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paysage et sensibilité

Lycée Berthelot

Created on October 6, 2020

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Transcript

HLP Terminale Semestre 1 / La recherche de soi

Sous-thème 2: Les expressions de la sensibilité

Paysage et sensibilité

Sommaire

QCM sur le Romantisme

le Romantisme

Textes étudiés sur le paysage

Sarah Moon

Ouvertures vers d'autres textes

Première approche

Vos expositions

D'après “En Roue Libre”, 2001,photographie de Sarah Moon

En attendant vos travaux....

Paysage et sensibilité Première approche

Observez attentivement les deux photographies de paysages ci contre

1) Laquelle de ces deux photographies préférez-vous ? Justifiez votre réponse.

2) Quelles sensations et quels sentiments associez-vous à chacune des deux photographies ?

3) Décrivez-les méthodiquement, le plus précisément possible. Vous pouvez commencer par en faire le schéma en plaçant les lignes importantes, les couleurs, les formes...) ce sera plus simple ensuite

.4) Comment ces deux paysages éveillent-ils votre sensibilité ? Faites la liste de deux ou trois éléments repérés dans votre description qui justifie vos réactions.

5) Exercice d'écriture littéraire : choisissez la photographie qui vous inspire le plus et composez un poème (en prose, en vers, en vers libre à votre choix)

Le château de Fontainebleau, photographié par Didier Beaumont

Photographie de Marguerite Martin

Paysages état d'âme Le genially avec la séquence vue en Littérature

Les textes vus en Philosophie

Rousseau, La Nouvelle Héloïse, 4ème partie - Lettre XI

Rousseau Lettres à M. de Malesherbes, Montmorency,

Henri Commetti, “Le paysage du Grand Tour, Du pittoresque au sublime”, Cahiers philosophiques, n°157

Henri Commetti, “Le paysage du Grand Tour, Du pittoresque au sublime”, Cahiers philosophiques, n°157

L'art révélateur de la sensibilité : Le genially avec la séquence vue en Littérature

Naissance du sentiment de la naturePar Catherine Vincent

Wordsworth, “L’Abbaye de Tintern”

Jean-Jacques Rousseau, La Nouvelle Héloïse

En entrant dans ce prétendu verger, je fus frappé d’une agréable sensation de fraîcheur que d’obscurs ombrages, une verdure animée et vive, des fleurs éparses de tous côtés, un gazouillement d’eau courante, et le chant de mille oiseaux, portèrent à mon imagination du moins autant qu’à mes sens ; mais en même temps je crus voir le lieu le plus sauvage, le plus solitaire de la nature, et il me semblait être le premier mortel qui jamais eût pénétré dans ce désert. (…)Il y a pourtant ici, continuai-je, une chose que je ne puis comprendre ; c’est qu’un lieu si différent de ce qu’il était ne peut être devenu ce qu’il est qu’avec de la culture et du soin : cependant je ne vois nulle part la moindre trace de culture ; tout est verdoyant, frais, vigoureux, et la main du jardinier ne se montre point ; rien ne dément l’idée d’une île déserte qui m’est venue en entrant, et je n’aperçois aucun pas d’hommes. (…)En considérant tout cela, je trouvais assez bizarre qu’on prît tant de peine pour se cacher celle qu’on avait prise ; n’aurait-il pas mieux valu n’en point prendre ? « Malgré tout ce qu’on vous a dit, me répondit Julie, vous jugez du travail par l’effet, et vous vous trompez. Tout ce que vous voyez sont des plantes sauvages ou robustes qu’il suffit de mettre en terre, et qui viennent ensuite d’elles-mêmes. D’ailleurs, la nature semble vouloir dérober aux yeux des hommes ses vrais attraits, auxquels ils sont trop peu sensibles, et qu’ils défigurent quand ils sont à leur portée : elle fuit les lieux fréquentés ; c’est au sommet des montagnes, au fond des forêts, dans des îles désertes, qu’elle étale ses charmes les plus touchants. Ceux qui l’aiment et ne peuvent l’aller chercher si loin sont réduits à lui faire violence, à la forcer en quelque sorte à venir habiter avec eux ; et tout cela ne peut se faire sans un peu d’illusion.

ROUSSEAU Lettres à M. de Malesherbes, Montmorency, 26 janvier 1762, id., 3e lettre, t. I, 1959, p. 1139.

Quels temps croiriez-vous Monsieur que je me rappelle le plus souvent et le plus volontiers dans mes rêves ? […] mes promenades solitaires, […] ces jours rapides mais délicieux que j’ai passés tout entiers avec moi seul, […] avec mon chien bien-aimé, ma vieille chate, avec les oiseaux de la campagne et les biches de la forêt, avec la nature entière et son inconcevable auteur […] C’étoit là qu’elle sembloit déployer à mes yeux une magnificence toujours nouvelle. L’or des genets et la pourpre des bruyeres frapoient mes yeux d’un luxe qui touchoit mon cœur ; la majesté des arbres qui me couvroient de leur ombre, la delicatesse des arbustes qui m’environnoient, l’étonnante varieté des herbes et des fleurs que je foulois sous mes pieds, tenoient mon esprit dans une alternative continuelle d’observation et d’admiration : le concours de tant d’objets interessants qui se disputoient mon attention, m’attirant sans cesse de l’un à l’autre […] me faisoit souvent redire en moi meme : Non, Salomon dans toute sa gloire ne fut jamais vétu comme l’un d’eux.

Henri Commetti, “Le paysage du Grand Tour, Du pittoresque au sublime”

Le spectacle proposé dans le Cœur des Andes (1859) de Church, une des œuvres les plus fameuses de l’école paysagiste américaine, raconte dans la juxtaposition des plans, les scènes de la genèse du monde : présence du passé glaciaire inscrite dans l’histoire multi-millénaire de la formation des granits, le glacier encore à l’œuvre, à l’arrière-plan; puis les cascades, qui viennent nourrir, au plan-médian, la nature bucolique de la prairie profonde traversée par une rivière ondoyante autour de laquelle la vie humaine est appelée à prospérer. Au cœur de cet Eden, le premier plan amorce l’histoire humaine : la forêt pénétrée par l’homme auquel se découvre le paysage accomplit la promesse de terre promise en proposant dans le même temps au regard les premiers moments de la création et l’utopie d’harmonie dont il constitue la promesse. Tout dans le paysage évoque, non pas le temps des saisons qui rythme la vie des hommes, mais le temps géologique de l’histoire de la terre, où le présent de l’homme – le moment du spectacle même – vient rejoindre le présent du spectateur en ouvrant vers une histoire nouvelle où l’histoire des hommes ne serait plus asservie à l’héritage de la culture mais deviendrait celle de la petite communauté communiant autour de son Dieu. Novak dans Nature and Culture56 montre comment sa possibilité de « paysage américain » se trouve inscrite dans la signification historique de l’Amérique comme promesse d’un Nouveau monde et d’une régénération par opposition à une Europe que l’histoire rendait désormais caduque.

Henri Commetti, “Le paysage du Grand Tour, Du pittoresque au sublime”

Le spectacle proposé dans le Cœur des Andes (1859) de Church, une des œuvres les plus fameuses de l’école paysagiste américaine, raconte dans la juxtaposition des plans, les scènes de la genèse du monde : présence du passé glaciaire inscrite dans l’histoire multi-millénaire de la formation des granits, le glacier encore à l’œuvre, à l’arrière-plan; puis les cascades, qui viennent nourrir, au plan-médian, la nature bucolique de la prairie profonde traversée par une rivière ondoyante autour de laquelle la vie humaine est appelée à prospérer. Au cœur de cet Eden, le premier plan amorce l’histoire humaine : la forêt pénétrée par l’homme auquel se découvre le paysage accomplit la promesse de terre promise en proposant dans le même temps au regard les premiers moments de la création et l’utopie d’harmonie dont il constitue la promesse. Tout dans le paysage évoque, non pas le temps des saisons qui rythme la vie des hommes, mais le temps géologique de l’histoire de la terre, où le présent de l’homme – le moment du spectacle même – vient rejoindre le présent du spectateur en ouvrant vers une histoire nouvelle où l’histoire des hommes ne serait plus asservie à l’héritage de la culture mais deviendrait celle de la petite communauté communiant autour de son Dieu. Novak dans Nature and Culture56 montre comment sa possibilité de « paysage américain » se trouve inscrite dans la signification historique de l’Amérique comme promesse d’un Nouveau monde et d’une régénération par opposition à une Europe que l’histoire rendait désormais caduque.

Henri Commetti, “Le paysage du Grand Tour, Du pittoresque au sublime”

Le paysage américain est peint comme s’il n’appartenait pas au paysage contemporain, mais constituait le sanctuaire mythique d’une nature inviolée, le présent absolu d’un présent échappant à l’histoire comme réalisation de l’histoire. Là où la nature offre son abondance et où la main de l’homme n’a pas encore creusé le sillon de l’histoire, une autre histoire est possible. Le spectacle du lieu n’est plus celui de la mémoire, mais offre à l’esprit un nouveau stimulant pour l’imagination : l’utopie. Si l’histoire disparaît comme fable, elle continuait, ainsi, à configurer le sens ultime de l’œuvre. Comme dans une bible offerte aux yeux rénovés de l’homme par le spectacle d’une nature à l’état d’origine, l’histoire de la terre devenait, avec le paysage américain, le texte à partir duquel devait se lire l’histoire de l’humanité. Avec Yosémite, le migrant, dans son errance vers l’ouest, avait trouvé son Sinaï. Henri Commetti, “Le paysage du Grand Tour, Du pittoresque au sublime”, Cahiers philosophiques, n°157

Henri Commetti, “Le paysage du Grand Tour, Du pittoresque au sublime”

Les tableaux de paysage ne sont pas des « paysages peints » mais des constructions symboliques complexes qui renvoient à un espace spéculatif plus que visuel. Qui se souvient que le sublime ne peut être pour Kant qu’un prédicat de l’Idée, évitera de voir dans les œuvres de Friedrich une représentation du sublime de la nature infinie. L’évolution de la peinture de paysage, sous l’impact du sentiment romantique de la nature, consiste, en réalité, à passer du signe mimétique au symbole oblique : présence de l’impossible présence de ce qui ne peut se donner comme objet dans la représentation, mais être seulement visé comme Idée. Watt montre bien comment, avec le romantisme allemand, l’art, dans le désir de valoir comme seul absolu, trouvera dans le paysage de montagne un motif qui lui permet de se délivrer de l’image figurative et mimétique59. Avec la peinture de paysage comme peinture du sublime, la peinture ne représente pas quelque chose, mais l’expérience spirituelle du regard. Le Wanderer über dem Nebelmeer de 1818 est ainsi conçu par Friedrich, non pas comme un paysage descriptif, mais comme une « idée totale », la projection d’une vision intérieure qui vient s’objectiver au dehors sur la toile.

Henri Commetti, “Le paysage du Grand Tour, Du pittoresque au sublime”

Il obéit à un schéma que le peintre reprend dans un très grand nombre de ses œuvres : une figure représentée de dos, absorbée dans la même direction contemplative à laquelle le spectateur lui-même est invité. Le promeneur rousseauiste (le tableau reprend un poème de Schiller61) est représenté à la limite physique de sa pérégrination. Devant lui s’ouvre un espace vide d’attente et de crainte que seul le mouvement de sa pensée vers un horizon aux lointains inconnus peut espérer remplir – mais vainement. La suppression de toute perspective opère une rupture immédiate entre les bords du tableau et le saut du regard du spectateur qui doit aller en direction de ce vers quoi porte celui du personnage figuré, se heurtant alors à la limite dissuasive d’un lointain impénétrable posé comme un espace radicalement différent. La composition installe ainsi une tension entre un espace proche sans objet, mais accessible, et un lointain inaccessible, un horizon de l’au- delà du tableau qui libère l’esprit du poids anecdotique de la promenade. Le tableau fonctionne, ainsi, comme la figuration d’un spectacle dépassant les limites de la représentation ; il rend présent au spectateur l’irreprésentable du penseur. Ce qu’il affirme, ce n’est pas la réalité de la nature, mais l’absoluité du regard spirituel qui dépasse la vue physique. Henri Commetti, “Le paysage du Grand Tour, Du pittoresque au sublime”, Cahiers philosophiques, n°157

Naissance du sentiment de la nature, Catherine Vincent

Rousseau est l’un des premiers penseurs occidentaux à préfigurer la question écologique, qui se pose aujourd’hui de façon aiguë. Mais cette sensibilité au monde s’ébauche en fait bien avant le XVIIIe siècle. Une mutation lente vers une valorisation de la nature, qui débouchera sur l’exaltation du romantisme.Lorsqu’il écrit Les Rêveries du promeneur solitaire, entre 1776 et 1778, Jean-Jacques Rousseau a plus de 60 ans. Depuis 1762, date à laquelle le Parlement de Paris a condamné son Emile ou De l’éducation et décrété son arrestation, il vit en Suisse, avec le sentiment d’être persécuté par ses pairs. Ses déambulations solitaires dans une nature inviolée provoquent l’exaltation de ses sens. « Brillantes fleurs, émail des prés, ombrages frais, ruisseaux, bosquets, verdure, venez purifier mon imagination salie par tous ces hideux objets. Mon âme morte à tous les grands mouvements ne peut plus s’affecter que par des objets sensibles ; je n’ai plus que des sensations, et ce n’est plus que par elles que la peine ou le plaisir peuvent m’atteindre ici-bas », écrit-il dans la Septième Promenade.Apologie d’un art nouveau du naturelOn aurait tort, pourtant, de décréter Rousseau amoureux des paysages sauvages parce qu’ennemi des hommes. Au contraire, « il est un des premiers penseurs occidentaux qui aiment à la fois la nature et la démocratie », souligne la philosophe de l’environnement Catherine Larrère, professeure émérite à l’université Paris-I. Bien avant ses déboires politiques, l’auteur du Contrat social, en effet, a déjà longuement évoqué ce « sentiment de la nature » : non pas comme une manière de s’isoler du monde, mais comme la revendication d’une vie différente de celle imposée par la société existante. Ainsi, et bien que les amours de Saint-Preux et Julie dans La Nouvelle Héloïse (1761) aient pour décor les grandioses sommets des Alpes, c’est dans un lieu on ne peut plus civilisé, le jardin de Julie, que s’exprime de la façon la plus précise sa sensibilité au vivant. Rousseau (voir extrait) fait dans ces pages l’apologie d’un art nouveau du naturel, qui s’inscrit dans une évolution subtile, mais profonde, de notre relation au monde.

Naissance du sentiment de la nature, Catherine Vincent

Domestiquer et embellir la nature, tout en faisant en sorte que cela ne se voie pas : tel est le secret de Julie. « Quand Saint-Preux réalise que ce qu’il a d’abord pris pour une forêt vierge est en fait un paysage artificiel, il pense que ce travail a demandé beaucoup d’argent », poursuit Catherine Larrère. « “Pas du tout” , lui répond Julie. Et elle lui donne la formule du jardin : “La nature a tout fait mais sous ma direction.” Il s’agit non pas de fabriquer mais d’orienter les processus naturels, de faire en sorte qu’une plante en aide une autre. Dans le jardin de Julie, Rousseau, qui était un excellent botaniste, faisait en quelque sorte de la permaculture. »Mélanger le sauvage et le cultivéEn mélangeant ainsi le sauvage et le cultivé, en rendant sensible, présent, le monde végétal, ce philosophe des Lumières défend l’idée que l’opposition entre la nature et la société peut être surmontée. En cela, il préfigure la question écologique qui se posera de façon aiguë deux siècles plus tard. « L’œuvre de Rousseau deviendra, rétrospectivement, l’un des foyers majeurs de l’exaltation romantique de la nature et de sa critique de la “civilisation” industrielle », rappelle le philosophe Serge Audier dans La Société écologique et ses ennemis (La Découverte, 2017). Mais le « sentiment de la nature », cette sensibilité au monde que Bernard Charbonneau, pionnier de l’écologie politique, qualifiera dans les années 1930 de « force révolutionnaire », s’ébauche en fait bien avant le XVIIIe siècle.

Naissance du sentiment de la nature, Catherine Vincent

Pour saisir cette lente transformation, qui commence, discrètement mais sûrement, à fissurer l’impérialisme triomphant de l’homme sur son environnement établi par l’interprétation de la Genèse, il faut lire le passionnant ouvrage de l’historien britannique Keith Thomas, Dans le Jardin de la nature (Gallimard, 1985). Comme l’indique son sous-titre – La Mutation des sensibilités en Angleterre à l’époque moderne (1500-1800) –, la valorisation de la nature apparaît dès le XVIe siècle. « Une mutation lente, produit de déplacements souvent minuscules et cumulatifs », précise l’historien Jacques Revel, qui consacrait, en 1983, dans la revue Le Débat, un long article au livre de Keith Thomas. « La nature et les créatures vivantes avaient été pendant des siècles des compagnons intimes, mais dont on ne doutait pas qu’ils n’eussent d’autre fonction que de satisfaire aux besoins des hommes et dont l’agencement même, voulu par Dieu, n’avait de sens que par rapport à l’ordre humain. » Sous le microscope du naturaliste, mais aussi dans l’affectivité nouvelle qui entoure désormais les animaux ou les arbres, « ils vont progressivement acquérir un statut autonome, émancipé de toute destination humaine apparente, et faire l’objet d’une valorisation pour eux-mêmes ».

Naissance du sentiment de la nature, Catherine Vincent

Qualités intrinsèques des espècesQuelques exemples de ces déplacements « minuscules » ? La vogue massive de l’animal familier entre les XVIe et XVIIIe siècles : dans toutes les couches de la société anglaise, le « pet » devient presque un membre à part entière de la famille humaine, doté d’un nom et parfois d’une épitaphe. Ou encore les nouveaux codes de la classification naturaliste, qui ne se réfèrent plus aux besoins et aux usages des hommes mais aux qualités intrinsèques des espèces : les animaux ne se répartissent plus en catégories distinctes, selon qu’ils sont utiles, domestiques ou sauvages, comestibles ou impropres à la consommation, ou encore beaux, nobles ou monstrueux, mais en fonction de leurs caractéristiques propres.Dans l’esprit des intellectuels de l’époque, la nature s’autonomise. La tendance s’accentue au XVIIIe siècle. On valorisait jusqu’alors les paysages fertiles et cultivés, car ils rappelaient l’effort de l’homme et sa mainmise sur la création : ils perdent soudain de leur charme. Les jardins tirés au cordeau, tondus de près et bien taillés, se voient remplacés, note Keith Thomas, par « un style typiquement anglais de jardins-paysages, si irréguliers que parfois on pouvait à peine les distinguer d’un champ non cultivé ». On retrouve là le jardin de Julie.Dans le même temps, les paysages sauvages et stériles deviennent un must. « Plus la scène est sauvage, plus grand est son pouvoir d’exciter l’émotion. Les montagnes, que l’on exécrait au milieu du XVIIe siècle comme des “difformités” stériles, des “verrues”, des “furoncles” (…), étaient devenues, un siècle plus tard environ, les objets de la plus grande admiration esthétique », détaille Keith Thomas. Après des siècles d’effroi, les voyageurs découvrent la beauté des Alpes, l’inspiration vient aux poètes face aux glaciers et aux gouffres. A l’exception notable de Chateaubriand, qui avouera, dans ses Mémoires d’outre-tombe, « j’ai beau me battre les flancs pour arriver à l’exaltation alpine des écrivains de montagne, j’y perds ma peine ».

Naissance du sentiment de la nature, Catherine Vincent

Exaltation du sentiment contre la raisonC’est le début du romantisme, qui se diffusera dans toute l’Europe jusqu’au milieu du XIXe siècle. Des romantismes, devrait-on dire, tant ce mouvement culturel exaltant le sentiment contre la raison a pris des contours différents selon les lieux et les époques. Entre le romantisme allemand, soupçonné d’avoir indirectement préparé la barbarie totalitaire nazie du fait de la place centrale accordée à la nature dans l’affirmation du nationalisme pangermanique, et le romantisme britannique, progressiste et démocratique, porté par le peintre et poète John Ruskin, les différences de positionnement sont notables. Notamment vis-à-vis de la philosophie de l’émancipation et de la raison critique portée par les Lumières.« Tous les romantiques ne sont pas des anti-modernes, loin de là, rappelle Catherine Larrère. Pensez à Victor Hugo, qui n’est pas contre la Commune et qui défend les animaux ; à Jules Michelet, grand républicain qui se préoccupe d’environnement ; à la féministe George Sand, qui se bat pour la forêt de Fontainebleau… » Qu’ils soient teintés de conservatisme ou de socialisme, tous les romantiques présentent toutefois un point commun : ils confèrent à la nature une place centrale pour réenchanter le monde. Mais pas n’importe quelle nature : une nature puissante, sublime, exaltante – une nature rédemptrice et déjà menacée. En ce sens, remarque Serge Audier, ce mouvement a « joué un rôle absolument capital – tant du point de vue artistique et littéraire que philosophique – dans la découverte et la valorisation d’une “nature” plus ou moins “sauvage”, vierge ou spontanée, mais aussi dans la critique des dégâts environnementaux et esthétiques du capitalisme et de l’industrialisme ». Un couple redoutable qui va étendre au monde entier la mainmise de l’homme sur les ressources naturelles, et dont nous payons aujourd’hui chèrement les conséquences.

(...)J’ai appris à considérer la nature, non pas comme lorsDe mon insouciante jeunesse, mais par l’écoute assidueDe l’humanité, de sa musique calme et triste,Mais non stridente ou discordante, bien que de grand pouvoirCar elle humilie et dompte. Et j’ai ressentiUne présence qui m’a surpris avec la joieDe hautes pensées ; la conscience inouïeDe quelque chose mêlé au plus profond de mon être,Qui habite la lumière des soleils couchants,La rondeur de l’océan, l’air plein de vie,Et le ciel bleu ; qui dans l’esprit humainEst cet élan, ce démon qui fait s’animerLes choses pensantes, les sujets de chaque pensée,Et roule à travers toute chose. Et c’est pourquoiJe suis toujours l’amant des prés et des boisEt des montagnes ; et de tout ce qu’il nous est donné de voirDepuis cette verte planète ; de l’empire puissantQu’ensemble l’œil et l’oreille créent à moitié,Qu’ils perçoivent ; bienheureux que je suis !De reconnaître dans la nature et le langage des sensL’ancre de mes pensées les plus pures, la nourrice,Le guide, le gardien de mon cœur, et l’essenceDe tout mon être moral.

Wordsworth, “L’Abbaye de Tintern”

Les nourritures terrestres de Gide... Un petit genially fait par une amie (merci Marianne !)

Les textes conseillés à la fin de l'année dernière

Moderato Cantabile DURAS (roman facile à lire)La confusion des sentiments ZWEIG (court roman facile à lire)La Légèreté Catherine MEURISSE (BD)Que faire de nos émotions ? Philosophie magazine, n°132 septembre 2019

Les Noces de Camus

A voir The Hours S DALDRYIl Postino de M RADFORD

Extraits de Noces de Camus (essais écrits en 1936 et 1937)

Noces à TipasaAu printemps, Tipasa est habitée par les dieux et les dieux parlent dans le soleil et l'odeur des absinthes, la mer cuirassée d'argent, le ciel bleu écru, les ruines couvertes de fleurs et la lumière à gros bouillons dans les amas de pierres. À certaines heures, la campagne est noire de soleil. Les yeux tentent vainement de saisir autre chose que des gouttes de lumière et de couleurs qui tremblent au bord des cils. L'odeur volumineuse des plantes aromatiques racle la gorge et suffoque dans la chaleur énorme. À peine, au fond du paysage, puis-je voir la masse noire du Chenoua qui prend racine dans les collines autour du village, et s'ébranle d'un rythme sûr et pesant pour aller s'accroupir dans la mer.[…]Que d'heures passées à écraser les absinthes , à caresser les ruines, à tenter d'accorder ma respiration aux soupirs tumultueux du monde ! Enfoncé parmi les odeurs sauvages et les concerts d'insectes somnolents, j'ouvre les yeux et mon cœur à la grandeur insoutenable de ce ciel gorgé de chaleur. Ce n'est pas si facile de devenir ce qu'on est, de retrouver sa mesure profonde. Mais à regarder l'échine solide du Chenoua, mon cœur se calmait d'une étrange certitude. J'apprenais à respirer, je m'intégrais et je m'accomplissais. Je gravissais l'un après l'autre des coteaux dont chacun me réservait une récompense, comme ce temple dont les colonnes mesurent la course du soleil et d'où l'on voit le village entier, ses murs blancs et roses et ses vérandas vertes.

Extraits de Noces de Camus (essais écrits en 1936 et 1937)

Le vent à Djémila Comme le galet verni par les marées, j'étais poli par le vent, usé jusqu'à l'âme. J'étais un peu de cette force selon laquelle je flottais, puis beaucoup, puis elle enfin, confondant les battements de mon sang et les grands coups sonores de ce cœur partout présent de la nature. Le vent me façonnait à l'image de l'ardente nudité qui m'entourait. Et sa fugitive étreinte me donnait, pierre parmi les pierres, la solitude d'une colonne ou d'un olivier dans le ciel d'été. Ce bain violent de soleil et de vent épuisait toutes mes forces de vie. A peine en moi ce battement d'ailes qui affleure, cette vie qui se plaint, cette faible révolte de l'esprit. Bientôt, répandu aux quatre coins du monde, oublieux, oublié de moi-même, je suis ce vent et dans le vent, ces colonnes et cet arc, ces dalles qui sentent chaud et ces montagnes pâles autour de la ville déserte. Et jamais je n'ai senti, si avant, à la fois mon détachement de moi-même et ma présence au monde.Oui, je suis présent.L’été à AlgerSentir ses liens avec une terre, son amour pour quelques hommes, savoir qu'il est toujours un lieu où le cœur trouvera son accord, voici déjà beaucoup de certitudes pour une seule vie d'homme. Et sans doute cela ne peut suffire. Mais à cette patrie de l'âme tout aspire à certaines minutes. « Oui, c'est là-bas qu'il nous faut retourner. »Cette union que souhaitait Plotin , quoi d'étrange à la retrouver sur la terre ? L'Unité s'exprime ici en termes de soleil et de mer. Elle est sensible au cœur par un certain goût de chair qui fait son amertume et sa grandeur. J'apprends qu'il n'est pas de bonheur surhumain, pas d'éternité hors de la courbe des journées. Ces biens dérisoires et essentiels, ces vérités relatives sont les seules qui m'émeuvent. Les autres, les « idéales », je n'ai pas assez d'âme pour les comprendre. […] Il n'est pas toujours facile d'être un homme, moins encore d'être un homme pur. Mais être pur, c'est retrouver cette patrie de l'âme où devient sensible la parenté du monde, où les coups du sang rejoignent les pulsations violentes du soleil de deux heures.

Sarah Moon, photographe

1) Qu'éveille en vous cette photographie de Sarah Moon?

2) Selon vous, que représente-t-elle ? Est-ce facile de reconnaître ce qui a été photographié ? Pour quelles raisons ?

3) Ecoutez le début de l'émission d'Augustin Trappenard qui évoque cette photo (du début à 1'26) - Qu'est-ce qui relève de la description ? - Qu'est-ce qui relève de la sensibilité de celui qui regarde ?

4) Exercice oral: A votre tour, cherchez sur internet une photographie de Sarah Moon et décrivez-la en mélant la description objective et l' expression de votre sensibilité. Vous présenterez votre description sensible devant la classe : pensez qu'il faudra projeter votre photo...

Le Romantisme

Prenez connaissance de l'ensemble des documents des 2 pages sur le Romantisme, en prenant des notes si nécessaitebvpuis répondez au vrai ou faux pour vous aider à fixer vos connaissances.

Présentation du mouvement L’acception habituelle (mouvement littéraire et culturel européen du début du dix-neuvième siècle) semble quelque peu réductrice pour qualifier un phénomène beaucoup plus étendu et profond qui s’est imposé dans les lettres dès la fin du dix-huitième siècle en Angleterre et en Allemagne, puis au dix-neuvième siècle en France comme une nouvelle vision de l’homme et du monde. Au-delà des clichés habituels (expression des sentiments, individualisme, refuge dans la nature, etc.) le romantisme a été avant tout : - une révolution artistique et culturelle dirigée contre l’harmonie classique et l’ordre des Lumières, - ainsi qu’un vaste mouvement politique et social qui va ébranler l’Europe puis le monde. Si l’ancrage historique du romantisme est donc la Révolution française, il illustre d’abord l’échec de cette révolution : née de pures idées et d’abstractions juridiques (la liberté, l’égalité des droits, le contrat social, la souveraineté du peuple, etc.), la révolution échoue finalement comme événement de l’histoire mais elle triomphe comme idéal auprès d’une jeunesse désœuvrée, incapable d’exprimer dans la société de la Restauration ses rêves et ses aspirations : ainsi la Révolution est-elle le point de départ d’un vaste mouvement de renouveau, spirituel, artistique et politique, qu’on peut considérer comme une revanche du sentiment sur la raison et la science.

Un premier cours (5'10) très clair

... histoire de réentendre l'essentiel, autrement (3'24)

Répondez aux questions suivantes en cochant la ou les bonnes réponses à chaque fois

8) Ce tableau de Caspar David Friedrich peut-il être considéré comme romantique ?

5) Lesquels des thèmes suivants sont fréquent sous la plume des écrivains romantiques ?

1) Quel est le siècle du Romantisme?

le XVIII° siècle

le travail des ouvriers

le XIX° siècle

la nature et sa puissance

le XXI° siècle

oui

les souffrances personnelles

2) Quel est le modèle littéraire des Romantiques ?

les dangers de la science

la tragédie classique

non

6) L'écrivain romantique peut-il être engagé ?

la nouvelle fantastique

oui

le Moyen-Age

9) Ce tableau de Jean-François Millet peut-il être considéré comme romantique ?

non

3) Le Romantisme est-il né en France ?

7) Lesquels de ces écrivains sont connus pour être des écrivains romantiques ?

oui

oui

non

Maupassant

Rousseau

4) Qu'appelle-t-on la bataille d'Hernani ?

non

Une défaite de l'armée napoléonienne

Sand

Lamartine

Un poème de Victor Hugo

Shakespeare

Un combat théâtral

Hugo

VALIDER

1) Quel est le siècle du Romantisme?

Texte 1: Joël Cornuault, Géographies humaines

L'analogie entre l'impression du monde suspendu et certaines sensations de l'amour, cette griserie ascendante vers une apogée sensuelle, atteste que nous réagissons à des géographies d'élection, de même que notre cœur élit certains êtres qui l'ont ému. Mais le monde suspendu, c'est aussi le temps arrêté. Le symbole d'éternité qui est celui du rocher qui devient sensible, presque palpable, sous le coup d'une telle impression. Des sensations de géographies et d'espaces, communiquent avec des sensations d'écoulement ou, en l'occurrence, d'immobilisation du temps. La jubilation psycho-physiologique qui accompagne l'impression du monde suspendu semble liée à une mise en échec provisoire de l'inexorable épuisement du temps. L'impression ne s'évapore pas dans les songes dolents et faciles ; elle nous prépare à un affrontement à armes égales avec les heures qui vont suivre."

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"La géographie, et nos déplacements, n'excitent pas que des plaisirs rétiniens. Les satisfactions enregistrées à la surface de l'œil s'enrichissent en nous, à certaines occasions privilégiées, d'un ensemble de perceptions, auxquelles notre mémoire, notre culture, nos projets sont tous ensemble convoqués. Le pittoresque d'une ballade, la beauté des formes et des volumes, les rêveries induites par le milieu, nous pénètrent à des degrés inégaux de profondeur. Ils autorisent quelquefois des chaînes de significations, de recoupements, des séquences à partir desquels va se dessiner, éphémèrement, un début de cohérence entre le monde et différents aspects de la vie individuelle. Nous sommes transportés par un paysage, comme nous le sommes par un être aimé. (Et l'on est transporté lorsque le paysage, l'être aimé, nous sont synonymes d'allégresse immaculée).

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