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Entretien
Chamsi C.
Created on February 14, 2019
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Transcript
Retranscription entretien téléphonique avec M. François Auber maire de la commune de Saint-Jouin-Bruneval (Seine-Maritime)
22/01/2019 - 17h10 Durée 24 min
Qu'avez-vous pensé du film-documentaire lors de la première projection ? Quelles ont été les réactions autour de vous ?
Je n'ai pas voulu regarder le film avant sa sortie. J'ai attendu de le voir en même temps que tout le monde. Je ne voulais pas influencer la réalisatrice, je lui ai entièrement fait confiance pour le montage. Elle a mis en scène sa vision de notre expérience. J'ai regardé le film plusieurs fois avec plusieurs regards critiques différents : en tant qu'homme, citoyen et homme politique. J'ai eu un sentiment de satisfaction, rien n'a été calculé durant le tournage. C'est une belle histoire à laquelle nous sommes les premiers concernés. Nous espérions à travers ce documentaire apporter un autre regard sur la question de l'autre, du migrant, du réfugié. Nous étions en capacité de le faire, alors nous l'avons fait. On pouvait le faire hors des caméras, mais si cela pouvait aider à lutter contre les préjugés, alors pourquoi pas...
Nous avons constaté dans le film documentaire que la porte de l’appartement, avant l'arrivée de la famille Hammoud avait été dégradée, vous avez trouvé le.s coupable.s ? Qu'en avez-vous pensé ?
Le documentaire a été filmé, après les attentats. Les gens en général se sont montrés réticent face à l'arrivée d'étrangers, nous nous sommes retrouvés dans ce même cas. Certains n'ont pas parlé devant les caméras mais d'autres m'ont fait savoir qu'ils n'étaient pas favorable à l'arrivée de cette famille. Aujourd'hui encore, je ne sais toujours pas qui a pu taguer la porte. Accueillir des réfugiés ou des migrants, c'est un sujet fragile, presque tabou, certains se cachent pour s'exprimer. Notre région si vous avez suivi les dernières élections, a beaucoup voté pour le Front National (Rassemblement National, ndlr), un record et on sent une certaine hostilité de la part de cet électorat, par peur, par crainte... Le fait d'avoir introduit les caméras dans les murs du village, au plus près des habitants peut donner justement à réfléchir sur ces questions d'intégration, et avoir du cœur tout simplement.
Suite...
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Il y a encore quelques temps j'aurais dit que les gens n'assumaient pas leurs gestes et leurs avis, ce qui est moins le cas aujourd'hui avec l'arrivée des gilets jaunes. Il y a de moins en moins de filtres, les avis y vont à foison. Un événement chassant l'autre... on a l'exemple du petit Aylan retrouvé mort sur une plage, il avait bouleversé le monde entier (septembre 2015), il symbolisait le drame des migrants qui fuient la guerre et les conflits. Ensuite, il y a eu les attentats, qui ont tout remis en question. C'est compréhensible mais on occulte complètement un drame pour un autre et les solutions sont loin d'être trouvées, parce que la peur prend une ampleur importante dans l'esprit des uns et des autres, les amalgames aussi.
Par rapport à votre démarche d'accueil, savez-vous si d’autres communes vous ont emboîté le pas ? D’autres maires ont-ils pris contact avec vous pour avoir des conseils ? Ou vous féliciter ? Avez-vous eu un retour du gouvernement ?
D'autres communes, je pense qu'il y en a mais je n'ai pas eu de demandes particulières.L'Etat n'a pas fait de communication sur cette démarche. Ils ont lancé un appel aux maires de faire des démarches dans le sens de l'accueil et ils se sont arrêtés là (sous le gouvernement Hollande, ndlr).En revanche, nous avons reçu de nombreux messages et courriers de sympathisants de toute la France ; nous remerciant du « travail » que nous avons accompli pour cette famille, et ça c'est une satisfaction, c'est un souffle d'espoir de voir que l'on n'est pas seul. Il y a des choses qui sont faites ailleurs sous d'autres formes ou similaires... et c'est un bon début.
Comment vont les Hammoud ? Se sont-ils bien intégrés aux autres habitants depuis la fin du tournage ?
Ils vont bien. Ils ont déménagés au Havre, pour des raisons de commodités. Le Havre est mieux desservie et les démarches plus faciles et surtout parce que les jeunes travaillent là-bas. Mais nous sommes toujours en contact avec eux, nous prenons régulièrement de leurs nouvelles. L'association qui a permis leur venu en France les aident beaucoup dans leurs démarches, on ne les lâche pas. C'est une histoire forte qui s'est créée entre nous. Depuis le début, les bénévoles se sont beaucoup mobilisés et investis et c'est aussi grâce à eux, il faut le dire.
Referez-vous la démarche d'accueillir une nouvelle famille ?
A l'heure actuelle, nous ne pourrions pas, parce que l'appartement n'est plus pris en charge par la Mairie. Accueillir une famille de migrants ou de réfugiés demande du temps, de l’énergie et de bonnes conditions ; de suite ça ne serait pas possible.