Anthologie de la poésie
Textes choisis par Hubert Joly
Conseil international de la langue française
Préface
Il existe à peu près autant d’anthologies de la poésie française que de recettes de couscous… Celle-ci n’est pas la dernière et il y a beaucoup de vanité à vouloir en présenter une nouvelle en marchant par exemple sur les traces déjà lointaines de M. Georges Pompidou pour ne citer qu’un illustre prédécesseur.Cela dit, m’adressant à des élèves âgés de 9 à 15 ans, j’ai senti toutes les difficultés de l’exercice et je ne suis pas certain d’avoir atteint l’objectif : éveiller l’intérêt de jeunes dont le français n’est pas la langue maternelle et dont beaucoup d’aspects de la culture française, fortement marquée par la Grèce et par Rome, leur sont fatalement étrangers ou inconnus.Je passe sur les difficultés du vieux français ou du français du 17e siècle.Par rapport à la langue courante que nous pratiquons dans la vie quotidienne, la poésie peut être difficile à saisir : la versification française avec sa métrique rigoureuse multiplie les inversions, elle s’autorise les enjambements et, au fur et à mesure qu’on avance dans le XIXe siècle, peut présenter un côté mystérieux ou hermétique : il est moins facile de comprendre Mallarmé que Racine.La poésie est aussi faite d’images et de symboles, de références transparentes pour les lecteurs français, obscures pour des enfants maghrébins. Un seul exemple : le mot chaperon nous fait irrémédiablement penser à celui qui est rouge dans les contes de Perrault, il ne dit rien à un jeune marocain. Cela vaut aussi pour les images qui abondent dans la poésie et peuvent avoir une connotation différente outre-Méditerranée.Parmi l’abondance des textes possibles, j’ai hésité entre ceux qui me plaisaient et ceux qui sont nécessaires et que mes prédécesseurs ont choisis parce qu’ils étaient les plus beaux ou les plus significatifs d’une conception de la vie ou de l’art du point de vue des auteurs.En fait, chacun de ces textes devrait être lu à voix haute et j’invite les lecteurs à écouter les enregistrements vidéos qui les aideront à apprécier la poésie française.J’ai cru aussi ne pas pouvoir me dispenser de quelques indications qui peuvent éclairer soit la vie de l’artiste, soit les circonstances de l’écriture de tel ou tel poème. Je suis conscient que ces notules sont très insuffisantes et que, dans bien des cas, il eut été utile de procéder à une véritable explication de texte. Mais cela aurait doublé le volume de l’ouvrage.C’est donc avec un sentiment d’insatisfaction et d’humilité que je livre ce choix « au destin qui m’entraine » comme le dit, mieux que moi, Jean Racine sous l’égide duquel je m’abrite pour éviter les coups…Hubert JOLY
François Villon (1431-1463…)
Frères humains
Ce texte très célèbre apparait dans une édition de 1489 qui montre l’image de trois pendus et a fait appeler ce texte Ballade des pendus.Du point de vue historique, le poète Français Villon a sans doute rédigé cette poésie alors qu’il était en prison et qu’il craignait d’être éventuellement condamné à mort. C’est pourquoi, il implore la pitié des vivants mais aussi de Dieu. Il disparait en 1463 et on ne sait rien sur sa mort.Bien que les premiers textes français remontent généralement au 12e siècle, on voit que le français du 15e siècle est compliqué à comprendre. D’une part parce que le souci des rimes conduit le poète à multiplier les inversions mais aussi parce que nombre de mots ont disparu de notre usage ou ont changé de sens : merci, piéça, poudre, transis, harie, débués, seigneurie, soudre… Mais on trouve des images amusantes comme « plus becquetés d’oiseaux que dés à coudre » et le lecteur est pris de pitié en voyant le sort misérable des pauvres pendus.
Joachim du Bellay (1522-1560)
Pierre de Ronsard (1524-1585)
C’est le poète majeur de la Renaissance, celui de la dynastie des Valois et celui de la vallée de la Loire, qui, avec six autres compagnons, a fondé la groupe de La Pléiade. Animés par le souci de la belle langue et de la culture humaniste, ils ont renouvelé la poésie française et, en plein XVIe siècle, ont préparé la voie au classicisme du siècle suivant.
- Quand vous serez bien vieille
Pierre Corneille (1606-1684)
Le Cid
Cinna
François de la Rochefoucauld (1613-1680)
Les Sentences et Maximes morales de La Rochefoucauld ne sont pas de la poésie au sens habituel du terme mais la concision et la force de leur expression, la justesse de ton et l’élégance des tournures en font, selon moi, un chef d’œuvre de la littérature française qui vaut bien toutes les versifications. La Rochefoucauld est aussi, avec Saint Simon, l’exemple d’un homme qui a tout raté dans sa vie mais qui a conquis sa notoriété par la qualité de sa pensée et de son écriture. Avec une lucidité qu’on pourrait qualifier de pessimisme, il n’aura de cesse de dénoncer tous les faux-semblants et les hypocrisies de la société ainsi que ce qu’il appelle l’intérêt. On se contentera de donner ici quelques échantillons de ces Maximes en espérant qu’elles donneront envie de lire les autres…
Jean de La Fontaine (1621-1695)
Le loup et la cigogne
Les animaux malades de la peste
Jean Racine (1639-1699)
L’intrigue d’Andromaque est tragiquement simple : Oreste aime Hermione qui ne l’aime pas mais aime Pyrrhus qui ne l’aime pas mais aime Andromaque qui ne l’aime pas mais aime son fils Astyanax que les Grecs veulent tuer.
- Andromaque (1667) Acte II scène 2
- Andromaque Acte III scène 8
Jean-Baptiste Pocquelin dit Molière (1622-1673)
Madame de Sévigné (1626-1696)
- La robe de Madame de Montespan
- Lettre de Mme de Sévigné à sa fille
Parfois, la prose vaut bien les vers, comme on le voit dans cette lettre de Mme de Sévigné à sa fille et qui est pleine d’humour dans le récit qui est fait de la fameuse robe. Il en est de même de la lettre à Mr de Coulanges (son cousin) à propos du mariage du duc de Lauzun avec la Grande mademoiselle qui provoqua tous les commentaires possibles à la cour. la verve éblouissante de l’épistolière magnifie la prose de ces deux lettres et me semble digne du nom de poésie.
Alphonse de Lamartine (1790-1869)
Victor Hugo (1802-1885)
Si quelqu’un a fait couler beaucoup d’encre en composant ses poésies, c’est surement Victor Hugo qui était capable dit-on de composer 500 alexandrins pour l’anniversaire de sa mère ! Sa très grande facilité d’écriture a été mise à profit aussi bien dans ses œuvres en prose que dans ses poésies. Engagé politiquement contre l’empereur Napoléon III avec Les Châtiments, il aussi acquis la célébrité avec ses Odes et Ballades. Il faut encore citer ses fameux romans Notre Dame de Paris dont les personnages comme Esméralda et Quasimodo, ou Cosette et Gavroche dans l’autre roman Les Misérables sont connus du monde entier.Dans La Légende des siècles, Victor Hugo nous montre un vieil agriculteur qui, inspiré par Dieu, laisse par bonté de pauvres femmes ramasser les épis abandonnés dans ses champs et, par miracle, redécouvre l’amour avec l’une d’elles.
L’âge mur de Victor Hugo sera attristé pat la mort de sa fille Léopoldine, noyée accidentellement avec son mari dans la Seine et en mémoire de qui il a composé cette touchante poésie.
Auguste Barbier (1805-1882)
Poète mineur, auteur d’un recueil intitulé Iambes, Auguste Barbier est un Républicain qui accuse Le régime de Louis Philippe d’avoir confisqué à son profit et à celui de la bourgeoisie la Révolution de 1830 et ses idéaux. Sa poésie pleine de vigueur dans ses jeunes années attaque avec un certain souffle épique les profiteurs et les hommes de pouvoir.
- Ô Corse à cheveux plats !
Félix Arvers (1806-1950)
Gérard de Nerval (1808-1855)
Jules Barbey d’Aurevilly (1808-1889)
Conservateur et catholique, il aura manifesté du gout pour la polémique et la critique littéraire. Il n’a pas abordé la poésie mais il a été un chroniqueur de talent. On retient surtout de lui des maximes d’un humour parfois drôle et féroce.
Théophile Gautier (1811-1872)
Ayant adhéré très tôt au mouvement romantique, il sera aussi le précurseur des Parnassiens, au point que Baudelaire lui dédiera Les Fleurs du mal, comme à un « poète impeccable ». En effet, dans son recueil Emaux et camées publié en 1852, il privilégiera la recherche du beau et critiquera le lyrisme excessif des romantiques.
- L’Art (Émaux et Camées (1852).
Charles-Marie Leconte de Lisle (1818-1894)
Il appartient au mouvement de l’Art pour l’art qui se donne comme idéal la beauté dans tous les domaines des arts : selon lui, le beau est supérieur à l’utile.En 1852 il publie les Poèmes antiques, puis en 1862 les Poèmes barbares et en 1884 les Poèmes tragiques. Les Poèmes barbares célèbrent les paysages exotiques dans lesquels il a passé sa jeunesse (à La Réunion). Il sera le fondateur du Parnasse contemporain, un recueil collectif de poésies qui aura beaucoup de succès : il succèdera à Victor Hugo à l’Académie française. Dans sa jeunesse , il a connu la misère mais le soir, lorsque les amis se retrouvent, au cinquième étage de Leconte de Lisle, sans feu, autour d’une chandelle de suif qui pleure sur la table, dans l’épaisse fumée des pipes, ils évoquent les ciels lumineux de l’Orient ou les marbres de la Grèce.
José-Maria de Hérédia (1842-1905)
Ce sonnet de 14 vers (2 quatrains et 2 tercets) est d’un poète né à Cuba et naturalisé français en 1893 illustre un mouvement issu d’une école poétique représentée par la revue Le Parnasse contemporain par référence au Parnasse (qui est le séjour des dieux de la Grèce antique). Il n’a écrit pratiquement qu’un seul recueil de poésies, surtout des sonnets, selon le principe de l’art pour l’art, c’est à dire la volonté de ciseler la langue à la recherche d’une perfection formelle indépendamment du message que contiennent les textes. Il adopte la formule de l’écrivain du 17e siècle, Boileau, qui disait : « Un sonnet sans défauts vaut seul un long poème. »
Charles Baudelaire (1821-1867)
Les Fleurs du mal
Théodore de Banville (1823-1891)
A la jonction entre le romantisme et le Parnasse, il manifeste un grand souci de la perfection. Ami de Victor Hugo et de Théophile Gautier, il publiera un curieux poème intitulé Aimer Paris daté de 1879 où l’on sent passer un écho du Paris de la Commune au travers des personnages évoqués. Il a surtout eu, semble-t-il, le très grand mérite d’avoir découvert le génie du jeune Arthur Rimbaud en 1870 et l’a même logé chez lui quelque temps en 1871.
Stéphane Mallarmé (1842-1898)
Attiré d’abord par l’esthétique de L’art pour l’art, Mallarmé a le culte de la beauté pure qu’il traduit par la recherche d’un style raffiné et complexe.Sa renommée sera marquée par le fait que Verlaine le comptera en 1884 comme un des Poètes maudits. En fait, Mallarmé, dans sa recherche du modernisme, dépassera ses contemporains de l’avant-garde littéraire avec une poésie orientée vers le symbolisme et parfois l’hermétisme. Considérant qu’on ne fait pas de la poésie avec des idées mais avec des mots, quitte à ne pas être compris du grand public, il multiplie les recherches sur le rythme, la syntaxe et le vocabulaire rare. Le langage du symbolisme doit rendre compte du sens mystérieux des aspects de l’existence, contraignant le lecteur à aller au-delà de l’absence apparente de signification pour trouver un sens caché plus profond derrière les mots.
Arthur Rimbaud (1854-1891)
Une comète brillante est passée dans le ciel de la poésie et nous l’avons perdue ! De septembre 1870 à novembre 1873, le génie créateur et poétique d’Arthur Rimbaud s’est déployé comme un explosion qui a concerné tous les domaines de la poésie. Personne ne sait vraiment pourquoi il a cessé brutalement d’écrire. Peut-être pensait-il qu’il avait été au bout de ses capacités poétiques et qu’elles ne le menaient pas où il ambitionnait d’aller : Il lui fallait sans doute rompre les amarres, prendre un nouveau départ et tenter une nouvelle expérience qui fût radicale, comme cela apparait en filigrane dès certains textes de 1872 et 1873. Mais le mystère demeure entier.
Paul Verlaine (1844-1896)
On admire la précocité de Rimbaud dont les premières poésies datent de ses quinze ans et demi mais Verlaine lui-même n’avait pas plus de 22 ans lorsqu’il a écrit les Poèmes saturniens… Et il en avait 27 lorsqu’il a rencontré Rimbaud âgé de 17 ans… Le choc de deux poètes qui se sont tout de suite reconnus comme tels.Mais on ne peut pas conclure sans citer un texte fondamental qui explique la recherche de Verlaine et sa conception de ce que peut être la poésie, une musique ou une musicalité alors que chez Rimbaud la poésie est plutôt un combat.
- Le ciel est, par-dessus le toit
Anna de Noailles
D’origine roumaine, riche et adulée, entourée d’une cour d’admirateurs, malgré des yeux charbonneux et un nez busqué qui lui donnait l’air d’un oiseau de proie, cette poétesse mondaine a su trouver des accents justes et mélodieux sur la nature.
Guillaume Appolinaire (1880-1918)
Inventeur du surréalisme auquel il a donné ce nom, Appolinaire ne veut appartenir à aucune école… Selon lui, l’art doit avoir pour fondement la sincérité de l’émotion et la spontanéité de l’expression. L’œuvre des artistes est fausse en ce qu’elle n’imite pas la nature mais Elle est tout de même vérité par le fait qu’elle est douée de sa réalité propre. Ami de Picasso, il côtoiera Aragon, André Breton, Braque et Matisse. Prônant une liberté d’écriture totale, il aura l’originalité de présenter ses textes sous formes de calligrammes qui associent l’originalité de l’écriture à la forme de sa présentation écrite et imprimée.
Louis Aragon (1897-1982)
Marqué par une naissance illégitime qu’il ne découvrira pas dans son enfance, Louis Aragon s’est d’abord engagé dans le mouvement surréaliste et dadaïste de Breton, Eluard, Soupault, Avant de rompre en 1931. A partir de cette date, il prend parti pour le communisme et publiera de nombreux textes où il justifie les crimes du stalinisme. Ce n’est qu’à partir de 1956 qu’il prendra nettement ses distances avec le parti communiste bien qu’il reste officiellement membre du PCF jusqu’à sa mort.En 1928, il fait la connaissance d’Elsa Triolet qui deviendra son égérie et pour qui il rédigera de nombreux textes.Personnalité ambiguë, il reviendra aux formes classiques de la poésie à partir des années 1940/42.
Conseil international de la langue française
Anthologie de la poésie
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Created on April 27, 2020
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Anthologie de la poésie
Textes choisis par Hubert Joly
Conseil international de la langue française
Préface
Il existe à peu près autant d’anthologies de la poésie française que de recettes de couscous… Celle-ci n’est pas la dernière et il y a beaucoup de vanité à vouloir en présenter une nouvelle en marchant par exemple sur les traces déjà lointaines de M. Georges Pompidou pour ne citer qu’un illustre prédécesseur.Cela dit, m’adressant à des élèves âgés de 9 à 15 ans, j’ai senti toutes les difficultés de l’exercice et je ne suis pas certain d’avoir atteint l’objectif : éveiller l’intérêt de jeunes dont le français n’est pas la langue maternelle et dont beaucoup d’aspects de la culture française, fortement marquée par la Grèce et par Rome, leur sont fatalement étrangers ou inconnus.Je passe sur les difficultés du vieux français ou du français du 17e siècle.Par rapport à la langue courante que nous pratiquons dans la vie quotidienne, la poésie peut être difficile à saisir : la versification française avec sa métrique rigoureuse multiplie les inversions, elle s’autorise les enjambements et, au fur et à mesure qu’on avance dans le XIXe siècle, peut présenter un côté mystérieux ou hermétique : il est moins facile de comprendre Mallarmé que Racine.La poésie est aussi faite d’images et de symboles, de références transparentes pour les lecteurs français, obscures pour des enfants maghrébins. Un seul exemple : le mot chaperon nous fait irrémédiablement penser à celui qui est rouge dans les contes de Perrault, il ne dit rien à un jeune marocain. Cela vaut aussi pour les images qui abondent dans la poésie et peuvent avoir une connotation différente outre-Méditerranée.Parmi l’abondance des textes possibles, j’ai hésité entre ceux qui me plaisaient et ceux qui sont nécessaires et que mes prédécesseurs ont choisis parce qu’ils étaient les plus beaux ou les plus significatifs d’une conception de la vie ou de l’art du point de vue des auteurs.En fait, chacun de ces textes devrait être lu à voix haute et j’invite les lecteurs à écouter les enregistrements vidéos qui les aideront à apprécier la poésie française.J’ai cru aussi ne pas pouvoir me dispenser de quelques indications qui peuvent éclairer soit la vie de l’artiste, soit les circonstances de l’écriture de tel ou tel poème. Je suis conscient que ces notules sont très insuffisantes et que, dans bien des cas, il eut été utile de procéder à une véritable explication de texte. Mais cela aurait doublé le volume de l’ouvrage.C’est donc avec un sentiment d’insatisfaction et d’humilité que je livre ce choix « au destin qui m’entraine » comme le dit, mieux que moi, Jean Racine sous l’égide duquel je m’abrite pour éviter les coups…Hubert JOLY
François Villon (1431-1463…)
Frères humains
Ce texte très célèbre apparait dans une édition de 1489 qui montre l’image de trois pendus et a fait appeler ce texte Ballade des pendus.Du point de vue historique, le poète Français Villon a sans doute rédigé cette poésie alors qu’il était en prison et qu’il craignait d’être éventuellement condamné à mort. C’est pourquoi, il implore la pitié des vivants mais aussi de Dieu. Il disparait en 1463 et on ne sait rien sur sa mort.Bien que les premiers textes français remontent généralement au 12e siècle, on voit que le français du 15e siècle est compliqué à comprendre. D’une part parce que le souci des rimes conduit le poète à multiplier les inversions mais aussi parce que nombre de mots ont disparu de notre usage ou ont changé de sens : merci, piéça, poudre, transis, harie, débués, seigneurie, soudre… Mais on trouve des images amusantes comme « plus becquetés d’oiseaux que dés à coudre » et le lecteur est pris de pitié en voyant le sort misérable des pauvres pendus.
Joachim du Bellay (1522-1560)
Pierre de Ronsard (1524-1585)
C’est le poète majeur de la Renaissance, celui de la dynastie des Valois et celui de la vallée de la Loire, qui, avec six autres compagnons, a fondé la groupe de La Pléiade. Animés par le souci de la belle langue et de la culture humaniste, ils ont renouvelé la poésie française et, en plein XVIe siècle, ont préparé la voie au classicisme du siècle suivant.
Pierre Corneille (1606-1684)
Le Cid
Cinna
François de la Rochefoucauld (1613-1680)
Les Sentences et Maximes morales de La Rochefoucauld ne sont pas de la poésie au sens habituel du terme mais la concision et la force de leur expression, la justesse de ton et l’élégance des tournures en font, selon moi, un chef d’œuvre de la littérature française qui vaut bien toutes les versifications. La Rochefoucauld est aussi, avec Saint Simon, l’exemple d’un homme qui a tout raté dans sa vie mais qui a conquis sa notoriété par la qualité de sa pensée et de son écriture. Avec une lucidité qu’on pourrait qualifier de pessimisme, il n’aura de cesse de dénoncer tous les faux-semblants et les hypocrisies de la société ainsi que ce qu’il appelle l’intérêt. On se contentera de donner ici quelques échantillons de ces Maximes en espérant qu’elles donneront envie de lire les autres…
Jean de La Fontaine (1621-1695)
Le loup et la cigogne
Les animaux malades de la peste
Jean Racine (1639-1699)
L’intrigue d’Andromaque est tragiquement simple : Oreste aime Hermione qui ne l’aime pas mais aime Pyrrhus qui ne l’aime pas mais aime Andromaque qui ne l’aime pas mais aime son fils Astyanax que les Grecs veulent tuer.
Jean-Baptiste Pocquelin dit Molière (1622-1673)
Madame de Sévigné (1626-1696)
Parfois, la prose vaut bien les vers, comme on le voit dans cette lettre de Mme de Sévigné à sa fille et qui est pleine d’humour dans le récit qui est fait de la fameuse robe. Il en est de même de la lettre à Mr de Coulanges (son cousin) à propos du mariage du duc de Lauzun avec la Grande mademoiselle qui provoqua tous les commentaires possibles à la cour. la verve éblouissante de l’épistolière magnifie la prose de ces deux lettres et me semble digne du nom de poésie.
Alphonse de Lamartine (1790-1869)
Victor Hugo (1802-1885)
Si quelqu’un a fait couler beaucoup d’encre en composant ses poésies, c’est surement Victor Hugo qui était capable dit-on de composer 500 alexandrins pour l’anniversaire de sa mère ! Sa très grande facilité d’écriture a été mise à profit aussi bien dans ses œuvres en prose que dans ses poésies. Engagé politiquement contre l’empereur Napoléon III avec Les Châtiments, il aussi acquis la célébrité avec ses Odes et Ballades. Il faut encore citer ses fameux romans Notre Dame de Paris dont les personnages comme Esméralda et Quasimodo, ou Cosette et Gavroche dans l’autre roman Les Misérables sont connus du monde entier.Dans La Légende des siècles, Victor Hugo nous montre un vieil agriculteur qui, inspiré par Dieu, laisse par bonté de pauvres femmes ramasser les épis abandonnés dans ses champs et, par miracle, redécouvre l’amour avec l’une d’elles.
L’âge mur de Victor Hugo sera attristé pat la mort de sa fille Léopoldine, noyée accidentellement avec son mari dans la Seine et en mémoire de qui il a composé cette touchante poésie.
Auguste Barbier (1805-1882)
Poète mineur, auteur d’un recueil intitulé Iambes, Auguste Barbier est un Républicain qui accuse Le régime de Louis Philippe d’avoir confisqué à son profit et à celui de la bourgeoisie la Révolution de 1830 et ses idéaux. Sa poésie pleine de vigueur dans ses jeunes années attaque avec un certain souffle épique les profiteurs et les hommes de pouvoir.
Félix Arvers (1806-1950)
Gérard de Nerval (1808-1855)
Jules Barbey d’Aurevilly (1808-1889)
Conservateur et catholique, il aura manifesté du gout pour la polémique et la critique littéraire. Il n’a pas abordé la poésie mais il a été un chroniqueur de talent. On retient surtout de lui des maximes d’un humour parfois drôle et féroce.
Théophile Gautier (1811-1872)
Ayant adhéré très tôt au mouvement romantique, il sera aussi le précurseur des Parnassiens, au point que Baudelaire lui dédiera Les Fleurs du mal, comme à un « poète impeccable ». En effet, dans son recueil Emaux et camées publié en 1852, il privilégiera la recherche du beau et critiquera le lyrisme excessif des romantiques.
Charles-Marie Leconte de Lisle (1818-1894)
Il appartient au mouvement de l’Art pour l’art qui se donne comme idéal la beauté dans tous les domaines des arts : selon lui, le beau est supérieur à l’utile.En 1852 il publie les Poèmes antiques, puis en 1862 les Poèmes barbares et en 1884 les Poèmes tragiques. Les Poèmes barbares célèbrent les paysages exotiques dans lesquels il a passé sa jeunesse (à La Réunion). Il sera le fondateur du Parnasse contemporain, un recueil collectif de poésies qui aura beaucoup de succès : il succèdera à Victor Hugo à l’Académie française. Dans sa jeunesse , il a connu la misère mais le soir, lorsque les amis se retrouvent, au cinquième étage de Leconte de Lisle, sans feu, autour d’une chandelle de suif qui pleure sur la table, dans l’épaisse fumée des pipes, ils évoquent les ciels lumineux de l’Orient ou les marbres de la Grèce.
José-Maria de Hérédia (1842-1905)
Ce sonnet de 14 vers (2 quatrains et 2 tercets) est d’un poète né à Cuba et naturalisé français en 1893 illustre un mouvement issu d’une école poétique représentée par la revue Le Parnasse contemporain par référence au Parnasse (qui est le séjour des dieux de la Grèce antique). Il n’a écrit pratiquement qu’un seul recueil de poésies, surtout des sonnets, selon le principe de l’art pour l’art, c’est à dire la volonté de ciseler la langue à la recherche d’une perfection formelle indépendamment du message que contiennent les textes. Il adopte la formule de l’écrivain du 17e siècle, Boileau, qui disait : « Un sonnet sans défauts vaut seul un long poème. »
Charles Baudelaire (1821-1867)
Les Fleurs du mal
Théodore de Banville (1823-1891)
A la jonction entre le romantisme et le Parnasse, il manifeste un grand souci de la perfection. Ami de Victor Hugo et de Théophile Gautier, il publiera un curieux poème intitulé Aimer Paris daté de 1879 où l’on sent passer un écho du Paris de la Commune au travers des personnages évoqués. Il a surtout eu, semble-t-il, le très grand mérite d’avoir découvert le génie du jeune Arthur Rimbaud en 1870 et l’a même logé chez lui quelque temps en 1871.
Stéphane Mallarmé (1842-1898)
Attiré d’abord par l’esthétique de L’art pour l’art, Mallarmé a le culte de la beauté pure qu’il traduit par la recherche d’un style raffiné et complexe.Sa renommée sera marquée par le fait que Verlaine le comptera en 1884 comme un des Poètes maudits. En fait, Mallarmé, dans sa recherche du modernisme, dépassera ses contemporains de l’avant-garde littéraire avec une poésie orientée vers le symbolisme et parfois l’hermétisme. Considérant qu’on ne fait pas de la poésie avec des idées mais avec des mots, quitte à ne pas être compris du grand public, il multiplie les recherches sur le rythme, la syntaxe et le vocabulaire rare. Le langage du symbolisme doit rendre compte du sens mystérieux des aspects de l’existence, contraignant le lecteur à aller au-delà de l’absence apparente de signification pour trouver un sens caché plus profond derrière les mots.
Arthur Rimbaud (1854-1891)
Une comète brillante est passée dans le ciel de la poésie et nous l’avons perdue ! De septembre 1870 à novembre 1873, le génie créateur et poétique d’Arthur Rimbaud s’est déployé comme un explosion qui a concerné tous les domaines de la poésie. Personne ne sait vraiment pourquoi il a cessé brutalement d’écrire. Peut-être pensait-il qu’il avait été au bout de ses capacités poétiques et qu’elles ne le menaient pas où il ambitionnait d’aller : Il lui fallait sans doute rompre les amarres, prendre un nouveau départ et tenter une nouvelle expérience qui fût radicale, comme cela apparait en filigrane dès certains textes de 1872 et 1873. Mais le mystère demeure entier.
Paul Verlaine (1844-1896)
On admire la précocité de Rimbaud dont les premières poésies datent de ses quinze ans et demi mais Verlaine lui-même n’avait pas plus de 22 ans lorsqu’il a écrit les Poèmes saturniens… Et il en avait 27 lorsqu’il a rencontré Rimbaud âgé de 17 ans… Le choc de deux poètes qui se sont tout de suite reconnus comme tels.Mais on ne peut pas conclure sans citer un texte fondamental qui explique la recherche de Verlaine et sa conception de ce que peut être la poésie, une musique ou une musicalité alors que chez Rimbaud la poésie est plutôt un combat.
Anna de Noailles
D’origine roumaine, riche et adulée, entourée d’une cour d’admirateurs, malgré des yeux charbonneux et un nez busqué qui lui donnait l’air d’un oiseau de proie, cette poétesse mondaine a su trouver des accents justes et mélodieux sur la nature.
Guillaume Appolinaire (1880-1918)
Inventeur du surréalisme auquel il a donné ce nom, Appolinaire ne veut appartenir à aucune école… Selon lui, l’art doit avoir pour fondement la sincérité de l’émotion et la spontanéité de l’expression. L’œuvre des artistes est fausse en ce qu’elle n’imite pas la nature mais Elle est tout de même vérité par le fait qu’elle est douée de sa réalité propre. Ami de Picasso, il côtoiera Aragon, André Breton, Braque et Matisse. Prônant une liberté d’écriture totale, il aura l’originalité de présenter ses textes sous formes de calligrammes qui associent l’originalité de l’écriture à la forme de sa présentation écrite et imprimée.
Louis Aragon (1897-1982)
Marqué par une naissance illégitime qu’il ne découvrira pas dans son enfance, Louis Aragon s’est d’abord engagé dans le mouvement surréaliste et dadaïste de Breton, Eluard, Soupault, Avant de rompre en 1931. A partir de cette date, il prend parti pour le communisme et publiera de nombreux textes où il justifie les crimes du stalinisme. Ce n’est qu’à partir de 1956 qu’il prendra nettement ses distances avec le parti communiste bien qu’il reste officiellement membre du PCF jusqu’à sa mort.En 1928, il fait la connaissance d’Elsa Triolet qui deviendra son égérie et pour qui il rédigera de nombreux textes.Personnalité ambiguë, il reviendra aux formes classiques de la poésie à partir des années 1940/42.
Conseil international de la langue française