandas vertes.

Albert Camus, Noces, 1936 - 1937

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Noces est un ensemble d' essais qui dépeignent sous forme de quatre récits lyriques, l'exaltation de la nature, mais aussi les méditations sur la condition humaine et le bonheur.

Le vent à Djémila Comme le galet verni par les marées, j'étais poli par le vent, usé jusqu'à l'âme. J'étais un peu de cette force selon laquelle je flottais, puis beaucoup, puis elle enfin, confondant les battements de mon sang et les grands coups sonores de ce cœur partout présent de la nature. Le vent me façonnait à l'image de l'ardente nudité qui m'entourait. Et sa fugitive étreinte me donnait, pierre parmi les pierres, la solitude d'une colonne ou d'un olivier dans le ciel d'été. Ce bain violent de soleil et de vent épuisait toutes mes forces de vie. A peine en moi ce battement d'ailes qui affleure, cette vie qui se plaint, cette faible révolte de l'esprit. Bientôt, répandu aux quatre coins du monde, oublieux, oublié de moi-même, je suis ce vent et dans le vent, ces colonnes et cet arc, ces dalles qui sentent chaud et ces montagnes pâles autour de la ville déserte. Et jamais je n'ai senti, si avant, à la fois mon détachement de moi-même et ma présence au monde. Oui, je suis présent.

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Poésie du paysage

Lamartine "Le Lac"

Lamartine "L'isolement"

Hugo "Soleils couchants"

Vigny "La maison du berger"

- Lisez les poèmes de Lamartine, Hugo et Vigny

- Quels lieux sont présentés ? Quelles sont leur caractéristiques ?

- Quelle est la place accordée à l'homme par ce lieu: y a-t-il une communion ou une distance entre l'homme et l'univers qu'il représente ?

Baudelaire, "Les fenêtres"

Baudelaire, "Spleen"

- Quelles formes d'écriture (types de phrases, figures de style...) sont utilisées fréquemment ?

Claude Roy, "À la lisière du temps"

Verlaine 2 Poèmes

Julien Gracq, Au château d'Argol, 1938

Des hauteurs du château d'Argol, Albert contemple la plaine de Storrvan. L'orage se déchaînait sur Storrvan. De lourds nuages gris aux bord déchiquetés accouraient de l'ouest avec vitesse, frôlant presque la tour qu'ils enveloppaient par moments des écharpes vertigineuses d'une brume blanchâtre. Mais le vent surtout, le vent remplissait l'espace du déchaînement de son poids épouvantable. La nuit était presque entièrement tombée. Les passées(1) de l'ouragan, comme dans une chevelure fragile, ouvraient de rapides et fugitives tranchées dans la masse des arbres gris qu'elles écartaient comme des herbes, et l'on voyait alors l'espace d'une seconde un sol nu, des rocs noirs, les fissures étroites des ravins. L'ouragan tordait follement cette crinière grise ! Il en venait un bruissement immense ; les troncs, tout à l'heure cachés sous un moutonnement de verdure, étaient dénudés par les secousses du vent; on voyait leurs membres fragiles et gris tendus par l'effort comme un lacis de cordages. Et ils succombaient, ils succombaient, — un craquement sec préludait à la chute, et puis mille craquements s'entendaient d'un coup, une cascade de sons retentissants que couvrait le hurlement de la tempête, et les géants s'engloutissaient. Alors l'averse déchaîna les fraîcheurs glaciales de son déluge comme la volée brutale d'une poignée de cailloux, et la forêt répondit de tout le rebondissement métallique de ses feuilles. Les rocs nus brillèrent comme de dangereuses cuirasses, la gloire(2) liquide et jaunâtre d'un brouillard humide couronna un instant la tête de chaque arbre de la forêt — un instant une bande jaune et lumineuse, merveilleusement translucide, brilla sur l'horizon où chaque arbre découpa en une seconde ses moindres branches, fit luire les pierres brillantes d'eau du parapet, la blonde chevelure d'Albert trempée de pluie, le brouillard liquide et froid qui roulait sur la cime des arbres d'un rayon doré, glacial et presque inhumain, — puis s'éteignit, et la nuit tomba comme un coup de hache.

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Au château d'Argol est le 1° roman de 1938 de l'écrivain français Julien Gracq . Le récit se déroule dans un château de Bretagne , où Albert a invité un ami, qui a également amené une jeune femme. Le roman est chargé de symboles et utilise des modes narratifs de la littérature d'horreur gothique , qu'il mélange avec des traits stylistiques proches du mouvement surréaliste , y compris une intrigue très abstraite. Dans son «Avis au lecteur», Gracq décrit le livre comme une «version démoniaque» de l'opéra Parsifal de Richard Wagner .

(1) Passée: s'emploie pour désigner le chemin habituellement suivi par un animal. (2) Gloire: dans la peinture religieuse, halo lumineux entourant le visage ou la personne du Christ.

Lamartine, Méditations poétiques, 1820

Le Lac Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages, Dans la nuit éternelle emportés sans retour, Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges Jeter l'ancre un seul jour ? Ô lac ! l'année à peine a fini sa carrière, Et près des flots chéris qu'elle devait revoir, Regarde ! je viens seul m'asseoir sur cette pierre Où tu la vis s'asseoir ! Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes, Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés, Ainsi le vent jetait l'écume de tes ondes Sur ses pieds adorés. Un soir, t'en souvient-il ? nous voguions en silence ; On n'entendait au loin, sur l'onde et sous les cieux, Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence Tes flots harmonieux. Tout à coup des accents inconnus à la terre Du rivage charmé frappèrent les échos ; Le flot fut attentif, et la voix qui m'est chère Laissa tomber ces mots :

" Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices ! Suspendez votre cours : Laissez-nous savourer les rapides délices Des plus beaux de nos jours !

Lamartine, Méditations poétiques, 1820

L'isolement

Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières, Vains objets dont pour moi le charme est envolé ? Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères, Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé ! Que le tour du soleil ou commence ou s'achève, D'un oeil indifférent je le suis dans son cours ; En un ciel sombre ou pur qu'il se couche ou se lève, Qu'importe le soleil ? je n'attends rien des jours. Quand je pourrais le suivre en sa vaste carrière, Mes yeux verraient partout le vide et les déserts : Je ne désire rien de tout ce qu'il éclaire; Je ne demande rien à l'immense univers. Mais peut-être au-delà des bornes de sa sphère, Lieux où le vrai soleil éclaire d'autres cieux, Si je pouvais laisser ma dépouille à la terre, Ce que j'ai tant rêvé paraîtrait à mes yeux ! Là, je m'enivrerais à la source où j'aspire ; Là, je retrouverais et l'espoir et l'amour, Et ce bien idéal que toute âme désire, Et qui n'a pas de nom au terrestre séjour ! Que ne puis-je, porté sur le char de l'Aurore, Vague objet de mes voeux, m'élancer jusqu'à toi ! Sur la terre d'exil pourquoi resté-je encore ? Il n'est rien de commun entre la terre et moi.

Souvent sur la montagne, à l'ombre du vieux chêne, Au coucher du soleil, tristement je m'assieds ; Je promène au hasard mes regards sur la plaine, Dont le tableau changeant se déroule à mes pieds. Ici gronde le fleuve aux vagues écumantes ; Il serpente, et s'enfonce en un lointain obscur ; Là le lac immobile étend ses eaux dormantes Où l'étoile du soir se lève dans l'azur. Au sommet de ces monts couronnés de bois sombres, Le crépuscule encor jette un dernier rayon ; Et le char vaporeux de la reine des ombres Monte, et blanchit déjà les bords de l'horizon. Cependant, s'élançant de la flèche gothique, Un son religieux se répand dans les airs : Le voyageur s'arrête, et la cloche rustique Aux derniers bruits du jour mêle de saints concerts. Mais à ces doux tableaux mon âme indifférente N'éprouve devant eux ni charme ni transports ; Je contemple la terre ainsi qu'une ombre errante Le soleil des vivants n'échauffe plus les morts. De colline en colline en vain portant ma vue, Du sud à l'aquilon (1), de l'aurore au couchant, Je parcours tous les points de l'immense étendue, Et je dis : " Nulle part le bonheur ne m'attend. "

Quand la feuille des bois tombe dans la prairie, Le vent du soir s'élève et l'arrache aux vallons ; Et moi, je suis semblable à la feuille flétrie : Emportez-moi comme elle, orageux aquilons !

Victor Hugo, Les Feuilles d'Automne, 1831

Soleils couchants Le soleil s'est couché ce soir dans les nuées ; Demain viendra l'orage, et le soir, et la nuit ; Puis l'aube, et ses clartés de vapeurs obstruées ; Puis les nuits, puis les jours, pas du temps qui s'enfuit ! Tous ces jours passeront ; ils passeront en foule Sur la face des mers, sur la face des monts, Sur les fleuves d'argent, sur les forêts où roule Comme un hymne confus des morts que nous aimons. Et la face des eaux, et le front des montagnes, Ridés et non vieillis, et les bois toujours verts S'iront rajeunissant ; le fleuve des campagnes Prendra sans cesse aux monts le flot qu'il donne aux mers. Mais moi, sous chaque jour courbant plus bas ma tête, Je passe, et, refroidi sous ce soleil joyeux, Je m'en irai bientôt, au milieu de la fête, Sans que rien manque au monde immense et radieux !

Vigny, Les Destinées, "La maison du berger" (extrait), 1864

Utilisant le procédé de la prosopopée (figure de style par laquelle on prête des propos imaginaires à un individu – mort ou absent , un animal ou une réalité personnifiée), Vigny donne la parole à la nature.

Elle me dit : "Je suis l'impassible théâtre Que ne peut remuer le pied de ses acteurs ; Mes marches d'émeraude et mes parvis d'albâtre, Mes colonnes de marbre ont les dieux pour sculpteurs. Je n'entends ni vos cris ni vos soupirs ; à peine Je sens passer sur moi la comédie humaine Qui cherche en vain au ciel ses muets spectateurs. "Je roule avec dédain, sans voir et sans entendre, A côté des fourmis les populations ; Je ne distingue pas leur terrier de leur cendre, J'ignore en les portant les noms des nations. On me dit une mère et je suis une tombe. Mon hiver prend vos morts comme son hécatombe, Mon printemps ne sent pas vos adorations. "Avant vous j'étais belle et toujours parfumée, J'abandonnais au vent mes cheveux tout entiers, Je suivais dans les cieux ma route accoutumée, Sur l'axe harmonieux des divins balanciers. Après vous, traversant l'espace où tout s'élance, J'irai seule et sereine, en un chaste silence Je fendrai l'air du front et de mes seins altiers."

Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, 1861

"Spleen" Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis, Et que de l'horizon embrassant tout le cercle Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ; Quand la terre est changée en un cachot humide, Où l'Espérance, comme une chauve-souris, S'en va battant les murs de son aile timide Et se cognant la tête à des plafonds pourris ; Quand la pluie étalant ses immenses traînées D'une vaste prison imite les barreaux, Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux, Des cloches tout à coup sautent avec furie Et lancent vers le ciel un affreux hurlement, Ainsi que des esprits errants et sans patrie Qui se mettent à geindre opiniâtrement. - Et de longs corbillards, sans tambours ni musique, Défilent lentement dans mon âme ; l'Espoir, Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique, Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.

Charles Baudelaire, Petits poèmes en prose,1869

Les fenêtres Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte, ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée. Il n’est pas d’objet plus profond, plus mystérieux, plus fécond, plus ténébreux, plus éblouissant qu’une fenêtre éclairée d’une chandelle. Ce qu’on peut voir au soleil est toujours moins intéressant que ce qui se passe derrière une vitre. Dans ce trou noir ou lumineux vit la vie, rêve la vie, souffre la vie. Par-delà des vagues de toits, j’aperçois une femme mûre, ridée déjà, pauvre, toujours penchée sur quelque chose, et qui ne sort jamais. Avec son visage, avec son vêtement, avec son geste, avec presque rien, j’ai refait l’histoire de cette femme, ou plutôt sa légende, et quelquefois je me la raconte à moi-même en pleurant. Si c’eût été un pauvre vieux homme, j’aurais refait la sienne tout aussi aisément. Et je me couche, fier d’avoir vécu et souffert dans d’autres que moi-même. Peut-être me direz-vous : « Es-tu sûr que cette légende soit la vraie ? » Qu’importe ce que peut être la réalité placée hors de moi, si elle m’a aidé à vivre, à sentir que je suis et ce que je suis ?

Charles Baudelaire, Petits poèmes en prose, 1869.

Les fenêtres Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte, ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée. Il n’est pas d’objet plus profond, plus mystérieux, plus fécond, plus ténébreux, plus éblouissant qu’une fenêtre éclairée d’une chandelle. Ce qu’on peut voir au soleil est toujours moins intéressant que ce qui se passe derrière une vitre. Dans ce trou noir ou lumineux vit la vie, rêve la vie, souffre la vie. Par-delà des vagues de toits, j’aperçois une femme mûre, ridée déjà, pauvre, toujours penchée sur quelque chose, et qui ne sort jamais. Avec son visage, avec son vêtement, avec son geste, avec presque rien, j’ai refait l’histoire de cette femme, ou plutôt sa légende, et quelquefois je me la raconte à moi-même en pleurant. Si c’eût été un pauvre vieux homme, j’aurais refait la sienne tout aussi aisément. Et je me couche, fier d’avoir vécu et souffert dans d’autres que moi-même. Peut-être me direz-vous : « Es-tu sûr que cette légende soit la vraie ? » Qu’importe ce que peut être la réalité placée hors de moi, si elle m’a aidé à vivre, à sentir que je suis et ce que je suis ?

Romances sans paroles, 1874

Paul Verlaine, Poèmes Saturniens, 1866

Ariettes oubliées IX L'ombre des arbres dans la rivière embrumée Meurt comme de la fumée. Tandis qu'en l'air, parmi les ramures réelles, Se plaignent les tourterelles. Combien, ô voyageur, ce paysage blême Te mira blême toi-même, Et que tristes pleuraient dans les hautes feuillées Tes espérances noyées!

Promenade sentimentale Le couchant dardait ses rayons suprêmes Et le vent berçait les nénuphars blêmes ; Les grands nénuphars entre les roseaux Tristement luisaient sur les calmes eaux. Moi j'errais tout seul, promenant ma plaie Au long de l'étang, parmi la saulaie Où la brume vague évoquait un grand Fantôme laiteux se désespérant Et pleurant avec la voix des sarcelles Qui se rappelaient en battant des ailes Parmi la saulaie où j'errais tout seul Promenant ma plaie ; et l'épais linceul Des ténèbres vint noyer les suprêmes Rayons du couchant dans ses ondes blêmes Et les nénuphars, parmi les roseaux, Les grands nénuphars sur les calmes eaux.

Claude Roy, À la lisière du temps, 1984

A la lisière du temps Quand on marche le soir à la lisière du temps il monte soudain une bouffée d'enfance les cris d'hirondelles folles d'un préau d'école ou le silence de la barque sur la rivière à la tombée du jour quand le soleil rase l'eau qui moucheronne ou bien la sonnette (deux fois) de l'épicerie-mercerie où on achète après l'école les rouleaux de réglisse Zan, qui barbouillent de noir et font les doigts collants. On tend l'oreille le long du voile de la brume. Quelqu'un parle à voix basse sans qu'on puisse reconnaître la voix et sans comprendre les paroles les mots chuchotés loin à l'envers du silence. ( Hôpital de la Pitié, 25 Août 1983)

VERS LE GRAND ORAL La carte sensible

Problématique : Peut-on cartographier la sensibilité ?

Prenez connaissance des documents de cette page avant de pousuivre.

Présentation

La cartographie sensible (ou cartographie subjective) peut se définir comme un média de restitution de l'expérience du territoire (...) On ne va pas étudier les formes bâties, ni les configurations socio-spatiales en tant que telles mais plutôt l’effet qu’elle nous produisent. Ce qui nous intéresse ici n’est pas tant le territoire en tant que tel mais bien l’expérience qu’il produit sur nous. En tant que champ de recherche ou phénomène transdisciplinaire (E. Olmedo, 2015), la cartographie sensible interroge et propose des formes de représentations pertinentes de l'espace vécu qui visent à relater la complexité socio-cognitive du territoire considéré à partir du réel qu'il soit physique, symbolique ou imaginaire.

Présentation de la Carte de Tendre (5'44)

Un site à consulter

Représentation sensible d'une vie humaine (11')

http://cartonumerique.blogspot.com/p/cartes-sensibles.html)

2) Formulez une problématique à propos de la carte sensible .

3) Votre problématique croise-t-elle bien deux spécialités ? Dans quelle mesure ?

4) Ce thème vous permettrait-il de présenter votre réflexion sur l'orientation ? Si non, vers quoi voudriez-vous orienter le choix de votre sujet ?

1) A votre avis, quelles spécialités pourraient-être concernées par le thème de la cartographie sensible ? Justifiez votre réponse.

Liste des spécialités: - Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques - Sciences Économiques et Sociales - Humanités, Littérature et Philosophie - Langues, Littératures et Cultures Étrangères - Littérature et Langues et Cultures de l’Antiquité - Mathématiques - Physique-Chimie - Sciences de la Vie et de la Terre - Numérique et Sciences Informatiques - Sciences de l’Ingénieur - Arts

Préparation à l'examen: Joël Cornuault, Géographies humaines

Pour entrer dans le texte

L'analogie entre l'impression du monde suspendu et certaines sensations de l'amour, cette griserie ascendante vers une apogée sensuelle, atteste que nous réagissons à des géographies d'élection, de même que notre cœur élit certains êtres qui l'ont ému. Mais le monde suspendu, c'est aussi le temps arrêté. Le symbole d'éternité qui est celui du rocher qui devient sensible, presque palpable, sous le coup d'une telle impression. Des sensations de géographies et d'espaces, communiquent avec des sensations d'écoulement ou, en l'occurrence, d'immobilisation du temps. La jubilation psycho-physiologique qui accompagne l'impression du monde suspendu semble liée à une mise en échec provisoire de l'inexorable épuisement du temps. L'impression ne s'évapore pas dans les songes dolents et faciles ; elle nous prépare à un affrontement à armes égales avec les heures qui vont suivre."

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"La géographie, et nos déplacements, n'excitent pas que des plaisirs rétiniens. Les satisfactions enregistrées à la surface de l'œil s'enrichissent en nous, à certaines occasions privilégiées, d'un ensemble de perceptions, auxquelles notre mémoire, notre culture, nos projets sont tous ensemble convoqués. Le pittoresque d'une ballade, la beauté des formes et des volumes, les rêveries induites par le milieu, nous pénètrent à des degrés inégaux de profondeur. Ils autorisent quelquefois des chaînes de significations, de recoupements, des séquences à partir desquels va se dessiner, éphémèrement, un début de cohérence entre le monde et différents aspects de la vie individuelle. Nous sommes transportés par un paysage, comme nous le sommes par un être aimé. (Et l'on est transporté lorsque le paysage, l'être aimé, nous sont synonymes d'allégresse immaculée).

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1) Relevez les termes qui expriment la sensibilité de l'homme face au paysage. Quel sentiment domine ici?

2) Expliquez le titre "Géographies humaines": en quoi le paysage a-t-il une composante humaine d'après ce texte?

Essai littéraire:

"La géographie, et nos déplacements, n'excitent pas que des plaisirs rétiniens". Pensez-vous que la littérature confirme cette affirmation de Joël Cornuault ?

Guide pour l'analyse du sujet pour ceux qui en ont besoin

Guide d'analyse du sujet

De quoi devez-vous parler ? Reformulez le thème de l'essai et trouvez les mots du vocabulaire littéraire que cela évoque.

Quel est le sens de cette négation ? Qu'est-ce que cela vous oblige à faire dans le devoir ?

L'un des 2 types d'exercice: quelle forme lui donner ? Quels supports pour répondre à la question ?

Essai littéraire

"La géographie, et nos déplacements, n'excitent pas que des plaisirs rétiniens".

Expliquez l'expression "plaisirs rétiniens". Quel est l'implicite de cette expression ? A quoi peut-elle s'opposer : quels autres plaisirs peut-il y avoir ici ?

Pensez-vous que la littérature confirme cette affirmation de Joël Cornuault ?

Avez-vous le choix de votre opinion sur cette citation?

C'est votre champ d'étude : faites la liste des textes, des auteurs que vous avez lus cette année, mais pas seulement et que vous pourrez citer au cours du devoir.

Guide d'analyse du sujet, correction

La négation ici est double : à la fois restrictive (donc positive: elle excite les plaisir rétiniens) et négative (elle ne se limite pas à ces plaisirs et en éveille d'autres. On voit ici le plan se dessiner...

- Lieux, paysages et voyages. - La description des lieux et la littérature qui évoque les voyages - description, paysage, poésie du voyage, récit et journaux de voyage...

C'est un essai littéraire, presque une dissertation, une question de réflexion et d'argumentation. Les supports sont nombreux, ne surtout pas se limiter au texte donné à l'examen (mais servez-vous en)

Le plaisir des yeux : l'implicite est celui d'une beauté extérieure, qui se voit. Les autres plaisirs sont invisibles, ce sont ceux qui mettent en mouvement la sensibilité profonde, le texte de Cornuault parle notamment de la mémoire, vous pouvez aussi penser aux projections du "moi" sur le paysage...

Essai littéraire

"La géographie, et nos déplacements, n'excitent pas que des plaisirs rétiniens".

Pensez-vous que la littérature confirme cette affirmation de Joël Cornuault ?

Attention: le sujet semble vous donner une opinion imposée mais il commence par une question qui vous laisse libre de votre opinion.

Dans ce que nous avons vu cette année: pensez évidemment aux Romantiques, au paysage état-d'âme, aux deux groupements de textes (prose et poésie) mais rappelez aussi vos souvenirs de lycée et de collège

Guide d'analyse du sujet, correction

La négation ici est double : à la fois restrictive (donc positive: elle excite les plaisir rétiniens) et négative (elle ne se limite pas à ces plaisirs et en éveille d'autres. On voit ici le plan se dessiner...

- Lieux, paysages et voyages. - La description des lieux et la littérature qui évoque les voyages - description, paysage, poésie du voyage, récit et journaux de voyage...

C'est un essai littéraire, presque une dissertation, une question de réflexion et d'argumentation. Les supports sont nombreux, ne surtout pas se limiter au texte donné à l'examen (mais servez-vous en)

Le plaisir des yeux : l'implicite est celui d'une beauté extérieure, qui se voit. Les autres plaisirs sont invisibles, ce sont ceux qui mettent en mouvement la sensibilité profonde, le texte de Cornuault parle notamment de la mémoire, vous pouvez aussi penser aux projections du "moi" sur le paysage...

Essai littéraire

"La géographie, et nos déplacements, n'excitent pas que des plaisirs rétiniens".

Pensez-vous que la littérature confirme cette affirmation de Joël Cornuault ?

Attention: le sujet semble vous donner une opinion imposée mais il commence par une question qui vous laisse libre de votre opinion.

Dans ce que nous avons vu cette année: pensez évidemment aux Romantiques, au paysage état-d'âme, aux deux groupements de textes (prose et poésie) mais rappelez aussi vos souvenirs de lycée et de collège

La littérature, par ses descriptions et ses récits de voyage, ne se cherche-t-elle qu'à provoquer un plaisir esthétique?

La dimension esthétique du voyage et du paysage

Un moment d'éternité

Projections du "moi" sur le paysage