L'autobiographie
Histoire et evolution du genre
I : Définition
Auto
bio
graphie
= la vie
= écrire
= soi-même
Le mot « autobiographie » composé des trois racines grecques, auto (= soi-même), bio (= la vie), graphie (= écrire) n’est apparu qu’au XIXème siècle. Une autobiographie est donc une manière de raconter sa vie, un récit que quelqu’un fait de son histoire.
Evolution du genre autobiographique
Au XVIII ème siècle
Au XVI ème siècle
Au XX ème siècle
Fin du IV ème siècle
Au XIX ème siècle
Au XVII ème siècle
A la fin du IVème siècle, Confessions de Saint Augustin est la 1ère autobiographie reconnue. Dans cet ouvrage, il s’adresse à Dieu pour « confesser » ses péchés et ses doutes.
Retour à la frise
Au XVIème siècle, Montaigne (1533-1592) dans les Essais fait le projet de se peindre lui-même dans l'intention de mieux se connaître mais aussi et surtout de mener une réflexion d'ordre général sur l'humain.
Texte
Etude du texte
Avec les Essais, Montaigne se livre à une tâche difficile, celle de se raconter. Le titre même de l’œuvre témoigne de cette difficulté. Voici le texte qu’il place en introduction. Ce livre, lecteur, est un livre de bonne foi. Il t’avertit, dès le début, que je ne l’ai écrit que pour moi et quelques intimes, sans me préoccuper qu’il pût être pour toi de quelque intérêt, ou passer à la postérité ; de si hautes visées sont au-dessus de ce dont je suis capable. Je le destine particulièrement à mes parents et à mes amis, afin que lorsque je ne serai plus, ce qui ne peut tarder, ils y retrouvent quelques traces de mon caractère et de mes idées et, par là, conservent encore plus entière et plus vive la connaissance qu’ils ont de moi. Si je m’étais proposé de rechercher la faveur du public, je me serais mieux attifé et me présenterais sous une forme étudiée pour produire meilleur effet ; je tiens, au contraire, à ce qu’on m’y voie en toute simplicité, tel que je suis d’habitude, au naturel, sans que mon maintien soit composé ou que j’use d’artifice, car c’est moi que je dépeins. Mes défauts s’y montreront au vif et l’on m’y verra dans toute mon ingénuité, tant au pysique qu’au moral, autant du moins que les convenances le permettent. Si j’étais né parmi ces populations qu’on dit vivre encore sous la douce liberté des lois primitives de la nature, je me serais très volontiers, je t’assure, peint tout entier et dans la plus complète nudité.
Ainsi, lecteur, c’est moi-même qui fais l’objet de mon livre ; peut-être n’est-ce pas là une raison suffisante pour que tu emploies tes loisirs à un sujet aussi peu sérieux et de si minime importance.
Sur ce, à la grâce de Dieu.
MONTAIGNE, ce 1er mars 1580.
Avec les Essais, Montaigne se livre à une tâche difficile, celle de se raconter. Le titre même de l’œuvre témoigne de cette difficulté. Voici le texte qu’il place en introduction. Ce livre, lecteur, est un livre de bonne foi. Il t’avertit, dès le début, que je ne l’ai écrit que pour moi et quelques intimes, sans me préoccuper qu’il pût être pour toi de quelque intérêt, ou passer à la postérité ; de si hautes visées sont au-dessus de ce dont je suis capable. Je le destine particulièrement à mes parents et à mes amis, afin que lorsque je ne serai plus, ce qui ne peut tarder, ils y retrouvent quelques traces de mon caractère et de mes idées et, par là, conservent encore plus entière et plus vive la connaissance qu’ils ont de moi. Si je m’étais proposé de rechercher la faveur du public, je me serais mieux attifé et me présenterais sous une forme étudiée pour produire meilleur effet ; je tiens, au contraire, à ce qu’on m’y voie en toute simplicité, tel que je suis d’habitude, au naturel, sans que mon maintien soit composé ou que j’use d’artifice, car c’est moi que je dépeins. Mes défauts s’y montreront au vif et l’on m’y verra dans toute mon ingénuité, tant au physique qu’au moral, autant du moins que les convenances le permettent. Si j’étais né parmi ces populations qu’on dit vivre encore sous la douce liberté des lois primitives de la nature, je me serais très volontiers, je t’assure, peint tout entier et dans la plus complète nudité.
Ainsi, lecteur, c’est moi-même qui fais l’objet de mon livre ; peut-être n’est-ce pas là une raison suffisante pour que tu emploies tes loisirs à un sujet aussi peu sérieux et de si minime importance.
Sur ce, à la grâce de Dieu.
MONTAIGNE, ce 1er mars 1580.
Montaigne explique pour qui, pourquoi et comment écrire.
Plus loin dans les Essais, Montaigne évoque les difficultés qu’il rencontre pour se représenter. Le même pas d’un cheval me semble tantôt difficile, tantôt aisé, et le même chemin une fois plus court, une autre fois plus long ; un même comportement me sera, selon l’heure, plus ou moins agréable. Maintenant je peux tout faire, et, à un autre moment, je ne suis plus capable de faire quoi que ce soit ; ce qui m’est aujourd’hui un plaisir me sera une autre fois un ennui. Je suis le siège de mille mouvements inconsidérés et imprévisibles. Ou bien je suis sujet à la mélancolie, ou bien d’humeur irascible ; et, avec son autorité particulière, le chagrin en cet instant domine en moi ; ce sera, tout à l’heure, la joie. Si je prends des livres, j’aurai peut-être vu, en tel endroit, des beautés parfaites qui auront frappé mon imagination ; qu’une autre fois je tombe à nouveau sur ces pages, j’aurai beau tourner et virer, j’aurai beau plier et manier mon livre, ce sera à mes yeux un ensemble inconnu et sans beauté. Même lorsqu’il s’agit de mes propres écrits, je ne retrouve pas toujours le sens de ma première pensée ; je ne sais plus ce que j’ai voulu dire, et je me nuis souvent à vouloir corriger et à ajouter une nouvelle signification, pour avoir perdu la première, qui avait plus d’intérêt. [...] Chacun en dirait à peu près autant de lui-même, s’il s’observait comme je le fais. MICHEL DE MONTAIGNE, , Avant-propos, puis tome II, chapitre 12, 1580 (orthographe modernisée).
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Montaigne temoigne de la difficulté d'écrire une autobiographie
Au XVIIème siècle, même si les écrivains classiques s’interdisent de parler d’eux-mêmes, les mémoires du Cardinal de Retz (1613 – 1679) et la correspondance de Madame De Sévigné (1626 – 1696) témoignent de la vitalité du genre autobiographique.
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Au XVIIIème siècle, Jean-Jacques Rousseau apparaît comme le fondateur du genre. Il est le premier à être allé aussi loin dans l’analyse de soi et à avoir cherché à se présenter avec ses faiblesses. Motivé par un besoin de justification, il expose aux lecteurs tous les aspects de son existence, les plus nobles comme les moins avouables, pour obtenir son pardon, et celui de Dieu.
Texte
Etude du texte
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J
’ai donc été fripon ( = voleur) et quelquefois je le suis encore de bagatelles (= choses peu importantes) qui me tentent et que j’aime mieux prendre que demander : mais, petit ou grand, je ne me souviens pas d’avoir pris de ma vie un liard (= ancienne monnaie) à personne ; hors une seule fois, il n’y a pas quinze ans, que je volai sept livres dix sous. L’aventure vaut la peine d’être contée, car il s’y trouve un concours impayable (= un mélange ridicule) d’effronterie et de bêtise, que j’aurais peine moi-même à croire s’il regardait (= concernait) un autre que moi. C’était à Paris. Je me promenais avec M. de Francueil au Palais-Royal, sur les cinq heures. Il tire sa montre, la regarde, et me dit : Allons à l’Opéra : je le veux bien ; nous allons. Il prend deux billets d’amphithéâtre, m’en donne un, et passe le premier avec l’autre, je le suis, il entre. En entrant après lui, je trouve la porte embarrassée (= encombrée). Je regarde, je vois tout le monde debout ; je juge que je pourrai bien me perdre dans cette foule, ou du moins laisser supposer à M. de Francueil que j’y suis perdu. Je sors, je reprends ma contremarque (= ticket distribué aux spectateurs quittant un instant un spectacle), puis mon argent, et je m’en vais, sans songer qu’à peine avais-je atteint la porte que tout le monde était assis, et qu’alors M. de Francueil voyait clairement que je n’y étais plus.
Comme jamais rien ne fut plus éloigné de mon humeur que ce trait-là (= cette attitude-là), je le note, pour montrer qu’il y a des moments d’une espèce de délire où il ne faut point juger des hommes par leurs actions. JEAN-JACQUES ROUSSEAU, Les Confessions, tome I, 1782.
Se raconter pour se justifier ?
J
’ai donc été fripon ( = voleur) et quelquefois je le suis encore de bagatelles (= choses peu importantes) qui me tentent et que j’aime mieux prendre que demander : mais, petit ou grand, je ne me souviens pas d’avoir pris de ma vie un liard (= ancienne monnaie) à personne ; hors une seule fois, il n’y a pas quinze ans, que je volai sept livres dix sous. L’aventure vaut la peine d’être contée, car il s’y trouve un concours impayable (= un mélange ridicule) d’effronterie et de bêtise, que j’aurais peine moi-même à croire s’il regardait (= concernait) un autre que moi. C’était à Paris. Je me promenais avec M. de Francueil au Palais-Royal, sur les cinq heures. Il tire sa montre, la regarde, et me dit : Allons à l’Opéra : je le veux bien ; nous allons. Il prend deux billets d’amphithéâtre, m’en donne un, et passe le premier avec l’autre, je le suis, il entre. En entrant après lui, je trouve la porte embarrassée (= encombrée). Je regarde, je vois tout le monde debout ; je juge que je pourrai bien me perdre dans cette foule, ou du moins laisser supposer à M. de Francueil que j’y suis perdu. Je sors, je reprends ma contremarque (= ticket distribué aux spectateurs quittant un instant un spectacle), puis mon argent, et je m’en vais, sans songer qu’à peine avais-je atteint la porte que tout le monde était assis, et qu’alors M. de Francueil voyait clairement que je n’y étais plus.
Comme jamais rien ne fut plus éloigné de mon humeur que ce trait-là (= cette attitude-là), je le note, pour montrer qu’il y a des moments d’une espèce de délire où il ne faut point juger des hommes par leurs actions. JEAN-JACQUES ROUSSEAU, Les Confessions, tome I, 1782.
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Au XIXème siècle, le genre autobiographique s’épanouit avec le mouvement romantique, caractérisé par l’émergence du moi, l’épanchement des sentiments personnels et par un intérêt profond pour l’individu. (Chateaubriand, Stendhal, George Sand…)
Wikipédia
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Au XXème siècle, l’autobiographie s’affirme comme un genre à succès, et qui ne cessera d’évoluer surtout après les travaux de Freud (psychanalyste). (André Gide, Jean-Paul Sartre, Nathalie Sarraute, Georges Perec, Michel Leiris.)
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C'est fini !
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Histoire de l'autobiographie
Sandrine Faivre
Created on July 25, 2020
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L'autobiographie
Histoire et evolution du genre
I : Définition
Auto
bio
graphie
= la vie
= écrire
= soi-même
Le mot « autobiographie » composé des trois racines grecques, auto (= soi-même), bio (= la vie), graphie (= écrire) n’est apparu qu’au XIXème siècle. Une autobiographie est donc une manière de raconter sa vie, un récit que quelqu’un fait de son histoire.
Evolution du genre autobiographique
Au XVIII ème siècle
Au XVI ème siècle
Au XX ème siècle
Fin du IV ème siècle
Au XIX ème siècle
Au XVII ème siècle
A la fin du IVème siècle, Confessions de Saint Augustin est la 1ère autobiographie reconnue. Dans cet ouvrage, il s’adresse à Dieu pour « confesser » ses péchés et ses doutes.
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Au XVIème siècle, Montaigne (1533-1592) dans les Essais fait le projet de se peindre lui-même dans l'intention de mieux se connaître mais aussi et surtout de mener une réflexion d'ordre général sur l'humain.
Texte
Etude du texte
Avec les Essais, Montaigne se livre à une tâche difficile, celle de se raconter. Le titre même de l’œuvre témoigne de cette difficulté. Voici le texte qu’il place en introduction. Ce livre, lecteur, est un livre de bonne foi. Il t’avertit, dès le début, que je ne l’ai écrit que pour moi et quelques intimes, sans me préoccuper qu’il pût être pour toi de quelque intérêt, ou passer à la postérité ; de si hautes visées sont au-dessus de ce dont je suis capable. Je le destine particulièrement à mes parents et à mes amis, afin que lorsque je ne serai plus, ce qui ne peut tarder, ils y retrouvent quelques traces de mon caractère et de mes idées et, par là, conservent encore plus entière et plus vive la connaissance qu’ils ont de moi. Si je m’étais proposé de rechercher la faveur du public, je me serais mieux attifé et me présenterais sous une forme étudiée pour produire meilleur effet ; je tiens, au contraire, à ce qu’on m’y voie en toute simplicité, tel que je suis d’habitude, au naturel, sans que mon maintien soit composé ou que j’use d’artifice, car c’est moi que je dépeins. Mes défauts s’y montreront au vif et l’on m’y verra dans toute mon ingénuité, tant au pysique qu’au moral, autant du moins que les convenances le permettent. Si j’étais né parmi ces populations qu’on dit vivre encore sous la douce liberté des lois primitives de la nature, je me serais très volontiers, je t’assure, peint tout entier et dans la plus complète nudité. Ainsi, lecteur, c’est moi-même qui fais l’objet de mon livre ; peut-être n’est-ce pas là une raison suffisante pour que tu emploies tes loisirs à un sujet aussi peu sérieux et de si minime importance. Sur ce, à la grâce de Dieu.
MONTAIGNE, ce 1er mars 1580.
Avec les Essais, Montaigne se livre à une tâche difficile, celle de se raconter. Le titre même de l’œuvre témoigne de cette difficulté. Voici le texte qu’il place en introduction. Ce livre, lecteur, est un livre de bonne foi. Il t’avertit, dès le début, que je ne l’ai écrit que pour moi et quelques intimes, sans me préoccuper qu’il pût être pour toi de quelque intérêt, ou passer à la postérité ; de si hautes visées sont au-dessus de ce dont je suis capable. Je le destine particulièrement à mes parents et à mes amis, afin que lorsque je ne serai plus, ce qui ne peut tarder, ils y retrouvent quelques traces de mon caractère et de mes idées et, par là, conservent encore plus entière et plus vive la connaissance qu’ils ont de moi. Si je m’étais proposé de rechercher la faveur du public, je me serais mieux attifé et me présenterais sous une forme étudiée pour produire meilleur effet ; je tiens, au contraire, à ce qu’on m’y voie en toute simplicité, tel que je suis d’habitude, au naturel, sans que mon maintien soit composé ou que j’use d’artifice, car c’est moi que je dépeins. Mes défauts s’y montreront au vif et l’on m’y verra dans toute mon ingénuité, tant au physique qu’au moral, autant du moins que les convenances le permettent. Si j’étais né parmi ces populations qu’on dit vivre encore sous la douce liberté des lois primitives de la nature, je me serais très volontiers, je t’assure, peint tout entier et dans la plus complète nudité. Ainsi, lecteur, c’est moi-même qui fais l’objet de mon livre ; peut-être n’est-ce pas là une raison suffisante pour que tu emploies tes loisirs à un sujet aussi peu sérieux et de si minime importance. Sur ce, à la grâce de Dieu.
MONTAIGNE, ce 1er mars 1580.
Montaigne explique pour qui, pourquoi et comment écrire.
Plus loin dans les Essais, Montaigne évoque les difficultés qu’il rencontre pour se représenter. Le même pas d’un cheval me semble tantôt difficile, tantôt aisé, et le même chemin une fois plus court, une autre fois plus long ; un même comportement me sera, selon l’heure, plus ou moins agréable. Maintenant je peux tout faire, et, à un autre moment, je ne suis plus capable de faire quoi que ce soit ; ce qui m’est aujourd’hui un plaisir me sera une autre fois un ennui. Je suis le siège de mille mouvements inconsidérés et imprévisibles. Ou bien je suis sujet à la mélancolie, ou bien d’humeur irascible ; et, avec son autorité particulière, le chagrin en cet instant domine en moi ; ce sera, tout à l’heure, la joie. Si je prends des livres, j’aurai peut-être vu, en tel endroit, des beautés parfaites qui auront frappé mon imagination ; qu’une autre fois je tombe à nouveau sur ces pages, j’aurai beau tourner et virer, j’aurai beau plier et manier mon livre, ce sera à mes yeux un ensemble inconnu et sans beauté. Même lorsqu’il s’agit de mes propres écrits, je ne retrouve pas toujours le sens de ma première pensée ; je ne sais plus ce que j’ai voulu dire, et je me nuis souvent à vouloir corriger et à ajouter une nouvelle signification, pour avoir perdu la première, qui avait plus d’intérêt. [...] Chacun en dirait à peu près autant de lui-même, s’il s’observait comme je le fais. MICHEL DE MONTAIGNE, , Avant-propos, puis tome II, chapitre 12, 1580 (orthographe modernisée).
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Montaigne temoigne de la difficulté d'écrire une autobiographie
Au XVIIème siècle, même si les écrivains classiques s’interdisent de parler d’eux-mêmes, les mémoires du Cardinal de Retz (1613 – 1679) et la correspondance de Madame De Sévigné (1626 – 1696) témoignent de la vitalité du genre autobiographique.
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Au XVIIIème siècle, Jean-Jacques Rousseau apparaît comme le fondateur du genre. Il est le premier à être allé aussi loin dans l’analyse de soi et à avoir cherché à se présenter avec ses faiblesses. Motivé par un besoin de justification, il expose aux lecteurs tous les aspects de son existence, les plus nobles comme les moins avouables, pour obtenir son pardon, et celui de Dieu.
Texte
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J ’ai donc été fripon ( = voleur) et quelquefois je le suis encore de bagatelles (= choses peu importantes) qui me tentent et que j’aime mieux prendre que demander : mais, petit ou grand, je ne me souviens pas d’avoir pris de ma vie un liard (= ancienne monnaie) à personne ; hors une seule fois, il n’y a pas quinze ans, que je volai sept livres dix sous. L’aventure vaut la peine d’être contée, car il s’y trouve un concours impayable (= un mélange ridicule) d’effronterie et de bêtise, que j’aurais peine moi-même à croire s’il regardait (= concernait) un autre que moi. C’était à Paris. Je me promenais avec M. de Francueil au Palais-Royal, sur les cinq heures. Il tire sa montre, la regarde, et me dit : Allons à l’Opéra : je le veux bien ; nous allons. Il prend deux billets d’amphithéâtre, m’en donne un, et passe le premier avec l’autre, je le suis, il entre. En entrant après lui, je trouve la porte embarrassée (= encombrée). Je regarde, je vois tout le monde debout ; je juge que je pourrai bien me perdre dans cette foule, ou du moins laisser supposer à M. de Francueil que j’y suis perdu. Je sors, je reprends ma contremarque (= ticket distribué aux spectateurs quittant un instant un spectacle), puis mon argent, et je m’en vais, sans songer qu’à peine avais-je atteint la porte que tout le monde était assis, et qu’alors M. de Francueil voyait clairement que je n’y étais plus. Comme jamais rien ne fut plus éloigné de mon humeur que ce trait-là (= cette attitude-là), je le note, pour montrer qu’il y a des moments d’une espèce de délire où il ne faut point juger des hommes par leurs actions. JEAN-JACQUES ROUSSEAU, Les Confessions, tome I, 1782.
Se raconter pour se justifier ?
J ’ai donc été fripon ( = voleur) et quelquefois je le suis encore de bagatelles (= choses peu importantes) qui me tentent et que j’aime mieux prendre que demander : mais, petit ou grand, je ne me souviens pas d’avoir pris de ma vie un liard (= ancienne monnaie) à personne ; hors une seule fois, il n’y a pas quinze ans, que je volai sept livres dix sous. L’aventure vaut la peine d’être contée, car il s’y trouve un concours impayable (= un mélange ridicule) d’effronterie et de bêtise, que j’aurais peine moi-même à croire s’il regardait (= concernait) un autre que moi. C’était à Paris. Je me promenais avec M. de Francueil au Palais-Royal, sur les cinq heures. Il tire sa montre, la regarde, et me dit : Allons à l’Opéra : je le veux bien ; nous allons. Il prend deux billets d’amphithéâtre, m’en donne un, et passe le premier avec l’autre, je le suis, il entre. En entrant après lui, je trouve la porte embarrassée (= encombrée). Je regarde, je vois tout le monde debout ; je juge que je pourrai bien me perdre dans cette foule, ou du moins laisser supposer à M. de Francueil que j’y suis perdu. Je sors, je reprends ma contremarque (= ticket distribué aux spectateurs quittant un instant un spectacle), puis mon argent, et je m’en vais, sans songer qu’à peine avais-je atteint la porte que tout le monde était assis, et qu’alors M. de Francueil voyait clairement que je n’y étais plus. Comme jamais rien ne fut plus éloigné de mon humeur que ce trait-là (= cette attitude-là), je le note, pour montrer qu’il y a des moments d’une espèce de délire où il ne faut point juger des hommes par leurs actions. JEAN-JACQUES ROUSSEAU, Les Confessions, tome I, 1782.
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Au XIXème siècle, le genre autobiographique s’épanouit avec le mouvement romantique, caractérisé par l’émergence du moi, l’épanchement des sentiments personnels et par un intérêt profond pour l’individu. (Chateaubriand, Stendhal, George Sand…)
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Au XXème siècle, l’autobiographie s’affirme comme un genre à succès, et qui ne cessera d’évoluer surtout après les travaux de Freud (psychanalyste). (André Gide, Jean-Paul Sartre, Nathalie Sarraute, Georges Perec, Michel Leiris.)
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